‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 85 sur 533 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

LA SATIRE DANS l'aPOLOGIE 87

La satire des papes est moins convenue et d*une certaine façon plus historique : Estienne met les noms au bas de ses portraits. Mais Bayle lui-même nous avertira * qu'il ne faut pas prendre pour monnaie sonnante toutes ces anecdotes rapportées dans V Apologie et ramassées un peu partout. Au reste, Estienne ajoute peu à ses devanciers ^. Citant Pasquin, il sait que sous ce nom « il faut entendre... plusieurs personnages de bon et gentil esprit ^, »

En lisant les Regrets de J. Du Bellay, Estienne a pris soin de souligner et d'annoter les sonnets où le poète a dépeint avec sans doute une humeur un peu chagrine la cour romaine ^ ; entre autres passages il a relevé « Tépitaphe de Jules III ^ » qu'il invective aussi dans VApologie^ et à peu près de la même façon que Du Bellay Ta fait. Mais ce n'est pas ici qu'Estienne a tiré parti de sa lecture. La passion l'animait trop pour lui laisser le loisir de retracer aussi finement et avec des couleurs aussi vives que son devancier, l'agitation du conclave, l'anxiété des cardinaux devant la pâleur du Saint-Père, ou :

De ces rouges prélats la pompeuse apparence *.

Estienne avait cependant passé par Rome. Mais il n'avait pas su voir le spectacle pittoresque et les scènes de comédie qui avaient frappé du Bellay. Après eux, Montaigne consignera dans son journal de voyage l'impression plus froide, mais dégagée de parti pris, que la Rome des papes lui aura laissée ^. Estienne, au contraire, s'emporte contre cette autorité absolue qui humilie jusqu'aux rois et se fait grande « par excommunications, par pardons et par armes * ».

t. Cité par Rist., Apol, II, 79.'

Page 1