LA LANGUE POÉTIQUE
précisément Estienne a laissées de côté : on n'en relève en tout que trois qu*il ait soulignées : de travers^ divers (857), dommage^ hommage (291), princesse^ sans cesse (108 et 255) ; et celle-ci esl, en effet, une rime curieuse. Est-il besoin d'ajouter qu'à lafm des vers, il n'a pas toujours considéré la rime? Alarmes, larmes (203) ; orage, naufrage (131) ; fleur, chaleur (404); rocher, nocher (208) sont des rimes excellentes et qui d'ailleurs n'avaient rien de rare; mais notre lecteur ne s'est peut-être arrêté qu'à l'emploi métaphorique de ces mots * .
2* Rimes en désaccord avec la prononciation ou l'écriture, ou avec Tune et l'autre. A ce groupe se rapportent plusieurs des observations qu' Estienne a présentées dans ses Hypomneses.
« Trace, grâce ; mal rymé ; alibi : fasse, grâce » (101). Cf. 545 où, en effet, grâce rime sur vostre belle face et que je face ; grâce, basse (348) ; glace ^ grâce (364) ; grâce, pourchasse (504). A est long dans grâce, il est bref dans les substantifs trace, face, glace ^.
Pour ces mots la prononciation n'a pas changé depuis le xvi* siècle. Mais a était long le plus souvent dans les finales en asse, et particulièrement à l'imparfait du subjonctif. C'est ce qu'Estienne dit expressément dans ses Hypomneses. Aujourd'hui nous le prononçons plutôt bref. Du Bellay n'allait donc pas contre la prononciation de l'a en faisant rimer grâce sur (que je) fasse ou (je) pourchasse, ou sur l'adjectif basse. Mais il né tenait pas compte de la différence de l'écriture. Il est vrai que son texte porte que je face ; mais Estienne ne voulait pas de cette notation '.
Les syllabes nasales an et en que nous confondons aujourd'hui, avaient sans doute, même au xvi^ siècle, un son assez voisin, mais que H. Estienne distingue cependant. 11 reproche, dans ses Hypomneses, à certains poètes u de rimer tems sur des mots en ans : conslans, estans, suivant en cela la prononciation du vulgaire qui est fautive, ou pour la commodité de leur vers *. » De même, il ne veut pas que l'on prononce prudence, clémence^ comme si ces mots s'écrivaient par a : prudance, clemance '. Du Bellay rime donc à tort « lenle, bruslanle » (254 et f** prélim., I^; excellent ei volant (204 et r* prélim., I); licence, instance (562); poursuyvant, souvent (259) ; pesante, contente (794). La rime de Florence sur France est notée, évidemment comme défectueuse. (400, semei.)
Il faut aussi distinguer Yè ouvert de l'e fermé ^, ce que n'indique pas
1. En tout cas nous n'avons retenu que les traits de plume dont la signification était rendue certaine par des notes explicites.
2. Nous avons déjà relevé rimpropricté <le ces termes de longues et de brève» appliquées uu\ voyelles françaises: il ne s'agit pas ici de quantité, mais de qualité, V. Précell.^ p. 40 et //j/p., 4 à 9 sur ces mêmes mots.