VIRES
recommandant d'un romancier célèbre, familier de Turcaret. II demande à ce dernier de souscrire à la reproduction d'un chef-d'œuvre, dû au pinceau d'un grand maître italien.
— Je n'ai pas besoin de ça, répond brutalement Mirés. En fait d'art, je n'aime que les danseuses I
— - Alors, monsieur, dit avec dignité l'artiste, la fortune ateugle s'est trompée de porte.
On n'en finirait pas, si l'on enregistrait toutes les anecdotes qui se racontent sur ce traitant de notre époque.
À la suite de l'emprunt espagnol, Jules- Isaac obtint de Sa Majesté très-catholique la croix de nous ne savons quel ordre.
Il est très-orgueilleux de cette distinction, et n'oublie jamais d'en faire étalage.
Pour la première fois, il en orna sa poitrine dans les salons d'une illustration militaire.
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— Tiens, fit tin colonel, le banquier Mirés porte une croix?
-^ C'est une croix (Pemprunt^ répondit la maîtresse de la maison.
Jules-Isaac Mires est doué d'une activité dévorante. Il se lève avec le jour et aime beaucoup la promenade, celle des boulevards surtout. Il marche avec la rapidité d'une comète, et Solar le surnomme le Juif-Errant.
Toutefois, il y a une légère différence entre le juif ancien et le juif moderne.
Ashavérus n'avait que cinq sous.
(Journal les Contemporains, 14 avril 1857.)
Voilà ce que j'ai écrit, il y a douze ans.
Il faut^ remplir aujourd'hui les lacunes et compléter l'histoire.
58 msàs.
Peu satisfait de la notice biographique ci-dessus, le banquier juif m'intenta procès sur procès et parvint à me ruiner de fond en comble, non seulement en me faisant écraser de condamnations et d'amendes, mais en s'appliquant à désorganiser toutes mes entreprises littéraires, par d'inqualifiables manœuvres, trop longues à raconter dans ce petit livre. .
On peut demander à MM. CoUet-Meygret, de Ronsard et Petit, tous trois attachés au ministère de r Intérieur, le secret des persécutions dont j'ai été victime.
Cette histoire sera faite en temps et lieu, et les pièces justificatives ne manqueront pas.
Bref, on me contraignit' à fuir à l'étranger.
Quelque temps après mon départ, en décembre 1860 , M. Mirés recevait de Napoléon III la croix de la Légion d'hon-
neur pour les travaux exécutés à Marseille.
Vers la £n du onzième mois de mon exil , j'étais en Russie à faire des cours de littérature, quand la poste m'apporta ces lignes consolantes :
(( Ton homme a du plomb dans Taile.
Reyiens. Ci-inclus un chèque de quatre cents roubles argent pour ton voyage.
Quinze jours après, en mettant le pied sur la terre de France, j'apprenais l'arrestation de Mires.
Je purgeai mes contumaces, et le même tribunal qui m'avait si rigoureusement appliqué la loi de 1819, m'acquitta sur toute la ligne.
Les coups de massue judiciaire avaient changé de destination. Ils pleuvaient alors ferme et dru sur le crâne du financier
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lui-même , que j'étais presque tenté de plaindre.
Condamné par les juges de Paris, acquitté par la cour de Douai, Mirés donne, depuis lors, la preuve d'une énergie incontestable, sinon pour démontrer absolument son innocence, du moins pour convaincre la France et l'Europe qu'autour de lui et à c6té de lui s^ trouvent des personnages dont la conscience est pour le moins aussi chargée que la sienne , — et là -dessus je le crois complètement dans le vrai, — ce qui n'est pas à l'éloge de la moralité de notre époque.
Il n'a été heureux ni dans ses récriminations ni dans ses attaques , parce que la loi de 1819, qui autrefois nous a frappé, ne pouvait pas aujourd'hui l'absoudre.
Que conclure de tout ceci ?
On est libre de rejeter mon sentiment personnel que je crois devoir maintenir.
En toute conscience et en tout honneur.
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sans ombre de passion ni de rancune, et sans m'écarter en rien du pardon évatigélique, je persiste à déclarer qu'on ne devient pas brusquement archimillionnaire, -^ lorsque la veille encore on était sans bottes, — si Ton reste dans les strictes limites de la probité pure et simple.
Vous allez me dire que beaucoup de banquiers ont commis impunément et commettent chaque jour des actes tout pareils à ceux qu'on reproche à Mirés.
Tant pis alors pour la magistrature, dont la balance aurait des poids inégaux I
Tant pis pour l'administration imprudente qui hésite à reconstituer les chambres de justice, seules capables d'ouvrir sur les fortunes mal acquises de promptes et solennelles enquêtes !
Avant dix ans, si la France n'y prend garde, elle sera dévorée tout entière par led banquiers.
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Du reste, je dois le dire en finissant, Mirés a plus d'un défenseur.
Je connais des hommes dignes de respect qui ont une conviction tout opposée a la mienne, et je tiens à reproduire la lettre suivante que M. Louis Veuillot m'écrivait le 8 septembre 1866, — par cela même qu'elle est entièrement favorable à rhomme avec lequel je me suis trouvé si cruellement en lutte.
C'est un acte d'impartialité ; le lecteur appréciera.
« Mon cher monsieur,
« Je n'ai pas de notice sur Mirés, et je ne saurais dire en quel point précis votre biographie, que je n'ai pas sous les yeux, l'a mal présenté. Ce que je peux assurer sur ma foi de chrétien, c'est que depuis six ou sept ans que je le vois de très-près, je l'ai trouvé toujours sincère,
loyal, délicat . même, et d'ane générosité et d'un désintéressement que je souhaiterais à beaucoup de catholiques. Il me paraît difficile qu'il soit tel, et ne Tait pas toujours été. Du reste, la terminaison de ses affaires témoigne assez de l'injustice dont il a été l'objet. Il faut qu'un homme dans la poche duquel on a mangé cinquante millions soit un innocent pour qu'on le lâche enfin avec les honneurs de la guerre. Et notez qu'il n'avait aucun secret d'État à divulguer pour se faire craindre. On a conclu parce qu'à force de constance, il en était venu au point de faire reviser tout le procès, et c'est ce que l'on ne pouvait affronter. »
FIlN
131 — Pans*— Imp. H« Gamoit» r« Bonaparte, 64.
EN VENTE: i
!•« Série.
Jules FaTre. ~ Victor Hugo. — Berryer. — Baizu. — Le Père Félix. — Gh&teaubriand. — Odilon Barrot. ^ , Villemessant. — Dumas pore. — Le bibliophile Jacob
g*anl liacroix). — Auber. — OfTenbacb. — Gavami. — osa Bonheur. — Emile de Girardin. — Mgr Dupanloap.
— hose Chéri. — Bouflé. — Timothôe Trimm. — . Gérard de Nerval. — Eugène Guinot. — Crémioux. — Théophile Gautier. — uaribaldi. — Sainte-Beuve! — ^ul de Kock. — Jules Janin. — Barbés. — Lacordaîiei
— Guizot. — Lamartine. — Béranger. — Lamennais.
— Charles Monselet. — Ronsard. — Angustine et Madeleine Brohaii. — Gavour. — L'Impératrice Bugénioi
— Bismark. — Ingres. — Alphonse Karr — Mazzini. ^ Canrobert — François Arago. — Armand Marrast. — Havin. — Méry. — Victor Cousin. — Mme Amoulif Plessy. '— Elie Berthet. — Etienne Arago. -- ÂrnaL — ' Adolphe Adam. — Gormenin. — Mélingue.
2* Série.
Pie IX.— Louis Veuillot.— Mérimée. — George Sand. —Henri Monnier.— Félicien David.— Alfred de Musset.
— Pierre Leroux. — Scribe. — Thiers. — Bicord. — Ed. About. — Carnot. — Changarnier. — Raspail.— Rochefort. — Villemain. — Beauvallet. — Michelet. — Dupin. — Henri Murger. — Gustave Planche. — Falloux.
— Montalembert.— Dumas fils. — Déjazet. — Rachel.— Le P. Hyacinthe. — Glairville.— E. Labiche,— Frédéricki Lemaître. — Ledru-Rollin. — Blanqui.— Louise Golet.— Garnier Pages. — Le P. Enfantin. — Cabet. —Baron Taylor. — St-Marc Girardin.— Napoléon III.— Le prince Napoléon.
Paris. — Imprimerie H. Canon, 64. me Bonaparte.