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livre )) qu'il <( enferma les cendres » de son amour déçu : il écrivit

PORTRAITS D HIER

le Retour (i). et l'on put constater combien, sans changer de thème, il était capable de varier sa chanson.

L,' Intermezzo était d'un homme dont l'amour absorbait toutes les forces de l'âme, d'un homme qui, retranché volontairement du monde, ne voulait connaître que sa bien-aimée et pour qui le ciel et la terre semblaient ne plus exister que comme d'inertes décors. Combien plus riche de sensations et d'images est le Retour ! Combien plus normal et plus sain ! Le poète n'est plus l'adolescent timide et accablé de naguère. C'est maintenant un homme, conscient de qu'il vaut et de ce qu'on lui doit. L'amour n'interrompt plus en lui tout autre mouvement de l'âme. Même, il est capable de s'en détacher tout à coup, pour aiguiser quelque boutade, brosser un paysage ou un intérieur, conter une amourette, un souvenir d'enfance. Et. cela confère au Retour un charme de diversité et d'imprévu qui manquait à Vlntermezzo. Le Retour marque, dans le développement intérieur de Heine, non pas sans doute un recul de la sensibilité, mais un progrès de l'intelligence qui, affranchie de la sensibilité, ose enfin la considérer en face et en juge les écarts de toute son ironie.

Heine, ses vacances terminées, ne retourna pas â Berlin. Il se rendit à Gœttingen. bien résolu à mener à bonne fin ses études pour se créer ensuite une position indépendante. — « Je ne veux plus vivre des miettes de la table de son oncle », écrit-il bravement à son ami Moser. Sans abandonner complètement les lettres (2), il s'efforce de rattraper le temps perdu, et le 20 juillet 1825 obtient son diplôme de docteur en droit, « après un examen privé et une thèse publique où le célèbre Hugo, alors doyen de la Faculté de jurisprudence, ne me fit pas grâce de la formalité scolastique. »

Trois semaines plus tôt, dans la petite église d'Heiligenstadt, Heine avait abjuré la religion de ses pères et reçu le baptême luthérien. La foi n'était pour rien dans cette conversion, uniquement dictée par la nécessité. En abjurant une religion qu'il ne pratiquait pas pour en prendre une autre qu'il comptait bien ne pas pratiquer davantage, Heine n'avait voulu qu'échapper aux édits qui excluaient les Juifs des carrières publiques. Ce ne fut d'ailleurs pas sans répugnance qu'il consentit à cette comédie, trouvant « au-dessous de sa dignité et contraire à son honneur de se faire baptiser pour obtenir un emploi en Prusse ». Les instances de ses proches vinrent à bout de ses hésitations ; mais dans la suite, il éprouva vivement le regret d'un acte que les meilleurs de ses frères de race tenaient pour une trahison.

Ci) Composé en 1823-24, mais publié seulement en 1826, en tête du premier volume des Reisehildcr.

(2) Cest à Gôttingen que furent écrits la majeure partie du Retour et l'étincelant Voya^ge au Harj: qui ouvre les Reisebilder.

Le voilà donc docteur en droit et, par dessus le marché, protestant. Qu'allait-il faire ? Serait-il avocat, professeur, di])l()niate ? Ou. tout naïvement, poète ? En attendant de résoudre la (juestion, il alla faire toujours aux frais de son oncle, un assez long séjour dans l'ile de Xorderney. « La mer, entrevue deux ans auparavant, lui apparut cette fois avec une splendeur victorieuse ; sa nouvelle inspiration était trouvée : il résolut de chanter la mer (i).

La Mer du Nord fut le fruit de ce séjour et de cette résolution. Ce recueil marque le culmen de l'ascension poétique de Heine, qui pourra élargir encore sa sphère d'inspiration, mais ne s'élèvera pas plus haut. Déjà les poésies enclavées dans le Voyage au Harz, et surtout cette radieuse Idylle sur la Montagne, qui est un chant de victoire et de domination, attestaient que le jeune poète s'était enfin reconquis sur les ténèbres, les larves efles fantômes, et que la métamorphose était en voie de s'accomplir qui, du chantre mélancolique des maux d'amour et des clairs de lune allemands, allait faire un chevalier du Saint-Esprit. autrement dit un soldat de la révolution universelle :

(Le Saint-Esprit) a fait les plus grands miracles : il en fait de plus grands encore; il a jeté bas les Bastilles et brisé le joug de resclai'e.

Il guérit les zneilles blessures mortelles et régénère le vieux Droit : tous les hommes étant nés égaux sont une race de nobles.

Il dissipe les maussades nuées et les sinistres fantômes qui nous gâtaient l'amour et le plaisir de leurs ricanements sans fin.

Mille chevaliers bien harnachés ont été élus par le Saint-Esprit pour accomplir sa volonté; et il les a dotcés de courage.

Leurs fidèles épées étincellcnt, leurs bonnes bannières flottent au vent! N'est-ce pas que tu voudrais bien, mon enfant, voir de ces vaillants chevaliers f

Eh bien, regarde-moi, mon enfant, embrasse-moi et regarde-moi hardiment; car je suis moi-même un de ces chevaliers de l'Esprit sacré!

Avec la Mer du Nord, la métamorphose est complète. Ce n'est plus seulement le monde de l'action, c'est la nature dans ses aspects les plus grandioses que Heine a découvert. On a dit que cette Nordsec était (( le plus splendide chapitre de son œuvre », et de fait, il ne retrouvera plus, même au temps du Romancero, cette souplesse dans le r}-thme, cette puissance dans le souffle, cette sérénité dans la pensée. La Mer du Nord est d'un bout à l'autre le poème de la « purification », la page unique où « l'âme délivrée pousse des cris

(i) J. Legras, op. cit., p. 69.

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de joie ». où Tesprit, inondé de lumière et maître de lui-même, acclame bruyamment la mer, « la mer bienfaisante et libératrice... Thalatta ! Thalatta ! ».

Tout en célébrant les divinités marines, Heine préparait une œuvre de prose : le premier volume des Reisehilder parut en mai 1826 (i). Evénement décisif dans sa vie : tous ses beaux projets d'établissement bourgeois en furent dérangés et finalement anéantis. ]\Iais du même coup, son nom vola de bouche en bouche à travers toute l'Allemagne.

Les Reiscbilder (Tableaux de voyage) étaient un livre tel que nul littérateur allemand n'en avait encore écrit : un livre étrange et pourtant simple, romantique et pourtant humain, disparate et pourtant harmonieux, un surprenant amalgame de souvenirs, de confidences, de rêveries, de boutades et de paysages, de prose et de poésie, où l'imagination pittoresque, la sensibilité fine et profonde, l'ironie mélancolique de Heine s'épanouissent en toute licence. Un livre qui mettait son auteur à l'avant-garde, non seulement de la jeune littérature allemande, mais de la Jeune Allemagne aussi, parce que chacune de ses pages était un défi aux puissances constituées de la Vieille Germanie et comme un appel à l'émancipation.

« Je veux montrer au monde, s'écriait Heine dans une lettre de cette époque, que je suis autre chose qu'un poète à sonnets, un poète d'almanachs ! » Et de fait, il le montra. Le temps était passé où un Gœthe, indifférent et superbe pouvait, au milieu de l'Europe en feu, (( à Weimar s'isoler des choses (2) ». A l'horizon des empires et des royaumes, montaient des niuées redoutables ; dans l'atmosphère alourdie, passaient des souffles de tempêtes ; tout présageait un retour offensif des peuples opprimés contre le régime de compression mortelle imposé par la Sainte-Alliance. Comment un homme tel que Heine, violenté dans sa race, souffleté dans sa foi sensualiste à un bonheur immédiatement réalisable, eut-il pu se désintéresser de cette « guerre d'indépendance » que « l'humanité » allait déclarer à ses oppresseurs ?

Les années qui suivirent furent les plus mouvementées de sa carrière. De 1827 à 183 1, véritable Juif errant, il court incessamment le monde, sans trouver à se fixer nulle part. A Londres, où il passe quatre mois, l'ennui le harcèle, encore avivé par ses préjugés napoléo-

(i) Le second volume parut onze mois plus tard (avril 1827). (2) Th. Gautier, Emaux et Camées.

niens et frain;ais. De retour en Allemagne, il met le sceau à sa réputation poétique en publiant le Lnrc des Chants (automne 1827). Ce n'était pas pourtant une œuvre nouvelle, mais le recueil de ses recueils antérieurs, où le lecteur retrouva, sans modifications sensibles, les Jeunes Souffrances (1816-21), V Intermezzo (1822-23), Le Retour (1823-24), les six poésies enchâssées dans le Voyage au Harz ('1824) et les deuxcycles de la Mer du Nord (1825-26)

A la fin de novembre, Heine était à Munich où, le i" janvier 1828, avec son ami Lindner. il prenait la direction d'une revue mensuelle Les Annales politiques, qu'il ne conserva que sqjt mois. Un moment, il pensa obtenir une chaire de littérature à l'Université; sa nomination semblait décidée, quand le roi de Bavière, sur l'opposition des Jésuites, refusa sa signature. Heine partit pour l'Italie, visita Gênes, Florence, Bologne, \'enise. La mort de son père, en décembre, le rappela soudain à Hambourg. On le retrouve ensuite à Berlin et à Postdam où il passe plusieurs mois, puis de nouveau à Hambourg, où il songe à s'installer de façon définitive (septembre 1829). A l'aide de ses carnets de route d'Italie, il y prépare les deux derniers volumes des Reisebilder, qui contiendront en outre quelques études sur l'Angleterre, écrites pour les Annales politiques. Ces études se terminaient par une solennelle profession de foi : « La liberté est une religion nouvelle, la religion de notre temps... Les Français sont le peuple élu de la nouvelle religion, c'est dans leur langue qu'en ont été formulés les premiers évangiles et les premiers dogmes ; Paris est la nouvelle Jérusalem, et le Rhin est le Jourdain qui sépare du pays des Philistins la terre consacrée de la liberté. ^)

Il prenait les bains de mer à l'île d'Héligoland quand, le 6 août 1830, les journaux lui apportèrent la nouvelle de la révolution de Juillet. Il en éprouva « un enthousiasme sauvage, une joie délirante », il en fut « comme enivré ». L'Allemagne entière partagea cet état d'âme : « Tous les arbres de l'espérance refleurirent, et même tous les troncs les plus rabougris et qui étaient séchés depuis longtemps poussèrent de nouveaux bourgeons. Depuis que Luther avait défendu ses thèses à la diète de Worms devant tout l'Empire rassemblé, aucun événement n'agita ma patrie allemande aussi profondément que la révolution de Juillet (i). »

Il y avait longtemps que l'idée d'aller vivre en France hantait le cerveau de Heine. Dès 1823, il en avait fait part à Immennann : « Je serai cet automne à Paris ; je compte y rester plusieurs années,

(i) Heixe, Louis Borne, livre H. (Dans rédiiion française des œuvres de Heine, ce livre II a été transporté dans De l'Allemagne, dont il forme la sixième partie : Réveil de la vie politique.)

Sa PORTRAITS D HIER

... Croyez-moi, quand même je chemine le jour, frais et riant par les rues étincelantes de Babylone, aussitôt que descend le soir, les harpes mélancoliques résonnent dans mon cœur, les trombones et les cymbales de la douleur y éclatent, toute la musique de janissaires des souffrances humaines...

Heine n'était pas venu à Paris dans runique dessein d'y écouler ses jours « tranquille et content, en Prussien libéré»; il se croyait appelé à y remplir une sorte de devoir social. Il voulait servir d'intermédiaire entre la culture allemande et la culture française, entre le peuple allemand et le peuple français, et préparer ainsi, à sa manière, « la grande confédération des peuples, la Sainte Alliance des nations ». Par ses correspondances de la Ga::ette d'Augsboufg (décembre 1831-juin 1832), il s'efforça d'abord de tenir l'Allemagne au courant des choses françaises. Ces articles, immédiatement réunis en volume (i), sont encore aujourd'hui attachants: il y a là un tableau extrêmement animé des débuts de la monarchie bourgeoise. Bien que Heine y pousse la prudence jusqu'à se déclarer monarchiste, il ne dissimule guère où vont ses réelles sympathies : elles vont à ce parti du mouvement qui proteste contre la confiscation bourgeoise de la révolution populaire. Aux jours tragiques où les républicains se jettent dans la révolte armée, il a peine, dans ses bulletins, à contenir l'indignation que lui cause la vue de la répression militaire.

Parallèlement, reprenant, pour la « redresser », l'œuvre de Mme de Staël, «cette grand'mère des doctrinaires», il se préoccupait d'initier le public français à la philosophie et à la littérature allemande, de la Réforme au Romantisme. Il donna d'abord à l'Europe littéraire de Victor Bohain, de copieuses études sur la littérature allemande jusqu'à la mort de Goethe et sur les poètes romantiques d'outre-Rhin. Puis Buloz, dès 1832, lui ouvrit la Revue des Deux- Mondes, et enfin l'éditeur Renduel publia coup sur coup trois ouvrages de lui : De la France, en 1833, les Reisehilder, en 1834, De l'Allemagne, en 1835 (2). Ce sont ces trois ouvrages qui ont fondé chez nous la réputation de Heine, et non ses poésies qui ne furent traduites que plus tard.

Au cours de la même période, il publiait en langue allemande, outre les Franzœsische Zustœndc, déjà citées (3), deux volumes con-

(i) Fransosische Zust'ànde (Hambourg, 1832), avec cette épigraphe : Vive la France! Quand même... Trad. française : De la France (Paris, 1833).

(2) De l'Allemagne comprenait les études de la Revue des Deux-Mondes et de l'Europe littéraire.

(3) Etat des choses en France.

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tenant ses études de VEnropc littéraire : Zur Geschiclite der neueren scluvncn Littcratur in Dciitschland (i), et surtout les quatre volumes de- mélanges qui, sous le titre de Salon (2), s'espacèrent de 1833 à 1840.

On le voit : la polémique et la vulgarisation philosophicjue absorbèrent, durant ces années, le plus clair des forces de Heine. Qu'il était loin le temps naïf des Jeunes Souffrances et de Vlnterinesao! Le poète était maintenant en pleine mêlée : comment eiJt-il trouvé le loisir de rêver ? Sans doute, il n'avait pas rompu complètement avec la « musc allemande ». et il demeurait capable d'écrire, à l'occasion, des ballades telles que le Tannhœuser ou des poésies galantes comme celles (|ui forment la série des Verschicdene. Mais, en général, de 1831 à 1839, sa production poétique est, en qualité comme en quantité, sensiblement au-dessous de ce qu'elle avait été précédemment, comme aussi de ce (|u'elle sera par la suite.

Du moins, la valeur de son action sociale compense-t-elle cette défaillance de son art ? Hélas ! il faut le reconnaître : Heine ne donne pas le spectacle d'une activité politique bien cohérente et bien égale. Certes, il s'était jeté dans la bataille sans arrière-pensée ni réserve, et sa sincérité n'est pas en cause. ^lais il n'était pas l'homme de l'action ; et partout et toujours, il demeurait poète. Il manquait suprêmement de discipline, d'endurance et d'abnégation : c'était un partisan, ce n'était pas un sold'at. Son incUvidualisme irréductible répugnait aux embrigadements. l'Vondeur, nerveux, excessif, irritable jusqu'à l'injustice, il s'attira des inimitiés qui n'étaient pas toutes imméritées. Les radicaux, hommes d'une seule pièce, lui reprochaient la prudence et le modérantisme de son attitude, la tiédeur de sa foi en l'imminence d'une révolution allemande, son dédain pour les phrases dont ils se gargarisaient volontiers, son éloignement de tout fanatisme, et l'impiété d'une ironie qui n'épargnait rien ni personne (3). On lui reprochait encore ses relations mondaines, son besoin aristocratique d'élégance, de -confort, de vie facile, et cette théorie qu'il mettait si bien en pratique, que

U) [Contributions'] à l'histoire des Belles-Lettres modernes en Allemagne. Ces éludes devinrent, en 1836, Der romantische Scliiile (l'Ecole romantique), et plus t.';rd, précédées des études philosophiques et religieuses parues dans la Revue des Deux-Mondes, et suivies (je cite en français pour plus de commodité) des Aveux. des Esprits élémentaires, du Docteur Faust, des Dieux en exil et de la Déesse Diane entrèrent dans la composition de Deutschland. équivalent allemand de De l'Allemagne.

{2) Ce titre (Der Salon) a disparu des œuvres de Heine, où il n'est plus rappelé que par deux préfaces, et les morceaux qu'il recouvrait ont été classés ailleurs. C'étaient, outre des poésies et des ballades : Sur les Peintres français. Mémoires de M. de Sclwabelezi'opski, Sur l'histoire de la Religion et de la philosophie eit' Allemagne, Nuits florentines, les Esprits élémentaires, les Dieux en exil, le Rabbin de Bacharach, Sur le Théâtre en France.

(3) Par exemple, il s'amusait d'entendre un cordonnier contrefait et boiteux déclarer que tous les hommes sont égaux.

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génie et vertu sont inaccordables, théorie qui le faisait taxer d'immoralité. Mais ce qui acheva de le brouiller avec ses compatriotes radicaux, alors si nombreux à Paris, ce fut le livre qu'il crut pouvoir écrire, en 1840, sur l'homme qui avait été leur chef, Ludwig Bœrne, le tribun à l'éloquence biblique, le Lamennais allemand.

Pourtant ce livre, intempestif peut-être, n'est point odieux. C'est un des plus curieux qu'ait produit Heine. Il montre jusqu'à l'évidence que la rupture entre Bœrne et lui eut sa cause première dans l'irrémédiable divergence de leurs natures morales. Avant d'être libéraux ou même révolutionnaires, les hommes, selon Heine, sont nazaréens ou hellènes, « les uns avec des tendances ascétiques, inconoclastiques, spiritualistes, — les autres avec une nature réaliste, tournée vers les joies de la vie et s'épanouissant avec fierté ». Or Bœrne était l'incarnation parfaite de la « petitesse nazaréenne ». tandis que Heine mettait la vie haut au-dessus de tous les dogmes et voulait voir en elle la vertu essentielle, le principe des principes.

A l'incompatibilité des humeurs, ajoutez celle des opinions. Démocrate, Heine croyait l'être assurément, et jusqu'à la fin de sa vie il en acceptera le nom. Il l'était en ce sens qu'il ne cessait de combattre les privilèges de naissance et de proclamer l'égalité en droit de tous les hommes. Pourtant il redoutait en secret l'avènement de la démocratie : il craignait qu'elle ne mît en 'question tout ce qu'il aimait : l'art, la poésie, le rêve, les biens immatériels. Je ne vois pas qu'il ait jamais réclamé ni le suffrage universel ni la république, ces deux nécessaires attributs de la démocratie, et c'est sans doute pourquoi quelqu'un qui l'a bien connu, Alexandre Weil, le traite de libéral vulgaire, « dont le libéralisme n'allait, au fond, pas plus loin que la monarchie constitutionnelle » (i). L'opinion n'est pas insoutenable; je la crois pourtant inexacte.

En réalité, Heine n'était ni en deçà du radicalisme révolutionnaire de Bœrne, ni au delà, — pour cette raison qu'il se plaçait sur un autre terrain. Ce que Bœrne prêchait, « dans un langage digne du sermon sur la montagne (2) », c'était le républicanisme humanitaire le plus vague, le plus inopérant, c'était la pure réforme constitutionnelle. Or Heine visait plus haut et plus loin,. Elevé à l'école de la philosophie allemande, il « attendait dans le monde des faits la même révolution qui s'était opérée dans le monde de l'esprit », c'est-à-dire que, d'un bouleversement total de l'ordre séculaire, il attendait la régénération religieuse et sociale de l'humanité.

Cette conception d'une régénération complète des cadres sociaux et

(i) Alexandre Weill : Ludovic Boerne, sa vie, sa mort... (Paris, 1878). (2) Ch. Andler, Le Manifeste communiste, introd. hist., p. 7.

HENRI HEINE Se,

des rapports humains, Heine la tenait des saint-simoniens avec lesquels il s'était lié dès son arrivée en France. C'est à une interprétation large du saint-simonisme que se rattachent, à dater de 1831, toutes ses idées sur l'émancipation. Cette adhésion à la « Doctrine » ne saurait faire un doute. Après s'être longtemps satisfait « de la terminologie de 1789 », après avoir étalé « un graml luxe de tirades... contre la prêtrise et l'aristocratie », Heine avait tini par s'en dégoûter.

Le fait réel est qu'aujourd'hui, sous le mot aristocratie, je ne comprends pas seulement la noblesse de naissance, mais tous ceux, qucique nom qu'ils portent,, qui vivent aux dépens du peuple. La belle formule que nous devons, ainsi que beaucoup d'excellentes choses, aux Saint- Simoniens, l'exploitation de l'homme par l'homme, nous conduit bien par delà toutes les déclamations sur les privilèges de la naissance. Xotre vieux cri de guerre contre le sacerdoce a été également remplacé par une meilleure devise. Il ne s'agit plus de détruire violemment la vieille Eglise, mais bien d'en édifier une nouvelle, et bien loin de vouloir anéantir la prêtrise, c'est nous-mêmes qui voulons aujourd'hui nous faire prêtres (i).

C'est là du saint-simonisme tout pur. Or, le saint-simonisme n'était rien moins qu'égalitaire. Son idéal était une société savamment hiérarchisée de prêtres, de savants et d'industriels, où l'autorité, ayant cessé d'appartenir à la naissance ou à la richesse, n'était plus conférée qu'au mérite individuel. Malgré leur formule fameuse sur l'amélioration de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », les saint-simoniens n'attendaient de cette classe, même améliorée, que l'obéissance, et c'est aux mains d'une aristocratie, d'ailleurs ouverte, de capacités, qu'ils entendaient remettre les destinées de la société. Rien de plus éloigné des conceptions démocratiques (2). Enfin — et ceci, particulièrement, devait enchanter notre anti-nazaréen — le saint-simonisme apportait au monde une morale ou plutôt une religion nouvelle, non plus mystique comme celle de Jésus, mais terrestre et humaine, — un nouveau christianisme affirmant, à l'instar du panthéisme, l'immanence du divin et réhabilitant la matière et les sens.

(i) Rciscbilder, préface à la première éd. française (20 mars 18^4).

(2) Dans une notice sersant de préface à une récente édition des Œuvres de Heine, notice signée de mon nom, on peut lire le paragraphe suivant, qui prétend expliquer la brouille de Heine et de Borne : « Heine, en effet, qui avait frôlé de très près le Saint-Simonisme, si même il n'j- avait pas adhéré, ne pouvait se satisfaire d'un vague radicalisme. C'était un ardent démocrate et parfois un-, socialiste étrangement hardi et clairvoyant. »

J'ai le regret de dire que toute la partie en italique du dit paragraphe n'est pas de moi, et que je me refuse à en accepter la responsabilité. Jl en est de même du paragraphe qui termine, d'une manière si ridiculement oratoire, la notice en question.

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L'attitude militante de Heine ne pouvait manquer d'attirer sur lui les foudres des gouvernements d'outre-Rhin. La révolution de Juillet avait réveillé, en x-Vllemagne, l'esprit d'opposition. En littérature notamment, il se manifestait par une levée tumultueuse contre les disciplines romantiques : ce mouvement eut son théoricien en Wienbarg qui. au printemps 1834, dédia à la « Jeune Allemagne et non à la A'ieille » ses Campagnes esthétiques, expression fougueuse de la volonté de vie dont tressaillaient les générations montantes. Derrière A\'ienbarg, une équipe d'écrivains nouveaux, les Gutzkow, les Laube, les Mundt, s'efforçait de créer un art dont la base ne fût pas le rêve, mais la vie; et si, faute de génie, ils n'y parvenaient guère, l'accueil empressé qu'ils recevaient du public n'en était que plus significatif.

C'est alors que, sur la dénonciation d'un certain Menzel, écrivain lui-même et renégat du libéralisme, la Diète de Francfort intervint. Le 10 décembre 1835, Gutzkow, Laube, Wienbarg, Mun/dt et, avec eux, Henri Heine, que son âge et son esthétique ne permettaient guère d'assimiler aux autres, mais qu'on voulait atteindre du même coup, furent accusés de former, « sous le nom de Jeune Allemagne », une école littéraire dangereuse pour la religion, l'ordre, la pudeur et la moralité, et signalés par conséquent aux Etats Confédérés pour que les lois et règlements leur fussent rigoureusemen,t appliqués.

Bien que cet arrêté n'ait pas été exécuté partout avec la même rigueur, les intérêts de Heine eurent gravement à en souffrir (i). Son existence matérielle n'en devint que plus difficile. Aussi les quatre ou cinq années qui suivirent semblent-elles avoir été parmi les plus affligées de sa vie (2). Il y a de lui, à cette répoque, une lettre à la princesse Belgiojoso, lettre qu'a publiée M. Legras (3), qui jette un triste jour sur l'état de son âme durant cette période. Heine s'y plaint d'être malade d'âme encore plus que de corps « ; mais surtout il y avoue les tentations, « grandes depuis quelque temps » qui lui viennent de faire sa paix, « paix ignoble, avec les autorités d'outre- Rhin, pour pouvoir sortir des ennuies (sic) de l'exil et de cette gêne

(ij En vain adressa-t-il à la Diète une supplique où, non sans humilité dans les termes, il lui demandait l'autorisation d'aller plaider sa cause devant elle et démontrer la moralité de ses intentions. Il ne fut pas fait droit à cette étran-e demande. L'arrêté ne fut abrogé qu'en 1842.

(2) Les moins fécondes en tout cas. Aux œuvres déjà citées, je ne vois «nière a ajouter qu'une introduction à Don Quichotte (1837) et une longue étude sur les héroïnes shakespeariennes.

C3) Lettre du 30 octobre 1836 (Aix-en-Provence). J. Legr.^s, op cit pn 400 et sq. '■ ^' ^

fastidieuse qui est pire qu'une pauvreté comi>lète ». Puis il ajoute : « Vous auriez une juste idée dit triste état de ma santé morale, si vous saviez quelle réaction se fait depuis peu dans mon esprit par rapport aux doctrines religieuses dont on me connaît l'adversaire. Mes opinions sont en contradiction avec mes sentiments... » — Nous verrons, treize ans plus tard, renaître et se dénouer cette antinomie intérieure.

Privé du ])roduit de la vente de ses œuvres, Heine se trouvait momentanément réduit à la rente de 4.800 francs que lui servait son oncle. C'était maigre, pour un homme qui n'avait jamais été un ascète et qui venait encore d'accroître ses charges en se créant un foyer. En 1834. en effet. Heine avait fait connaissance d'une jeune employée de commerce dont la grande beauté l'avait comme ébloui : elle se nommait Mathildc Mirât. Le poète en avait fait sa maîtresse, en attendant de s'unir légalement à elle (i).

En général, les biographes se montrent durs pour Mme Heine. On a fait d'elle « passivement et sans l'apparence même d'une intention » le mauvais génie du poète (2). Il y a là une exagération. Il est entendu que l'union de Heine et de Mlle ]\Iirat, qui manquait autant de culture que de réelle ouverture d'esprit, fut bien pour le premier, au point de vue intellectuel, une mésalliance. Mais la jeune femme avait des qualités aussi : de l'enjouement, de la grâce, de la bonté, et Heine, qui voyait en elle « sa femme et son enfant tout ensemble » l'a beaucoup aimée, non pas toujours sans jalousie. Quoi qu'il en soit, ce fut, à n'en pas douter, pour subvenir aux besoins croissants de son ménage que Heine, en 1836, se résolut à accomplir ce que le Meyer's Konversations Lcxicon nomme a la plus grave démarche de sa vie », celle dont la révélation soudaine, en 1848. devait si rudement l'atteindre.

En avril-mai 1848, on apprit, par une publication de la Revue rétrospective, que Heine avait émargé aux fonds secrets de la monarchie déchue pour une somme annuelle de 4.800 francs. L'événement iît du bruit, principalement en Allemagne, où de bonnes langues insinuèrent qu'à défaut de ses paroles. Heine avait bien pu vendre... son silence. Emu de ces commentaires perfides, le poète crut devoir se défendre. Voici quelques lignes de V Explication qu'il adressa aux journaux allemands :

Je ne suis pas un écrivain servile qui se fait payer son silence...

(i) Ce mariage eut lieu en août 1S41. quelques jours avant le duel de Heint.avec Strauss (duel provoqué par le Ludwig Borne'). Mme Heine avait dix-neuf ans en 1834 : elle est morte à Passy en 1883.

(2) J. Legras, op. cit., p. 188.

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(i) Probablement entre le 22 février ^f i ^ ministère Thiers. Heine connaissait Thierl ^.,^"P^^"^bre 1836, dates extrêmes du g>ojoso. Il se peut que Mi^ne ai sinx 1' "î ^^^^trait chez la prin es^e Bel I a-nt de la belle réfugié! et ri^t^e^ aml^ .^uï^"- ^.'^^^-édiaire : " et, <^) Elles ont été réunies en volume sous le "tit"" de ^C'

rlont plusieurs ne le cèdent en rien aux plus belles du Litre des Chants. de nombreux Zeitgedichte (poésies de circonstance), sortes de pamphlets politiques en vers d'une étonnante violence d'invectives, et enfin deux grands poèmes satiriques. Atta Troll, songe d'une nuit d'été (1841-42) et Germania, conte d'hiver (1844). Toute cette production (les ballades exceptées) est de la lignée des Reisebilder. Le poète y déploie une verve enflammée ; son ironie étincelle comme une épée dans le combat, et ceux qu'elle a atteints en porteront éternellement l'estafilade : despotes de Prusse et de Ba\'ière, poètes « à tendances >), teutomanes balourds, \'ieille Allemagne tout entière, — et quelquefois la Jeune aussi... Ou bien, sa poésie, de politique, se fait sociale : et elle exprime alors le rêve d'une humanité libre ou répète le cri de malédiction des tisserands silésiens qui tissent le linceul du vieux monde.

Plusieurs de ces fortes diatribes parurent dans les Annales francoallemandes et dans le Voiicaerts, organes des réfugiés allemands (1844). Là, le poète rajeunissait sa foi saint-simonienne au contact des nouveaux militants. De ces jeunes gens, celui qu'il appréciait le plus était sans contredit Karl Marx, dont le réalisme révolutionnaire, le conimtmisme critique, si ennemi des phrases à effet où se plaisaient les radicaux, dut le ravir. Dans ses Aveux, dix ans plus tard, il le nommera son ami, et fera d'Engels et de lui un précieux éloge :

Les chefs plus ou moins occultes des communistes allemands sont de grands logiciens dont les plus forts sont sortis de l'école de Hegel, et ils sont sans nul doute les têtes les plus capables et les caractères les plus énergiques de l'Allemagne. Ces docteurs en révolution et leurs disciples impitoyablement déterminés sont les seuls hommes en Allemagne qui aient vie, et c'est à eux qu'appartient l'avenir.

La carrière des Annales et du Vonvacrts fut brève. Le tir à mitraille qu'ils dirigeaient contre les gouvernements allemands finirent par impatienter ceux-ci. qui se vengèrent en faisant expulser de France leurs principaux rédacteurs. En même temps, fut lancé contre Heine un mandat d'arrestation, qui eut pour résultat de lui fenner à jamais les frontières de l'Allemagne (i).

Tout hostile qu'il fut au principe de nationalité et au patriotisme belliqueux, Heine aimait tendrement l'antique terre allemande où sa jeunesse était ensevelie (2), et l'idée de mourir sans avoir revu *( la fu-

(i) Durant ses \-ingt-cinq années dexil. il ne retourna en Allemagne que deux fois : en 1843 et 1844. C'est au premier de ces voyages que se rapporte le Conte d'hiver.

(2) « 0, Allemagne , mon lointain amour, quand je pense à toi, des larmes

me viennent. La gaie France me semble morose, le peuple léger me pèse... » 0?t amour du pays allemand se retrouve très souvent dans les poésies des dernières années de Heine.

^° PORTRAITS d'hier

^on, les secours que jai reçus... n'étaient pas un tribut; c'était la grande aumône que le peuple français accordait à tant de milliers d'étr-n gers que leur zèle pour la cause de la Révolution avait compromis dats la Fr'atT '' '"" ^^^"" ^'^^""^^ '''''''' "" ^''^ -' ^«^^ ho'spitaHer de

Accordée à Heine au lendemain des décrets contre la Jeune Aile ma.-ne, (i) cette « aumône >. lui avait été continuée de 1840 à 1848 par le mm.stere Gu.zot : « Je ne suis pas homme, aurait di^en cette

La prei.ve que jamais le gouvernement français nexijea de son

^^TI-} u ^ recommença, en février 1840, d'envoyer à la Ga^ctcdAugsbourg (2) : elles ne sont pas d'un obligé La s™oathie

his,orien.E.;ue ti.- .C'e^or ^'"""- "«^ ™' '' i"g<= en capacité de ceux ni 1. ^ monarchie, en dépit de la haute

<iu^neest^nri^:;j:rb:rr:::i'ie^:rtsr^^^^^^^

sont comptés ; tôt ou tard elle t^mh! f ^ ^ ^ bourgeoisie

ime vue historique dégagée de tout intérêt sordide H"ine"T'v •' longuement, je dirai même complaisamment I d&rk av/ ^ '"f

.a poésie et ■ Jv^:l?:lx7 iVeVirr''^^" "r "rfo^d'y-;-" â :r-'-s" -e^r^^^ererTi:

q"-il est „ irréft le ; q e ' t^^ les^ho™'"" ' "'f^'^ ^^'^ manger „ ; ensuite narce oui 1, "''' °"' '« *oit de

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cU:)nt plusieurs ne le cèdent en rien aux plus belles du Livre des Chants, de nombreux Zeitgedurhte (poésies de circonstance), sortes de pamphlets politiques en vers d'une étonnante violence d'invectives, et enfin deux grands ix)èmes satiriques, Atta Troll, songe d'une nuit d'été (1841-42) et Germania, conte d'hiver (1844). Toute cette production (les ballades exceptées) est de la lignée des Reisebildcr. Le jwète y déploie une verve enflammée ; son ironie étincelle comme une épée dans le combat, et ceux qu'elle a atteints en porteront éternellement Testafilade : despotes de Prusse et de Bavière, poètes a à tendances », teutomanes balourds, \'ieille Allemagne tout entière, — et quelquefois la Jeune aussi... Ou bien, sa poésie, de politique, se fait sociale : et elle exprime alors le rêve d'une humanité libre ou répète le cri de malédiction des tisserands silésiens qui tissent le linceul du vieux monde.

Plusieurs de ces fortes diatribes parurent dans les Annales francoallemandes et dans le Vorn'aerts, organes des réfugiés allemands (1844). Là, le poète rajeunissait sa foi saint-simonienne au contact des nouveaux militants. De ces jeunes gens, celui qu'il appréciait le plus était sans contredit Karl jMarx, dont le réalisme révolutionnaire, le communisme critique, si ennemi des phrases à efifet où se plaisaient les radicaux, dut le ravir. Dans ses Aveux, dix ans plus tard, il le nommera son ami, et fera d'Engels et de lui un précieux éloge :

Les chefs plus ou moins occultes des communistes allemands sont de grands logiciens dont les plus forts sont sortis de l'école de Hegel, et ils sont sans nul doute les têtes les plus capables et les caractères les plus énergiques de l'Allemagne. Ces docteurs en révolution et leurs disciples impitoyablement déterminés sont les seuls hommes en Allemagne qui aient vie, et c'est à eux qu'appartient l'avenir.

La carrière des Annales et du Vorivaerts fut brève. Le tir à mitraille qu'ils dirigeaient contre les gouvernements allemands finirent par impatienter ceux-ci, qui se vengèrent en faisant expulser de France leurs principaux rédacteurs. En même temps, fut lancé contre Heine un mandat d'arrestation, qui eut pour résultat de lui fenner à jamais les frontières de l'Allemagne (i).

Tout hostile qu'il fut au principe de nationalité et au patriotisme belliqueux, Heine aimait tendrement l'antique terre allemande où sa jeunesse était ensevelie (2), et l'idée de mourir sans avoir revu u la fu-

(i) Durant ses vingt-cinq années d'exil, il ne retourna en Allemagne que deux fois : en 1843 et 1844. C'est au premier de ces voyages que se rapporte le Conte d'hiver.

(2) — « O, Allemagne, mon lointain amour, quand je pense à toi, des larmes nie viennent. La gaie France me semble morose, le peuple léger me pèse... » Cet amour du pays allemand se retrouve très souvent dans les poésies des dernières années de Heine.

9° PORTRAITS d'hier

mée bleue qui monte des cheminées d'Allemagne » lui fut un coup très rude. — Au même moment, un lamentable conflit d'intérêts, en le mettant aux prises avec une partie de sa famille, ruina définitivement

sa santé

Son oncle, le banquier d'Hambourg, venait de mourir trente ou quarante fois millionnaire (1844). La pension de 4.800 francs que Heme en recevait depuis tant d'années, allait-elle lui être continuée '^ Il le pensait, ayant eu de son oncle à ce sujet des promesses formelles Or en l'absence d'une clause écrite, le fils du banquier, Karl Heine refusa, contre toute attente, de continuer la pension. Le désespoir la fureur qui s'emparèrent du poète à cette nouvelle déterminèrent une attaque de paralysie qui faillit l'emporter. II se remit néanmoins et durant des mois et des mois, tour à tour menaçant et suppliant, s'employa a fléchir son cousin. Un accord intervint : Karl Heine s'engageait a servir a son cousin une rente viagère de 5.000 francs (qu'il doubla presque par la suite); le poète promettait de ne rien publier qui put être désagréable à sa famille. Ceci se passait en 1847. En mai 1848, quelques jours après la révélation de la Rcime rétrospective, Heine s'alitait pour ne plus se relever. Mais il allait mettre huit ans à mourir

Il supporta son lent martyre avec une force d'âme prodigieuse Constamment étendu sur sa couche, exsangue et décharné à faire peur, Il ressemblait « a un pauvre cadavre non enterré! ), A de certains moments, quand des crampes lui tordaient les membres, il souffrait epouvantablement. Son mal était une affection de la moelle épinière avec paralysie des organes moteurs, des organes du goût, des paupières • la vision subsistait, mais très endommagée. '

Sa vie active était finie, non son labeur. Jusqu'au dernier jour dans ce corps misérablement brisé, l'esprit demeura intact, plus vif' plus vibrant que jamais. . Recevoir des visites, écouter a lecture d ouvrages historiques ou de la Bible, composer des lettres ou des vers le. dicter, les relire et les refaire, traduire en français quelques-unes' de ses œuvres revoir les traductions de ses collaborateurs, corri".

le Telles' "' T'^' '"^"^"^'^^ '' ^^^"^-^' -«" -"^^l teJIes furent les occupations quotidiennes de ce martyr (i) „

C'est dans ces conditions que parut le Romancero (1852) Ce recueil qu il nommait . le troisième pilier de sa gloire lyrique l' et dont le

(2) J. Legras, op. cit., p. 313.

succès fut éclatant, contenait tout un cycle de merveilleuses ballades, (les satires politic|ues ou personnelles, et, sous le titre caractéristique de Lazare, des poésies intimes d'une désolation pénétrante :

Le sommeil est bon, la viort est meilleure: à froi dire, le mieux serait encore de n'être jamais né.

La désolation, c'est le thème quasi unique des poésies qu'il écrira désormais (1853-56) et qui ne paraîtront qu'en 1869. Le pessimisme a soufflé sur son âme. Plus d'espoir! Tout n'est qu'iniquité, misère et damnation. Parfois, le malheureux éclate en imprécations, « dont la plus terrible ne tuera pas une mouche ». D'autres fois, ce sont des supplications touchantes : malgré tout ce qu'il endure, il veut vivre, ce moribond :

0 Seigneur! Le mieux, je crois, c'est que tu me laisses dans ce monde...

Je le sais, ce monde est plein de péchés et de vices; mais je suis accoutumé déjà à battre en flânant le pavé de bitume de cet enfer terrestre.

Le bruit du monde ne me gênera pas, car je sors rarement ; en robe de chambre et en pantoufles, j'aime à rester auprès de ma femme, chez moi.

Laisse-moi auprès d'elle! Quand je l'entends babiller, mon âme boit avec délices la musique de cette z'oix charmante. Son regard est si loyal, si honnête!

De la santé et un supplément d'argent, c'est tout ce que je te demande! Oh! laisse-moi, joyeux, vivre encore de beaux jours dans le statu quo !

D'autres fois au contraire, il appelle la mort qui, seule, finira ses tortures : « O Dieu ! abrège mes souffrances et que bientôt l'on m'enterre ! Tu sais pourtant que je n'ai pas de goiît pour le martyre ! »

Tant de souffrances finirent par avoir raison des opinions que Heine avait jusque là professées en matière religieuse. Il se fit dans son esprit une (( révolution de février », qui, du panthéisme ou plutôt de l'athéisme d'autrefois, l'amena au déisme pur et simple, au « dogme d'im dieu réel, personnel, qui existe en dehors de la nature et du cœur humain (i). » Une lecture incessante de la Bible, surtout de l'Ancien Testament, l'entretenait dans ces idées nouvelles (2). Lui (jui avait tant combattu la conception nazaréenne et juive de la vie, il inclinait maintenant devant elle son orgueil d'Hellène terrassé. Le Juif se réveillait en lui, — le Juif « indestructible ». Il se glorifiait d'appartenir au peuple de Moïse, « d'être un descendant de ces martyrs qui ont donné au monde un Dieu, qui ont promulgué le code éternel de la

(i) Lettre à Laube (Mercure de France, 15 avril 1906).

'(2) « La Bible, disait-il en 1854, [est] la prande pharmacie domestique de l'humanité. i> Puis il ajoutait aussitôt : « Mais hevireux qui est sain et n'a pas besoin de médecine ! »

9^ PORTRAITS d'hier

morale, et qui ont vaillamment combattu sur tous les champs de bataille de la perisée. »

Avec son ordinaire sincérité, il s'empressa d'informer le public du changement d'orientation qu'avait subi sa pensée. Le public s'y méprit, et crut que Heine se réfugiait dans les bras d'une église quelconque' Rien n'était plus faux ; Heine ne songeait pas plus à se faire catholique qu'à se refaire protestant ; il voulut même que ses obsèques fussent simplement civiles.

C'est la maladie qui l'éloigna du panthéisme. Comment croire à la divinité de l'homme, lorsqu'on n'est plus qu'un pauvre corps tremblant de fièvre, épuisé d'insomnie ? Comment ne pas croire plutôt que 1 homme n'est qu'un jonc misérable aux mains d'une puissance insondable qui peut ce qu'elle veut. Heine n'affirme Dieu que pour abaisser Ihomme. Car son Dieu, à lui, n'est ni miséricordieux ni justec est un Dieu sombre et farouche, tel le lavèh des vieux Hébreux Et la pitie de Heine n'est pas une efiFusion d'amour, c'est la morne soumission du vaincu, c est un renoncement désespéré à la volupté de vivre.

En politique il demeurait ce qu'il avait été : une « sentinelle perdue

rtTet^é ^ : ''n'' '''^' " ^^^ ""^ ''''' '' - semble' avoir regrette la part qu il avait prise à l'exténuame bataille. Il est vrai

s^monien! ".'"'' ''^T ^'^-^n^ent de cet âge d'or que les saintsimomens avaient mis « devant nous, non derrière « était quelque peu ébranlée. Il savait la vieille société condamnée, sans vouloir se faTre d Illusions sur celle qui la remplacerait. Tout en répétant que l'avenir appar lent aux communistes, il était loin de voir cet avenir en beau

Autour de lui, peu à peu, l'isolement se faisait. Ce moribond qui ne voulait pas mourir importunait. Beaucoup le croyaient mo t dentd! longtemps. Il savait cela, et souriait P'"'

Ses derniers jours se fleurirent des roses d'un dernier amour

Ih ratu" r7 Tu T ^'""^ ^"^"^^"^^^' ^^-^ de Krinitz (^■

itteratu e Camille Selden) qui lui servait parfois de secrétaire Cet

mour de mourant futcomme un suprême baiser à la vie. En févrie

18.6, le malade fut pris de vomissements qui durèrent trois jours II

i art faisait signe que oui, il dit sans se troubler : « C'est bien >, Le 17 février, avant l'aube, il s'éteignit avec sérénité (i).

(0 Princesse della Rocca (nièce âe Rp;„..^ c Henri Heine (Paris, i88i). ^ ' •^'^"^^"^''^ '«*'

mes sur la vie de

YII

\Jn demi siècle a passé depuis qu'il a cessé de s(jufîfrir et de chanter. Il repose au cimetière Montmartre, loin de cette patrie allemande qui. pour le châtier de l'avoir dédaignée, s'est détournée de lui sans pitié. Jusque dans la tombe. Heine est, en Allemagne, un proscrit. Les haines qu'il y avait suscitées lui survivent et se refusent à fléchir. L'Allemagne actuelle, hérissée de pointes d'acier et ceinturée de bronze, cette Allemagne bismarckienne qui monte la garde de la réaction en Europe, a rayé Heine du nombre de ses fils, et c'est seulement en terrain privé que l'autre jour, à Hambourg, il a été possible de lui dresser une statue.

Etranger à l'Allemagne officielle de son temps, Heine l'est plus encore à celle d'à-présent. Il n'a pas concouru à fonder l'Empire ; il en a, au contraire, combattu l'idée et combattu les fondateurs. Il y représente le parti vaincu, les idées terrassées, et, conformément aux lois de la guerre, la malédiction du vainqueur s'abat sur son tombeau.

Pauvre Heine ! Il était dit que jusque dans la mort, il connaîtrait la persécution et l'exil. Cela lui était- réservé de subir jusque dans la mort l'opprobre de l'exclusion. — le ghetto. Et sa mémoire doit à ces injures posthumes un charme infiniment douloureux.

En dépit des j^roscriptions prussiennes, il demeurera. Il est le cri de son époque, un cri qu'on ne peut entendre sans en être intérieuremerut déchiré. Nul n'a su rendre comme lui le trouble profond des âmes au lendemain de la révolution française 'et des guerres européennes : c'est sa grandeur et sa faiblesse tout ensemble, d'avoir, comme il l'a fait, éternisé le momentané.

Heine a été vraiment « le poète de la révolution » ; mais il faut l'entendre au plus large sens. La révolution a, avant tout, transformé la société civile ; mais elle a été accompagnée et suivie d'une révolution morale, d'un bouleversement des sensibilités. L'^n.e nervosité sans mesure, une inquiétude de tous les instants, des passions qui submergent l'être, d'héroïques enthousiasmes qui. brusquement, au moindre choc, se muent en découragements absolus... Cette sensibilité « romantique » n'a été que l'expression, dans les âmes, d'un état social profondément tourmenté, d'une époque en rupture de tradition et d'ordre.

Dans cet état de l'âme, tout est trouble et confus. Pas de joie qui ne soit exempte de souffrance, pas de rire que n'humectent des larmes ; l'amour a quelque chose de mélancolique et de funeste. Comment l'ironie ne jaillirait-elle pas du spectacle de ces dissonnances et de ces disparités? L'ironie de Heine, cette merveilleuse ironie qu'on a comparée à celle de Voltaire, qu'elle égale en bouffonnerie et dépasse en pathétique, — c'est essentiellement l'esprit de Heine ( son sens critique, si l'on veut : il l'avait très aigu) s'amusant du dérèglement

94 PORTRAITS d'hier

de sa sensibilité et signifiant, par un sourire, qu'il n'est pas dupe le moins du monde.

Je viens de dire que Heine avait un sens critique très fin. Heureuse 1 qualité ! C'est elle qui lui a permis de s'affranchir, littérairement et politiquement, des disciplines romantiques. Littérairement il s'est affranchi en substituant à l'esthétique de sourds-muets et d'kveu^les pratiquée par l'école (« la rêverie, c'est là le monde et la réalité » enseignait gravement Novalis !) une esthétique de vérité et de vie- à la nuageuse philosophaillerie, le sentiment juste; à la vaine érudition la notion claire ; au charabia, le style. - Politiquement, la rupture' ne tut pas moins radicale. Par haihe du rationalisme déicide, le romantisme allemand s-était jeté, on le sait, dans les bras de la réaction féodale et religieuse. Heine au contraire, fidèle à la pensée libératrice et cosmopolite du xvme siècle, embrassa, dès qu'il sut penser, la cause de lemanapation. Avec quelle exaltation juvénile, il jeta son défi au vieux monde vêtu d'miquités ! Plus tard, il crut trouver, dans le saintsimonisme. la s3-nthèse révolutionnaire attendue et comme la clef de lage d or; plus tard encore, ayant connu Marx. Juif et révolté comble lui 11 pressentit dans l'agitation prolétarienne naissante l'avènement inévitable du Quatrième Etat. Qui donc a mieux refl é sous ses aspects changeants, l'idéal rayonnant de deux ou trois générlt ons

a la fraterni e. Et ce n'est pas sa faute, si, loin de ratifier l'utooie humanitaire, le siècle l'a écartée d'un veto brutal. Car c'est a guerr o^

t:T-'':\r ')T' ' 'r '^ ^^^^^ ^^-^ ^ ^^^ organisa: no?

arnvé"ptèï"deT '""' ^1 '"'''' ''■ '"''' '' ^^^"^ "'^^ P- --re Il , f- , révolution, son jour ne saurait être que celui

ain coToris't "'"" "^^ ^^^^^''^^^^ ^"^"-"^^ semblen l'avt" ainsi compris, et sans s'émouvoir démesurément des défaillances' de Heme. de son individualisme et de son indiscipline, ils ont aiïd lui leur poète. Alarx le relisait sans cesse et l'a cité "ouv nt MehrTn' 1 va quelques années, . mettait V.runoral Heine bien au-dessus des honnête! phihstins radicaux entachés d'esprit bourgeois comme Bœrne et RuTe

Une petite fille chantait en s' accompagnant de la harbe Fil. i . •. avec un sentiment juste et une voix fauJ- ^'L 7 ''"''^'■. ^^'^ chantait

o.x fausse, j en fus neanmoms tout remué.

(l) LiCHTENBERGER Ob cit n -yn- \r • j 7->

l'opinion concordante 'de J. G.'[j;,nes GuilîaumeL " '"' '''^''" ^'' ''''''''' ^^os)

Elle chantait i'a»ioiir et les peines d'anwiir, l'abnégation et le bonheur (le se retrouver là-haut dans ce monde meilleur où s'évanouit toute peine.

Elle chantait cette terrestre vallée de larmes, nos joies si vite écoulées, et cet au-delà où l'âme illuminée savoure d'éternelles délices.

Elle chantait la 7'ieille chanson des renoncements, ce dodo l'enfant do des deux, avec quoi l'on endort, quand il grogne, le peuple, ce grand* mioche.

0 mes amis! Je veux vous faire une chanson nouvelle, une chanson meilleure : nous voulons déjà sur ta terre fonder le royaume des deux.

Nous voulons être heureux sur la terre, nous ne voulons plus avoir faim; le ventre paresseux ne doit plus engloutir ce qu'ont acquis les mains diligentes.

Il croît ici-bas suffisamment de pain pour tous les enfants des hommes; aussi des roses et des myrtes, de la beauté et du plaisir, et des pois sucrés pareillement.

Oui, des pois sucrés pour tout le monde, dès qu'en éclateront les cosses! Le ciel, nous l'abandonnons aux anges et aux pierrots...

Une chanson nouvelle, une chanson meilleure! Elle résonne comme flûtes et violons! Le Miserere est fini, le glas mortuaire se tait.

La vierge Europe est fiancée au beau génie de la Liberté; ils se pressent dans les bras l'un de l'autre, ils savourent leur premier baiser.

Bien que manque la bénédiction des prêtres, le mariage n'en est pas moins valable... Vivent le marié et la mariée, et vivent leurs futurs enfants !

C'est un épithalame que ma chanson, ma chanson nouvelle et meilleure...

L'idéal révolutionnaire et Henri Heine marchent ensemble à la conquête de l'Allemagne et du monde.

Amédée Dunois.

Note Bibliographiqle

La première édition complète des œuvres de Henri Heine fut faite par A. Strodtmann (Hambourg, 1864-66); elle a 21 volumes. L'édition la plus récente et aussi la meilleure — édition critique, avec notes et variantes — est celle d'Rrnst Elster, en 7 volumes (Leipzig. 1887-1890). M. Elster est le plus actif des Heine-Forschcr; ce sont ses recherches qui ont permis de reculer de deux ans la date de la naissance de Heine, et qui ont révélé que le poète avait aimé non seulement l'aînée de ses cousines, mais aussi la cadette.

A citer également l'édition de Gustav Karpelès et colle de \V. Bœlsche.

PORTRAITS d'hier

allemandes. ' '^"^''' ' ""^ °" ' '''"tre de ces récentes éditions

o^t^:^::i:t^:1:^^'J:t^l ^-nçaise (Cal^ann Lévy, éditeur)

du vivant de Heine que ceu"\d , "o„t vu T' • '""^'"" '^"" ^"' ^"^ P^™

Cest ainsi que les noésTes^rr/ ^°"' ^" ^P'"^' '^ "^«'"t-

étonnant désoVre pS" ' JZTV"'''' '"""^ ^°'""^^^' ^^^ ^^ P^dites. Les titres ont été "plus stuf.fî •'""" f/ ^^"^«^^'^^^ ^^-'-^^>^ inéparfait arbitraire. On a par'e'nTpl ï/^^'; f^ ''T''' ^"""^'"^ ^^^ "" ^^ Fantaisies, Satires et Portr^Ts ^^"-^"'^'''"''^ ^' ^^"^ «'^ /'^«. Z)ram^.,

exfié:/i;or:^;siv^é;r;^HT"'"^"'^" ^ '^ ^°^^ -- ^^^^-- - son

6 francs et contiennent tout Fesse tlld; r^ ^' ^/' ^"^^"-^ ^'«^"^es valent poésies, le Z./.V-. des Chant Xr^Z/eVirr"'. !..?''"' •' ^"'^' ^" ^^'^ ^e

les ^./....., suivis des A^«^^ "/J:;:^:^^^ r.^;;:!:;; ^ ^^^^ ^^ pros.

cernent que la première jeunesse du noL . ^' ^°"''^^^"' ^^ 1884, ne contronqués), deux volumes i'tme réelle vaku 1 '"'"'" "°"^ ^""^"^'^ ^^^-""^

par Henri Lichtenberger (Paris irn^^ O ' ^'^ '* ^^"''^ ^^^'«^ /'^«■^^"^

Le i/...«., de France a publÏ le n.f ^^T'' ^^4)-

^^^'-'«^'-^^'-««^^/'--««^/'.wl'i;;^^^^^^ 1906 sous ce titre : Heine par un certain Bornstett aux gouven" ments d'^"'"'' ^P^^^bablement en 1836) par M. Léon Deubel, contient sur les étions de m '^"'- ^' '"PP"'"^' ^^^^^'^ renseignements assez curieux. Particule ement ^ T "''" '^^ ^'^^"^'^^ ^es profond désarroi et de la grande gêne du w/ ^'.^^^^""^ ^^ q"e j'ai dit du la Jeune Allemagne. «Heine serait trLfacil?' ' ^' '"''" ^^^ ^^"^^^ -"tre et, en lui faisant adroitement des ouverture ' ^T^"' '7'^^"'* '^ mouchard, assez souvent les pointes, s'émousser:;":otalem:.t'!>"""' '"^^ ^" ^^"^ ^^^^

COOPERATIVE

£00 VB 1ÈRE

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