L ENFANCE ET I, ADOLESCENCE
fait souche, dans la ville d'Altona, de six fils et de deux filles. Le fils aîné, Isaac, s'en alla jusqu'à Bordeaux et réussit mal, le troisième, Salomon, fonda la riche 1)anque de Hambourg, maison-mère de la banque Armand- Michel Heine de Paris; c'est cet oncle-là qui, par luimême et par ses filles, joua le rôle capital dans la destinée du poète.
Mais entre Isaac et Salomon, un Samson était né, qui ne fut ni pauvre ni riche ; médiocre bonhomme, qui vit le jour à Hanovre en 1764; c'est là le père d'Henri Heine.
Son fils nous a laissé, de ce fournisseur aux armées d'un principicule, un portrait assez drolatique : « en uniforme rouge, la tète poudrée, blanche comme craie, et pourvue d'une bourse à cheveux tout à fait charmante... » puis, avec le progrès des temps, orné « d'un chignon aux larges tresses, fixé sur le sommet de la tète par un petit peigne. » Il le dépeint très beau, comme tous les Heine, d'une beauté « moelleuse, efféminée, douillette. » Heine retourna toujours, pour la plus grande louange de ses ascendants, la fable du Hibou et de ses petits. Rien de plus noble que les Heine, rien de plus beau. L'on en croira ce qu'on voudra. Les portraits ont été brûlés.
Samson Heine avait rapporté de ses campagnes à 1 armée en qualité de riz-pain-sel ou. comme on disait autrefois, de « ver de farine », un amour immodéré pour le jeu, les femmes de théâtre, les chevaux, les chiens, et
les vauriens d'écurie. Il adorait les hobereaux à épée, il endossait avec délices l'uniforme bleu de roi qui signalait la garde civique à 1 admiration de la ville. Une joie de vivre effrénée le maintenait dans une enfance perpétuelle ; et ses mains étaient remarquables, fines, «vraiment patriciennes », lavées à la pâte d'amandes.
Ce gentil fantoche épousa, deux ans après son arrivée à Dùsseldorf-sur-le-Rhin, en 1798. une femme qui lui était supérieure de tous points.
: Tout à l'heure, Henri Heine exaltait à plaisir la beauté de la race paternelle. Mais son enthousiasme se fait plus lyrique et plus débordant pour la famille de sa mère. Peira van Geldern, qui se prénomma plus tard Betty, était la fille d'un médecin, la sœur d'un médecin, que Heine dit illustres. « Mon grand-père et mon oncle, le vieux baron de Geldern, et le jeune baron de Geldern, qui étaient tous deux des docteurs si fameux... Le fameux docteur Gottschalk Van Geldern. »
Cet homme au nom sternutatoire, si célèbre dans Dùsseldorf, était de Geldern, cest-à-dire des Gueldres, c'est-à-dire Juif hollandais, comme d'autres, pareillement baj'ons et nobles, sont de la ^Meurthe, ou de lAin, ou du Nord, ou de la Drôme, ou d'ailleurs. Et la ville même où il brillait, la ville où Heine est né de Betty Van Geldern, se sent déjà de la Hollande, est presque néerlandaise par le site, le caractère, les mœurs et la langue.
Dusseldorf s étend sur les bords du Rhin dans cette région où le fleuve « s'emmarécage », comme disait