L. Clrxbxt. — Henri Estienne
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fran^itis de ces prêcheurs, et le plus souvent ce sont des expressions populaires dont la vivacité ne détonne pas dans le style de VApoto- (jie : Estienne les reprend pour son propre compte. 11 les développe ou il en trouve d'autres de même couleur et de même allure. Tantôt it traduit tout le latin en français <, tantôt il paraphrase le sermon plus librement : ainsi quand il raconte, d'après Menot. l'histoire de l'enfant prodigue, qui se transforme en « un vert galant » de la fin du xv* siècle : « postqaam nihit ampliua erat fricandam. quand il n'y eut plus que Frire... mon galand fut mis en cueilleur de pommes, habillé comme un brûleur de maisons, nu comme un ver... & grand' peine lui demeura sa chemise, nette comme un torchon, nouée sur l'espaule, pour couvrir sa povre peau : si bien l'avoyent entretenu en sa prospérité et en ses pompes ses galoises -. » Cette fois, c'est sans doute encore Menot, mais revu et commenté par Estienne.
Il a puisé à pleines mains et ses arguments et son gros sel chez ces libres prêcheurs qu'il félicite, non sans ironie, de leur franchise. Peut-être, au seul point de vue littéraire, ne leur a-t il pas rendu la justice qu'ils méritaient. Leur éloquence — pour ne parler que d'Olivier Maillard et de Michel Menot — découlait cependant de cette veine populaire et très française, h laquelle Henri Kstienne lui-même devait beaucoup de son esprit. Il reproche è Menot de paraphraser la Bible et d'ajouter au texte ^ ; mais Menot voulait frapper l'imagination de son auditoire simple et illettré, en modernisant les scènes bibliques, en babillant à la française les personnages trop reculés de l'Ancien Testament. N 'obéissait-il pas aux nécessités mêmes de la prédication populaire *?
Quoi qu'il en soit, nous constatons que l'Apologie pour Hérodote ne saurait être exactement nommée une « satire de la société au xvr siècle ' >i, puisque dans une bonne moitié de l'ouvrage, c'est la société de la fin du x\* siècle qui a été visée très expressément. Que dans l'autre partie, H. Estienne s'en soit pris plus directement à ses contemporains, nous n'y contredisons point. Encore vaut-il la peine de rechercher ce qu'il a mis dans ce « tableau satirique... le plus complet de notre vieille société '' ».