‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 71 sur 533 · épilogue; le conseiller des princes · texte numérisé non relu

épilogue; le conseiller des princes

valles irréguliers, des éditions d'auteurs grecs et latins, et des travaux sur les livres saints. Mais les productions plus originales où il se livre, paraissent hors des atteintes de la censure.

Malgré tant de motifs de découragement, Henri Estienne retrouva toute son ardeur le jour où, introduit à la diète de Uatisbonne, il prononça devant TEmpereur Rodolphe et les électeurs de TEmpire, une harangue latine pour les exhorter, au nom de la civilisation chrétienne, à poursuivre vigoureusement la guerre contre les Turcs *. En réfutant les arguments du Génois Folieta qui expliquait le courage des Turcs par leur fatalisme, Estienne proclamait que la croyance en la Providence divine est une force pour les Chrétiens. Ils savent que Dieu prend soin des choses humaines, mais qu*il ne les règle pas d'avance ; le sentiment de la liberté nous excite à Taction.

La croisade qu'au xv*^ siècle la France et Tltalie avaient eu la velléité de soulever, reprise et prêchée à la diète de Ratisbonne, par Henri Estienne, c'est là un trait de sa vie assez curieux, sinon inattendu : le conseiller des princes avait enfin la satisfaction de se faire écouter. Il devenait une sorte d'orateur politique et officiel, et qui était doublé d'un poète latin : il présenta à TEmpereur et aux Electeurs une autre harangue en vers qu'il avait écrite de sa main sur une grande feuille où les lettres du titre et de la signature étaient rehaussées d*or : « Henrici Stephani Musa et Manu - ».

Le souvenir de cette séance mémorable remplit encore sa dissertation c sur la latinité de Juste-Lipse '^ » que Joseph Scaligcr appelait ironiquement a discours de Henri Estienne sur Juste-Lipse contre les Turcs ». Et de fait ce traité, s'il nous est précieux par les détails biographiques qu*il renferme, est fort confusément écrit; le stvie sent la vieillesse.

Deux ans plus tard Henri Estienne est à Strasbourg; il est accueilli à l'Université ; il assiste à des séances académiques, il y prend la parole et il fait paraître dans cette ville le Carmen de Senaialo fœminarum *, exercice d'école assez spirituellement tourné, sur la part qu'il serait juste d'accorder aux femmes dans la direction des affaires publiques. Dans une lettre qu'il mettait à la suite de ce poème, Estienne exprimait encore l'espoir de relever son imprimerie. Mais c'est à peine si, revenant k Genève, il aura le

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