YII, 143 s
formule de Heine, du nazarénisme. Heine divise les hommes en nazaréens (juifs ou chrétiens, peu importe) et hellènes^ « les uns avec des tendances ascétiques, iconoclasliques, spiritualistes, les autres avec une nature réaliste, tournée vers les joies de la vie, et s'épanouissant avec fierté ». Or un républicain comme Borne, avec son antipathie pour le grand païen Gœthe, avec sa farouche exaltation pohtique, avec les sympathies qu'il affiche à la fin de sa vie pour le cathohcisme d'un Lamennais est, à n'en pas douter, un nazaréen ; sa rigide vertu ne diffère pas, au fond, de ce besoin de soufîrance qui apparaît chez les premiers chrétiens*. Comme Nietzsche, et pour des raisons à certains égards analogues, Heine voit dans l'austère ascétisme des répubhcains un dernier avatar du '< pessimisme » chrétien.
On comprend aisément que, dans ces conditions, les relations de Heine avec les représentants de l'opposition républicaine soient très vite devenues fort tendues. Dès les premiers temps de son séjour à Paris, nous le voyons déclarer à tout propos que les républicains le détestent et qu'ils lui couperaient la gorge le jour où ils arriveraient au pouvoir. Il se plaint des « intrigues jacobines » qui se trament contre lui, des manœuvres plus ou moins correctes qu'on emploie pour le compromettre, pour l'obliger à se prononcer catégoriquement ou à abdiquer comme tribun -. Bientôt nous le voyons en guerre plus ou moins ouverte avec d'innombrables ennemis, illustres ou obscurs, tels que Borne, Gutzkow, Wihl, Ruge, Venedey et bien d'autres encore. Et ces querelles empoisonnent une partie de la vie de Heine. S'il persiflait cruellement ses adversaires et procédait de temps en temps à de terribles exécutions littéraires qui répandaientau loin la terreur de son nom, ses ennemis à leur tour se vengeaient par d'incessantes attaques sous forme d'articles de revues, d'entrefilets de journaux, de brochures, de publications de lettres, etc.