ibid., 3S
70 HISTOIRE DE l'œuvre FRANÇAISE
à Henri III; il y dit encore cet amour pour la France qui ne Ta jamais quitté :
Combien que mon pays souvent j'ay absenté, Mon bon vouloir de luy onq absent n*a esté; Et jamais à mon cœur nation estrangère De ma France Tamour n'a faict mettre en arrière ' .
Tout le dialogue latin est animé de ce profond sentiment de patriotisme. Quand il parle des malheurs de la France dont il ne peut détacher son regard, Estienne ne songe plus à déclamer : s'il revient au vers latin, c'est pour lui confier Témotion qui Tétreint :
Salve Gallia, quam puer videbam Alla pace domi et foris fruentem :
At domestica bella nunc foventem Cerno, quum senii min» propinquant '.
Comme il dit, <c ses vers sont pleins de larmes ^ ». Certes il est regrettable que Henri Estienne ait exprimé des sentiments aussi français en latin, au lieu de les traduire en quelques pages de belle prose française qui auraient plus fait pour sa gloire littéraire que les ïambes un peu laborieux de la Principum Monitrix Musa!
Malheureusement, éloigné de la France, et s'éloignant de Genève, Henri Estienne n'avait plus devant lui à Bàle, à Francfort ou à Strasbourg qu'un public étranger de princes et de savants auquel il était nécessaire de s'adresser en latin, si on ne voulait pas employer l'allemand. Il n'écrira plus en français que le Premier livre des Proverbes épigrammatiséSj ou Prémices^ où il se souviendra de la thèse de la Prccellence et de ses conversations érudites avec Henri III : ce recueil poétique est, comme nous le verrons, d'un moraliste chrétien. Estienne raconte qu'il avait composé la plupart de ces vers en voyageante cheval, suivant sa coutume*; cette fois sa muse « qui souloit latinizer ou grecizer » lui avait dicté du français. Ce n'était pour lui qu'un délassement, et l'œuvre resta inachevée ^. A Genève, Estienne donnera encore, par inter-
1. M Le proeme ou la préface d'un œuvre de Henri Estienne, intitulé : Vennemi mortel des calomniateurs, » Il est dit que ce poème « n'a pas été imprimé. *• (V. Mon, Musa; pages liminaires.)