Ibid., II, 8, 12 et suiv. II
9. V. Apol.y II, 12. Le coixlelier qui maria un sien compa^^non à une demoiselle italienne : comment le mari fut découvert ; cf. Heptaméron, VI* journée, 56* nouvelle. Seule, la harangue du cordelier à la mère est copiée & peu près textuellemenf.
LA NOUVELLE DANS l'aPOLOlUE 93
grand nombre de fabliaux et complète les manuscrits importants de noire Bibliothèque Nationale. Estienne a possédé ce manuscrit, comnie l'atteste sa signature au premier feuillet; il en a fait une lecture assez attentive, à en juger par les indications qu'il a écrites en marge sur le contenu du texte, par les mots qu'il a relevés, par ceux qu'il a soulignés ^ Il est vrai que nous ne savons pas si cette lecture a été antérieure à la composition de V Apologie. Mais il est infiniment vraisemblable qu'Estienne avait eu entre les mains d^autres recueils manuscrits de fabliaux. Sa bibliothèque était abondamment fournie (lui-même nous en avertit plusieurs fois) de vieux manuscrits français, « de rommans ». Cela constaté, nous ne prétendons pas soutenir qu'Estienne ait cherché à transporter directement dans son œuvre les récits qu'il avait lus soit dans le manuscrit de Berne, soit dans tout autre recueil. C'est Terreur, où, selon nous, est tombé De Sinner, le premier éditeur du catalogue de Berne, en avançant que plusieurs fabliaux du manuscrit 354 avaient été « compilés » dans V Apologie '^. Estienne n'a pas fait pareille compilation. Il ne pouvait y songer. Il était trop de son temps pour ne pas suivre les nécessités d'un genre qui s'était si profondément transformé; il a écrit dans la forme même qui se présentait naturellement à lui et qui précisément était celle de la <c nouvelle ». Il a si peu voulu faire revivre les fabliaux que s'il a l'occasion de reprendre un thème ancien qui n'ait pas été exploité, il l'indique en quelques mots, ou il le combine avec un thème plus moderne.
Par exemple, le Vilain de Farbu ^ est, en eifet, un fabliau qui se trouve dans le manuscrit de Berne ; et il paraît infiniment probable qae c'est là qu'Estienne l'a pris, puisqu'on ne le rencontre pas dans les recueils antérieurs de nouvelles. Il le résume en trois lignes : un paysan « ayant veu cracher sus du fer, pour essayer s'il estoit encore chaud, crachoit pareillement en son potage pour esprouver s'il estoit chaud » et il ajoute : « ce mesme ayant receu un coup de pierre par le dos, estant monté sur sa mule, mettoit à sus à ceste povre beste qu'elle luy avoit baillé tm coup de pied * ». Le second
1. V. notre appendice II sur la bibliothèque de II. Estienne.
1. V. de SinneFf Catalogue des manuscrits deBerne^ t. III, p. 375.
y V. le recueil de Montai(i^lon, II, K2.
4. Apot», I, 63. Dans Po(r);e, il s'agit d*un Vénitien se rendant à Trcvise. sur un che- %'al de louaire, et suivi d'un valet qui l'accompai^nait & pied. En route le domestique reçoit une ruade, et, furieux, lance à Tanimal une pierre qui va frapper les reins du cavalier. Celui-ci se retourne et dit au valet, pour le consoler de la ruade, que la bètc %'ient aussi de le frapper d*un prand coup de pied dans le dos. Éd. Liscux, t. II, p. 67, cf. éd. de Pa|rge par Rist.j p. 103.}
trait n'est plus dans le Vilain de Far bu ^ mais Estienne a pu le lire dans Pogge, bien qu'il ne lui donne pas le même développement. Autre thème ancien qu'il se borne à mentionner : Tamant enfermé dans le tonneau ^
Une femme, pour se débarrasser de son mari, lui fait croire que les sergents sont à sa recherche, et elle l'enferme dans le colombier dont elle prend soin de retirer l'échelle. Cependant elle traite bien son amant, qui pour faire patienter le mari, s*en va contrefaire le sergent. Estienne suit à peu près ici le récit de Pogge et il place la scène auprès de Florence *. Or dans la Borgoise d'Orliens 3, le mari est enfermé au solier où il croit tenir la place de l'amant; il est battu par ses propres valets, et s'estime contint de cette preuve sensible qu*il reçoit de la fidélité de sa femme. Le manuscrit de Berne donne ici une variante : le mari, après avoir été battu, est jeté par la fenêtre sur un fumier, et la femme fait grand'chère k ses gens avant et après l'exécution. Rien de ces détails dans V Apologie.
Il en est de même du conte de la Florentine assez longuement traité dans V Apologie^ et dont l'origine est le lai de VEpervier « un des meilleurs échantillons du conte en vers au moyen âge * ». Ce fabliau n'est pas dans le manuscrit de Berne; Estienne aurait pu le lire ailleurs, mais il nous avertit (^ qu'il suit le témoignage de deux Florentins qui ont couché ce conte par escrit presque en semblable sorte », Boccace et Pogge. En réalité, c'est le récit de Boccace qu'Estienne reproduit ^.
Le fabliau de Frère Denise ^ (par Rutebeuf) est, sans doute, le prototype de ces contes où l'intrigue porte sur le déguisement d'ime femme en cordelier. Il s'en trouve plusieurs de ce genre dans V Apologie : aucun ne rappelle, si ce n'est de fort loin, la jolie fable de Rutebeuf. Dans le récit de YHeptamérony comme dans les variantes de V Apologie ^ ou dans l'une des nouvelles d'A. de la