LIBRAIRIE DES CONTEMPORAINS
13, RUB DE TOURNON Et elwz tous let libralns de F^nee et de l'Étninier.
énUê riêêrwé
Reportons-nous a l'année 1857, époque où s'imprima cette biographie du célèbre financier.
Autrefois, disions*nous, les manieurs d'argent, comme les appelle La Bruyère, les partisans, les traitants, les enrichis d^un jour, tous ces personnages étranges, qui, sans rien perdre de la Tulgarité de
ffKf
6 HIBES.
leur premier état, osaient prendre les allures du parvenu, étaient immédiatement voués au ridicule.
On les montrait au doigt sans gêne.
Molière, ce grand redresseur de torts, eut la faiblesse de les ménager, cédant aux insinuations, peut-être aux ordres de Colbert, qui avait besoin d'eux et les tenait en laisse. Mais, après Molière, Lesage burina sur le vif son immortel Turcaret. Le théâtre s'empara de ces physionomies outrecuidantes et les financiers devinrent un de ses emplois ordinaires.
Ceci se passait sous l'ancien régime, qui n'était pas tout miel pour ce» honnêtes gens»
Or, nous n'admettons pas que l'égalité moderne décrète l'inviolabilité des fils de Plutus. Et, puisqu'ils s'enivrent d'or comme leurs devanciers^ puisque leurè mœurs audacieuses scandalisent la multitude, puisqu'ils insultent par leur luxe
Itiftfts. 1
d*agioteurs au travail probe et à toutes les vertus modestes, au lieu de se- faire pardonner leur fortune subite par de bonnes œuvres ou par des œuvres utiles, nécessairement ils sont de plus en plus justiciables du moraliste et du critique. Leurs millions ne rendent pas leur personne sacrée, et l'écrivain qui, aux dépens de son repos, a dit la vérité aux hommes de son époque, ne se laissera pas intimider par les menaces.
a Fais ce que dois, advienne que pourrai »
Jules-Isaac Mires est né à Bordeaux, à la fin de 1809. Isaac est son prénom de circoncision, celui qu'il tient de la synagogue. Jules est le prénom sous lequel on inscrivit sa naissance sur les registres de Tétet civil, aux termes du décret du premier consul qui autorisa les juifs à échanger leur calendrier biblique contre un autre plus usité.
m^mmmmmi m^i* 1 ' ■ ^'■^
8 lORBS.
Le père de Jules Miràs était un juit portug[ais.
De tous les rameaux européens de la Tieille souche hébraïque, les juifs du Portugal sont ceux qui ont le plus conservé le type et le caractère primitifs du peuple maudit. Vivant au milieu de populations profondément imbues des idées catholiques, ils ne se sont jamais mélangés avec elles, à la diflérence des juifs allemands, par exemple, presque tous blonds, et qui ont dans leurs veines beaucoup plus du sang d'Arminius que de celui d'Abraham.
Cette raison physiologique nous donne en partie l'explication de la supériorité morale des seconds sur les premiers.
M. Mirés père exerçait a Bordeaux un petit commerce de bijouterie, raccommodant les montres, soudant les chaîne^ et les bagues, et subsistant assez mal d'une clientèle fort bornée. Il se maria deux fois. Le héros de notre histoire est issu du
cond lit. Sa mère mourut quelques années après sa naissance.
Jules eut une enfance bohémienne. Il courait les rues de la ville comme plusieurs autres petits juifs, ses camarades, exploitant mille industries de circonstance, avec cette précoce âpreté pour le gain qui distingue sa race. Il épiait l'arrivée des diligences, afin de soutirer aux voyageurs quelques menues pièces de billon, grâce auxquelles ceux-ci parvenaient à se débarrasser de ses eriailleries importunes et de ses offres de services. Le soir, il stationnait régulièrement aux abords des théâtres, abaissant le marchepied des voitures et vendant les contremarques que lui donnaient les bourgeois. Dans la journée, il se tenait à l'entrée des passages, offrant au public des enveloppes de lettres ou des cahiers de papier glacé et satiné, sur un éventaire dont les Bordelais ont gardé le souvenir.
M. Mirés père ne songea pas le moins
■jwSBSawpww^^-^pyua^ m
4o kà^.
du mondé à orner Tesprit de Jules et ne l'envoya ni lui ni ses frères à la mutuelle.
Tous les juifs de la basse classe ont un souverain mépris pour Pétude : elle dérobe trop de temps au commercé.
Quand notre héros eut atteint Tâge de dix ans, il commença son apprentissage de bijoutier, en travaillant avec son père et son frère aîné, Edouard.
Sa jeunesse se passa sans incidents no* tablesé II avait vingt-cinq ans lorsque son père mourut^ en 1835. Le fonds de commerce que celui^i laissait à sa famille n'était pas devenu meilleur. Edouard et Jules le reprirent à leur compte, sous la condition de dédommager leurs trois sœurs et leur frère Adolphe^ qui s'en alla chercher fortune à Paris»
Mais bientôt Jules prend en dégoût ses occupations sédentaires. Il abandonne la bijouterie, et songe à se créer une autre position avec les ressources de sa vite in- *
mnks. 11
telligeflce dont aacuti excès de timidité ne gène l'essor» En quelques mois, il ap« prend à lire et à écrire sans le secours d'un maître.
Notre Bordelais israélite entre a l'administration des contributions directes.
On le charge spécialement de la visite des maisons pour la répartition de l'impôt des portes et fenêtres. A peine occupe-t-il cette place modeste que la fièvre de l'anibition le gagne. Il dresse un plan de réforme pour la répression de prétendils abus qui se seraient glissés dans les bureaux, et il en signale une foule. Mécontents de l'importance qu'aspire à se donner uti de leurs subalternes, les chefs de l'administration le blâment; ils trouvent quMl se mêle de ce qui ne le regatde pas.
Jules Mirés j très-violent de caractère, en conçoit un profond dépit. Il exhale sa mauvaise humeur en querelles incessantes avec ses collègues, et il s'oublie envers l'un d'entre d'eux jusqu'aux injures et aux
12 muas.
Toies de fait. Son adversaire a Tindélica* tesse de le citer en police correctionnelle.
Le tribunal condamne Mirés à trois jours de prison.
Pour comble de malheur, l'administra^ tion prend aussitôt prétexte de cet esclandre et le remercie de ses services.
Ne sachant plus à quel patriarche se vouer, Jules s'avise d'un moyen très« ingénieux de gagner quelque argent. Il va trouver les propriétaires des maisons qu'il a imposées lui->même, et leur démontre par des preuves convaincantes, que, si les contributions directes ne les volent pas« du moins elles exagèrent considérablement l'impôt, — par erreur.
— Voici , leur dit-il , la. proposition que je vous soumets : je ferai toutes les démarches à mes risques et périls et j'avancerai les fonds nécessaires pour vous obtenir un dégrèvement. Si on vous l'accorde, nous partagerons la soomie