‹ Henri Frederic AmielChapitre 21 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

voici la nostalgie printanière. C’est la saison des vagues désirs, des sourds malaises, des aspirations confuses, des soupirs sans objet. On rêve tout éveillé. On cherche à tâtons je ne sais quoi. On appelle quelque chose qui n’a point de nom, à moins que ce ne soit le bonheur ou la mort. On est comme le fiévreux qui se retourne sur sa couche, mais qui ne découvre pas une attitude meilleure qu’une autre: Cette anxiété indéfinissable est l'effet du renouveau,

Le sang remonte à ce front qui frissonne, Le vieux coursier a senti l’aiguillon.

Pour se défendre de ces effluves dangereuses, il faut ceindre ses reins, 1l faut se concentrer et surtout travailler. Tu as jeté le manche après la cognée, et ne pouvant plus faire grand’chose, tu n'as rien fait. Le résultat est justement le vide et l'ennui. Tu n'as ni dessein, ni programme, ni œuvre sur le chantier, et tu te laisses aller au hasard des jours. Cela ressemble à de la patience, à de la douceur; mais c’est plutôt de l’apathie. Avec plus de volonté, d’ambition, de courage, tu tirerais un bien meilleur parti de tes circonstances.

28 mars 1881.— Je ne puis pas travailler; il m'est difficile d’être, Donnons quelques mois

aux gâteries d'amis, car cette phase est bonne; mais après? il vaut mieux céder la place à ce qui est vivace, actif, productif.

Tircis, voici le temps de prendre sa retraite.

Est-ce que je tiens beaucoup à vivre encore?

Je ne crois pas. C’est la santé que je désire, la non-souffrance. Ce désir étant vain, le reste est sans saveur pour moi. — Satiété. Lassitude.

Renoncement. Abdication. Le dégoût suit la mutilation et l'impuissance. « Domptons nos cœurs par la patience. »

3 avril 1881 (onze heures du soir). — Lectures : Mémoires d'un Sibérien, par Rufin Piotrowski. Extrait et traduit par Julien Kladsko,

Rien de plus émouvant que ces souvenirs d’un Polonais condamné politique, déporté sur les bords de l’Yrtich, etquia réussi en 1846 à s’échapper de la Sibérie. Cette évasion tient du merveilleux. Et quant au tableau de la Sibérie, il suffit à faire prendre en horreur le régime russe, et à faire mesurer la montagne de crimes amoncelée par les czars. — Si les attentats régicides se multiplient contre les Romanof, il faut ne pas oublier les iniquités de leur maison. Moscovie est synonyme de férocité, et les souverains

ont donné l'exemple aux sujets, lupus lupis.

Les monstres ont engendré les monstres. La loi du talion est la seule qui soit au niveau de cette société inférieure, à peine sortie de la barbarie morale. La vengeance historique est même une forme de la justice. Mais quelle odieuse histoire que celle de la Russie! — L’indignation universelle contre les assassins nihilistes est un hommage rendu à la morale; mais le czarisme s’est mis au-dessus de la morale, et entend n’y soumettre que ses victimes sans nombre. Or il ne faut pas deux règles, l’une pour les vaincus, l’autre pour les vainqueurs. La justice entre brigands se fait comme elle peut. La galerie serait fort naïve de prendre parti entre la bande et son chef. Le monde russe est le monde de la force. Que le pouvoir écrase les conspirateurs ou que les conspirateurs renversent le pouvoir, c’est un fait de guerre. L’autocratie et ses adversaires n'ont pas de droit commun et ne se font pas de quartier.

10 avril 1881 (dimanche). — Éprouvé mille impressions diverses depuis trente heures :

déception médicale, mauvaise nuit, conscience de mon dépérissement, détérioration de mon estomac, satiété de tout, même de la sollicitude

quine me laisse plus respirer seul, énervement,

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langueur et malaise. — Passé quelques heures avec Fida, visite à l’Ile d'azur.

13 avril 1881 (neuf heures du matin). — Crise favorable. Nuit meilleure, appétit, retour de forces. C’est hier après-midi que le mouvement a commencé. J’en suis surpris et ravi, mais c'est à peine si j'ose y croire. Pourquoi, ayant peu dormi, suis-je loustic depuis l'aube? Probablement parce que l’estomac a repris ses fonctions. Si l’on voulait bien ne pas me l’abimer, il ferait encore volontiers son service. Mais tout est néanmoins suspendu à un fil, car déjà à présent je sens deux points, l’un dans le dos, l’autre au cœur. Réjouissons-nous de la minute présente; l'avenir est à Dieu.

Oh! demain c’est la grande chose; De quoi demain sera-t-il fait?

— Une triste nouvelle m'arrive. Le doux curé lorrain est mortellement malade. Les médecins ne lui accordent que deux mois. Puisque les jeunes s’en vont ainsi, les vétérans n’ont pas à

regimber.

(Dix heures du soir). — Lectures : quelques chapitres de Graindorge. Une partie de Clovis

Gosselin, roman de Karr. Un numéro de la Revue Critique.

Écrit à l'abbé Roussel, Aménaïde, Eugène à eh Pa Vet

Visite du docteur B. Je ne suis pas content du tout, car je n’obtiens ni soulagement ni lumière. Il ne me fait de bien ni à l’esprit ni au corps et me laisse au fond seul dans les crises homicides du jour et de la nuit. Bromure, chloral, c’est bientôt dit, et cela ne répond qu’à un point de la surface à défendre et qu’à une difficulté de cette guerre pied à pied.

14 avril 1881 (trois heures après-midi). — Depuis dix-huit heures voici le premier moment de relâche. Fâcheuse veillée, horrible nuit, cruelle matinée, tel est le bilan. Je suis exténué et désarçonné. Me voilà revenu aux étouffements de février, après vingt tentatives de toute espèce. Les oiseaux sinistres volent de nouveau autour de moi. La pire de mes nombreuses déceptions est celle relative au médecin. I n’est pas l’homme, il n'est pas mon homme. Je lui ai fait crédit de trois mois de confiance: mais il s’est enferré et

1. L’Abbé Roussel est le « doux curé lorrain », curé de Domrémy, auteur d’un recueil de vers : Fleurs des Vosges, qui avait témoigné à Amiel son admiration pour les poèmes de Jour à jour; Aménaïde et Eugène A., une cousine et un cousin ;P. V,, un collègue de l'Université.

obstiné dans les accessoires, sans gagner rien sur l'essentiel. Les avertissements nombreux n’ont pu lui faire rectifier sa piste. Il tient plus à son opinion qu'à la vérité et à son art qu'à ses malades. C’est dommage.

Lecture : Karr (Clovis Gosselin).

Un peu de bien-être. Je remarque pour la vingtième fois avec quelle rapidité les malaises me deviennent étrangers. Les épreuves, les gènes, les souffrances, les infirmités me font l'effet des vieilles lunes, des mauvais rêves; ils ne sont pas à moi, ils ne sont pas moi. Sitôt disparus, sitôt oubliés.

Cela veut dire que ma nature a horreur de ces grimaces ou lacunes de l'être. Elle subit la douleur, mais elle ne la reconnaît pas. Elle à cru essuyer des affronts sur sa joue, mais ne croit pas à la réalité de cette impression. Elle rejette hors d’elle toutes les offenses à sa liberté, comme le glacier repousse les impuretés qui viennent le ternir. Cette répugnance instinctive à l'irrémédiable tient à l'instinct de préservation personnelle, au besoin d’intégrité. Elle est probablement identique à l'espérance et synonyme de puissance vitale.

16 avril 1881 (dix heures du soir). — Relu Sous les Tilleuls d'Alphonse Karr. Déception

et mécontentement. Comme roman, c’est déplorablement bâti. Comme peinture de mœurs, cela n'a ni lieu ni date ni vérité. Une quantité de scènes indélicates et même indécentes. Beaucoup de hors-d'œuvre oiseux. Le naturel, le laisser-aller ne remplacent pourtant pas tout. Les qualités de fougue, d'esprit, d'humour, de satire et même de passion, ne suffisent pas pour le roman, qui est du genre épique et objectif, c’est-à-dire exigeant des individus et une action qui cheminent par eux-mêmes. La vraisemblance est la loi de cette œuvre. Or Karr viole outrageusement les vraisemblances physiques, morales, sociales. Sa fantaisie en outre est sans proportions. En un mot ce long roman qui n’est pas composé, ni lié, est le travail raté d’un homme d'esprit. Le succès de Sous les Tilleuls est une question de date, aujourd’hui il tomberait à plat.

17 avril 1881, Pâques. — La journée a été magnifique au dehors. Mais elle a bien pesé sur moi. Je n’ai pas eu une bonne heure, ni cette nuit, ni jusqu’à ce moment où dix heures sonnent à Saint-Pierre. Mon pauvre corps s'est rappelé à moi de toutes les manières. Éprouvé vivement aujourd’hui la satiété des soins. On peut excéder un malade en l’accablant d’une grâce continue de propositions ou de changements. Le calme,

la paix, le silence, sont des besoins puissants de ma nature, et l'amélioration perpétuelle est une variété du tourment. De même que ce n’est pas ingérer mais digérer qui nourrit, ainsi ce n'est pas la multitude des soins qui fait plaisir, mais les soins réellement utiles et discrètement offerts. Justesse et mesure doivent être la devise, même des sœurs de charité. Les malades peuvent être énervés par le cumul des empressements; ce qui leur agrée c’est d'être devinés et non être manipulés par le zèle d'autrui.

18 avril 1881 (deux heures après-midi). — Nuit atroce. Le lazzo fatal de l’étouffement se resserre toujours davantage. Et les journées deviennent aussi pesantes et aussi cuisantes que les nuits. Langueur de la chair et de l'esprit. Misères sans issue et persécution sans trêve.

Je connais deux Fanny! aussi différentes que possible sur le respect des lettres. La seconde m'écrivait justement aujourd’hui la manière dont elle comprend ces dépôts et le devoir d’une pieuse archiviste : « Avec vous, il est bon d’être jaloux de vous-même, vous vous protégez si peu; trop fier pour vous justifier, impénétrable parfois,

1. Sa sœur Fanny, qui lui avait fait savoir, quelques semaines auparavant, qu’elle venait de brûler toutes ses lettres ; et son amie

Fanny Mercier (Fida).

vous êtes, en d’autres moments, si absolument à découvert; et d’ailleurs trop impressionnable pour que tel de vos textes n’ait besoin de son contexte pour donner sa vérité vraie. » Ma chère Fida, stoïque à certains égards, est cependant trop femme pour ne pas se préoccuper beaucoup et toujours des commérages et des opinions du prochain. Elle a raison à son point de vue, mais elle ne me redonnera jamais le goût de ce que je dédaigne, ni le respect de ce que je méprise. Il ÿ a des blâmes ou des suffrages qu’il ne vaut pas la peine de fuir ou de rechercher. Qui a connu l'indépendance, ne veut plus se remettre à la merci du monde, car le monde est léger, injuste, soupçonneux et profane.

Senti tout le jour la faiblesse de mon néant. Je suis réduit au dixième de ce que j'étais. Je ne puis soulever le moindre poids, ni dépenser la moindre force du bras, de la tête ou de la voix. O misère! en dix semaines la maladie et surtout le médecin m'ont acculé à cette annulation.

(Dix heures du soir). — Lectures : Gréville (La Cité Ménard)... Visite d’Auguste Bouvier, qui me serre dans ses bras si fort qu'il me fait mal.

19 avril 1881 (dix heures du matin). —

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Accablement, somnolence, car je n’ai dormi qu'une heure. La dyspnée revient.

Que vivre est difficile, ô mon cœur fatigué !

(Trois heures après-midi). — Une preuve indirecte de la gravité de mon état ce sont les gâteries qui m'’arrivent de tous les côtés. On ne dorlote que les mourants. Il m'est facile de lire sur les visages de E. L. ou de C. L., dans les lettres de H. ou de F. B., cette nuance de sympathie qui s'adresse à ceux qu’on croit perdus. Aujourd’hui, c’est une ancienne connaissance, MS. D., qui m’écrit une lettre de compassion exaltée, m’offrant des fleurs, de la musique, des prières pour égayer ou fortifier le malade et le poète qu’aiment elle et sa maison. Si la concurrence du zèle se met parmi mes lectrices, que vais-je devenir? Cette commisération émue et qui demande la permission de devenir active, est une des plus nobles marques de l’âme féminine. Mais ce qui est tout à fait curieux, c'est que chaque femme se croit seule dans sa bonne intention, et s’imagine avoir une vocation exclusive et unique pour sauver celui à qui elle s'intéresse. L'idée de coordination, de subordination, d’infériorité ne lui vient jamais, parce qu’elle l’humilierait. Son ardeur est jalouse, sa bonté est accaparante, sa

prétention est dominatrice. Le zèle féminin n’est pas maternel; ce qu'il lui faut, ce n’est pas que le bien soit fait, mais qu'il soit fait par lui.

(Dix heures du soir). — Misérable tout le jour. Lecture : Doudan (Pensées et fragments).

20 avril 1881. — .…..Ce qui m'étonne, c’est d'être encore là. Après le lavage, les frictions et le déjeuner, il y a une petite remontée. La rosse d'omnibus a reçu son coup de fouet et tressaute. Mais ces vaines apparences de force et de courage n'arrêtent point le dépérissement. Je me fonds et je m'en vais. Toutes les fonctions élémentaires s’embarrassent. La banqueroute est inévitable.

(Quatre heures après-midi). — A force de ménagements et de soins, de distractions (lecture et jeu) ma filleule me procure une heure ou deux de relâche.

Lecture: achevé Doudan quiestseulementtrop superfin, trop lustré, trop délicat, trop étudié. Dans ses Révolutions du Goût, il excède sa propre manière. Il faudrait le rapprocher de Rivarol (Discours sur la langue française).

Mais quel joaillier consommé! quel critique subtil et nuancé! quel amoureux du bien dire!

(Dix heures du soir). — Lecture : Les trois Maupin (par Scribe et Boisseau).

21 avril 1881. — Journée médiocre, terminée par une nuit épouvantable, la vingtième sans sommeil. |

Lecture : Loiseleur (Controverse sur la Saint-Barthélemy); Barrière (Les faux bonshommes).

22 avril 1881. — Journée solennelle. J'étais mourant à l'aube. On m'a lavé, peigné, frictionné, habillé comme un enfant. Mais le temps étant court, j'ai consacré toute la matinée à mettre ordre à mes affaires. Chaque pas ou chaque geste m’arrachait un gémissement forcé. Déblayé mes tables et mes pupitres, rassemblé à la diable les notes de six cours universitaires, enliassé les correspondances, séparé les livres à rendre, repris et complété mon testament, en un mot, je me suis arrangé comme si c'était mon dernier jour. Extrême fatigue, mais soulagement. Ces nettoyages sont la propreté de l’âme. Pourtant ces dispositions précipitées ont d'immenses défauts. Mais il faut m'interrompre. Écrire me donne des nausées.

Dicté quelques lettres...

J'ai été admirablement veillé et soigné par ma

filleule qui ne m'a quitté ni le Jour ni la nuit.

Reçu de Fida un bouquet et une excellente lettre. Beaucoup d'amis sont venus chercher de mes nouvelles...

23 avril 1881 .— C'estune bronchite quiaterrassé Benjamin Disraëli, lord Beaconsfield. Mais il s’est éteint doucement. Matinée perdue. Je ne fais que me trainer de chaise en chaise, cherchant l’air et chassant le sommeil.

25 avril 1881 (neuf heures du malin). — Je Survis, mais le danger n’est pas moindre et la partie n’est pas remise. Je ne puis encore ni dormir, ni respirer, ni manger, ni parler; et J'existe comme une ombre.

Hier, dimanche, les visites dernières se sont succédé. Chacun me croyait à bout de voie.

Mes deux sœurs, Fida sont revenues jusqu’à deux fois. Les regards, les paroles, les attentions, avaient la livrée du deuil. Pour moi-même, j'avais la même opinion. Je n’ai pu m'habiller ni quitter la chambre à coucher. Beaucoup de collègues ont cherché des nouvelles.

J'étais prêt à finir dans la journée et je m'étais arrangé pour mourir en paix. On m’a admirablement soigné, veillé, entouré, secouru à toutes les minutes. Et si je suis encore là, c’est encore une

force de victoire contre la nature. Mais quel exercice de patience pour un pauvre malade qui n’a plus une force debout et qui n’a pas une bonne heure sur vingt-quatre.

26 avril 1881.— Le supplice continue. Nuits abimantes, jours exaspérants; point de sommeil, point d’appétit.

Le seul bon côté de ma situation, ce sont les témoignages d'intérêt qui se multiplient...

Je n’ai plus de force pour rien. Je ne sais où m’asseoir, je ne puis soutenir une plume. Je n'ai pas de voix, plus de muscles.

27 avril 1881 (dix heures du matin). —Faiblesse inexprimable. Me voilà sur la roue depuis douze semaines, et l’angoisse, les palpitations ne me lâchent plus. Je n’ai plus que la peau surles os.

Cette nuit solennelle. J'ai été étonné de survivre. À quoi bon? Ma filleule soutient bravement sa veillée des gardes, et ici trois personnes ne vivent que pour soigner ma maladie.

Mais le dépérissement chemine à grands pas, et l'existence devient une torture qui a quelque chose d’infernal. — Je persiste dans la résignation et la patience tout en mourant de fatigue et de sommeil. La cause diurne d’exaspération nerveuse, c’est la courbature universelle du torse,

interdisant une minute de trêve et ne me permettant aucun repos.

(Quatre heures du soir). — L'excès du supplice en a amené le dénouement. Découvert que mon maigre dos était dévoré par des ennemis embusqués, savoir un gros bouton rond à la ceinture du Schlafrock, par une grosse boucle de pantalon, par une forte boucle de gilet, par le croisement de deux boutons de bretelles qui se superposent depuis mon amaigrissement. Ces cinq burins m'ont labouré le dos et amené cette meurtrissure douloureuse qui ne me laissait plus respirer.

En ceci le médecin n’a pas même émis une supposition utile. La découverte des petites causes secrètes est au contraire la preuve de la sagacité d’'Hippocrate.

Je suis de même persuadé qu'en extirpant la toux feutrée, un docteur arabe m’eût économisé douze semaines de torture, des hottées de médicaments et l’effroyable usure de vie que tout cela m'a causé, dans les organes subsidiaires, comme le cœur, l'estomac, le diaphragme, etc.

28 et 29 avril 1881. — Journées de misères, telles que je ne puis même porter le poids d’une plume. En compensation , les témoignages de

sympathie et d'intérêt abondent. On m'envoie des fleurs, des gelées, des lettres, des amitiés, et cela de la part d'amis quelquefois assez éloignés.

Ma filleule me fait la liste des visites reçues; elle me sert de factotum, de secrétaire, de lectrice. La mère et la fille rivalisent de zèle depuis trois mois, et n’acceptent encore aucun secours ni partage.

Le Journal intime s'arrête à cette date, sur cet hommage à l'amitié. Après tant de souffrances et d’angoisses, Amiel entre en une lente et silencieuse agonie; une faiblesse extrême l'envahit peu à peu, et il expire doucement le mardi 11 mai, vers six heures du matin.

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