LE RYTHME
Le Buch der Lieder se divise, en ce qui concerne le rythme, en deux parties bien distinctes : les Jtcnge Leiden, Y Intermezzo et ÏHeimkehr d'un côté, la Nordsee de Tautre. C'est du premier groupe, le moins spécial, que nous nous occuperons d'abord.
Il semble inutile de s'arrêter bien longtemps sur les « ïambes de cinq pieds » que nous présentent quelques pièces d'un caractère sérieux *. A peu d'exceptions près, toutes les autres pièces sont écrites en vers de trois et de quatre accents *,
1. Sonnets'^ Intermezzo, 18, 19, 60. Heimkehr, 24, 68. Gôtter-
! dâmmerungy Ratcliff.
. 2. Notre vocabulaire métrique, en ce qui concerne les lan-
gues accentuées modernes, est fort pauvre. Je me vois arrêté par la traduction des termes allemands Hebung et Senkung, On peut dire, sans doute : arsis et thésis. Mais le sens exact de ces termes varie selon qu'il s'agit de métrique grecque ou latine. Pour les uns, arsis désigne le pied (ou le temps)
presque toujours groupés en strophes de quatre vers. Il importe de les considérer.
On peut résumer d'uo mot le caractère de ces petits vers : ils sont, à tous égards, conformes à la vieille tradition de la poésie populaire germanique. Les caractères dé cette poésie sont, en effet, les suivants : 1® vers à quatre accents; 2** liberté complète dans la composition des groupes atones (freie Tactfûllung). Or, l'analyse de ces deux caractères va nous montrer qu'ils s'appliquent également aux petits vers de Henri Heine.
Le vers germanique à quatre accents peut se présenter sous trois formes * :
A Forme pleine {volt). Ex. :
Im wun I derschô | nen Mo | nat xVlai
B Forme sonore {klmgend). Ex. :
Es ste I hen un | beweg | lich
Cette seconde forme ne comprend que trois accents exprimés; mais, involontairement, nous
levé, c'est-à-dire le temps faible ; pour les autres, arsis désigne l'élévation de la voix, c'est-à-dire le temps fort. Pour éviter cette confusion, je renoncerai aux termes grecs. Je traduirai Hebung par : 1° accent, 2° temps fort, et Senkung par : 1* temps faible, 2" groupe atone.
1. On devrait marquer les accents par un trait vertical et les syllabes atones par un trait horizontal : on éviterait de la sorte la comparaison qui se fait trop souvent dans l'esprit du lecteur entre les accents modernes et les longues -et brèves^ de l'antiquité. Néanmoins, je me servirai des termes : ïambe, anapeste, trochée, dactyle, qui permettent de désigner commodément la place de l'accent par rapport aux syllabes atones.
en ajoutons un quatrième en faisant, sur la dernière syllabe atone, une pause qui rétablit Téquilibre du rythme.