‹ Henri Heine, poèteChapitre 47 sur 142 · Cf. p · texte numérisé non relu

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2. « 11 a été pour moi long et fatigant, le pèlerinage au saint tombeau : la croix m'a bien pesé. Une source cristalline, que les sens grossiers ne sauraient voir, jaillit des profondeurs obscures de la colline au pied de laquelle s'arrête le flot terrestre; quiconque y a trempé ses lèvres, quiconque a posé le pied sur cette croie qui limite le monde, et a jeté les yeux au delà, vers le nouveau pays où séjourne la nuit, ne saurait plus, en vérité, retourner dans le tumulte du monde, dans cette région où règne la lumière au rnilieu d'une éternelle agitation. »

jugé bon de le transcrire en lignes inégales. Cependant, nul ne prétendra que ce ne soit là une prose extrêmement poétique. On pourrait aisément la scander en vers libres. Un scrupule, pourtant, nous arrêterait; cette langue si merveilleusement rythmée est un peu trop molle et nonchalante pour le style poétique; il lui manque quelques arêtes vives : or ce sont les mots composés qui donnent ces arêtes à la langue de Heine dans la Nordsee. On pourrait certes écrire : Sonnenuntergang ou Abenddàmmerung * en lignes égales, comme de la prose; mais leur vocabulaire trop concis nous gênerait pour les lire de la sorte. Ces mots composés, qui remplacent toute une phrase, réclament, quand on les lit, un repos de l'attention; ce repos favorise l'établissement du rythme poétique : il gênerait le libre flux de la prose.

Le style, dans la Nordsee, est aussi simple que le vocabulaire est savamment compliqué. La phrase est purement successive, si Ton peut ainsi dire : les anneaux s'en déroulent, reliés les uns aux autres par des conjonctions : und, aber, doch. Dans les précédents recueils, nous voyions les différentes strophes groupées autour de celle qui contenait ridée principale ou la pointe du poème : le style était ' sévèrement composé et châtié ; dans la Nordsee, il parait s'abandonner avec une certaine nonchalance. L'effet de chaque pièce n'est

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