‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 47 sur 533 · II. E8TIENXE A LA COlR DE FBANCE 4S · texte numérisé non relu

II. E8TIENXE A LA COlR DE FBANCE 4S

Jean-Antoine de Baïf en 1570 et réorgarnisée par Guy du Faur de Pibrac en 1576; présidée par Henri III, elle siégait au Louvre, quand elle ne suivait pas le roi au château d'Ollainville *. Si parmi les « académistes » les plus assidus, outre Baïf « l'entrepreneur », on comptait Ronsard, Desportes, secrétaire ordinaire de Henri III, Biaise de Vigenère, autre secrétaire du roi, les Italiens Corbinelli et Delbene -, nous savons à coup sûr que Henri Estienne fut admis aux séances.

Avant même d'arriver à la cour, il avait, dans im passage de ses Dialogues du nouveau langage^ fait une allusion transparente à cette Académie. C'est à propos des mots tirés du grec. Philausone avertit Celtophile que quelques-uns de ses compagnons et lui se plaisent ii en forger eux-mêmes et qu'ils s'en servent comme d'un jargon entre eux « pour n'estre point entendus » ; sur quoi l'autre lui demande : « Mais à ce que je puis comprendre, vous faites ensemble comme une petite académie! — Oui ». Et plus loin Celtophile ajoute : « et vous prie dès maintenant que quand je seray à la cour vous faciez tant envers vos compagnons, que je sois reçu en l'Académie 3. » — Ce n'est pas à dire que tous les académistes parlassent ce jargon grec, que seuls pouvaient se permettre les savants de la compagnie; mais il s'en trouvait dans le nombre qui étaient des hellénistes ou des hellénisants comme Antoine de Baïf et comme Amvot. Et si nous voulions reprendre la liste de M. Frémy, auquel ce passage des Dialogues a échappé, nous en trouverions beaucoup d'autres : Jean Dorât, Kapin, Florent Chrestien qui avait été à Genève l'élève de Henri Estienne *, Joseph Scaliger, Louis le Roi, etc. En demandant avec une moitié d'ironie son admission à l'Académie, Estienne se doutait-il qu'il allait y entrer aussitôt? Mais lui, le grand helléniste, n'y parlera point le jargon grec; il ne cédera pas davantage au goût du néologisme italien : il y viendra défendre avec résolution les vraies traditions de la langue française. Les discussions mêmes qu'il provoquera dans la docte assemblée élèveront le ton académique... ou académiste au-dessus des allégories

1. V. les Poésies d'un Florentin h la coar de France au XVI* siècle, Bartolomeo Delbene, par C. Couderc. Nous aurons encore Toccasion de nous appuyer sur ce trarail si intéressant pour l'histoire de ritalianismc à la cour do Henri HI.

}. Pour remplirle cadre des académistes, M. Frémy a groupé d'une façon ingénieuse et dramatique les littérateurs les plus connus de l'époque.

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