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le vif. En ce moment, si Heine oppose volontiers à la morbide efflorescence de son désespoir amoureux des consolations terrestres, c'est que, dans son esprit, les rêveries de Tadolescent ont fait place aux projets plus réels du jeune homme mûri. L'ironie qu'il nous offre n'est pas toujours heureuse ni délicate, mais elle est saine, car elle marque un retour à la réalité. Ce qui était morbide dans l'œuvre précédente, c'était cet inconsolable sanglot d'amour, cette absorption d'une riche nature poétique dans un chagrin sans issue; avec le genre d'ironie qui domine dans VHeimkehvy nous saluons, au contraire, le retour du poète à la santé. Or, ne l'oublions pas, la santé est une condition de l'équilibre intellectuel : le poète des Traumbilder est un adolescent malade; celui des Nordseebilder est un homme bien portant.
A mesure que le poète s'est repris et qu'il a plus victorieusement résisté à Ténervement décourageant de son chagrin, il est devenu plus accessible aux impressions réelles. Hier encore, son amour lui masquait le monde; il commence aujourd'hui à distinguer la nature. Le décor vague, peuplé de fleurs et de rossignols, où, jusqu'à présent, s'était encadrée sa souffrance, se précise peu à peu, et se diversifie. L'état de sa santé trop peu ménagée réclame des bains de mer et il se rend à Cuxhaven : la Mer du Nord lui apparaît alors pour la première fois, dans sa
grise majesté, si propice aux rêves lointains et si consolante à nos chagrins d'un jour. Le murmure des vagues berce et endort sa douleur et lui suggère des consolations tendres : alors, à l'indécis jardin romantique oii glissaient les fantômes de Ylntermezzo, se substitue, dans ses vers, le mouvant décor de Téternelle Agitée. Un élément nouveau est introduit dans son inspiration, où il germera sourdement pour éclater bientôt en odes souveraines.
En même temps, appelé par ses affaires à Hambourg, près de son oncle, le poète revoit le « berceau de sa douleur ». Sa blessure se rouvre, sans doute; mais il sent bien, maintenant, qu'elle n'est pas mortelle, et son lyrisme s'enrichit d'une nouvelle nuance : l'amour navré, mais résiirno. Enfin, il revoit, dans ce voyage, la sœur de sa bien-aimée, qu'il avait quittée tout enfant; c'est maintenant une jeune fille aux grands yeux; elle le charme et fait éclater dans son cœur un « nouveau printemps d'amour ». Il n'a pas à craindre, en la chaulant, de répéter Vlntermezzo, car son amour n'a plus le même caractère; toujours triste, au fond, il n'est pourtant plus aussi humble. Henri Heine a pris conscience de sa valeur et, en même temps, il connaît mieux la vie. H devine bien qu'il sera déçu cette fois encore; le succès, pourtant, n'aurait rien qui le surprît. Du moins, s'il souffre, il ne prend plus au tragique son désespoir; il ne parle plus de la fleur du damné.
mais il avoue, un peu cyniquement « que cela lui est arrivé déjà * ».
Nous voyons quelle transformation s*est opérée dans son esprit : la mer, un pèlerinage ailx lieux d'amour , et une passion nouvelle sont venus raviver la matière de ses chants, et, en même temps, il s'est attaché plus étroitement à là vie réelle. Il n'a plus peur de ces fantômes que créait son imagination; il s'écrie, au contraire, dans le sentiment de sa force : « Croismoi, charmante enfant, je vis, et suis encore plus puissant que tous les morts*. » La santé morale s'épanouit dans ses vers; il est sûr, désormais, de ne pas s'user en stériles lamentations.
Toutes ces tendances diverses expliquent, par leur combinaison, la complexité raffinée que présente la composition de VHeimkehr, Des critiques pénétrants ' ont mis à nu le canevas de cette composition, et ils en ont lire de précieux enseignements. Après en avoir étudié les raisons profondes, nous pouvons, à leur suite, grouper les résultats qui éclatent aux yeux de tout lecteur attentif.