‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 96 sur 533 · ApoL, I, 273, Boccace, journée VII, nouvelle · texte numérisé non relu

ApoL, I, 273, Boccace, journée VII, nouvelle

6. V. Montaiglon, III, 203. Ce. fabliau n*est pas dans le ms. de Berne ; //eptamerorif IV, 31, et ApoL, II, 52. Cf. Apol.^ Il, 10 et 1 1. Cent Nouv. Nouv., lx.

LA NOUVELLE DANS l' APOLOGIE 97

Sale, le trait commun, c'est la reconnaissance de la femme qui s'est déguisée, par son mari, et ce trait manque au fabliau de Rutebeuf.

Cependant, comme Ta fait remarquer M. Bédier *, le Chevalier à la Corbeille reparait « avec ses traits essentiels » dans un conte plus développé de V Apologie : un Gascon se fait descendre par la cheminée dans un panier, pour rendre visite à une Rlle qu'il aime, mais qui n'a pas le moyen de lui ouvrir la porte : le père venant à trébucher dans le panier, est remonté à la place du Gascon et se croît emporté par le diable.

Il serait facile de retrouver dans d'autres contes de V Apologie des sujets de fabliaux ; on constaterait, comme nous venons de le faire, qu'Estienne, s'il a connu le thème primitif, ne s*est pas soucié de le restituer. A la forme ancienne d'un récit il préfère le plus souvent la forme moderne. Mais il ne suit pas servilement ses devanciers, italiens ou français. Il retranche, il ajoute et il combine. Certes, il est très au-dessous de Boccace, dont le génie merveilleux a su transformer en une œuvre d'art la matière des vieux contes. Mais il est original, dans la mesure très appréciable où Tétaient nos conteurs des xv® et xvi* siècles. Plus qu'aucun d'eux peut-être, il a puisé à la tradition populaire qui était encore très vivante de son temps. C'est à chaque instant qu'il nous dit : « j'ay ouy réciter », ou « cette histoire a été rapportée » — « c'est un conte fort commun^ » — «je l'ay ouï conter cent et cent fois à Paris ^ ». 11 aimait à causer, et il savait écouter. Il se souvient encore des histoires qui étaient narrées chez sa mère, Pcrrette Bade ^. Il a retenu ce que lui ont dit de graves personnages comme Odet de Selves ^. Aux contes populaires, il ajoute des anecdotes récentes; mais comme tous les conteurs, il éprouve le besoin de localiser et de dater la fiction : il cite volontiers le pays, la ville, les noms et l'année. Nous ne sommes pas obligés de le croire toujours ici sur parole. Le fait divers, n'ayant pas alors de journaux pour l'accueillir et pour le grossir, se réfugiait dans la nouvelle.

Voici des contes et parfois des sujets de contes, indiqués d'un trait en passant, qui semblent relever plus directement de la tradi-

1. V. Ik^dier, p. 409; Montai^rlon, I[, i7. Ce fabliau est dans un unique manuscrit au Bnlifth Muficuni.

î. Apol., I, 553.

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