Ibid
LA SYNTAXE ET l'uSAGE 427
importants. A ne considérer que la partie française du livre de la Conformité^ il a écrit des chapitres remarquables sur la syntaxe de V adjectif, de V article et du pronom ; il a étudié, avec une certaine pénétration la nature des participes passifs ou actifs, la valeur des temps : par exemple, la différence du prétérit imparfait et des deux prétérits parfaits. Aux observations de la Conformité s'ajoutent les chapitres qui y correspondent dans le De latinitate suspecta, et dans les Hypomneses,
Nous ne songeons pas à dresser ici le catalogue complet des remarques syntaxiques de H. Estienne* ; mais nous en choisirons un nombre suflisant parmi celles qui éclairent le mieux sa doctrine sur l'usage de la langue. A ce point de vue, certaines notes tirées du volume de Du Bellay, ou des réflexions glissées dans les avertissements du livre des Prémices nous apporteront une lumière nouvelle. Enfin, comme nous lavons fait jusqu'à présent dans l'étude du lexique, nous rapprocherons la langue et le style de l'écrivain de ses préférences théoriques.
Nom.
Estienne proteste contre le changement de genre que T usage nouveau tend à imposer à certains mots : navire, comté, duché, que Ton fait du masculin. Il réclame le genre féminin, du moins pour navire, en raison de la terminaison féminine de ce mot^, et il fait cette correction au texte de Du Bellay^ : « Dessus le port le navire apprestoient »; note marginale : « la (navire) ». Dans le même poète, il relève aussi : « de faulx alarmes pour fausses alarmes * », et « en la Vieille courtisane : délices plaisans, pour plaisantes ' ». Par contre, il semble
1. On trouvera dans l'ouvragre de M. Livct, Grammairiens du XVI* tiècley un résumé utile, quoique sans critique^ des observations essentielles faites par Robert et par Henri Estienne sur Tortho^çraphe, sur la prononciation et sur la syntaxe. Mais M. Livet a complètement négligé le De latinitate falso suspecta^ où, comme nous l'avons déjà constaté, H. Estienne avait mis plus de « grammaire » que dans la Prêeellence et autant que dans la Conformité et dans les Hypomnetet^ • sans parler de ce que nous avons tiré d'autres ouvrages d'Est ienne et des notes du volume de Du Bellay. — Après M. Livet, M. Benoist est revenu sur la doctrine syntaxique de II. Estienne dans la « Syntaxe entre Palsgrave et Vaugelas ». Mentionnons enfin d'excellentes remarques de M. Huguet sur la syntaxe de notre écrivain, mais tirées uniquement du texte de la Prêeellence.