‹ Henri Heine, poèteChapitre 127 sur 142 · Brouillon autographe au crayon · texte numérisé non relu

Brouillon autographe au crayon

dans laquelle je lui ai avoué que pour faire face aux exigences de la vie quotidienne, je suis dans la nécessité de gaspiller mes forces dans des travaux stériles, tandis que je pourrais mieux employer le peu de jours qui me restent en finissant les Mémoires que j'ai déjà commencé à écrire, mais dont la publication posthume ne pourrait me profiter pendant ma vie. Je priai donc M. Pereire de me procurer les moyens pécuniaires qui me donneraient les loisirs d'une année que je pourrais consacrer à un ouvrage dans lequel il trouvera un jour un contentement personnel, parce que des intérêts qui sont aussi les siens y [sont] seront^ traités d'une manière brillante et victorieuse, à la grande confusion de nos ennemis communs.

Oui, c'est précisément parce que nous avons des ennemis communs que je combats pendant que Pereire ne pense qu'à ses chemins de fer, que je croyais avoir le droit de lui demander un coup d'épaule, un service qu'il pouvait me rendre sans bourse délier. D'ailleurs, en détrônant Rothschild il m'a privé de ces ^ profits que je tirais de lui à chacune de ses grandes entreprises où il m'intéressait toujours pour quelque chose. Tâchez donc de savoir, mon cher Michel, si votre ami Pereire a reçu ma lettre ; s'il ne l'a pas reçue, vous pouvez bien avoir eu raison en disant qu'il y avait une erreur et que c'était la faute de quelque employé subalterne qui m'a valu l'envoi de 20 actions au lieu des 100 que j'avais demandées. Entre nous, il serait toujours temps pour M. Pereire de revenir sur cette erreur, même si depuis j'ai eu le guignon de lui déplaire par quelque boutade malencontreuse. — Je lui tendrai tout résigné ma tête coupable, afin qu'il y dépose des charbons ardents, selon le principe de l'Évangile, qui dit : Faites du bien à ceux qui vous ont offensé, et vous amasserez sur leurs têtes des charbons ardents. Emile Pereire, lui qui dirige à présent l'exploitation de tant de mines de houille, est plus que jamais à même de couvrir ma pauvre tête de charbons; mais qu'il la couvre de beaucoup de charbons,

1. On voit, par cette correction, que la partie des Mémoires à laquelle il est fait allusion n'était pas encore écrite.

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