‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 82 sur 533 · Ihid.. 11, Km · texte numérisé non relu

Ihid.. 11, Km

1, V, sur tci ptûclieuro les ouvra);cs de A. Mcra^', J. Laboudmc et A. de la Borderie, ciU's du» notre biblii>i:raphio.

S. CV«l It^ nout-titre ajuutc par l'cdiliuii Liseui au titre sutllKaniiuent loD^ de |-.5ci[lion ■■nt.-îiu.le,

fi Xiik- <li liidileur Liscux. Apol-, 1, x\xix.

LA SATIRE DANS l'aPOLOGIE 83

Il y a mis de tout : des récits du moyen âge, il remonte jusqu'à Froissart, et au delà ; des faits dont il nous dit qu'il a été le témoin, ou qu*il a ouï raconter, et un plus grand nombre d*anecdotes qu'il a recueillies chez des polygraphes comme Pontanus et Fulgose. Il se promène à travers les siècles, cite Commines, Sleidan et Sigismundus Liber. Il unit les vieilles chroniques, les vies des papes, les actes des conciles à des recueils de facéties, aux vers de Marot, aux épigrammes de Sannazar, de Buchanan, de Théodore de Bèze, et il n'oublie pas « notre maistre Pasquin ». Il prend aux Mots dorés de Caton, à toute une littérature proverbiale, au roman de la Rose, aux colloques d'Érasme. Il invoque le témoignage de Pétrarque contre la Rome des papes et réfute Castiglione. Voilà pour l'histoire et pour la peinture des mœurs.

Quant à la littérature religieuse, il la connaît sans doute à fond, et de ses vastes lectures, il nourrit un réquisitoire parfois serré contre la doctrine catholique, quand il reproduit les arguments de Calvin et de Viret; mais il va choisir des raisonnements moins sérieux ou des injures dans VAlcoran des Cordeliers K Dans sa discussion, il prend à parti les scolas tiques, les Evangiles apocryphes, la Légende dorée, il s'appuie sur Guillaume de Saint-Âmour, et sur Nicolas Gallique, l'auteur de la Sagette de feu; il a lu des écrits mystiques, comme les Conformités de S* François 2 à Jésus-Christ^ le Quadragésimal spirituel et la Stella Clericorum, Voilà pour la polémique religieuse! Il est à peine besoin d'ajouter que nous ne suivrons pas Estienne sur ce terrain : ces questions échappent à notre compétence. Remarquons seulement que les contes proprement dits, les nouvelles tiennent dans V Apologie une place considérable. Estienne s'est défendu d'avoir simplement cherché par là un moyen d'amuser ses lecteurs : il n'a pas voulu conter pour le seul plaisir de faire des contes, mais pour en tirer autant d'arguments à Tappui de sa thèse ; soit ! Mais comment prendre au sérieux toutes ces histoires à l'adresse des moines et du clergé? Même celles dont les laïques font les principaux frais, allons-nous les considérer comme « une peinture de la société du xvi° siècle » ? à moins d'oublier qu*Estienne a emprunté les unes aux Italiens, les autres à la reine de Navarre, qui elle-même en avait pris dans Boccace, lequel les avait reçues d'une tradition antérieure. Et s'il a ajouté à la col-

t. V. notre introduction p. 11, note 3.

2. Sur les éditions originales de ce livre, v. la note de M. llisteihubcr, ApoLj II, «1.

8i II. £ST1£>.NK ÉCRIVAIN FRANÇAIS

leciion, c'est qu'il connaissait mieux que personne ce vieux fonds satirique.

En dépit des dénégations de l'auteur, ï Apologie peut être considérée comme un recueil de nouvelles ; et c'est même une question d'histoire littéraire assez curieuse pour que nous l'examinions à part. Essayons d'abord de dégager de l'ouvrage les traits de satire plus précis qui ont été certainement saisis sur le vif, mais qui sont trop perdus dans la confusion de l'ensemble.

Les persécutions religieuses en France; la cause des réfomiês; homniap^c rendu à Clément Marot, traducteur des Psaumes. — La satire du clergé : souvenirs du roman de la Rose; imitation de Rabelais; peinture de la Rome des pai)es chez J. du Bellay et chez H. Esticnne.

Le souvenir des persécutions religieuses dont les réformés de France avaient été les victimes, n'avait pas été effacé par l'édit d'Amboise; d'ailleurs la paix de 1363 n'avait pas un caractère durable; on comprend qu'à cette date de 1566, Estienne ait fait entendre une protestation indignée contre l'oppression des consciences. « Il faut noter que celuy qui environ l'an 1260 ne fut que banni [pour avoir dict la vérité], s'il eust esté trois cents ans après, il n'eust pas esté quitte à si bon marché, mais on Teust faict disputer contre les bourrées et fagots, aussi bien qu'on a faict un^ infinité d'autres depuis cinquant'ans * ». S'il craint de renouveler l'horreur de « nos dernières guerres civiles », il ne peut s'empêcher de rappeler « les cruautés exercées à Mérindol et à Cabrière *' », et il évoque des figures sinistres de bourreaux et d'inquisiteurs : Jean Menier, seigneur d'Oppède — le légat du Prat « le premier qui avoit déféré au parlement la cognoissance des hérésies » — « maistre Jean Ruzé, conseiller en parlement : « le plus grand brûleur de son temps 3 » et le président Lizet « qui n 'avoit point pitié des hommes* ». — Les pages dans lesquelles Estienne retrace les tourments physiques et moraux imaginés par Tinquisition, sont d^une âpre éloquence, et parmi les mieux écrites de ï Apologie'^, S'il parle du passé, « ce n'est pas que cette cruelle persécution ne

Page 1