L'ENFANCE ET L'ADOLESCENCE
« Mes ancêtres, écrivait Heine sur la fin de sa triste vie, ont appartenu à la religion juive. Je ne me s«is jamais enorgueilli de cette origine ». Mais le sordide famulus, qui eut nom Alexandre Welll, devait s'enor^ gueillir pour lui ; car il écrivait, dans l'absurde biographie qu'il intitule Soiwenii's intimes de Henri Heine, cette phrase fabuleuse : « Henri Heine, issu d'ailleurs d'nne des premières familles aristocratiques juives de l'AHemagne... »
Nous avons vainement cherché ce que peut bien être une « famille aristocratique juive. » Peut-être Henrt Heine lui-même peut-il nous donner des clartés là-dessus :
« L'homme, disait-il un jour dans ses Reisebilder,
4 HEIXE EX ALLEMAGNE
l'homme était de bonne noblesse, et il descendait d'une famille vieille comme le monde, dans laquelle le bon Dieu s'est jadis apparenté sans crainte de mésalliance. Il est vrai que cette famille est un peu déchue depuis lors, tellement qu'après le règne de Charlemagne, il lui a fallu gagner son pain en trafiquant des vieilles culottes et des billets de la loterie de Hambourg, sans pour cela rien perdre de son orgueil nobiliaire, ni abandonner l'espoir de recouvrer un jour les biens de ses ancêtres, ou du moins une indemnité d'émigrés, quand son vieux souverain légitime aura accompli sa promesse de restauration, promesse avec laquelle il promène ces gens depuis dix-huit cents ans par le nez. Peut-être que leurs nez ne sont devenus si longs que par suite de cette longue promenade. Ou bien ces vastes nez sont-ils une sorte d'uniforme nasal auquel le Dieu-Roi d'Israël reconnaît ses anciens gardes du corps, même quand ils ont déserté. »
On ne le lui fait pas dire ; et il vaut mieux que cela soit dit par lui. Ces pesantes pantalonnades, où nulle inconvenance ne manque, pas même l'allusion cynique à sa (( désertion » personnelle, nous introduisent de plain-pied dans le monde tout spécial où Heine naquit, et nous apprenons, grâce à lui, quelle espèce d' « aristocrate » il était.
C'est donc vers le milieu du xviii^ siècle qu'une tribu de Juifs, les Heine, essaimait de Hanovre. Un Heymann Heine et une fille d'un Meyer Simon Proppert avaient