‹ Henri IV écrivainChapitre 4 sur 11 · DES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

DES SENTIMENTS

Henri IV devait plaire à ses contemporains à I» fois rudes et raffinés. La tournure un peu gauloise dç son esprit, son goût pour les plaisirs sensuels, sa vigueur infatigable aux exercices du corps, sa témérité aventureuse dans les combats s'alliaient à la finesse péné<- * trente, à la galanterie de cour, aux grâces de l'imagination, h l'amour de» lettres et des arts. Une bonne humeur moqueuse égayait ces qualités et ces défauts.

S'il n'avait dû toute sa vie qu'être roi de Navarre ou prince du sang, il se serait peut-être contenté d'être gai, brave, spirituel et amoureux. Mais il était conquérant et souverain; ses sujets furent d'abord ou d'intraitables ennemis ou des serviteurs peu servîtes : pour assurer leur soumission, môme a près la victoire, c'était peu qu'être aimable» il fallait s'en faire aimer. Il eut la volonté et le talent de les séduire. « Je ne veux point vous celer, écrit-il à Sully, que j'ai plus de confiance en vous qu'à tout ce que j'ai laissé par delà. Je le dis comme je le crois, mais qe montrez cette lettre, car je ne veux offenser personne » (8 juillet II e 4597). Il n'est pas de gentilhomme dont il ne veuille se faire un ami. Nous le voyons prendre la plume et écrire de sa main à un simple bourgeois qui vient d'être élu maire de Poitiers (Gruget, 5 août

4C00). Filial avec les vieillards, paternel avec les jeunes gens, flatteur envers tous, son ton ordinaire marquait l'affection et la bonté. Avec quelle respectueuse soumission il écrit à Théodore de Bèze : « Je vous prie m'aimer toujours, vous assurant que vous ne sauriez départir de votre amitié à prince qui en soit moins ingrat, et continuer vos bonnes admonitions comme si vous étiez mon père » (4 w janvier I e 4584 . P. 5.). Les jeunes gens ne sont pas dédaignés, et il envoie aux parents de bons témoignages sur leurs enfants : « Encore que vous soyez le père, écrit-il au maréchal de Biron, vous n'aimez pas tant votre fils que moi qui puis dire de lui et de moi : Tel le maître, tel le valet » (27 novembre 4590). Quand le jeune Nevers vient prendre rang dans son armée, il écrit à la mère « tout le contentement qu'il a reçu de la venue de son fils, et de la résolution qu'elle a prise de le tenir un bon espace de temps près de lui, où il séjournera avec beaucoup de fruit, ne pouvant s'exercer en meilleure école, ni être instruit et conduit avec plus de soin que celui qu'il aura de lui, aussi grand que s'il était son propre fils » (25 décembre 4595). Et si le jeune Nevers quitte l'armée pour retourner près de sa mère, il apprend avec regret et déplaisir qu'elle Tait retiré, « ce qui ne se pouvait aussi faire plus mal à propos que maintenant que de toutes parts ses bons serviteurs accourent pour assister aux occasions qui ne se sont point présentées plus belles, et plus importantes que toutes celles qui se sont passées ci-devant; s'en allant droit aux ennemis, en intention de ne les perdre point de vue qu'il ne lésait combattus. Ce sont

des occasions qu'il devoit venir chercher de deux cents lieues, tant s'en faut qu'il soit honnête de s'en éloigner maintenant. Il en parle avec plus de passion qu'il ne feroit d'un autre, parce qu'il n'en a guère qui lui soient plus proches, ni point qu'il aime davantage, ayant fait dessein de le former et dresser de sa main, pour lui faire un jour tenir le rang digne du lieu dont il est » (47 mai 459C). Il adresse une douce réprimande à un jeune homme turbulent , le comte d'Auvergne; « il se plaint qu'il soit entré en quelques soupçons et défiances de lui ; ce qu'il trouve autant étrange comme il est éloigné de toute vérité. Il l'a toujours aimé comme son fils; il veut croire que telles impressions ne procèdent pas de son instinct, ains des artifices d'aucuns qui sont près de lui, qui ont l'âme et la volonté très mauvaises. Tels conseils sont pernicieux; il ne doit pas endurer près de lui ceux qui les lui donnent, qui n'ont but que de profiter de sa ruine. Rien ne lui acquerra plus d'honneur, d'avancement et de contentement que de se conserver en ses bonnes grâces, auxquelles il aura toujours bonne part. Qu'il juge avec prudence les conseils et avis de ceux qui sont près de lui, pour observer ceux qui lui conseillent ce qui est vertueux et de son devoir, et éloigner les mauvais serviteurs » (25 mars P e 4592). Il possédait l'art de louer, avec grâce et sobriété : « Brave Crillon, vous savez comme étant roi de Navarre je vous aimoisetfaisois cas de vous. Depuis que je suis roi de France, je n'en fais pas moins, et vous honore autant que gentilhomme démon royaume; ce que je vous prie de croire et en faire état, et qu'il ne

se présentera jamais occasion où je vous le puisse témoigner, que vous ne m'y trouviez très disposé. Je suis bien marri de ce que votre santé ne vous permet pas d'être près de moi , pour le besoin que j'ai fa telles gens que voue. Lorsqu'elle vous le permettra, vous me feresi un singulier plaisir de me venir trouver. Je ne vous dirai point que vous serez le très bien venq; je m'assure que vous n'en doutez nullement * (Crillon, 3$ juin ^139^), rrr « M* de BaU, je vous veux biep faire savoir que vous êtes sur l'état (Je lp défunte reine me mère, de pey^là à elle appartenants, et de de tout temps bons amis et serviteurs des sien». Par quoi, foisent état de votre bpnne volonté, je vous pr}e de faire et proire ce que vous dira M, d'Arros do ma part, Et serai bientôt k même de connaître les véritables gens de çjœpr qui se voudront acquérir honneur pop? bien faire aveq moi; eptre lesquels je fais état fa vops trouver toujours * (entre le 29 juin et le 4 juillet 4876) , JSt de qqel ton H récompense quand il lui arrive dp récompenser : « M? de Bâta, pour ce que je ne puis songer è ma ville d Eause sans qu'il m me souvienne de ypps, pi penser h vous qu'il ne qriÇ souvienne d'elle (t), je we §uis délibéré de vous établir en \ç#\\e et pays d'E^usan- Adppc aqssi me souviendra quapd et qpapdd'y avoir m bien sur ami et serviteur spr lequel me tiepdrei reposé de sa sûreté et conservation » (vers ta fin d§ 4876),

Si Saint<îepiès f§it dç§ difficultés pour l'e*éeutionde ses QFdr&, il ne s'irrite pas, mais il fait pppel

(1) M. de Batz avait sauvé la vie de Henri IV, attaqué par trakifiûR jfc Eause.

à la confiance réciproque ; * Je remets toujours à votre jugement de considérer et peser les ineonvé» nients, Vous savez la confiance que j'ai en vous et l'a« initié que je vous porte j Q'est pourquoi vous deve» prendre en bonne part le* commandements que je vous fais, tout ainsi que je suis toujours prêt de rece* voir vos bons conseils et avis 9 (45 octobre 4586).

Quelquefois I? réprimande n'est qu'un mot jeté ea passant, et sans appuyer : « Meslon, je viens de recevoir la lettre de Lartigue que m'ayez envoyée, où il me mande que marchez, §te-Terre, Lambertie et vous; de quoi je suis très aise. Si yous eussiez été plus dili-r gents, je ne fusse en la peine où je suis. Assembler vous à Montségur, et quand serez assemblés, eto. » (vers le 40 juin 4580),

Si l'ami est absent, comme il lui tarde de le re->yoir î « Vous ne sauriez croire l'envie que j'ai de vous voirt > -*- « Surtout je vous prie vous hèter de me venir trouver , car je meurs d'envie de vous voir. » -^ « J[e hrûle d'un extrême désir de vous voir pour vous témoigner comme je vous aime» (I^e Connétable, 254 et 34 novembre 4595, 24 octohre 4598).

Si l'ami reçoit quelque faveur de la fortune , il s'empresse <c | e \^\ f a i re compliment : « Antoine de Yalori, mon ami, j'ai occasion de vous faire connaître que le s T de Cadinet ayant été tué, le roi est bien aise que vous fassiez votre service dans les Quarante- Cinq. Je vous prie faire état de mon contentement de vous voir traiter selon vos mérites ; et yous viendrez offrir votre bonne volonté en notre endroit. Bonjour, Antoine de Yalori, mon ami « (4 5 avril 4 589),

Il intercède avec prière pour les prisonniers : c Monsieur, écrit-il au duc de Savoie, si vous m'aimez, je vous prie vous employer pour la délivrance des sieurs de Lanoue et de Turenne, desquels je désire la liberté comme de mes propres frères » (5 septembre r 4 582. P. S.)

Si l'ami est malade, il est plein de sollicitude. C'est le moment de prouver son amitié à bon marché, eu demandant des nouvelles de la santé, en exprimant des vœux. Il a des attentions délicates. Saint-Geniès est souffrant: il le prie de ne se point forcer à venir à Pau ; il aurait trop de déplaisir d'être occasion d'accroître son mal ou de retarder sa guérison. Il l'ira voir lui-même pour l'aider à revenir en santé ; il viendra dîner chez lui, et ne mènera que deux ou trois de leurs bons amis. Mais qu'il se repose pour être trouvé en bon état (44 janvier 4585). M. de Ségur a la fièvre: il lui offre son propre médecin; il regrette de ne pouvoir être son garde-malade. S'il n'était à la tête de M. de Nevers, il irait le voir, l'assister avec autant d'affection que si M. de Ségur était son père (20 décembre III e 4588). Le connétable est indisposé : il le ragaillardit et le presse de guérir : « Hâtez-vous de vous médeciner ; car j'ai besoin de vous, et quand vous êtes près de moi, je me trouve plus soulagé » (45 novembre 4596). — «Prenez peine de vous bien purger, afin que vous reveniez au plus tôt pour me soulager » (4 6 novembre I" 4 596).

Non-seulement il demande à tous leur amitié et leur dit souvent : « Aimez-moi ; » mais, ce qui est ingénieux et spirituellement habile, il leur persuade

qu'ils l'aiment : c D'autant que vous m'aimez, » dit* il à Matignon (vers le 8 juin 4585) ; et à Duplessis : « Vous devriez être plus affamé de me voir, sachant combien je vous aime... Je sais que vous m'aimez » (vers le mois de septembre 4584). Il avait compris de bonne heure que les services lient plus encore l'homme qui les rend que l'homme qui les reçoit, et il le dit à Batz avec une sorte de naïveté : a En quel autre que vous pourrais-je tenir ma confiance pour la conservation de ma ville d'Eause, là où je ne puis donner d'autre modèle que le brave exemple de vousmême? Et tant qu'il me souviendra du miracle de ma conservation que daigna Dieu y opérer principalement par votre valeur et bonne résolution, ne pouvez oublier votre devoir » (vers les premiers jours de Tannée 4577, II e ).

Vouloir plaire à tout le monde, c'est là un désir qui développe singulièrement les qualités brillantes ou agréables de l'esprit. Mais cette vaste amabilité, que d'autres ont eue comme Henri IV, a pour première règle de se conformer au goût, au caractère des contemporains. Dans Fénelon, c'est la grâce tempérée; dans le prince de Conti, la politesse affectueuse: mais nous sommes à la cour de Louis XIV. Dans Henri IV, quelle est-elle? Demandez-le à luimême. Il parle souvent de sa rondeur; la rondeur, c'est-à-dire cette brusquerie amicale qui ressemble à la franchise. Cette rondeur eût paru un peu campagnarde à la cour de Catherine de Médicis, où régnaient l'étiquette, établie par Henri III, l'afféterie italienne et le masque de velours; mais, parmi ces

gentilshommes de province, orgûeilleu* et batailleurs , aventuriers et pfauvrte, qui g&rdalettt fcôtife léUh éfes&is d'élégance uti vieux fonds de rUde&è fêûdèlê, elle sut maintenir sous le toéitiè drapé&U dé* protestants et des Catholiques aUSsi querelleuft et àlissi irritables les utis que le* entres.

Il y a des geiis dont la fotideUr est Vulgaire et fedtidieuse ; rien n'arrête, Hen ne surprend : mâts éëlle de Henri ÏV (qu'on me pëtdôtitié le mot) était pleitte de saillies > et, rendue piquante par un esprit fin et vif, elle était charmante» «Je crois que toUë Votts moques de trtoi* quand d'ici voUs voulez qiie je pourvoie au* vivres de mon armée * (Le Connétable. 34 août 4596). «- « RoSny, toutes lés nouvelle* qUe j'ai de Mantes sont que vous êtes hafdfeéé et amaigri. Si vous avez envie de vous rafrâlbbir et rengflifeàer, je éuh d'aviB que vous Vous en veniéÊ ki » (4 & février I" 4594). — tMon eompère, vuus avefe été dttez longtemps chez vous ; c'est pourquoi je vous faid ée mot pour vous prier de me venir trouver, pour m'éider à passer ce carnaval, assuré que vUUÉ serëfe le bien venu et vu de moi, de qtfi vous apprendre* ce qui s'est passé ici depuis votre parterfteiit ; biais surtout je vous dis encore un coup que vous serez le bien venu et vu de moi * (Le Connétable, 6 février 4605). — «Brave Crillon, vous avez oublié votre mettre et vos amis ; je n'en fais pas de même) aussi âimé-je mieux que vous ne faites. Vous saurez de niés nouvelles par le sieur de Pilles; triais par cemdt vous serez assuré de la continuation de mon amitié* Il y a fort longtemps que Ton dit que vous Venez ç tbdis

je n êri Voirai rieti que je ne vous Vble. ÀdlèU, bMtfê Crillbii i (40 oetobtt II e 4898). *-• «M. de Bâte, ils m'ont entottré eomfflé la bête, et croient qu'on me jpfêfad Hbi filets. Mai, je leur tetii passer fi travers Ôti dëtetiè le ventre* J' ai élu mes bons; et mort faucheur ett est; Grand damné, je te teui bien garde* le secret de UM cotillon d'Auch à ma eousinë ; maifc que mon faucheur ne me faille en si bonne partie, et ne ë'éllle amuser à la pëille, quand je l'attends sut le pré if (\\ mats 4586)i — à Le Pin m'a parie podr V bdS de quelque chose* Vôtiô étés titte bête 2 ne bàVèsÉ* ifous pëfe que noua n'avons rien h départir ? Ayea l'œil ouvert sut- les loupes de Mi du Maine. Je Vais dormir à Gâstel-JaloU* . NoUb ne tenterons rien follement. Geit dé toUs de qui j'attends dea nouvelles. Adieu* Celui qui Vous aime plus que né valefc» (février* II e 4880). Cependant le ébarme des pôrôleë fi 1 a pas tin pouvoir éternel ; il faut qUë lés effets répond ertt quelquefoiS; C'est quelque chose de remercier, et de dire : • VôUS êtes lé plus honnête homme du monde de ttf àvbir envoyé eeti* de VOfc quartiers # (9&irit*Gehiè$, fers la fin de 4685 III e ) ; oti bien : t VdUs m' avez fait plaisir de vous être gouverné gomme voua aveé fait • (Sotïvi^ \7 février 1- 95) : mais èé n'est pas aasëz; et le plus Sûr, c est de tenir les hommes par leur propre intérêt. Henri IV le comprenait; et comme H savait que rien n'est plus durable ni plus faeile il réveiller que l'espérance, ë'ést par le qu'il les Soutierit et même qu'il prétend les récompenser. Il prodigue lea promesses vagues et sans échéance * * Assurettéus que je reeémnoîtrai vos services et qu'il vous

regrettera toute votre vie de ce que vous n'aurez pas été plus tôt mon serviteur » (Duplessis de Cosme, 47 avril 4595). — «J'ai eu, par votre lettre dalée de Venise du mois dernier, tel contentement que jour de ma vie ne l'oublierai, et rendrai témoignage que je n'en suis pas ingrat. Persévérez à voir vos amis et me servir. De mon coté, je ne rabattrai rien de ma bonne volonté et reconnoissance à votre endroit et au leur » (Saint-Julien, vers la fin de janvier 4604). — t N'ayez peur que pour m'avoir fidèlement servi, comme vous avez fait, votre maison tombe en ruine. Je suis trop bon maître,, et sais très bien reconnaître mes serviteurs et leurs services » (Duplessis, 6 novembre II e 4589). — « Continuez à me bien servir^ assuré que je le reconnoîlrai, et que si vous ne recevez de moi tout le contentement que vous désirez, croyez que vous en serez seul la cause ; car je vous aime » (Le même, 46 février II e 4597). — « Tout fera toujours paroître les effets, l'occasion s'offrant » (Vérac, 4 e * février 4580). Mais cette occasion que Henri IV attendoit toujours ne s'offrait jamais : raison de plus pour en parler. « Je vous assure que l'occasion de vous témoigner que je vous aime ne se présentera jamais que je ne l'embrasse avec toute l'affection que vous sauriez désirer de moi. Adieu, brave Crillon t (28 janvier I re 4598). — «Je vous aime plus que vous ne le sauriez imaginer. Crois, mon ami, que je désire fort qu'il se présente une bonne occasion pour te le faire paroître » (Souvré, 8 octobre V e 4592). — « La Gode, je vous aime trop et m'avez trop bien servi pour vous refuser quelque chose qui dépende

de moi, et jamais occasion ne s'offrira de le vous témoigner que je n'embrasse de tout mon cœur... » Et, à ce propos, il parle d'autre chose, du duc de Savoie, de l'archiduc et du roi d'Espagne (Le même, \Â juillet l re 4600). Il est vrai que la fortune s'en mêle, et contrarie ses intentions généreuses. Le frère de M. Duplessis meurt au moment précis où il était $ur le point de le récompenser. Il allait le récompenser, rien de plus certain : qui pourrait affirmer le contraire? Et quel triste contretemps! «Je le regrette encore davantage de ce qu'il nous a été ravi quand j'étois sur le point de lui donner quelque particulière preuve de l'estime que je faisois de sa valeur et fidélité» (Duplessis, 48 janvier 1598).

Mais ceux que la mort ne venait pas frustrer des bontés promises, s'étonnaient de les espérer si longtemps. Parfois même ils se fâchaient. Il s'agissait alors pour Henri IV de se réconcilier avec les mécontents, sans que la réconciliation fût coûteuse. Il s'en tire avec esprit et rondeur : a On m'a dit que vous ne m'aimez point, et le sieur d'Emery, présent porteur, m'a confirmé cela. S'il est ainsi, je vous désavoue, et la première fois que je vous verrai, je vous couperai la gorge. Adieu, La Gode, mamie » (Souvré, 8 juillet V e 4594). Mais il ne veut pas croire à ce mécontentement qui serait un manque d'affection et de fidélité : t Mr de Batz, c'est vrai qu'un gros vilain homme m'a voulu mettre en suspicion votre fidélité et affection. Or à tel qu'il me faut entendre est bien mon oreille ouverte, mais lui sont bouchés mBn cœur et ma croyance, comme en telle occasion. Et n'en faites

plus de compte que moi » (vers les premiers jours de Tannée 4377, II e ). Ces plaitotes sont sans r&istm i eo m nient peuveht-ils douter de son cœur? <t Votas pensée a Voir occasion de votis douloir de moi, ceqtiè tous ne pourriez faire qu'à tort, Vaut aiittaiit et Vous estimaiit comme un des plus fidèles et utileë servi* teursquejeie... Vous avez pris la mouché en hoitirtie de la race dès Gotttautm Vivez content, si cela vOUI a porté contentement, de penser que votre maître vous aime autant qu'il aima jamais serviteur» (St*ftenièB) 4 mai 4586)* A quoi bon 6e quereller quand oh à devant soi de plus utiles occupations? * Mon cousin, il me semble que le temps et l'opportunité n'est point maintenant de s'aniUfcër à dresser dès querelles d'Allëoiagne. J'appelle querellée d'Allemagne ee qu'&vez dit à Lambert touchant les plaintes et les propos que je tenais de VoLls. Je né sais qui votas peut avoir écrit ni fait tels rapports ; niais je sais que je ne tne suis pas plaint dé vous à persohne^.pôur ce qu'il n'eût su m'en faire raison. Or à présent laissant toutes ces choses en arrière* et voyant l'ennemi si librement et sans opposition continuer ses deséeiâs» c'est à nous de regarder ensemble à ce qui est besoin pour le service du roi-, e^ d'une commune main, y apporter le remède » (Matignon, vers le 40 avril 4585). Il groiide môme ai) besoin : « Je n'épouse point les passions de personne* J'ai à me plaindre plus que nul, et ne saurais me cOntéfater qu'on vite de la sorte avec moi. Je suis votre ami* je vous estime* et sais assez là preute que vous avez rendu à ce parti » (Vivans* 4 juin 4 586). Et c'est lui qui pardomlè î • Borgne* j'ai bien reçu

oé qtie Lotnéiiié m'a dit dé Votre pttrt et Vos é*dusés«». Venel taë trouver ftti plus tôt,, âëëUfé que tous seréfc toujours le tfè«-biett venu et VU de moi qui vous aime;*. Venez me trouver; car je veut ne pas croire que vous fcpyea jamais autre que mon serviteur » (Hérëmbilte, 42 rtôrenlbre 4596).

Quand il s'agit d'une réconciliation itâportaiite, il éppellé le mécontent près dé lui, bien sûr de FéUve- Jdppëf dans les séductions de sa parole. On sait que Bupleiëis était le pape des huguenote; il réprésehte tout un parti. Aussi, avec quelle infatigable tnsistâfiée Henri IV l'invite 6 venir lé voir et éttuëe* aveti lui ! « Si j'ovois parlé Un mot à Vous, je suis sûr qUe vous perd ries l'opiilion que vous averi » (6 novembre 11 e 4989), mm i Je suis las de vous écrire toujours Une même eh 088. Je désire infiniment de vous voir. Venez ; j'ai tant dé besoin de votre présence que je ne m'en puis passer* Venez encore tan coup ; votre séjour près . du trioi ne éera que de peu de jours.. %% Venez> venet, . venez* bî vdus m'aimeil » (28 août 4592)< *** « Je vous ai par tant de fois écrit que vous me veniez trouver, et vous n'en avez rien fait; je ne vous le veux plus écrire qttë feétte fois pour vdfr si je 6erai obéii Venez donc incontinent i.i Venez, venez ) vous ne séjournerez. Venez ici * (8 août 4595).-"*- « J'ai toujours parte avec vous si librement, qUô si VôUs aviez quelque sdjet de plaiiite, vous hie le deviez mander oU venir dire voustftiiémfe} 6ans le dire à aUtrUi. Je vous ai écrit plusieurs fois de me vehir trouver, mais en vaihu. DobneiHonoi ce contentement que je voua Voie, eoit en poste ou autrement * et ne cbeteheê plus d'eacufce

pour cela » (7 août 4595). — « Je vous fais ce mot à tous hasards pour vous dire que, sans attendre les députés que j'ai mandés, vous veniez me trouver en toute diligence; car j'ai nécessairement affaire de vous... Mais venez en toute diligence, car j'ai besoin de vous. Venez, venez, venez » (45 août II e 4595).— « Hâtez-vous, hâtez-vous ; et je m'assure qu'à votre arrivée, vous ne me trouverez point changé de bonne volonté pour vous, et sy vous n'ajouterez foi à tous les bruits que Ton va semant de moi partout » (44 septembre 4595).

Mais cette chaleur habile n'arrive pas toujours à son effet ; et il s'en plaint avec un dépit mélancolique: « J'ai à me plaindre de beaucoup de choses et de plusieurs personnes » (Duplessis, 6 novembre 4 589). tVous me verrez tout amaigri, non de maladie, car je ne me portai jamais mieux , mais de fâcherie , et de voir que tout le monde fait si mal son devoir» ( La Force , 4 5 septembre 4 595 ) . — « Sans doute , nous sommes à la veille de beaucoup de maux , si Dieu n'a pitié de nous. Je fais de ma part tout ce que je puis; mais vous me plaindriez si vous voyiez l'état auquel je suis » (Duplessis, 4 avril 4597) . — Si vous voyiez ma condition, vous la trouveriez pire que du roi de Navarre ; car je ne suis assisté de personne» ( Le même, 5 avril l rê 4597). — « Les bons amis sont rares» (Mme de Grammont, 22 décembre 4588).

Ailleurs, c'est de l'irritation : « J'ai vu la lettre que m'avez écrite touchant M. d'Ornano. Envoyez quérir Viçoze ; il vous dira ce qui se passa entre nous deux. A la vérité , je n'ai jamais vu tant d'ignorance et

d'opiniâtreté ensemble, mais je dis très dangereuse. Il fait le Corse à toute outrance. S'il fait ce qu'il vous a dit, il m'offensera si aigrement que je m'en ressentirai. jComme son ami, faites-le lui sentir; qu'il ne me donne point de sujet de le faire reconnoltre pour ce qu'il est. Bonsoir » (Rosny, 49 juin 46(M). Il y a même de la hauteur dans la lettre qu'il écrit à La Force après la prise de Sedan : « J'espère que ce voyage ne m'aura pas peu servi, quand ce ne seroit que pour apprendre à ceux de mes sujets qui veulent faire les mauvais que je sais me faire obéir. Vous ferez part de ceci à ceux que vous jugerez à propos » (5 avril I re 4 806).

Jusqu'à quel point Henri IV fut-il sincère? C'est là une question bien difficile. L'était-il du moins sur tel point et en telle occasion ? On craint toujours de se laisser prendre, comme d'autres, à sa fine bonhomie, et d'être dupe de son air de franchise. On a devant les yeux sa bouche railleuse, qui semble se moquer même de ceux qui prétendent le juger. Il n'y a pas de sécurité avec un homme si spirituel.

Dirons-nous que ses qualités étaient feintes, et qu'il n'avait pas au cœur ce qu'il avait aux lèvres? que Henri IV n'était qu'un comédien , habile à feindre les sentiments généreux, les jouant avec tant d'adresse, que deux siècles s'y sont trompés , le proposant aux rois comme un modèle , aux peuples comme un père, et qu'il a fallu deux cents ans pour que des gens plus perspicaces lui ôtassent ce masque de bonté et de franchise qui cachait Tégoïsme et la ruse? On l'accuse de n'avoir eu qu'une fausse bonté; mais le men-

songe s'allie-Wil aisément à la gaieté, à la ?ivaeitéî Se peut-il qu'un homme , eee de cœur et froid d'e&prit, dan» une vie si agitée, pleine de erisai inattendues et de subites épreuves, ait su ai bien composer son visage, eolorer sas parole», 9e tenir dons pon parigonqage et se souvenir du costume qu^l avait pris, qu'il ait paru toujours vif dans un langage étudia, ev pensif en calculant , et toujours de joyeuse humeur dan» les soucis d'un rôle difficile qu'il aurait soutenu sans repos et à toutes les minutes pendant plus de trente ans? Il ne faut pa?, en courant après le vrai, outrepasser le vraisemblable. Henri IV 6e défend pa? te naturel, la simplicité , l'aisance de son style, et par deux qualités dont l'alliance est la marque des sentiments vrais, le mouvement et la mesure.

Sans doute il a feint plus d'une fois» U déclara luimême qu'il faut être dissimulé en affaires d'État, $t que la dissimulation doit être bien accompagnée d« prudence (Mme de Grammont, 43 mara 4588), Le style même quelquefois peut nous servir d'indication.

Nous savons par tous les mémoires du temps qu'il haïssait d Epernon , et leur accord à cet égard apporte la certitude. D'ailleurs Henri IV ne ppnvuit l'aimer ; dÉpernoq l'avait seni avant de pewer à Henri III et aux; ligueurs. Mais d'Epernou était un homme habile, d'un caractère décidé et iniplaut, encore redoutable après la chute de son parti, Henri l v ne lui ménage pas les affectueuses protestations. Il J'appelle mon ami, titre qu'il ne donne que rarement à Sully même. * Mon ami , croyez et soye? assuré que je vous aime bien. » Il y a dep priqçep et W'

gppurs qui lui ont voulu bailler leuri enfants pour être à son fils le dauphin ; mais il a fait réponse que le premier serviteur qu'aurait le dauphin serait le fils du duedÉperqon (46 octobre VI e >I6(M).t— «Je serai très dise de vous voir et mes cousins vos enfants que j^merai bien et pour l'amour de vous et pour l'amour d'eu* , et vo s permettrai et à eux de venir voir paon fils qui les aimera» (8 décembre II e 4 601), Il y eut des révoltes dans le Limousin ; d'Epernon apprit que le roi l'accusait de les avoir excitées ; il s'en plaignit * * Vqus seve«, répond Henri IV, ce que je vous ai dit mownôme et écrit plusieurs fois ; qui est que si on me disait quelque chose de vous., avant que de le voir? je vou^ en avertirais, Puis donc que cela n'a pojpt été, je ne sais pourquoi vous aye? cru è de faux rapports que l'on vous peut avoir faits. M Vive? dopq en repos de ee côté-là et avec cette créanee que si ('on ipe dit quelque chose de vqus, je le yous écrirai et n'en proirai que ce que je dois duo fidèle et affectionné serviteur.;* J e m e promets que vous tne viendrez trouve^ et amènerez mes petits cousins avec vous, comme vous ipe l'ave?; promis, et encore je you§ eu conjure , en vous faisant ressouvenir de vptre professe, assuré que yous et eux serez les bienvenus et vps de moi qui vous aime » (27 décembre \Y \ 6(M ) . t-t a Souvenez " vw* qvie vous m'ayez promis de m'emener mes petits cousins lorsque je serois à Rlois ; aus$| §Uje un extrême désir de les voir; et que je vous tiendrai ce que je vqus ai promis, de ne rien croire eu préjudice de yotrç affection à mon service;

mais auwù> si l'w yous dit quelque chose, ne le croyez

pas, sinon lorsque Ton tous assurera de mon amitié de laquelle vous devriez toujours faire état assuré. Adieu , mon ami (26 juin 4604).-— « (Je) finirai par vous dire encore une fois que toutes et quantes fois vous voudrez venir , vous serez le bienvenu , et que vous me trouverez toujours tellement disposé d'embrasser tout ce qui vous concernera et vos affaires, que vous connoîtrez par effet que je vous aime • (6 juin 4 605). — « Vous vous pouvez assurer que vous êtes aimé de moi autant que vous le sauriez souhaiter être d'un bon maître, et que je me souviendrai de ce qui vous touche, vous aimant comme je fais » (4 6 juin 4605).

Et même à propos des troubles de Metz, il lui dit : « Je vous en écris comme à un fils » (26 janvier H" 4605). Or le duc d'Epernon était du même fige que le roi ; et bien qu'à cette époque l'emploi des termes de parenté se conformât à la distancedu rangaussisouvent qu'à celle de l'âge, ne sent-on pas là et dans toutes ces lettres , dans ces assurances multipliées, quelque complaisance doucereuse et quelque cajolerie? Ce n'est pas le ton ordinaire de Henri IV.

Ce qui fait entrer en défiance, c'est qu'il aime à se vanter de ses sentiments généreux. Il n'en veut pas perdre le profit, et, de peur qu'ils échappent à des yeux inattentifs, il en fait étalage. Nous nous mettons en garde contre ceux qui disent : J'ai telles et telles bonnes qualités : quand elles sont véritables et naturelles, on n'en a pas, ce semble, une conscience aussi nette ; et c'est les rendre un peu suspectes que d'en faire une affiche. Voyez, dit Henri IV : « Mes enne-

mis me peuvent bien passer en artifice et dissimulation, mais non en franchise et candeur » (Le pape, 9 août 11 e 4 593). — « J'ai un naturel que je peux dire plutôt trop bon que autrement » (D'Entragues, 24 avril 11*4600). — • cMon âme abhorre l'usage de la sévérité et rigueur des lois, etest nourrie et accoutumée à la clémence» (Elisabeth, 42 juillet IIP 4602).— « Ce n'est faute, d'user de confiance avec les gens d'honneur quand bien ils seroient égarés. J'ai plus de place en mon cœur pour la miséricorde que pour la haine; je vous sais gré de l'avoir ainsi compris » (Houdetot, vers la mi-juin 4586). — « La meilleure place m'est trop chère du sang d'un de mes amis » (Balz, entre le 47 et le 28 octobre 4578). — « Fais état que je suis le meilleur de tes amis, et le meilleur maître que tu auras jamais » (Souvré, 20 septembre 4595). — t Me faisant paraître que vous m'êtes ami , comme je le désire, vous n'en trouverez au monde un meilleur ni plus sincère que moi , ni qui use moins de déguisements » (Matignon, vers fin janvier 4584). Il affirme particulièrement l'éternité de ses affections : c Jamais nuls accidents bons ni mauvais ne changeront mes bonnes inclinations » (Le même, 40 mai III e 4584). — «Je suis celui qui ne change point, qui ne puis haïr sans grande occasion ce que j'ai une fois aimé » (Châteauneuf, vers juin 11 6 4587). Il déclare à tout propos qu'il est véritable dans ses promesses. Parfois même il s'élève jusqu'à la sentence: « Nous ne sommes pas seulement nés pour nous, mais pour servir surtout la patrie » (Beaufort, 24 mars

4589). Belle maxime assurément ; mais les maximes

ont un défaut ; elles semblent faites plutôt pour ceui qui les écoutent qp$ ppj^ çejuj qpi |çç défrite; pUtf sentent le moraliste plptpt que J'hai^ira y/eripeu*,

TJ» jour même, Hfnfj IV, rhommedw bw.MM'qt de la jq&tejse, tenibe darç* la (Jéclawation ; ifat k flagrant iïéljt du jpenî$pge f Cpuajne ce ppsglgg œt te seul où apparaisse ce défait, il mérite 4e nm$ airdteP • Catherine de Npwre, sœur de Henri IV, étpît arriva à l'âge de trente-huit an3 sans être variée. JLpOgtemfK amoureuse du comte de fJoissQns , à quj Bepri IV refusa opiniâtrement de l'unir, pour m p#£ çugiuei}'ter la puissance d'un sujet fier et Qrg^iHeux, $lte«e résignait epfln à accepter qn autre mari, çt l'attendait' Henri IV, qui voulait tirade son mariage qqdqve grand avantage politique, la promit sucerai veqaeat à plusieurs princes, mais, espérât toujours miftl*, fle se décidait pas , et la laissait languir dans le» ensuis du célibat. Triste et mécontente, ellç écrivit une logue lettre à son frère. En Voici (Jes e*tr$i^, d'apr<# f 'autftgraphe conservé à la bibliothèque impériale :

« le reconnois bien, Monsieur, que votre dessein est de

ça me marier jamais, ne m'efeant q*eee que vous avez su de çextav» que je ne pouvons ai axer. 6b Map ! s'il ne, vous ttstt qie cette dernière preuve à tirer de» mon obéissance, je nç vcais demande plus de mari, et ne vous nommerai plus ce nom de mariage qui vouai est si désagréable : mais je vous requiers les mains jointes et de tou,t ipon cegur de «ie peFmejtfcre; et donner oomgéde me retirer en quelque lieu, le plus éloigné de la cour, et choisir laquelle de vos maisons il vous plaira que ce soit..... Accordez-moi, Monsieur, cette demeure qui me sera agréable en ce que je ne vous importunerai plus de ma vue, qui ne vous est, comme je reconnpis par vos actions, qu'une charge... Ne ^oyez- pa$, Motr sieur, que le congé que je demande soit désiré ctapuia paa;

rr 163 —

ç$r je ypu3 jure qu'il y a déjà longtemps que je tous l'eusse requis, si je ne me fusse repue de vos belles paroles, et aussi -que Je croyois que mes obéissance et soumission vous pourroient Btqdre plus doux : mais, reconnoissant que l'absolu pouvoir que je YOU4 çû donné sur mes volontés ne vous peut faire changer, et que, n'ayant mis rien en réserve pour vous plaire soit aux dé- 'pens de mon âme et de mon contentement, soit au péril de ma ne; vous suivant par toute sotte de temps, pressée de maladies qui eussent été à une plus fortunée que moi mortelles, comme celle avec laquelle je partis de Paris, chacun me représentant la 'mdrt et moi votre volonté qui me guidoit. Bref, Monsieur, tout èe que J'ai pu imaginer ou savoir de vos serviteurs les plus privés gui me pouvoit rendre aimée et agréable à vous, je l'ai fait, et en appelle Dieu à témoin et votre conscience, ayant la mienne fort déchargée devant Dieu et les hommes du devoir que je vous ai vendu, et fort contente d'avoir souffert tous mes ennuis sans sujet Af avec toute sorte de patience, n'ayant, pour désespoir où vous m'ayez pu mettre depuis trois ans que je vous suis venu trouver, jamais manqué à l'honneur et au respect que je vous dois comme à mon roi, ni à l'amitié à quoi le nom de sœur m'obligeoit. Cette lettre tous sera, s'ai-je peur, ennuyeuse à lire : ce m'est un extrême déplaisir, Monsieur, de vous être importune, ne désirant partir en votre mauvaise grâce : mais ma juste douleur et un cœur que j'avois et aurai toute ma vie plus disposé à vous servir fidèlement qu'à recevoir des rigueurs et des dédains, m'a guidé lu main, que j'arrêterai vous suppliant très humblement de croire que mon malheur m'arrache de votre vue avec tant de regret que la mort me seroit plus douce que cet éloignement ; mais, Monfevaur, il le faut, puisque je ne puis, avec votre honneur et le Itien, être toujours vue en l'état où vous avez agréable que je demeure. Faites-moi l'honneur de me mander bientôt si vous m'aceprdez mon congé et un lieu à faire une vie de religieuse, puisque désormais celle du monde me sera si désagréable. Quant è «a volonté, elle sera jusque* au tombeau guidée de la révérence e( obéissance que je veux vous rendre éternellement (1). •

Ces paroles sont touchantes et les reproches ont plus de tristesse que d'amertume. Qui avait tort dans

(1) Cette lettre est inédite.

cette querelle de frère et sœur? Évidemment, c'est Henri IV ; car voici comme il parle de cette lettre : « Je vous dirai que j'ai reçu ces jours passés une lettre de ma sœur qui m'offense fort, où, après une grande quantité d'injures fort humbles, elle méfait connoltre son mauvais naturel ; car elle se plaint de moi le plus cruellement qu'il est possible , avec douces paroles en apparence, mais toutes autres, comme je vous ferai voir par sa lettre, que je tous montrerai. Avec tant de déplaisirs qui me traversent maintenant, je n'en ai senti un plus sensible que, désirant son bien, m'en savoir si peu de gré. Les ingratitudes seront punies du ciel, et là je la remets. Quoi qu'elle fasse et die , je ne laisserai d'être son père, son frère et son roi , et de faire mon devoir, encore quelle ne fasse le sien : ce que tout le monde ne fait pas aussi à cette heure ; mais Dieu me fera la grâce que je ferai le mien » (La Force, 45 septembre 4595).

Mais si Ton peut reconnaître quelquefois, par le ton et la forme, que Henri IV n'est pas sincère, il est juste sans doule, quand nous trouvons un mot qui paraît venir du cœur, d'en faire honneur à ses vrais sentiments. Le sentiment paraît vrai, quand il est simple, naturel, je dirais presque ordinaire : l'homme qui se déguise y met toujours quelque recherche. 11 écrit à Mme de Grammont : a Je ne vous saurais dire le regret que m'a porté la nouvelle delà mort de M. de La Barre. Je vous jure que je n'eusse pas cru l'aimer tant » (vers la fin du mois d'août 4586); celle vivacité soudaine d'affection, que la

mort fait sentir en la brisant, nVt-elIe pas ce réveil subit chez tous ceux qui regrettent? et qui ne Ta éprouvé? Il écrit à M. de Batz : « Je suis bien marri que vous ne soyez encore rétabli de votre blessure de Coutras, laquelle me fait véritablement plaie au cœur (l), et aussi de ne vous avoir pas trouvé à Né~ rac r d'où je pars demain, bien fâché que ce ne soit avec vous : et bien me manquera mon faucheur par le chemin où je vas » (2 novembre 4587). Je m'occupe peut-étrç d'une vétille; mais cette inversion : et bien me manquera mon faucheur, a quelque chose de triste; et il semble que Henri IV n'eût pas trouvé un artifice de langage aussi délicat, s'il n'avait été guidé que par son esprit.

Ce comte de Soissons, contre lequel il avait des répugnances naturelles et des défiances politiques, fut pris par les ligueurs peu de temps après qu'ils se fussent brouillés et séparés. Henri IV intercède pour lui auprès de Henri III, d'un ton de sincère bonté: « Mon maître, vous savez comme le comte de Soissons s'étoit gouverné en moa endroit ; si n ai-je pour cela laissé de porter un regret infini du désastre qui lui est arrivé ; que je puis appeler ainsi tant pour la façon de sa prise que pour celui qui l'a pris. Dieu Ta puni justement pour sa présomption : si son maître punissoit sa jeunesse, ce seroit trop. Ayez donc pitié de lui ; et à cette heure qu'il sera sage à ses dépens , retirez-le; vous en avez plusieurs moyens en votre

(1) On connaît le mot de madame de Sévigné : J'ai mal à votre poitrine. Il faut avouer que l'expression la plus naturelle est celle de Henri IV.

main. Il a cet honneur de voua appartenir * vous obligerez toute sa race, non h tout servir $ eaf» ils le vous doivent, mais à vous aimer, qui est urie éhoaal quoi les obligations forcent» (6 juin 4589). Et le lande» main : « Mon maître! ayez pitié du comté de Soissons ; qu'il ne soit privé par une longue prison de vous faire service, et de s'en rendre capable en 1 Wr* cent. Bien que ce porteur désirât de voua porter les fruits de son labeur, si l'ai -je expressément dépêché pour le sujet de mon cousin, le comte, à qui je veux rendre ce que je crois qu'il ne pense pis. Mon maître, Vous répondrez pour moi de mon bon naturel. »

Henri IV n'aimait pas en Duplessis-^Mornay les convictions religieuse* ; mais il aimait aés aenttmadts patriotiques. On connaît l'admirable lettre qu'il lui écrivit après l'insulte de Saint-Phal : « J'ai un extrême déplaisir de l'outrage que vous avez rtçu T au* quel je participe et comme roi et comme votfe nmu Comme le premier, je vous en ferai justice et me la ferai aussi ; si je ne portais que le second titre^ vous n'en avez nul de qui l'épée fut plus prête à dégainer que la mientie, ni qui Vous portât sa vie plus gai* ment que moi » (8 octobre 1597). Henri 1 Y serait -il le seul qui fit mentir le vieil adage : Pectus est quoi disertos facit ?

Il faut l'avouer : Henri IV n'a jamais hésité à saeri* fier ses affections à l'intérêt. Il n'y a qu'un gentiment qui lui. inspire l'abnégation ; l'abnégation ne se trouve que là \ elle n'en est pas moins regrettable. fyamoiir était pour lui « une passion à laquelle toutes tes autre*

doivent obéissance » (Elisabeth, 26 octobre II' ^596). Mme de Oraifadnotti lai fut dévouée ; elle toi envoyait des soldats à ses frais; elle aida Saittt-dëtiiê» et Catherine dans l'administration do Béern : tuais ori feait qu'après Gèutras il abandonna, pour aller aux Pyrénées déposer à se* pieds les drapeaux conquis 9 sdrv armée et sa victoire. On a beau dire que l'armée se Serait dispersée d'elle-même: il pouvait s'occuper plus utilenient ; et en Béarn il perdait son temps. Ce ne fut pas la seule fois qu'il déserta la guerre pour l'amôftt, nî surtout qu'il en eut envie : a Si les ennemis, écrit-* il à Maie deGtammont, ne rious pressent après cette assemblée, je veux dérober un mois ; » et ailleurs : c Je me porte bien, n'ayant rien sur le cœur qii'tift violent désir de vous voir. Je ne sais quand je serai si heureux. S'il s'en présente occasionne lui montrerai que je sais bien qu'elle est chauve. » Gabrielle lui fut utile, tant que ton intérêt se trouva conforme à celui du roi ; quoique d'un caraetère faible, elle se laissait habilement conseiller par sa tante, Mme de Sourdis ; elle concourut aux décisions les plus importantes, k l'abjUration, à l'entrée de Sully aux affaires, au traité de M. de Mercceur : mais le roi voulut l'épouser et prendre pour héritier du trône un bâtard reconnu ; double inconvenance fort imprudente ^ et qui eût compromis l'avenir, si Gabrielle ne l'avait prévenue par l'opportunité de pa mort. Henriette dEntragueslui coûta fort cher, exigea une promesse dé mariage, èort-< trecarra les réfornjesde Sully, forma parti avec lés gens de cour les plus turbulents, fomenta des intrigue* et des rébellions, et arracha à la faiblesse royale de» par-

dons dangereux (J). Ces trois femmes (2) occupèrent successivement le cœur de Henri IV et le remplirent d'un véritable amour : je ne parle pas de celles qui n'ont servi qu'à ses débauches, ses voluptés ou ses caprices. Chacun de ces amours a sa physionomie particulière. Mme de Grammont lui inspire un sentiment vif, qui tient plus de la reconnaissance et de F estime que de la passion violente , et que n'aiguillonne pas la jalousie : « Je ne vous prierai point de m'aimer ; vous l'avez fait que vous n'en aviez pas tant d'occasion. Il y a deux choses de quoi je ne douterai jamais : de vous, de votre amour et de sa fidélité. » Et comme c'est de son côté que viennent les risques d'infidélité, il proteste sans cesse qu'il est fidèle, au point qu'il s'en étonne : « Mon cœur, souvenez-vous toujours de Petiot. Certes sa fidélité est un miracle. II vous souhaite mille fois le jour dans ces allées de Lyranuse. — Croyez ma fidélité être blanche et hors de tache ; il n'en fut jamais sa pareille. — Vivez assurée de ma fidélité : si elle peut , elle s'affermit. — Assurez-vous toujours de ma fidélité qui sera inviolable. — Je suis plus homme de bien que vous. — Je n'aime rien que vous et en cette résolution je mourrai. — N'entrez jamais en doute de ma fidélité. — Assurezvous de la fidélité de votre esclave ; il ne vous man-

(1) On attribue aussi à la passion de Henri IV pour mademoiselle Paulet rétablissement de l'impôt injuste et impolitique appelé la Paulette.

(2) La princesse de Gondé est en dehors de mon sujet, puisque la correspondance s'arrête à Tannée 1606. Aucune lettre n'a trait à madame de Sauve.

quera jamais. — Croyez que rien qu'un manquement d'amitié ne me peut faire changer la résolution que j'ai d'èlre éternellement à vous. » Mais Corisande savait ce qu'il fallait rabattre de ces paroles; et quand elle avait à 6e plaindre, elle le faisait paraître : « Plus je vais en avant, et plus il semble que vous tâchiez à faire paraître combien peu je suis, non-seulement en votre bonne grâce, mais encore en votre mémoire. Par ce laquais vous avez écrit à votre fils et non à moi. Si je ne m'en suis rendu digne, j'y ai fait tout ce que j'ai pu. Vous ne trouvez pas les chemins dangereux pour faire plaisir au moindre de vos amis : mais s'il me faut écrire pour me donner du contentement, les chemins sont dangereux. Voilà les témoignages de la part que je possède en votre bonne grâce... Je finis, croyant certainement que ne m'ai* mez point. — J'ai reçu votre lettre : il n'a fallu guère de temps à la lire. — Vous n'avez daigné m' écrire par Viçose. Pensez-vous qu'il soit bien d'user de ces froideurs? Je vous en laisse à vous-même le jugement. — J'ai reçu une lettre de vous, ma maîtresse, par laquelle vous me mandez que vous ne me voulez mal, mais que vous ne vous pouvez assurer en chose si mobile que moi. Ce m'a été un extrême déplaisir de savoir le premier, et vous avez grand tort de demeurer au doute qu'êtes. Quelle action des miennes avezvous connu muable? Je dis pour votre regard. Votre soupçon tournait, et vous pensiez que ce fût moi. J'ai toujours demeuré fixe en l'amour et service que je vous ai voué : Dieu m'en est témoin. » Sur une lettré de Henri IV on trouve des corrections ironiques de

Mme de Orammont. Où le roi met : « Vottg j ornai avec vérité que je n'aima ni honora rien au ttiôtide edmme vous, et vous garderai fidélité jusque* tfto tofn- Beao; » Corissnde ajoute : « Il n'y * fieti qui d'y paroisse; » et change ainsi la dernière partie, par l'addition d'une syllabe : * Je vous garderai l'infidélité ; » après quoi elle met : t Je te eftris * (48 mai 4589). Cependant Henri 1Y continue ses protestations : c Mon cœur, j'enrage quand je vois que vous doutez de moi, et de dépit je ne tàebe point de vous dtef* cette opinion. Vms avez tort ; car je voue jure que jâtttate je ne vous ai aimée plus que je fais ; et aimerait mieux mourir que de manquer & rien qae je tous aie promis, Ayez cette Créance, et vives assurée de nui foi. » 11 lui en fait encore après qu'il a pris Çtobrielle d'Eétréeâ pour nouvelle maîtresse; Mme de Oriaimzfont, irritée, cherche sa vengeance en poussant Catherine i épouser le cota te de Soissons malgré son frère. Henri IV lui écrit : «c Madame, j'avais donné charge à la reine de parler à vous touchant ce Èju'ii mon regret était passé entre ma sœur et inoiv T&Qt s'en faut qu'il vous ait trouvée capable de me croit*, que tous vosdiseours ne tendaient qu'à me blâmer et fomenter aria sœur en ce qu'elle ne doit pas. Je n'eusse pas pensé cela de vous, à qui je ne dirai que ce mot : que toutes personnes qui voudront brouiller ma seeur avec tnôi, je ne leur pardonnerai jamais » (vers te mois de mars 4594)» Sur cette lettre un peu sèche et dure se termine cette a m ou renie eorresjxmdanee* Mais Henri IV conserva une durable estime pour Mme d^GrammoiiU Quatre ans plus tard (2H acpfdm»

bre 4997)* il là prie d'iiset* do son crédit pour faire recevoir à Baydttae lëÉ*èi*f< D&eb*tik éû qualité 4 y êv& que, et la rfeiriéreie de s être employée à son sertie. Avec Gabriêlle, c'est l'amour heu heu* et content, H Ô même quelque eboëe de poétique, dé charmant 4t de grtftiéittj comme lé visage de celle qu'il appelai* soft tel attgei Lebfcl ange cependant se permettait de» infidélités, et, même étant la maîtresse du roi, elle se sotfvefcait qu'avant le roi elle avait aimé le duc de BeU legarde. Mais elle savait démontrer à Henri 1Y son inriocertce; Heftri IV se fiait plus volontiers a ses affirma tione qu'au iêitiOffnege de ses yeua ; et les nuage*; passages laiMietit place à unedouoe sérénité Henri IV n'a jamais trouvé d*« expressions plus beureuèeapouH peindre «oit bonheur : * Je vous éeris, mes fchèrefc amours, dés pieds de totte peintrire, que j'adoi¥ seulement pour ce qu'elle est faite pour vous ; Don qu'elle Voua ressemble* J'en puie être juge coin* pètent , Votte ayant peinte en toute perfection daiia mon âme^ dans mon oeeur, dans mea yetixw **-■ Moh bel attge, si 6 toute! heurta m'étoit permis de voua itfcpôrtdnefd» la mémoire de votre sujet, je crois que la fin 4e chaque lettre qeroit le eommenoeihent d'une au Ire... le ne suis vétrique de noir : aussi suis-je veuf deèequi me peut porter de la joie et du content** menh — le be sais de qufl charme vous avez usé y mais je ne supportoia lèe autreè abtférice* avec tant d'impatience que celle-ci ; il me se table qd'il y a déjfc uH sièele que je suis éloigné de vous, Voua n'*una* que faire de solliciter mon amour; je n'ai artérei ni muscle qui à chaque moment ne me représente

l'heur de vous voir et ne me fasse sentir du déplaisir de votre absence. Croyez, ma chère souveraine, que l'amour ne me violenta jamais tant qu'il fait. J'avoue avoir tout sujet de m'y laisser mener : aussi le fais-je avec une naïveté qui témoigne la réalité de mon affection , parce je m'assure que vous n'en doutez pas. — Je n'ai failli un seul jour de vous dépécher un laquais. Mon amour me rend aussi jaloux de mon devoir que de votre bonne grâce, qui est mon unique trésor. Croyez, mon bel ange, que j'en estime autant la possession que l'honneur d'une dizaine de batailles. Soyez glorieuse de m' avoir vaincu, moi qui ne le fus jamais tout à fait que de vous. » C'est maintenant le tour de Henri IV à se plaindre des infidélités ou à les craindre; et c'est Gabriel le qui proteste qu'elle est fidèle. Mais les faits la démentent souvent; Henri IV se plaint, se tait, se plaint encore ; il a beau vouloir se résigner : « Vous savez bien la résolution que j'ai prise de ne me plaindre plus; j'en prends une autre : de ne me ficher plus, l^a première me fait n'importuner plus personne ; la seconde soulagera fort mon esprit. — La moindre chose me distrait de votre mémoire. Si je n'avois fait serment de ne me plaindre jamais, je sais que je crierais justement. » Il finit par crier justement, mais modérément. Aucune lettre ne nous fait mieux lire dans son âme que celle qu'il lui adresse vers la fin de 4594. H ne peut plus contenir ses chagrins ; il a besoin d'ouvrir son cœur : « Il n'y a rien qui me continue plus mes soupçons ni qui me les puisse plus augmenter que la façon dont vous procédez en mon endroit. Puisqu'il vous plaît me . cx>rn-

mander de les bannir tous, je le veui ; mais vous ne trouvères mauvais qu'à cœur ouvert je vous en dise les moyens, puisque, quelques attaques que je vous ai données assez décou vertement, vous avez fait sembler de ne les point entendre. • Mais il a peur tout aussitôt de lui déplaire, et s'abrite derrière une précaution oratoire : « Je protesterai pour commencement devant vous, ma chère maîtresse, que ce que j'alléguerai des offenses que j'ai reçues n'est pour en avoir nul reste d'aigreur dans l'âme, me sentant trop satisfait de la peine qu'avez prise de m'en contenter, mais seulement pour vous montrer mes justes occasions de soupçon. » Et après s'être déclaré satisfait, il indique pourquoi il ne Test pas : « Vous savez combien j'arrivai offensé en votre présence du voyage de mon compétiteur (le duc de Bellegarde). La force que vos yeux eurent sur moi vous sauva la moitié de mes plaintes : vous me satisfîtes de bouche, non de cœur, comme il y parut ; mais si j'eusse su ce que j'ai appris, depuis être à Saint -Denis, dudit voyage, je ne vous eusse vu et eusse rompu tout à plat. » Après un mot aussi ferme, il s'enhardit : « Que me pouvezvous promettre que ce que vous avez fait? Quelle foi me pouvez-vous jurer que celle que vous avez faussée deux fois? Il faut donc des effets.. « Il ne faut plus parler de je ferai; il faut direy> fais. Résolvez-vous donc, ma maîtresse, de n'avoir qu'un serviteur. » 11 lance en passant un trait de satire contre son rival : « Feuille- morte (4) a bien fait connoître, en craignant

(1) Le duc de Bellegarde était sans doute surnommé' ainsi à

- tu —

les ligueurs, q^il p'étqit nj amoureux ni è mou » U e'atteadrit tout qçoup par uns vjye protestation dV flionrj mpis la Mesure u a pas perdu pop pjgujllpp; et il finit P*^ u 3 reproche à la foi? triste, çimsMe et tendre ; « J'qî le}Je enyie de TPU§ vpir quç je voudrais pour l'pbréywtioa de quatre aps de flapyp àgejleppuypir foire §u*^itpt que eçtte lettre, que j$ fjms par yqps baiser w milljon de fois les m a * n $« £b bi^û! vpus ne méjugez pas digne de votre peipturç I ! t> Jl

luisît ailleurs : « JMpp smopr ue peut recevoir d'air tératjop pap quoi que ce soi J, fors d'uji rml P j> tyais <jfibrîelle 9 par quelques douces pprojes, lpi Fendait caps peine la confiance et la joie : a j\b! que je fus affligé bjer soir quapd je ne trpqvai plus le sujet q||i pie faipoit trouver )e veiller si doux! j)li|(ç sortes de délices se présentojept devant moi, tant de ^Ugultèr$ raretés!,. Certes, mes belles amours, vqus êtes pdipipab|e; mais ppurquoi vous lpué-je? Cette gloire vous a fendu infidèle jusqu'ici, et la çoppûipsapp*} dqjup passion. Que la yprité de ces belles parpjes prpféréœ avep tant de douceur an pied de votre Ijt, mardi» k puit ferpiapte r m'ote toutes m^s vieilles et ipy^tçrçes opinions 1 *> Gabrielle soptepait que spp apjflpr éfcjt mille fQÎs plus grapd qifecelpj dpflenri IV; HçprilV répondait qu'elle ep avait menti jj et la paix briU^t <J e pou y ça g ; « Çertç?, mes ebères amouf^ vous fayez plutôt eraiudre qpe je vqus aime trop que trpp peu- Cette faute vçps est agréable et à moj flqfsi, ppi$r

cause diô son teint un peu jaune Cvoyez son portrait à Verôailfes). On l'accusait de manquer de courage. Le duc d'Ângoulême, dans *<$ Mémoire <*er<*§ fc If mWw <ty <$ reproche.

qu'elle, tarons est» Voilà comme je me transforme en toutes vos volontés, N'est-ce pua pour être aimé? Aussi çroisrrje que vous le faites; et 1 âme contente de œ coté-lfr, je fini?, et$. «r- J'ai patienté un jour de nV vpir point de vq$ nouvelles : car, mesurant le tempe, cela devpit être. Mais le second, je n'en vois raison que la parasse de «os laquais, ou que le» ennemis les pient pris; car dp vous en attribuer la coulpe, jà n'advienne, mon bel ange ; j'ai trop de certitude de votre affection» qui na'est certes bien due; ear jamqis mon amour ne fyt plus grande ni ma passion plus vio*lente, qui UHt fait user de eetye redite par toutes mes lettres : Venez, venez, venez, mes chères amours, honorer de votae présence celui qui , s'il étoit libre, irait <fc mille lieuse se jeter à vos pieds pour n'en bou* ger,~*Mes chères amours, il faut dire vrai, nous nous ajmons bien; certes, pour femme, il n'en est point de pareille là vous; pQUir homme, rien ne m'égale à savoir aime?, lia passion est toute telle que quand je commeft$ops à» vous aimer ; mpu désir de vous revoir encore plus violent que alors : bref je vous chéris, adore et hnoore miraculeusement. » Aussi que ne fait-il pes pouf wsççr son premier mariage et l'épouser 1 (1 se persuade que le repos de la France t'oblige à çoutewtejr $a passion : « Maintenant qu'il a plu à ï)je|i .Mw^dpniw* une bonne paix en mon royaume, je dois effçetiçuner cela plus que chose du mpnde, pour ay^ir ce çvniçq£en*en|L de me voir l'esprit en repos de çecqté-là,^ des fruitiers, et à mon peuple des princes çpus lefquçfc il puisse vivre, e| leur comeerv^r «elui que j# lem: ai procuré j ISiUsry, octobre l re 4 Wtë).

Il écrit au pape, « non-seulement de sa propre main, mais aussi do meilleur et du plus profond de son cœur; suppliant sa Sainteté le plus affectueusement qu'il lui -est possible de lui octroyer la grâce qu'il demande. Il ne r estimera pas moins que si Elle lui donnoit de rechef la vie et à son royaume aussi. Il promet d'en user de façon que Dieu en sera glorifié, à l'accroissement de son Église très sainte; sa Sainteté acquerra sur lui et les siens une si étroite obligation qu'il bénira à jamais son saint nom et chérira éternellement ceux qu Elle aime aussi soigneusement que ceux qui le touchent de plus près » (vers le 20 janvier II* 4599J.

Il y a bien de la différence entre cet amour et celui qu'il ressentit pour Mlle d'Entragues. Il avait écrit autrefois à Mme de Grammont, un peu à la façon de Molière : c C'est une dangereuse bête qu'une mauvaise femme » (45 mars 4588). Il l'éprouva. Mlle d'Entragues s'entendit avec son père pour le faire tomber dans un piège; elle feignit l'amour, et son père la vertu : la surveillance de l'un eut l'air de réprimer les sentiments de l'autre; et ils enflammèrent le roi par une résistance calculée et d'habiles attermoiemenls. Il fallut donner cent mille écus, promettre par écrit le mariage, et ce n'était pas tout : Henri IV est obligé de limiter lui-même les conditions toujours plus exigeantes de ce honteux marché : « Vous commandez de surmonter, si je vous aime, toutes les difficultés que l'on pourra apporter à notre contentement. J'ai assez montré la force de mon amour aux propositions que j'ai faites, pour que, du

côté des vôtres, ils n'y apportent plus de difficultés. Ce que j'ai dit devant vous , je n'y manquerai point ; mais rien de plus » (6 octobre III e 4699). 11 voulut plus tard retirer la promesse de mariage : c Mademoiselle, l'amour, l'honneur et les bienfaits que vous avez reçus de moi eussent arrêté la plus légère âme du monde, si elle n'eût point été accompagnée de mauvais naturel comme la vôtre. Je ne vous piquerai davantage , bien que je le pusse et dusse faire; vous le savez. Je vous ppe de me renvoyer la promesse que savez ; et ne me donnez point la peine de la ravoir par autre voie. Renvoyez-moi aussi la bague que je vous rendis l'autre jour. Voilà le sujet de cette lettre, de laquelle je veux avoir réponse en nuit (cette nuit). » Le même jour il écrivit à M. d'Entragues sur le même.sujet. Mais ce fut une grosse affaire, à Inquelle prirent part les principaux ministres du roi et où Sully avait déjà fait preuve de dévouement; et, bien que les conditions contenues dans la promesse n'eussent pas été remplies, elle ne fut terminée que quatre ans plus tard, trois ans après le mariage du roi. Henri IV retombait toujours dans sa folie et ne pouvait s'arracher à cette funeste passion ; toujours amoureux et toujours asservi ou trompé : « Mon cher cœur, vous m'aviez tant promis d'être sage que vous ne pouvez douter que le style de votre autre lettre ne m'ait offensé. Je vous la porterai , et vous jugerez que je n'en pouvais attribuer la cause au jubilé. C'a été la crainte que j'ai toujours eue de votre manque d'amour, qui m'a rendu plus facile à y rapporter vos promptitudes. Je vous l'ai dit souvent, non

comme pointilleux, mais comme te craignant plus que la perte de ma vie. Rapportez donc cela à mon extrême passion, non à avoir envie de tous manquer; Dieu m'envoie plutôt la mortl » Quelquefois il retrouve de la fermeté et rentre en possession de soimême : « Si Vos effets suivaient vos paroles; je ne serais pas mal satisfait de vous comme je suis. Vos lettres ne parlent qu'affection; votre procédé envers moi qu'ingratitude. 11 y a cinq ans et plus que vous continuez cette façon de vivre, trouvée étrange de tout le monde. Jugez de moi, à qui elle touche tant, ce qu'elle doit être. Il vous est utile que l'on pense que je vous aime, et à moi honteux que Ton voit que je souffre que vous ne m'aimiez pas. C'est pourquoi tous m'écrivez et pourquoi je vous paie de silence. Si Tous itiè voulez traiter comme vous devez, je serai plus à vous que jamais : sinon, gardez cette lettre pour la deruière que vous recevrez jamais de moi. » Mais sa dignité offensée ne tient pas contre la perfide coquetterie de sa maîtresse. Elle finit par conspirer avec son père contre lui. Tous deux condamnés, il leur fit grâce à tous deux, et la cour, le parlement, le pays virent le scandale de leur rentrée en faveur. « Je trouve bon qufe partiez pour St-Germain voir nos enfants. Je vous enverrai la Guesle : car je veux aussi que voyiez le père, qui vous aime et chérit trop. L'on n'a rien su du tout de votre voyage. Aimez-moi , mon menon ; cdr je te jure que tout le reste du monde ne m'est rien auprès de toi » (vers la fin de l'année \ 604). Rien de plus triste que de voir ce roi à cheveux gris, glorieux par la guerre et plus encore par la paix, joué impu-

dcmmeht par un trafiqueur indigne et une fille intrigante : luttant toujours et toujours vaineu, et ne faisant deses révoltes que le préludede nouvelles lâchetés. Le souverain tranquille enfin d'un royaume apaisé fut un amant tourmenté et moqué; exemple déplorablement éclatant de la justesse de cette parole : « Le châtiment de ceux qui ont trop aimé les femmes, c'est de les aimer toujours » (Joubert).

Henri IV avait raison d'écrire à Mlle d'Entragues : a le vous chérirai comme ce que j'aime le plus au monde; je dis mille fois plus que moi-même. Il avait déjà dit à Gabrielle d'Estrées : oc Je chéris votre bonne grâce plus que ma vie ; encore que je m'aime bien » (J2 septembre II e 4598). Son amour l'emporte toujours sur l'intérêt; mais partout ailleurs l'intérêt domine les sentiments. H ne récompense que les amitiés douteuses et oublie les dévouements assurés. Ses" bienfaits sont toujours placés à usure. La reconnaissance est chose inutile; elle ne crée pas de nouveaux amis, et les anciens nous sont attachés par le lien des longs services; mais une libéralité opportune attire ceux que séparait une vieille inimitié. La rancune, au contraire, nuit souvent ; il n'en a pas ; son affection varie et tourne, abandonnant de vieux amis importuns ou gênants pour se porter vers d'anciens ennemis devenus bons à quelque chose. Ce n'est pas surprenant. Henri IV voulait et demandait qu'on fût dévoué à sa personne. Avant même qu'il songeât à quitter les protestants, il leur faisait ce singulier reproche, qu'ils ne défendaient pas sa personne, mais leur foi. II écrit quelque part à Marie de Médicis : «Ne

doutez pas que je vous aime bien ; car vous faites tout ce que je veux : c'est le vrai moyen de me gouverner. • Sous cette forme plaisante se montre la simple vérité ; et j'y verrais volontiers plus de naïveté que de bel esprit. On comprend ainsi qu'il soit sincère en accordant ses changements d'affection avec ceux de sa fortune.

L'esprit, dit-on, est souvent la dupe du cœur : mais le cœur n'est-il jamais la dupe de l'esprit? On a besoin de quelqu'un qu'on n'aime guère; on lui demande un service ; il le rend : on lui en sait gré; on lui trouve du mérite, et c'est un honnête homme, puisqu'il nous a été utile; de là naît un peu de reconnaissance; et de la reconnaissance naît un peu d'affection que de nouveaux services feront croître et grandir. Si c'est un ancien ennemi, la reconnaissance et l'affection n'en seront que plus fortes ; pour venir près de nous, il est parti de plus loin. Et même sommes-nous sûrs que le moment où nous aimons le plus un fidèle ami , n'est jamais celui où nous lui demandons une preuve d'amitié? Henri IV, le jour de la mort de Henri III, écrit à Souvré : « L'avis que j'ai eu de la disposition du roi depuis la présente écrite, me fait maintenant de style, étant les chirurgiens en grand doute de sa guérison. S'il en avient faute (que Dieu ne veuille!), je te prie, mon ami , de me vouloir être tel que je me suis toujours promis. Je m'assure qu'un bon cœur n'aimera jamais la Ligue , avant fait un si malheureux acte. Croyez Lambert de ce qu'il vous dira de ma part, et que n'aurez jamais un meilleur ami que moi • (4 et août>l589,P. S.). J'ignore de quelle profondeur était l'amour de Henri IV pour M. de Souvré, mais je

suis sur que ce jour-là, a ce moment décisif de sa des tinée, il l'aimait fort parce qu'il avait besoin de lui. Et en cela, Henri IV n'est pas pire que tout le monde. En nous tous l'esprit et le cœur se disputent, se partagent ou usurpent tour à tour le gouvernement ; souvent ils sont de connivence à leur insu ; et nous sommes guidés par deux sophistes qui s'entendent pour se tromper mutuellement.

Henri IV ne pouvait du premier coup cacher ses émotions ; il pâlissait et était agité; mais elles s'effaçaient presque aussitôt. Ses sentiments comme ses émotions étaient vifs et passagers. Quel sentiment fut plus réel chez lui que l'amour ? Qui peut nier qu'il n'ait aimé Gabrielle d'Estrées? Il était fou au point de vouloir l'épouser. Cependant, si Gabrielle est malade, pour peu que son état s'améliore, le voilà parti pour la chasse, à la recherche du plaisir : « Mon compère, j'ai trouvé à mon arrivée ici ma maîtresse encore mal ; toutefois depuis l'on y reconnaît quelque amendement. Je m'en retournerai demain sans faute par delà. Je vous prie de le dire à tous ceux qui y sont, et à Frontenac, que vendredi je veux courre ces loups au parc qu'il sait ; et qu'il y pourvoie, afin que nous y ayons du plaisir » (Le Connétable, 25 novembre 4597). Il la regretta fort; les mémoires du temps parlent d'un violent désespoir ; cependant six semaines après, il courtisait Henriette d'Entragues. En conclurons-nous qu'il mentait quand il écrivait à sa sœur : a Ma chère sœur, j'ai reçu à beaucoup de consolation votre visite; j'en ai bien besoin; car mon affliction est aussi incomparable comme Tétait le sujet

qui me le donne; les regrets et les plainte* m'accompagneront jusque* au tambequ. Cependant, puisque Dieu m'a fait naître pour ce royaume, et non pour moi, tous mes pêne et mes soins ne seront plus employés qu'à l'avancement et conservation d'icelui. L<z racine de mon amour est morte, elle ne rejettera plus; mais celle de mon amitié sera toujours verte pour vous, ma chère sœur » (La duchesse de Bar, 45 avril 4599).

Les circonstances éveillaient et endormaient successivement ses affections. Il avait les sentiments du moment. Et quand il voulait être affectueux, ses propres paroles le trompaient; les mots tendres dont il usait faisaient éclore en lui la tendresse. Il était gascon, et Ton prétend que les Gascons se dupent les premiers et mentent sincèrement. De même qu'il s'irritait vite et pardonnait le lendemain , il passait aisément d'une effusion sincère à l'oubli, d'une promesse sincère à Tingratitude. Quand il écrivait à Duplessis-Mornay, l'amitié reprenait ses droits; quand il avait écrit, l'intérêt reprenait son pouvoir.

Dans toutes les parties où la politique n'avait rien à voir, sa bonté a été véritable et continue. Pascal dit qu'il faut juger un homme « d'après ce qu'il fqit d'ordinaire. » Nous le trouvons toujours, en dehors de la politique, affectueux sans intérêt, sans nécessité, sans caprice. Sa clémence alors ne peut s'appeler un calcul. Quand le prince de Joinville blesse son cœur par une intrigue galante avec sa maîtresse, il s'irrite d'abord jusqu'à d'absurdes exigences; mais bientôt il se contente de l'envoyer à la guerre, et veut faire

précéder son départ d'une réconciliation publique : « Mon neveu, tous avez raison d'avouer Votre faute ; car elle np pourrait être plus grande eu égard à mai et k celle à qui elle importait. Puisque vous avez regret de m'avoir offensé et me suppliez de tous pardonner, je le yeux, à la charge que vous serez plus sage à revenir; et pour vous le témoigner, préparezvous potir aller en Hongrie avec M. le duc de Mercœur lorsqu'il y retournera. Et quand il sera prêt à partir pour le dit voyage, je trouve bon que vous me veniez trouver, pour être près de moi trois ou quatre jours, afinqu'avant votre portement, je fasse reconnaître à tout le monde et à vous aussi, que mon naturel est d'aimer mes parents, quand ils sont gens de bien etsages» (dernier février 4602).

On sait que l'amour paternel fut une de ses qualités. On peut voir par ses lettres k Mme de Montglat et à M. de Souvré, conlme il aime ses enfants, les fait venir, les va voir, les admire ; sa joie d'apprendre que l'un a une dent, qu'un autre grossit ; ses inquiétudes pour leur santé. On trouve même un mot naïf : « M. d'Entragues a vu mon fils (le dauphin), écrit- il à Mlle d'Entragues, il le trouve fort beau » (8 octobre 46(M). 11 ne réfléchit pas que M. d'Entragues ne pouvait le trouver laid tout haut, et qu'il n'a pu s'extasier bien sincèrement devant le fruit du mariage du roi avec Marie de Médicis , lui qui avait commis les plus lâches bassesses pour faire de sa fille la reine de France. 11 fut donc un père tendre : et l'homme qui est capable d'une sorte d'affection tte saurait être inaccessible à toutes les autres.

Il met lui-même des restrictions à sa franchise dans cette phrase qui mérite l'attention : « Vous savez quelle est ma franchise et comme je ne puis ni ne veux tromper ceux que j'affectionne, de ce qui les concerne » (Le duc d'Elbeuf, 44 décembre 4594). C'est se donner d'assez grandes libertés de tromperie. Il écrit un jour au maréchal de Matignon : « Je ne me suis plaint de vous à personne » (vers le 40 avril 4585). Et quelques jours avant il faisait écrire à M. de Ghassincourt : «11 se lève plusieurs compagnies par commission et autorité de M. le maréchal de Matignon. J'en oy aussi peu parler que si je n'étais point gouverneur; et en somme n'ai de sa part aucune communication des affaires de la Guyenne » (fia de mars II e 4585). Il parait que Matignon n'était pas de ceux qu'il affectionnait. Cependant il lui prodigue ses assurances d'affection. Il faut reconnaître que les sentiments ont été pour lui des instruments de politique. Comprenant combien ils lui servaient, il apprit vite à s'en servir. Il en tira parti, comme de son courage et de son esprit, pour réussir. C'est ce qui l'amena à les montrer, à en faire protestation, à en exagérer l'expression, et, par une conséquence à laquelle il céda sans peine, à les feindre quelquefois. Il vit dans l'affection un moyen plus efficace que la gloire des armes et l'habileté des mesures. On a toujours dit aux rois que l'amour des sujets était leur plus sûre garantie : il y chercha du moins une garantie de plus. Avant 4589, il se battit quelquefois avec le maréchal de Matignon ; mais comme il l'assura toujours de son amitié, Matignon fut un des premiers qui

se rallièrent au nouveau roi. Rien n'égale sa courtoisie à Tégard des seigneurs du parti royal : « M. de Sagonne, j'avais retenu votre trompette, pensant vous mettre en peine de monter à cheval, comme M. le maréchal m'avait fait, retenant le mien. Mais ayant su qu'en avez un autre, je vous le renvoie » (28 juillet \ 586) . Quelques soldats huguenots de la compagnie de M. de Sagonne avaient passé dans le camp du roi de Navarre. Mais le roi de Navarre ne veut pas qu'ils restent ses débiteurs. Il pense leur avoir ou! dire qu'ils ont payé la moitié de leurs casaques; l'autre moitié se peut compenser sur la part du butin de tout le bétail qu'ils ont aidé à prendre. Toutefois, si M. de Sagonne veut faire renvoyer ledit bétail, qui n'est aucunement de bonne prise, il lui fera remettre lesdites casaques, combien que ce soit contre toute forme de guerre (Ibid.). Après 4589, M. de Sagonne se rangea du parti de Henri IV. À la mort de Henri III, il écrit des lettres affectueuses aux catholiques indécis, les priant de faire état de la bonne volonté qu'il leur porte. Us reconnaîtront les effets de sa bonne volonté en tout ce qu'il pourra pour leur contentement. Il désire les voir pour, avec leur prudent avis, donner ordre aux affaires de son État. Il les prie de lui faire paraître en cette occasion leur affection, et s'assurer de sa bonne volonté ( Nevers , 2 août IV e 4589). « La mutation de règne ne diminuera point à mon cousin le maréchal l'envie de bien faire ; car il sait bien que je l'aime mieux que ne faisait pas l'autre » (Duchesse de Montmorency, août I re 4589). — « Parmi la presse de mille et mille affaires, sy aurez -

Vous ce mot de ma main pour tous assurer combien je prise Faffectibn que vous m'avez toujours gardée. Vous aurez beaucoup de regret à notre commune perte; vous avez perdu un bon maître; mais vous éprouvera que j'ai succédé en la bonne volonté qu'il vous portait. Adieu » (Grillon, aoM II - 4589). — « Croyez que vous trouverez en moi ce que vous ave* perdu au feu roi, mon seigneur et maître » (Le même* 6 septembre >l 586) (\). Quand il découvre que le duc de Bouillon n'est pas étranger à la conspiration de Biron, il le mande auprès de lui ; c'était s'assurer de Sa personne, et l'empêcher de rien entreprendre : et Il espère obtenir sa venue par dés protestations d'amitié et de conflance : « Mon ami , cejourdhui seulement les gens de mon conseil ont achevé de recevoir les dépositions dé ceux qui ont été ouis frwr la conspiration du duc de Biron, par lesquelles ayant su être fait mention de vous, j'ai voulu , pour l'affection que je vous porte, et pour le soin que j'ai toujours eu de Totre bien et honneur, vous en avertir incontinent par ce porteur, que je vous envoie exprès ppur cet effet, et sur ce, tous faire savoir, encore que je n'ajoute foi h telle accusation (spécialement quand je me représente corhbieti je vous ai chéri et favorisé, et de quelle sorte je me suis toujours fié en vous et ai souvent aussi éprouvé votre fidélité) néanmoins importer tant au bien de mon royaume et au vôtre même que la chose soit promptement vérifiée, que je veux et vous ordonne par la présente, que vous ine veqiez trouver

(1) Placé par erreur dans les Lettres missives au 6 novembre de la môme année.

en ee lieu, $opdain que yous l'aurez reçue, pour vous justifier ; et j'ajouterai encore que je vous conseille et prie comme votre bon maître et vrqi ami (vous ressentant et tenant innocent comme Je crois que voqs êtes) 4$ n'y foire faute et n'y user d'aucune remise et Iqqgueur j car ce faisant vous préviendrez et étoufferez lp mauvaise opinion que les bruits de ee qui se pqgsç pourraient imprimer de votre intégrité; vous mettrez wssi tant plus mon esprit et le vôtre en repos selon mon désir, et je vous assqre que je favoriserai très volontiers votre justification et innocence, comme votre bon maître et ami » (4 8 novembre \ 602) . Le duc dp Bouillon, si doucement appelé, 6e bâta de quitter sa retraite pour s'éloigner davantage, à Orange, puis || jGtanève, de la à Heidelberg. Henri IV écrit à Pliplessis-Murnay que c'était le pire conseil qu'il eût W prendre au lieu de le tenir trouyer pour se justifier (6 décembre 4602). Il le dit encore jm an après au connétable (7 décembre 4603j).

Trois ans plys tard , Henri IV voulut donner à Çféqui Iq charge de maître-de-camp du régiment de çe$ gprxjgs. Cette charge était entre les mains de Cfillon; mais Grillon était trop a f taché au duc 4'Epernon, colonel 4e l'infanterie française; Henri IV résolut $ç retirera ce colonel qu'il redoutait l'appui d'un paître -de- camp comme Grillon. Fidèle à ses habitudes amicales et persuasives, il cherche à obtenir par de douces paroles le consentement <\e d'Epernon : « Mon ami, vpus entendrez par d'Escures ce qpi s'est passé entre les sieurs de Crillon et de Créqui pour 1$ charge de wqître-de-camp du régiment de

mes gardes , et comme je n'ai voulu que les provisions en aient été expédiées que je n'eusse , suivant ma promesse, parlé à vous, ce que je fais par ce porteur. Peut-être si ledit sieur de Grillon se fût adressé à vous pour lui donner un successeur, que vous lui en eussiez choisi un qui vous eût été plus agréable, mais non si utile à mon service. Car je tire de ce fait un tel bien en mes affaires, que si vous étiez auprès de moi , vous me le conseilleriez. Je vous prie donc et conjure par l'amitié que je crois quevous me portez, que je reconnaisse qu'en cette occasion vous préférez mon contentement et le bien de mes affaires à toutes autres considérations, et que vous le faites volontiers, puisque je le veux ainsi : cela sera aussi cause que j'aurai à l'avenir encore plus de soin de ce qui vous touche que jamais » {i 5 mai I" \ 605).

C'est toujours pour leur bien : Croyez que vous aimant comme je fais et que vous en devez faire état, que je ne conseille en cela que ce que je vois et connais être de votre bien. C'est pourquoi je me promets que vous vous y conformerez , et me témoignerez en cela que vous m'aimez » (Duchesse de Nevers, 22 mars 4597).

Il n'aimait pas le comte de Soissons ; mais il voulait conserver près de lui un prince du sang, dévoué à la couronne, quoique peu traitable, exigeant et hautain. Il cache une aversion qu'il vainquait par intérêt sous les dehors de l'affection, et combat ses plaintes par des protestations : « Vous êtes vous-même la cause de vos plaintes, et je n'en suis que la butte; dont je reçois les atteintes avec autant de regret qu'il me semble que vous prenez du plaisir à les continuer.

Vous interprétez à faute d'affection ou art ee qui procède d'abondance de bonne volonté et de la rencontre et nature des choses... Venez, mon cousin; et vous me trouverez très disposé à vous témoigner que nul ne peut plus faire pour vous que moi » (47 juin P% et 40 août 1*4 595).

Il use de la même ressource envers les princes étrangers; et la diplomatie, sous sa plume, devient sensible, affectueuse, et même amoureuse. « Monsieur mon cousin, écrit-il au duc de Ferra re, j'ai été trop aise d'avoir entendu de vos nouvelles par le sieur comte de Landy ; c'est le premier fruit que j'ai reçu des bonnes grâces du roi, mon seigneur; la vue duquel me donne ce bien de me mettre en la souvenance de mes amis. Je vous ai toujours, monsieur mon cousin, cru de ce nombre ; ce que vous me faites encore plus paraître par cette nouvelle obligation que j'ai delà peineque vousavez prise de m'envoyervisiter» (47 mai 4589). Il est aussi amical avec le grand-duc de Toscane et le landgrave deHesse. Le duc de Savoie avec qui il fut forcé d'en finir par une guerre, prince rusé et plein de cette habileté dans les petites choses, qui réussit rarement tout en faisant grande dépense d'expédients, recevait de Henri IV les lettres les plus amicales : « Mon frère, je manquerai plutôt à ma vie qu'à l'observation de ma parole, même (surtout) en votre endroit, de qui j'ai embrassé l'amitié aussitôt que j'ai connu que vous avez désiré la mienne, porté d'une inclination naturelle. — Je suis contraint de donner tout ce mois à ma santé, et sans cela je n'aurais pas différé plus longuement le plaisir que ce me sera

de vous voir ici près de moi ; mais vous n'en êtes pas quitte pour cela ; et vous saurai bien faire ressouvenir de la promesse* quand la comihodité y sera pour l'un et pour l'autre. Cependant ce qui reste de nos affaires se terminera et n'aurons plus qu'à passer le temps et faire bonne chère. — C'est à ce coup que je ne douterai plus du contentement que je m'étais promis de vous voir il y a longtemps... Je ne vous dirai point comme vous serez le bien venu et vu de moi, cohune les effets vous le feront connaître, ni de quelle affection je vous embrasserai et chérirai » (23 octobre \ 596, 4 septembre II e et 9 décembre 4599).

Mais il déploie toutes les grâces de la galanterie avec Elisabeth ; ses secrétaires lui écrivent en son nom comme à une reine; il lui écrit comme à une femme, je dirais presque comme à une maîtresse. 11 l'assure de sa perpétuelle servitude; il estimera sa vie plus heureuse quand elle sera employée pour son service et honorée de ses commandements. Il voudrait avoir moyen, pour le comble de ses désirs, de le lui poutoir représenter de bouche, et par même moyen lui fraiser les mains, et voir de ses yeux la princesse du monde qu'il honore, aime, estime et admire par dessus toutes. Il entre en jalousie de M. de Ségur, son ambassadeur, quia été gagné et corrompu par FhonneUr et la faveur qu'elle lui a donnés. Il ne peut finir sa lettre pensant parler à elle-même. Il était résolu de l'aller voir; mais un malheur général s'oppose toujours à son heur particulier. Il se figure qu'il combat pour elle. Avec sa faveur toutes choses lui sont possibles, voire faciles. Il ne se réserve que pour elle ; il se voue

tout entier à elle pour lui rendre toute sa vie tout le plus fidèle service qu'il pourra ; c'est à elle, de droit, de conserver ce qui est sien. Elle n'a plus fidèle ser-r viteur que lui, ce qu' il aurait extrême désir de lui témoigner en personne ; et à peine son esprit aura de repos qu'il qe lui ait donné ce contentement. Mais son malheur veut que ce bien lui soit encore retardé par les affaires, contre lesquelles il se délibère de lutter avec tant de constance qu'il dérobera ce loisir à ses continuels travaux. Il ne reste plus rien en luimême qu'il ne doive dire être sien ; ce que sans difficulté il confesse volontiers : son affection lui a voué tout ce qu'il est et peut, sans aucune réserve. ïl a l'image de ses bienfaits tellement empreinte au cœur qu'ils lui sont un objet perpétuel, et ses sens plus continuellement occupés en la considération de sa magnanimité et grande bonté envers lui , avec souhait ordinaire, outre ses plus ardentes prières , de lui pouvoir un jour témoigner, par quelque bou service, qu'il n'en veut laisser le fruit enseveli au tombeau d'ingratitude. Il s'est réjoui d'entendre qu'elle faisait état de veqir à Portsmouth, quand il sera vers la côte de Normandie : ce qu'advenant, il la supplie trouver bon qu'il lui aille baiser les mains, et être auprès d'elle deux heures, afin qu'il ait ce bien d'avoir vu une fois en sa vie celle à qui il a consacré et corps et tout ce qu'il aura jamais, et qu'il aime et révère plus que chose qui soit en ce monde. Leur amitié sera jugée de tous si parfaite qu'elle servira d'exemple à la postérité, comme de consolation à eux et à leur? bons sujets, età leurs ennemis de terreur tant qu'ils vivront*

Sa conservation sert comme de marque ou pour mieux dire, de trophée de sa bonté. Il ne se lasse pas, en un mot, de t baiser humblement les mains belles et heureuses qui tiennent les clefs de sa bonne et mauvaise fortune. »

Toute la vie de Henri IV est une merveille d'habileté. Le petit prince huguenot parvient au trône à travers la plus vaste et la plus terrible levée que l'insurrection ait jamais ameutée. Son royaume conquis, il éteint toutes les étincelles, et endort dans le pays l'agitation politique. Condamné autrefois, puis absous par la papauté, il finit par faire deux papes, Léon XI et Paul V; il eut l'art de s'appuyer sur Rome même , pour opposer les nations protestantes de l'Europe à la domination autrichienne et espagnole. Et, quand il fut mort, ses ministres, quels que fussent leur talent et leur expérience , ne purent gouverner sans lui, et se séparèrent par impuissance.

Qu'un homme ait un éclair de génie, une haute inspiration, on comprend que la force de sa volonté égale la beauté de son œuvre. Mais une habileté,, pour ainsi dire, perpétuelle, toujours en exercice et toujours prête, toujours en éveil et toujours sûre, dans les moindres choses comme dans les grandes, serait bien étonnante, si elle ne tirait quelque secours des sentiments du cœur. Qui pourrait mesurer ce qu'il faut de fermeté et d'énergie contre soi-même pour obéir avec suite à des idées abstraites? la volonté est-elle capable d'un effort si patient, quand elle est soutenue par la seule intelligence? Bien peu d'hommes dans toute l'humanité auraient pu accom-

plir la tâche qu'accomplit Henri IV ; peut-on croire que dans ce laborieux accomplissement il n'ait pas même été servi par toutes les facultés de lame? La persévérance est la plus rare des qualités : Henri IV la portait à un degré qui nous étonne : « Par pa* tience et cheminer droit, je vaincs les enfants de ce siècle » (Saint- Génies, 4 mai 1586). Mais elle devient facile, si nos sentiments nous mènent du même côté que nos idées, parce qu'ils nous poussent d'eux-mêmes, presque à notre insu, d'un mouvement continu et agréable ; ils soulagent notre énergie au lieu de l'exercer, et nous n'avons besoin de force que pour leur résister.

L'égoïsme, l'ambition ne suffisent pas : que de gens à ce compte seraient persévérants! D'ailleurs, à eux seuls, ils ne peuvent donner que le petit savoir-faire et non la grande habileté. Rien ne raccourcit plus la vue que de l'arrêter sur ses intérêts propres, et de la borner par cet étroit horizon. Cependant Henri IV a eu de grandes idées. Il fallait donc ou qu'il ne fut pas égoïste, ou que son égoïsme fût généreux par quelque endroit. Aux yeux de Henri IV, son intérêt était celui de la France. Il le dit : donc il le croit. Il lui était trop utile de le faire croire, pour ne pas le croire lui-même. Les ligueurs ne sont pas seulement ses ennemis personnels ; ce sont des Espagnols. La réunion du parti royal et du parti huguenot forme le parti français. En annonçant au duc de Ferrare son alliance avec Henri III, il lui écrit : t On vous a toujours vu si bon Français, mons r mon cousin, que vous vous réjouirez autant de cela que je

m'en assure , comme je sais que les misères dé la France tous doivent avoir ennuyé» (47 mai 4589). Aussi sa conscience est-elle tranquille : * Bien que nous soyons jour et nuit à cheval, sy est-ce que nous trouvons cette guerre bien plus douce : l'esprit y elt plus content » (Mme de Grammont, 4 4 juillet 4 589). Il convie le duc de Nevers à la bataille des bons Français contre ceux qui ont quitté ce beau noifc pour se faire Espagnols (25 août II e 4590). Il recouvre sa ville de Vienne par € la fidélité du gouverneur que le duc de Nemours y avait logé, lequel » eomine bon Français, n'a voulu se signaler comme lui d'uoe marque contraire à son honneur et devoir envers soh souverain et sa patrie » (Elisabeth , 28 avril II e 4599).

Si la Ligue avait, je ne dis pas réussi (elle a réusli puisque Henri IV s'est fait catholique), mais triomphé, et donné à la France un souverain de son choix, que fût-il advenu? Il est sans doute téméraire et ridicule de faire de l'histoire avec ce qui n'eât pas arrivé, et d'affirmer au conditionnel. Mais je vois une dizaine de prétendants allonger les mains vers la royauté de la Ligue; la papauté, l'Espagne la prendre en tutelle; chacun en tirer à lui un lambeau ; les gouverneurs indépendants ; les protestants, les politiques assez forts pour séparer du pays une partie du pays : j'entends les hommes sensés du temps gémir de ce que là France s'en aille par morceaux - Henri IV a pu sauver, il a pu croire qu'il sauvait sa patrie : le premier intérêt français , c'est sans doute l'unité et l'indépendance de la France.

HfebrUV aimait certainement, ne fût-ce (Juecbitthtè alliée, cette France dont la cause était la sienne. Toiit . homme a besoin de rattacher son intérêt personnel à quelque intérêt plus élevé, non-seulement pour gagner des partisans , mais pour fee convaincre et s'affermir. Être persuadé qu'on a raison, c'est doubler toit bourage et sa vigueur. Aussi chacun met-il la justice de son côté, çjt de bonne foi : fît-on d'abord un sophisme volontaire \ tôt ou tard on y croit ; et l'on arrive à se duper èoi-môme, par une sorte d'habileté instinctive de la nature humaine.

11 s'apitoie souvent sur (es misères dû peuple : « La charge de cheval de blé en Champagne et en Bourgogne tdut cinquante livres , à Paris , trente. C'est pitié de voir comme le peuple meurt de faim » (Mme de Gramtnont; 47 juin 4586). Il songe aux malades que la contagion multiplie au* environs de son château de Monceaux : « Envoyez -moi , par ce laquai*) la recette que vous avez pour la peste, d'autant que je la veux faire éprouver aux villages circon voisins de ée lieu où elle est * (Mme de Monglat , 42 juillet 4605). Il ne veut pas établir de trop lourds impôt* t s Je pourrai aller jusques à Poitiers, où je ne ferai point dé citadelle ; et, en lieu d'y établir la gabelle^ j'oirai les plaintes de mon peuple, pour le soulager en tout ce qu'il me sera possible » ( La Force, 45 avril 1" 4 602) . Il écrit quelque part : « J'ai su les pilleries et butins que font les soldats. Vive Dieu 1 donnez-y ordre ; vous m'en répondez sur l'amitié que je vous porte ; et qu'il ne paraisse que le maitre n'est en sa maison. Mon»* deSaint~Geniès, qui

s'en prend à mon peuple s'en prend à moi » (fin de février W 4580).

Sans doute on a exagéré la bonté traditionnelle de Henri IV. Tout le monde sait que l'anecdote sur rentrée des vivres dans Paris est une traduction fort infidèle d'un fait beaucoup moins admirable. Givry, l'un des lieutenants du roi, amoureux de Mlle de Guise, laissa passer, pour lui complaire, des convois de vivres par Gbarenton. Il désobéit par amour à Henri IV ; et il ne faut pas lui en faire un crime, car il mourut de cet amour. Mais aussi n'en faut-il pas faire honneur à Henri IV. Il n'avait pas l'air de songer à la nourriture des Parisiens, quand il écrivait à Mme de Grammont : « J'ai pris les ponts Charenton et Saint-Maur à coups de canon^-et pendu tout ce qui était dedans. Hier je pris le faubourg de Paris, de force; je fis brûler tous leurs moulins, comme j'ai fait de tous les autres côtés » (44 mai II e 4590). Je me trompe cependant : il a laissé entrer des vivres dans Paris : mais pour qui? faut-il le dire? pour une femme d'amour : « Monsieur de Marivaux, j'ai accordé à la demoiselle de la Raverie un passeport pour faire mener à Paris quelque blé, vin et bois pour sa provision. Je vous prie ne faire difficulté de le laisser passer. Vous êtes de vous-même assez courtois aux belles dames comme elle, sans vous y convier davantage • (4 "octobre 4592). Et c'est peut-être cette complaisance de la luxure qui s'est travestie en héroïsme de la bonté.

L'imagination populaire se moque des invraisemblances : ellen'a pas pris garde à cette singularité, que

Henri IV, voulant réduire une ville par la famine, aurait laissé passer des vivres un jour, pour resserrer le lendemain le blocus en tr' ou vert, prolongeant ainsi la résistance et rendant lui-même sa propre bonté inutile. Mais cette espèce de légende moderne a une part de vérité ; Henri IV évita les horreurs d'un assaut général, et préféra entrer par surprise, d'une façon moins triomphante, mais plus humaine.

« C'est un mal bien douloureux que le domestique ! »(Mme de Grammont, 8 mars 4588). Personne ne peut contester la tristesse sincère de cette réflexion. Il a tout fait, dès qu'il l'a pu, pour terminer les anciennes discordes et prévenir les nouvelles : il voulut sans doute assurer son autorité péniblement conquise; quelquefois cependant il en eût été quitte par une petite expédition comme celle de Sedan; et il évita tant qu'il put toute prise d'armes. Il en donne la raison à Elisabeth en style un peu fleuri : « Je suis né et élevé dedans les travaux et périls de la guerre : là aussi se cueille la gloire, vraie pâture de toute âme vraiment royale, comme la rose dedans les épines. Mais je me puis bien lasser des calamités et misères que mon peuple endure par icelle • (45 novembre 4597).

Dès qu'il fut en sécurité pour lui-même, il se consacra sans intervalle et sans fatigue, il employa, comme il dit, tousses sens et tous ses soins à l'avancement et à la conservation du pays. Aucun roi n'a eu plus que lui le droit d'écrire : a La France m'est bien obligée; car je travaille biç/i pour elle » (Mlle d'Entragues, 4 4 octobre P e 4 600J . Il croyait du fond du cœur

que les Français lui devaient quelque içoannpiçM&ee} et ce sentiment paraît sans prémédit*Uea t WW calcul, dans la lettre qu'il écrit au roi d'Angleterre, à propos de la conspiration dm perdre* et d'une autre qui w découvrit peu après : « Jugeant de votre naturel par le mien, je ne doute point que tels manquements da foi et de gratitude ne vous déplaisent, soit qu'il* procèdent de vos sujets ou d'autres, lesquels vous Avez, par votre bonté et sincérité, obligés de se comporter tout autrement à votre endroit» (50 juillet 11- 4606).

Mais ce qui prouve de toute évidence qu'il a aimé la France, c'est qu'il a compris admirablement leq intérêts français. « Les grandes pensées viennent du cœur, p Le patriotisme éclaira çgn intelligent. Henri IV a préparé, à l'intérieur, à l'extérieur, sur le* champs de bataille, dans la littéraire, partout, leq splendeurs du XVII e siècle ; et si Louis XIV g été UQ grand roi, il le doit plus à son aïeul qu'à lui-rpéqpe.

« Il est resté populaire, dit M. Yjllemam, parcq qu'il était profondément national de cœur çt 4$ pensée. »

On peut, dans les détails d# W confite, trouver des ruses, dei tromperies, parfois npéjjifl de la duplicité; sa finesse n'a pas toujours choisi les vojes lff plus légitimes. On a rai$pn de rechewb$r cçs secrètes révélations; la moindre parcelle de la vérité a $pn prif . Mais il ne faut pas que l'érudition histpriqpe, en sV grandissant, se rapetisse aux curiosités, des mémoires, et prennent ses petites découvertes pour çlç grandes vérités. Henri IV n'est pas sans reproche : jl a poussé ses qualité^ jusqu'ex défauts; qpaiç, con&jf}^ MW)

entier, par lescôtésTju'admire la raison et par ceux que condamne la morale; regardé, en un mot, des hauteurs de l'histoire , et non par les dessous d'une chronique méticuleuse, Henri IV ne sera jamais haïssable.

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