‹ Henri HeineChapitre 7 sur 9 · MM · texte numérisé non relu

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recouvrée ; si on tous le refuse, vous ne me deyrez rien.

Cette négociation réussit à merveille.

Jules, pendant quelque temps, fait d'assez bonnes affaires. Mais tout à coup les bourgeois se disent :

— Ahl ça, mais notre droit est des plus évidents et la marche à suivre est des plus simples! Quel besoin avonsnous de ce gaillard-lâ? Nous nous ferons bien rendre justice nous-mêmes.

Et , du jour au lendemain, ils lui retirent leur mandat à l'unanimité.

Victime de cette noire ingratitude, Jules se trouve de nouveau sans ressources. Afin de sortir au plus vite de sa position fâcheuse, il entre, en qualité d'aide, et aux appointements de quarante francs par mois, chez un géomètre-arpenteur. Tous les jours, pluie ou soleil, il accompagne son patron dans les

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champs, las jalons à la main et la chaîne sur le dos. Il écule ses bottes, il attrape des courbatures ; mais , en reyanche, il n'a aucun espoir. d^augmentation de sa* laire. Aussi bientôt se lasse-t-il de ce nouveau métier. Mieux yalait encore chasser la pièce de cent sous avec l'engin aux mille mailles des bricoles industrielles.

Ce fut alors quUl fit connaissance de Polydore Millaud, israélite comme lui et son compatriote. Millaud maquignonnait déjà pas mal de petites affaires sur le pavé de sa ville nataje. Julçs devint son humble satellite et s'instruisit à son école. A cette époque, si l'on en croit le Jour' nal de Lille ^ que nous avons eu le malheur de citer, se passa l'édifiante et curieuse histoire des médecins bordelais.

Nous n'y reviendrons pas, et pour cause.

Malgré le snvoir-faire de son ami, ou plutôt à cause de ce savoir-faire, Jules ne ^^enrichissait pas. Raton-Mirës thrait lee

marrons dq feu, et Bertrand-^MiUand )#9 croquait.

De ce trait gourmaiid sir Raton N'était pas contenti ce dit-on.

Polydore quitta la ville emportant une bourse assez rondelette. Son associé en sous-main retomba forcément au régime du jeûne.

Informé d^ Tétat misérable où lul^g $e trouvait, 3on frère Adolphe, qui avait réussi dans le courtage des vins, le fit venir à Paris, sans tenir compte des ob^ servations et des répugnances de sa fem-* me. Celle-ci connaissait le caractère em?* porté de Jules-Isaac ; elle tremblait d'in<^ troduire dans son ménage la discorde et les querelles. Jules n'ignorait pas les préventions de sa 1ï)elle-sœur« Il arrive, tout confit en douces paroles et en promesses de paix. Adolphe l'occupe au placement des vins dans Paris. Mais pres«*

que aussitôt il reconnaît que sa femme n'a pas eu tort. La vie en commun est décidément fort difGcile. Tous les jours éclatent d'interminables disputes et des scènes de violences scandaleuses. Une rupture forcée a lieu. Jules*Isaac quitte le domicile d'Adolphe, établi rue de Hanovre, et va demeurer avec sa sœur aînée dans un logement garni. Pour jeter de la poudre aux yeux, il prend le titre d'expert en matière cadastrale et fait graver cette qualification sur ses cartes de visite et sur Técusson de sa porte. Il ne s'occupe, en réalité, comme le grand Caussidière, que du courtage des bordeaux et des bourgognes, mettant à profit les relations que lui a créées son séjour dans le magasin de la rue de Hanovre.

Au milieu de cett^ nouvelle phase de son existence , la fatalité semble encore prendre à tâche de le poursuivre. Sa physionomie n'a généralement pas le

MiaÈs. il

don d'agréer aux consommateurs dont il vient tirer la sonnette. Partout il est repoussé avec perte ; ses offres de vins ne lui rapportent que de Teau à boire.

Le miséricordieux Adolphe prend une seconde fois pitié de sa détresse. Il ne le fait pas rentrer à la maison, c'était chose impossible ; mais il l'expédie sur la Hollande, en qualité de commis-voyageur.

Bonne affaire I Quinze francs par jour sont alloués à Jules, indépendamment de ses frais de voyage. Il s'endort dans ces nouvelles délices de Capoue et perd complètement de vue l'objet principal de sa présence dans les riches cités néerlandaises, nous voulons dire le placement des bordeaux. Son frère, au bout de deux mois , ne recevant aucune commande, se fâche tout rouge et lui fait savoir qu'il lui supprime cette subvention si mal gagnée.

Jules revient à Parisf, la poche vide, et GrofrJean comme devant.

IS MIKÊS.

Que faire? où donner de la tête? Il est complètement brûlé comme courtier en vins. D^autre part, son tilre honorifique d'expert en matière cadastrale ne lui fait pas gagner un centime et n'éblouit que son concierge.

Pendant six mois, il essaye d'exercer à Paris son ancienne industrie de la Gironde et de vivre aux dépens de Tadministration des contributions directes; mais partout on Taccueille en aventurier.

Cliagrin de n'être point compris, il va perdre entièrement courage, lorsque son démon familier lui révèle enfin sa vocation véritable.

Il entre pour la première fois dans les coulisses de la Bourse, avec le secret pressentiment qu'il en sera quelque jour le roi. Ses dispositions à apprendre l'argot du lieu sont admirables. Tout d'abord il commence par tripoter sur des valeurs nulles et impossibles, à l'usage des Au«

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vergnats et des domestiques sans place, comme les actions de la Pâte à Papier de la Chaudronnerie, qui se vendaient deux sous pièce, et celles des Carrières de Montmartre, qu'on obtenait à raison de deux francs cinquante centimes le cent.

Vers cette époque, son frère Edouard vient habiter lui-même la capitale.

Jules-Isaac lui cherche noise et prétend avoir été lésé dans la question dintérét relative au fonds de commerce paternel.

Il réclame avec beaucoup d'insistance un règlement de comptes. Edouard s'y refuse et Jure qu'il ne doit rien.

Ces débats font naître d'interminables disputes, chose, hélas! trop commune entre frères.

Rara est concordia fratrum!

Le premier mai 1845, Edouard et Jules ôe rencontrent dans le passage de TOpé-

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ra. C'était en plein jour. Une scène terrible de violence éclate. Nous n'en donnerons pas les détails. En attendant, Jules-Isaac Mirés passe en cour d'assises, le 28 août 1845. Il est acquitté sur la plaidoirie de maître Desmarets, et grâc^ à la déposition généreuse d'Edouard qui se donne les torts.

Voici le jugçmeqt porté sur l'accugé par son frère Adolphe, appelé comme témoin :

« «•* Isaaa d reçu une mauvaise édu^catioQ, Il a beaucoup d'amour-propre et um grande exagération méridionale. Pour tout dire, il est menteur ; mais le men« songe, chez lui, n'a pas de portée, II ment de bonne foi, si l'on peut ^'exprimer ainsi. » ♦

L'extrême violence de Jules Mirés est un fait notoire. Nous pourrions en citer un grand nombre d'exemples, entro autres certaine aventure où plusieurs

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MIRÉS. ii

ouvriers du chemin de fer de l'Ouest jouent un rôle. Nous nous abstenons, par des motifs puisés dans la loi de 1819.

Ayant la malheureuse affaire qui TaméUB en cobr d'assises, Mires était par- Tenu à trayailler pour un agent de change.

Une touchait que de faibles appointements, bien qu'il reildît beaucoup de petits services de coulisse ; maift, de temps à autre, il essayait pour son propre compte quelques opérations restreintes, âes bénéfices suffisaient à peine à ses dépenses.

Il logeait alors avec une de ses coinpatriotes juives, qui eierçait la profession de couturière) après avoir été blanchisseuse .à Bordeaux 1. Le rêve de ce coiiple qui n'avait pas encore reçu la viâitê de dame Fortune, était de quitter son patlVre

i. Leûtunidâ fût légiUinée. M^ Mirés recôtiàUU sa femme, par contrat, deux millions de dot.

98 mBàs.

garni pour s'installer dans un modeste mobilier d'acajou, voire même de noyer.

Un ami de Mirés se charge de la négociation et le conduit chez un marchand de meubles de la rue du Petit-Carreau, son coreligionnaire. Mais ce juif cruel refuse net un crédit de quelques centaines d'écus. Le futur Mondor était loin, comme on le voit, de régner en despote sur la place de Paris.

En 1847, un honorable pharmacien, dont il avait lassé la patience, le fit incarcérer pour une dette de cinq cents francs.

Les verrous de Clichy lâchèrent Mires à la sollicitation de MM. de Villeiiiessantet Millaud, qui se chargèrent de démontrer au créancier la parfaite insolvabilité du détenu. On convint qu'il s'acquitterait par des paiements mensuels de vingt-cinq francs.

Une fois libre, Jules Mirés oublia de tenir ses promesses. Il fallut de nouveau

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HIRÀS. 2S

le décréter de prise de corps poar qu'il acquittât la dette.

Et quelques années plus tard, quatrevingts gros millions venaient se loger dans ce gousset vide.

Nous n'exagérons rien ; nous racontons avec calme, sans passion, pour renseignement et la sécurité de ceux qui jettent leur bourse au réseau de Tagiotage.

Un jour notre homme rencontre sur le boulevard son ami Polydore.

— As-tu de l'argent? lui demande celui-ci à brûle-pourpoint.

— Non, répond Mirés avec franchise.

— Quel malheur! Je vais peut-être manquer ma fortune.

— Diable! tu as donc une affaire?...

— Excejlente ! tu vas en juger.

Polydore tire de sa poche un numéro

des Petites a/p.che$y et, raffermissant ses lunettes sur son nez, il se met à lire avec emphase Pavis suivant :

« A Venbrb, le matériel, la clientèle et la propriété du Journal des Chemins de fer, dont les bureaux sont sis rue Richelieu, 85, avec le droit au bail, par devant maître Gossart^ notaire, sur la mise à prix de trois cents francs. »

— Je n'ai pas besoin, continue Millaud, de te faire l'historique de ce journal. Il a été fondé en 1842, par un Anglais appelé Whitelock, et Louis Buart en était le gérant. Cette feuille s'est bornée jusqu'alors à tenir en quelque sorte l'état civil des compagnies, à enregistrer leur naissance, à les suivre dans leurs phases diverses.

Bien de plus précieux comme statistique, mais c'est absurde comme affaire.

— Et, si tu l'achètes, dit Mirés, quelles modifications y apporteras-tu 2

— J'en ferai un journal s'occupant spécialement des intérêts de l'industrie, des actions cotées à la Bourse, des assurances, des canaux, des primes et des reports, tl

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faudra donner de tout ce)a un compterendu aussi exact que possible. A mesure qu'il se créera une ligne de chemin de fer, le journal lui accordera ou lui refu« sera son concours, suivant qu^elle aura bien ou mal agi avec la rédaction. Le journalisme politique est un Etat dans PEtat :

pourquoi le journalisme financier ne deviendrait-il pas une puissance devant laquelle s'inclineraient les plus grands capitalistes et les compagnies les plus riches?

On aura l'oreille de l'actionnaire et on lui dictera sa conduite, absolument comme le Siècle et la Presse font l'opinion de leurs abonnés.

— Sais-tu bien, dit Mires, que tu as une illumination de génie I Est-ce part à deux? Je vais m'efforcer de te venir en aide.

— Tope, dit Polydore.

Ceci se passait au mois de juillet 1848.

Les propriétaires du journal avaient eu

86 MIEÈS.

peur de la Révolution. Whitelock s^était enfui, et les créanciers venaient de faire déclarer la faillite. Jules Mirés aida si bien son associé que, peu de jours après, on leur vendait le journal, moyennant une somme de mille francs. Un délai de quatre mois leur fut accordé pour payer cette somme.

Ils s'installent sans plus de retard, et, font venir Tancien imprimeur de la feuille dont ils se rendaient adjudicataires.

C'était M. Blondeau, le même qui imprima depuis le journal les Contemporains.

— Consentez-vous, lui dirent-ils, à nous faire imprimer quatre numéros a crédit ?

<— Soit, répond Blondeau. Vous me souscrirez un billet collectif. Au cas où Tentreprise échouerait, je m'engage à le garder en portefeuille, jusqu'au jour où l'un ou l'autre de vous soit en mesure de le payer.

ynÈs. S7

L'imprimeur les quitte. Ils appellent un marchand de papier qui se montre aussi accommodant.

— Tout va bien, dit Polydore. Il ne s^agit plus que de faire un tintamarre du diable à la quatrième page des grands journaux.

— Bon ! dit Jules, et comment paierastu les annonces et les réclames? La compagnie Bigot veut des espèces.

— Je le sais bien. Mais voici le sublime de la combinaison. Les premiers administrateurs ont réussi à grouper trois ou quatre cents abonnés, presque tous parisiens. L'abonnement des neuf dixièmes d'entre eux est expiré. Il s'agit de le faire renouveler; je m'en charge. Dès demain, je me présente en habit noir au domicile de chacun de ces braves bourgeois, et je lui tiens à peu près ce langage : « Monsieur, l'appui d'une puissante société de capitalistes est acquise au

28 IttRES.

Journal des Chemins de fer. 11 va prendre une grande extension, et les nouveaux administrateurs espèrent (|ue vous les appuierez de votre concours, etc., etc., »

Bref, je suis sûr d'encaisser ainsi quelques billets de mille francs. Je les consacre à une publicité étourdissante; le jour^ nal se relève, et nous marchons à grands pas à la fortune I

Effectivement les choses se passèrent comme Millaud l'avait prédit. Tout ce tapage d'annonces fit merveille; led abonnés arrivèrent en masse et TinHuence ne tarda pas à venir à leur suite.

Bientôt les compagnies du Nord et de TEst offrent aux propriétaires du journal un grand nombre d'actions, pour les dé-' cider à prôner ces lignes au détriment de celles de Lyon et d'Orléans, qui ne tardèrent pas elles-mêmes à capituler. La seule compagnie de Lyon délivra soixante mille promesses d'actions à nos habiles.

Malheur^usemept, l'époque était défavorable à Tagiotage. Les meilleurs titre9 perdaient chaque Jour de leur valeur, et la feuille des chemins de fer, après avoir touché au succès, fut presque aussitôt entraînée sur la pente de la décadence.

Six mois se passèrent en efforts impuissants pour la relever. Sa ruine paraissait inévitable. Un coup de maître seul pouvait empêcher le désastre. Mais la caisse itait littéralement à seo. Où trouver l'argent indispensable à la création de quelque entreprise nouvelle, qui pût consolider Tancienne et la maintenir? Ce fut M. Delessert qui, dans cette conjoncturej joua pour les juifs Mirés et Millaud le rôle de la Providence. Candidat aux élections du département de la Seine, il char- ^ge un de leurs coreligionnaires, nommé Aloph^i de chaufferies votea à son profit. Il est convenu qu'Alophe s'adjoindra deux autres individus, auxquels on accor- 4w«^ Yiwgt fraoca p«^v jouri plua dix frança

pour frais de voitures. Si M. Delessert est élu, une prime de deux mille francs sera allouée comme récompense à Tagent principal et à chacun de ses auxiliaires.

Le choix de l'entrepreneur d'élections tombe sur Mirés et Millaud.

Pendant trois semaines, ces messieurs sont censés courir de droile et de gauche, visiter les grands manufacturiers, les hommes présumés influents, et faire, en un mot, d'activés démarches. Mais la notoriété du nom de M. Delessert et l'appui de r Union électorale^ plutôt que les manœuvres de nos trois coureurs, lui assurent le triomphe au scrutin. Quoi qu'il en soit, les engagements pris sont tenus avec scrupule, et la somme promise est comp« tée aux sieurs Mirés et Millaud.

« Donnez-moi un point d'appui, disait Ârchimëde, et je soulève le monde. »

Ce petit capital, gagné en si peu de jours, a rendu aux propriétaires du Jowr*

nal des Chemins de fer une inaltérable conGance en leur étoile. La révolution a tué la Bourse, et le journalisme seul, au milieu de la débâcle universelle de Tindustrie, s'est développé dans des propor* tions immenses.

En un clin d'œil, nos personnages ont jeté leur plan. D'abord, ils s'assurent d'une réserve considérable en faisant appel aux actionnaires naïfs. Ils les préviennent que la direction se charge, contre renvoi de leurs titres, de toucher gratuitement pour eux les dividendes.

Cet appât grossier (les maisons de banque ne prennent qu'un droit de commission trës-faible) a le plus grand succès auprès des provinciaux liardeurs. Quatre- vingt mille francs de titres arrivent dans Tespace de quinze jours.

Or ceci n'est que le prologue de l'entreprise conçue.

32 viitKS,

Jules et Polydore vont trouver Lamartine, et lui disent ;

— Voulez-vous publier un journal mensuel, auquel vous attacherez votre individualité? Nous avons un titre superbe :

le Conseiller du Peuple, par Lamartine.

Posez-nous vos conditions.

*— Mais, objecte le po(3te, je n'ai pas l'avantage de vous connaître^ messieurs,

— Notre nom ne fait rien à la chose, répliquent-ils avec audace; ne prenez même pas de renseignements sur notre compte, ils seraient mauvais. On souscrit d'avance à tout ce que vous demanderez et on paye comptant. Demain nous reviendrons chercher la réponse.

Lamartine croit devoir, malgré tout, se renseigner sur les personnages. Ils nV vaient pas menti : les notes étaient déplorables, et quand ils se représentèrent, l'auteur des Girondins formula ainsi 9eà

prétentions dans l'unique but de se débarrasser d'eux :

Trente mille fra/ncs comptant.

Cinq mille francs pour ses deux secrétaires,

Deu^ mille francs par mois contre la livraison de sa copie.

— Accepté I répondirent Mirés et Millaud.

Ces . sommes considérables furent payées, séance tenante.

Et si le lecteur in{;énu se demande par quelle alchimie nos bohèmes de la veille se trouvaient subitement métamorphosés en capitalistes, il suffira de leur répondre que des gens dont la caisse renferme pour quatre-vingt mille francs de titres solides, trouvent aisément des fonds sur le simple dépôt de ces titres. Donc Tannonce emboucha ses saxophones pour annoncer la naissance du Conseiller du Pewple. Ce journal» en moins de six

34 imuis.

semaines, réunit yingt-cinq mille aboanés.

Mais, objecterez-voUs, si la matière abonnable s'était refusée de mordre à l'hameçon? Pour tout dire, enfifl, si Teritreprise n'avait pas f réussi^ comment aurait-on dégagé les titres?

— ' Bahl laissez doncj : en affaires, le succès justifie tout I riposteront Jules et Polfdore, qui sont un peu de Fécolé de Jacques Casanova de Seingalt.

Un jour, à Une table dé pharaon, le célèbre aventurier venait de perdre sa dernière pièce d'or. Il joua sur parole une somme énorme, et gagna. *

-*- Si vous aviez perdu, demanda up peu tard l'adversaire du Vénitien, comment auriez-yous fait pour me payer?

— Là n'est plus la question I répondit Casanova d'un air dégagé.

Puis il empocha la somme.

Revenons aux abonnés, du. Conseiller du Peuple. Ils furent exactement servis pendant trois an?,, tout à coup^ en j^vier 1852, la feuille men3uelle.cp8sa.de paraître. Aussitôt, les pharisiens décrier au scandale. IJq grand norpbre d'Aonn^ tes plumes accusèrent Lamartine d'indélicatesse et de mauvaise foi,

Not^e devoir est de rétablit les fetls dans leur scrupuleuse éxftttitudei

,, Lamartine ne demandait p9s mieux que de continuer la publication \ m^is nos banquiers ne s'en souciaient guère.

Le nombj*e des abonnés était descendu de trente mille à dix-*sept mille ^ la rédaction coûtait cher, le prix d'abonnement était fort reptrvint ; bref^, ils trour vaîent Taffaire onéreuse. Un avoué retors brouilla les cartes. Les parties ne s'entendirent plus, et nos industriels arrivèrent à leurs fins> , c'çsjt i d^i*^ ^ la suppressioa du Conmller du Peuple^ en jetant sur

36 mues.

Lamartine, aux yeux du public, les torts de cette suppression.

Toujours associés, les deux spéculateurs achètent VEnPr'acte au prix de vingt-cinq mille francs. Le lendemain même, ils en cèdent un cinquième à Michel Lévy, pour la somme de dix mille francs,. et deux cinquièmes gratis à Matharel et à Auguste Lireux. Matharel fera le compte-rendu des pièces. Lireux aura pour mission spéciale d'agir sur les directeurs, afin de donner une plus grande extension a la vente du journal. Peu à peu, on attire dans PafTaire, en leur offrant quelques bribes d*intérêt, un grand nombre de gens de lettres et presque tous les directeurs de théâtre. Le but des sieurs Mirés et Millaud est d'avoir la haute main sur la littérature militante, et de faire manœuvrer à leur profit une armée entière de courtisans et de clients^ dans l'acception romaine du mot. Les patrons du journal disposent d'une multitude de

coupons de loge, dont la distribution bien entendue leur fait des obligés et des amis. Tous les soirs, mesdames Mirés et Millaud trônent aux ayant-scènes et reçoivent plus de visites dans leurs loges qu^une duchesse du faubourg Saint-Germain. Cétait un spectacle curieux que de voir, dans les entr'actes, les journalistes et les critiques apporter l'un après l'autre à ces dames la redevance de leurs hommages.

Bientôt nos banquiers créèrent le Mo^ niteur du Soir^ pour faire concurrence à la Patrie.

Mais M. Delamarre ne se laissa pas enlever de bonne grâce sa clientèle. Il augmenta la rapidité de la composition et du tirage, et la feuille rivale essoufflée abandonna la partie.

Cependant le Jottrnal des Chemins de fer s'était relevé avec le crédit public. Son influence n'avait jamais été si grande.

Il entraînait à sa suite de gros bataillons d'actionnaires ; il régentait la bourse et le cours des valeurs. Mirés eut alors Tidée de fonder la Caisse des Chemins de fer pour consacrer et étendre son autonomie financière. Millaud ne prit point part à cette opération nouvelle. Il se ciiargea de la publicité seulement.

Chacon voit encore, d'iei,>la quatrième pagA des journaux envahie tout entière par les annonces insolentes de Tentre^ prise. Partout on lisait, en lettres hautes de huit centimètres :

« Capital imperdable j Sgixante- BOUZH POUH CENT dr intérêt par an. »

Da concert avec Millapd, Jules Mir^s achète le Pays^ au prix de cent mille francs. Lamartine, oubliant ses rancunes, accepte la direction du journal, et M. Arthur de la Guéronnière en devient le rédacteur eq chef.

KIRÈS. 99

Après le coup d'fltat du 2 décembre, Mirés semble perdre courage; mais la Guérounièrp , qui yient de se rallier, Ipi inspire une çonGance sans bornes dans la cause du Bonapartisme. Notre héros avait trop bien réussi jusque-là dans sa tactique de domination absolue sur la presse pour laisser échapper Toccasîon qui se présentait d^acquérir la propriété du Constitutionnel. On le vit succéder tout à coup au docteur Yéron, non qu'il eût le 'projet, comme celui-ci, de jouer un rôle politique : il ne s'occupa que du o6té industriel du journal, comptant bien métamorphoser chaque abonné en un actionnaire futur pour toutes les opérations quHl se proposait de lancer.

Le journalisme, comme on l'a vu par Gë qut précède, a fait la fortune de Jules Mrrès et de Polydore Millaud ; mais nous devons dire aussi qu'il a cauâé leur séparation et leur inimitié.

fil^pelt^^vi^iis le mok de La Bruyère :

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