II EMU IV
pendue sur leui*s têtes, un coup de partie. Tout était remis en question du soir au lendemain par ce crime répondant à un crime, cet assassinat d'un roi vengeant l'assassinat des Guise. Henri de Navarre devenait bien, selon le droit, le roi de France; mais aux prises avec les intérêts et les passions qu'émouvait une transition si brusque, il était moins puissant peut-être que le roi de Navarre. 11 avait affaire à des amis douteux, à des adversaires infatigables, à un camp travaillé par les ambitions et les divisions que surexcite tout avènement, à une capitale rebelle, remplie par les Seize d'un inextinguible feu de sédition, et qui devait préférer jusqu'au joug de rEspagnol,au-devant duquel elle allait, à l'empire du maître légitime.
La situation était des plus critiques pour le roi huguenot, excommunié, contre lequel le fanatisme religieux attisait la prévention politique, et auquel en vain, de sa voix mourante, Henri UI léguait son héritage.
Henri Dl, qui avait d'abord partagé l'espérance de ses médecins, dut bientôt reconnaître avec eux que sa blessure était incurable.il fit appeler le roi de Navarre, qui se trouvait près les fauxbourgs Saint-Germain, et lui commanda de tenir le conseil. Après quoi Henri, par une discrétion pleine de tact, prit congé du roi, qu'il devait croire ou paraître croire guérissable, et se retira dans ses quartiers à Meudon, ne mani* feslant que sa douleur, et évitant par son absence tout soup* * çon de convoitise ou d'impatience intéressée.
Quand il revint à Saint-Cloud, sur le pressant avis des mé^ decins et le suprême appel du roi, il arriva trop lard pour
recevoir ses derniers adieux. Henri III avait rendu le dernier soupir, sur les quatre heures du matin, le mercredi 2 août 1589. Il n'était point mort sans désigner et reconnaître luimême son successeur, sans rendre lui-même témoignage au droit du roi de Navarre, et sans désigner l'héritier légitime de la couronne et le plus digne en même temps de la porter, à la fidélité de ses serviteurs éplorés. Voici un récit contenporain de la première et dernière entrevue des deux rois, après l'attentat ;
« Quand le roi de Navarre arriva, Henri III lui tendit la main : « Mon frère, lui dit-il, vous voyez comme vos ennemis et les miens m'ont traité ; il faut que vous preniez garde qu'ih ne vous en fassent autant. » Henri déclara que le roi de Navarre étoit son légitime successeur et il invita les seigneurs présents à le reconnoîlre. »
a Je ne regrette point d'avoir peu vescu, puisque je meurs en Dieu; je sais que la dernière heure de ma vie sera la première de mes félicités; mais je plains ceux qui me survivent, mes bons et fidèles serviteurs... Je vous conjure tous, par l'inviolable fidélité que vous devez à vostre patrie, et par les cendres de vos pères, que vous demeuriez fermes et constants défenseurs de la liberté commune, et que vous ne posiez les armes que vous n'ayez entièrement nettoyé le royaume des perturbateurs du repos public; et d'autant que la division seule sape les fondements de cette monarchie, avisez d'estre unis et conjoints en une mesme volonté. Je sais, et j'en puis respondre, que le Roy de Navarre, mon beau-frère, légitime successeur de cette couroime, est assez instruit ès-lois de bien régner, pour bien savoir commander choses raisonnables, et je me promets que vous n'ignorez pas la juste obéissance que vous lui devez. Remettez les différends de la religion à la convocation des Estats du royaume, et apprenez de moi que la piété est un devoir de l'homme envers Dieu, sur lequel le bras de la chair n'a point de puissance. Adieu, mes amis; convertissez vos pleurs en oraisons, et priez pour moi ! >»
Ï5C HRNRf IV.
Ainsi mourut Henri III, d'une mort tragique dont )a dignité efface quelque chose des fautes de sa vie. Le deuil et l'agitation du camp où il venait de rendre le dernier soupir, les koiannak ironiques et les insultants feux de joie de Paris révolté, et le contraste de cette douleur et de cette inquiétude d'un côté, de cette joie et de celte espérance de l'autre, «■ priment plusénergiquemenl que nous ne pourrions le faire les angoisses et les incertitudes de cet avènement subit, de cette succession précaire, dont Henri de Navarre, devenu Henri IV, sans sacre, sans capitale, presque sans armée, se vit plus d'une fois, dans la journée du 2 août et les suivantes, disputer ou marchander le sceptre, qu'il ne devait garder qu'à fore* de le mériter.