‹ Henri Heine, penseurChapitre 94 sur 188 · VII · texte numérisé non relu

VII

2. Lettre à Yarnhagen mai 1832; à Gotta, 20 janvier 1832: cf. Prœlss, Dus junge Deulschland, Stuttgart, 1892, p. loG s.

Ils raccusaient de trahison et de vénalité, lui reprochaient sa versatilité, sa frivolité, son manque de caractère, mettaient en doute la sincérité de ses convictions et sa probité d'écrivain politique, sans parler des simples calomniateurs qui le diffamaient dans sa vie privée. Toutes ces mille piqûres d'épingles mettaient au supplice Heine qui, prompt lui-même à la raillerie et au sarcasme, n'en était pas moins extrêmement sensible à toute espèce de critique, justifiée ou calomnieuse ; il s'exaspérait contre des adversaires souvent anonymes que leur obscurité même rendait insaisissables. Et dans sa colère il lui arrivait de perdre parfois toute mesure dans ses ripostes, de se laisser aller à des actes qui lui aliénaient l'opinion publique et qu'il devait regretter plus tard, comme son pamphlet contre Borne publié au lendemain de la mort du grand écrivain radical.

Plus Heine s'éloigne des radicaux et plus aussi il fait étalage vis-à-vis des gouvernements de sa « modération ». Tout en ne ménageant pas les coups de griffes à ses adversaires réactionnaires ou conservateurs, il sait aussi fort bien faire patte de velours et s'efforce, à l'occasion, de démontrer en haut lieu, à Berlin et à Vienne, que ses idées n'étaient pas aussi subversives qu'on voulait bien le dire, et qu'on lui faisait grand tort en le confondant avec les agitateurs qui semaient le mécontentement parmi les masses populaires et travaillaient au renversement de l'ordre établi \ Xous le voyons ainsi jouer, entre les gouvernements et l'opposition révolutionnaire, une sorte de jeu de bascule peu fait assurément pour inspirer confiance soit d'un côté, soit de l'autre. Ses tendances sont pendant une série d'année nettement conciliantes. Dès son arrivée à Paris il s'efforce de vivre en paix avec les autorités et adopte dans ses correspondances de la Gazette dWi(g>iboi(ry un ton assez modéré. Quand, après la fête de Hambach. les puissances réactionnaires prennent une offensive plus vigoureuse contre l'esprit révolutionnaire, quand le proto-

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