‹ Henri IV écrivainChapitre 5 sur 11 · DU STYLE · texte numérisé non relu

DU STYLE

Le style de Henri IV est incorrect. Il improvise en écrivant et ne prend pas la peine de relire. Aussi met-il quelquefois des singuliers pour des pluriels et des pluriels p&ur des singuliers : « Le désordre qu'a porté à mon pays les levées qui se font » (Saint-Geniès, vers le 40 janvier 4586). — « A quoi servira bien , pour les empêcher et jeter dedans, les Gascons qui sont allés trouver mon cousin le duc de Bouillon» ( Mme de Nevers , 29 août 4595). — « Je n'ai manqué à vous écrire tous les jours. La date des lettres que vous aurez reçues vous en feront foi » (Marie de Médicis, 22 octobre II e 4605). Être prend la place d'avoir : « 11 nest pas voulu partir sans lettre de moi» (Marie de Médicis, 24 octobre 4604). Philamente sans doute ne pensait pas à Henri IV, lorsqu'elle exaltait

La grammaire qui sait régenter jusqu'aux rois Et les fait la main haute obéir à ses lois.

Il écrit : « Je m'en vais avec mon arme* pour mon armée (Ste-Colombe, fin d octobre 4579. Arch. de M. le comte de Montesquiou), ou : « Nous oirrons s'il a du sang au bout des ongles • pour nous voirons (verrons)

(Mme de Grammont, 45 juillet IIM590). Quelquefois une phrase déjà écrite se répète un peu plus bas. Les mêmes mots reviennent dans la même phrase : « Mon cousin, encore que je vous ai écrit par ci-devant pour Guérin, en ma judicature de Creyssel , afin de le faire sortir des mains du sieur de Saint-Guiraud, qui le détient injustement , je vous ferai encore la présente pour vous prier encore bien fort de faire cela pour l'amour de moi. Et outre le plaisir que vous me ferez 9 vous ferez de plus en plus connaître que vous désirez l'observation de Fédit » (Dampville, 24 mai 4578). — € Je vous prie, mon cousin, que je sois remis en mes maisons, et ne me mettre point en peine de m'y remettre. On ne doit, ce me semble, me mettre au désespoir» (Matignon, vers la fin de septembre FM 585). — « Sans ce mauvais temps, je me fusse déjà acheminé au port d'Albret. Aussitôt qu'il fera plus beau , je partirai pour y aller; et de là prendrai le chemin de Nérac pour y aller* (Matignon, novembre II e \ 584) . Les tournures se répètent comme les mots : «Monsieur de Saint -Génies, j'ai mandé au sieur de Castelnau de quitter les contributions qu'il prend sur le pays de Soûle. Je lui mande aussi de me tenir son régiment prêt, pour l'amener à la fin de mars. Je lui permets de prendre des Béarnais et d'en mettre à son régiment. Je vous prie y tenir la main; car je désire qu'il y en ait, et ne vois pas qu'il y ait à présent aucun danger d'en tirer, /'écris à Salles et vous envoie les lettres. Adieu » (Saint-Geriiès, fin de février P* 4580);

On trouve assez souvent ledit sieur, lesdites commis-

&ions, sans que Henri IV ait parlé de ce sieur ou de ce$ cQiBmiçsipa^

Quelquefois Je* prénoms remplacent des mots qui nesorçt là qu'en idée ou par procuration, par exemple, un substantif , un adjectif représentés par leur verbe : «Il fait glpirf d'avoir atteint la perfection de dissimuler ; je l|ii rabats cette opinion tant que je puis : il ne faut /'être qq 'en affaires d'État ; e n$qre ta faut-il bien accompagner de prudence » (Mme de Grammont, mars I re 4588).

Les constructions ont des revirements inattendus : 4L Vous ne montrerez cette lettre ni ne parlerez à personne de cette affaire, auquel vous vous conduire* avec toqte la prudence et discrétion qui y est requise, afin que le bonhomme de Mi de Çbavigny ne s'en offense, et ne lui empêche d'achever en repos le peu de jours qui lui restent encore à vivre* (Soissons, 37 septembre l re 4 §9$). Voici une phrase qui reste en chemin , et cependant il écrit à un grand personnage, à Catherin* de Médicis : « Mais quoi? soit que nous mettons peine, M. votre fils et moi, de remettre toute! choses en bon état , à quoi l'on peut beaucoup par delà, rendant aux sujets du rpi, d'une pommune maiq, le bien qu'ils espèrent d'une t>onnepaix, M< de Villeroy vous dira de quel pied npm marions, ete.» (Mars IV 4 384).

Jusqu'à présent ces libertés n'ont pas grand inconvénient ; mais quelquefois la phrase devint inintelligible, et il fyut deviner, I| envoie Ffoute^c £ Mçrie de Médicis pour lui déclarer son arpqur (elle n 1 était e#çqr« qi$ ça fiftnpça) ; • \\ yo^is découvrira jpon

cœur, et que vous trouverez non moins accompagné d'qne passionnée volonté de vous chérir et aimer toute ma vie comme maîtresse de mes affections, mais de ployer dorénavant sous le joug de vos commandements celui de mon obéissance comme dame de mes volontés » (24 mai l rf 4000). Il est vrai qu'alors Marie de Médieis savait peu le français; et pour corn* prendre cette phrase, la connaissance du français ne peut qu 1 embarrasser.

La phrase suivante s'égare et se perd dans le labyrinthe des incidentes, inextricabiH» errw : « Je vous écrivis ces jours passés par 1e sieur de la Roque que j'ai envoyé devers Monsieur, pensant que fussiez *upr£s dé Son Altesse, et ayant entendu qu'étiez de retour chez vous, et que je m'en vais à présent faire un tour jusqu-en Bésrn et aux Eaux-Chaudes, à cause dé l'indisposition en quoi je me trouve , comme je Técris à M. de tyfontpensier mon pnqle par Armagnac que je dépêche exprès devers lui et vQus, de l'amitié de qui je fais tant d'état qu'il n'y a personne au monde qui désire plus de vous en rendre preuve que moi % (Prince dauphin , François de Montpellier, 24 avril 4583).

Dans une lettre à le reipg Elisabeth du 25 avriM 596, oa trouve une phra$e de dix lignes qui ne possède pas moins de quatorze que et quelques relatifs.

Partout Tidée emjnène |a phrase $4 compagne, &an»8e soucier de sfls destinées ; lq phrasp $ujt comiqp elle peut, et trébuche assez souvent; mais l'idée n'y prend pas garde* Celte négligence n est pas sans agrément dans; une correspondance. Rien qu contraire wy

est plus insupportable que l'apprêt et le travail, On cherche des confidences ^ et c'est un grand mécompte que de trouver des dissertations. Je ne demande au style épistolaire d'autre mérite que l'abandon et Ja vivacité de la pensée à sa naissance. Si l'auteur a réfléchi, je n'ai plus que ce qu'il veut me donner; s'il s'est miré dans sa lettre avant de l'envoyer, il y a peutêtre quelque coquetterie. Je me méfie du second mouvement, quand j'espérais trouver le premier; me voilà sur mes gardes, quand je cherchais un homme qui ne fût pas sur les siennes ; et moi qui voulais surprendre, je crains d'être surpris.

Le style épistolaire n'est autre chose que la conversation. Il n'en a pas moins d'importance. Tel qui parle bien écrit mal ; tel écrit bien qui parle mal. H faut donc, pour bien parler, des qualités d'esprit particulières ; et ce sont, sinon les plus solides , du moins les plus aimables : l'esprit vif, la prompte répartie, le tact, l'à-propos, l'entrain. Quand vous vous engagez dans une lecture, l'auteur vous introduit, et vous salue sur le seuil sous forme de préface ; tout est rangé avec soin , disposé avec art : vous êtes reçu comme un hôte attendu. Si vous écoutez la conversation d'un homme d'esprit, tout y est imprévu, rien n'est préparé à loisir; les sentiments, les pensées viennent, éclatent comme l'occasion les éveille, et, à mesure qu'ils naissent, se revêtent de paroles. Il y a peut-être un peu de désordre, absence de symétrie, moins de mesure ; Tidée première court un peu au hasard, se transforme ; à la fin on ne sait plus par où l'on avait commencé. La composition est la règle du

style ; l'aventure est celle de la parole : l'étude , la méditation pour le premier ; la négligence et ses grâces pour la seconde. Les défauts de l'un sont les qualités de l'autre.

Quelques-uns ne savent pas causer, et écrivent de jolies lettres, parce que, devant leur bureau, la timidité disparait, ou que les mots ont le temps d'arriver. Ils retrouvent leur esprit dans leur cabinet , comme Nicole des arguments au bas de l'escalier. Mais ils causent sur le papier comme ils causeraient dans un salon avec plus de hardiesse ou de vivacité. Le commerce épistolaire est, il est vrai, la causerie écrite; mais c'est encore la causerie.

Qui ne désirerait assister à la conversation d'un homme remarquable? Si les distances du temps, du lieu ou du rang nous privent de cette bonne fortune, ses lettres, quand elles se contentent d'être des lettres, nous en donnent du moins une idée.

Ne regrettons pas les négligences du style de Henri IV ; sa correspondance y gagnera. Voudrait-on changer, pour faire plaisir à la grammaire, cette tournure qu'elle ne saurait approuver, et dont l'incorrection n'est pas désagréable : « M. de la Force, je vous fais ce mot par le sieur Loppez pour vous prier ne faillir de vous rendre auprès de moi au commencement de votre quartier, comme chose que je désire pour des raisons que vous apprendrez lorsque vous y serez, et, par celle-ci, que mon fils est ici avec toute sa suite, qui me donne bien du plaisir, et pour fin que je vous aime bien. Adieu , M. de la Force » (8 septembre 4604). Nous ne sommes pas en face

d'un homme qui écrit, mais d'un homme qui parle. Nous l'entendons, noiis le voyons quand îl dit : « Mon coiisin, ce sont choses à la lorigue insupportables, et que les plus petits ne voudraient, ne pourraient souffrir. Il me fâche fort que je sois seul à l'entrer en ma maiéon et à jouir de ledit, et même après avoir fait tout ce qui restait à faire du côté de ceux de la religion, et que je sois si longuement entretenu éû paroles et longueurs. De quoi je serai à la fin contraint de me plaindre à bon escient » (Matignon, vers le mois de septembre \ 585). — « Je vous prie mander à La Broue de m 1 envoyer six cents livres pour un demi-mois pour Lectoure. Vous il'aviez dit que (cinq cents, si bien m'en souvient : ce seront sii cents, pour l'amour de moi » (Le même, vers la fin de septembre II e A 585). — « Je vous prie de faire prendre ce trésorier prisonnier et lui faire faire j ustice ; mais je vous en prie, mon compère » (Le Connétable, 48 avril IV e 4597). Cette lettre- ci n'est-elle pas bien d'un homme qui commence à s'irriter, qui le sent, et qui se retient : « Mon cousin, je vous ai mandé ma volonté par Etcure. Vous désirez parler à moi, devant que j'achève cet office. Je le veux ; venez donc me trouver, bien résolu de suivre mes volontés ; car le serviteur qui veut être aimé de son maître lui témoigne toute obéissance. Votre lettre est d'homme en colère; je n'y suis pas encore : je vous prie, ne m'y mettez pas. Escure vous dira le surplus ; croyez-le. Ce XXI e mai à Fontainebleau » (4605, au ducd'Épernon).

Ai-je besoin d'ajouter que le style de Henri IV est naturel? Il ignorait, fort heureusement, la règle qui

prescrit Temploi des termes générau* pour atteindre la noblesse. Il se présente à nous, cotrime à cette dé*putatkm de Bordeaux, en pourpoint, en veste grise. Il ne craint pas de prêter à rire en racontant : « J'ai reçu un plaisant tour à l'église : une vieille femme Agée de quatre-vingts ans m'est venu prendre par la tète, et m'a baisé : je n'en ai pas ri le premier » (Gabrielle d'Estrées, 18 décembre 4594).

Quoi de plus agréable que les passages suivants : « (Je suis) à présent du tout hors de fièvre,Dieu merci. Mais je ne veux ouïr parler d'aucune affaire. Cela est cause que j'ai commandée tous ceux qui sont ici de s'en retourner à Paris et de ne venir de huit jours; d'autant qu'ils ne se peuvent empêcher de me parler de leurs affaires, et cela me met en mauvaise humeur. C'est pourquoi, pour me i;éjouir, je vous prie au plus tôt de me venir trouver; et amenez avec vous peu de train, afin qu'étant ici ensemble nous nous puissions tous deux réjouir » (Le Connétable, 4" novembre 4598).

« Mon cousin, la dernière fois que je vous ai vu au Louvre, je vous dis, en la présence de ma femme, que je commençais à sentir quelque défluxion sur un pied: mais, à mon arrivée ici, le plaisir que j'eus de voir mes enfants fit que je passai ce jour-là datte m'en sentir beaucoup. Hier matin, je. voulus aller courre un cerf, pensant que le plaisir que j'aurais à la chasse ferait passer ma douleur; mais ayant été à dèmi-lieue d'ici, il m'a fallu retourner tout soudain, quoique j'eusse fait couper ma botte par dessus, à cause des cruelles douleurs que je sentais, et telles, que quand

bien il irait de la perte de la moitié de mon Etat, je ne serais capable de rien écouter, ni même prendre une bonne résolution. C'est pourquoi, etc. » (Rosny, \\ juin \ 605).

Nous pénétrons dans ses conseils, dans le travail de son esprit, dans le mouvement de sa pensée, dans ses joies et ses tristesses, ses succès et ses échecs. Nous avons jour quelquefois sur ses sentiments cachés. 11 annonce à Mme de Grammont la mort du prince de Condé : « Il m'est arrivé l'un des plus extrêmes malheurs que je pouvais craindre, qui est la mort subite de M. le Prince. Je le plains, comme ce qu'il me devait être, non comme ce qu'il m'était.,. Ce pauvre prince (non de cœur), etc. » (40 mars 4588). Quand il apprend la maladie de Catherine de Médicis, il est assez réservé avec M. de Ségur, homme austère : t J'ai vu des lettres qu'un courrier portait par lesquelles celui qui écrivait mandait qu'il avait laissé la reine-mère qui se mourait. Je parlerai en chrétien : Dieu en fasse sa volonté ! » (25 décembre 4588). Mais avec sa maltresse, il y met moins de façons : « Je n'attends que l'heure de ouïr dire qu'on aura étranglé la feue reine de Navarre (J). Cela, avec la mort de sa mère, me ferait bien chanter le cantique deSiméon! » (^'janvier V4 589).

Aussi, quelque sujet que traite Henri IV, son style n'est jamais sec, aride ou ennuyeux. La partie purement administrative est intéressante, même à côté de celle qui parle de combats, de plaisirs, d'amitié

(1) Marguerite, sa première femme, dont il était séparé.

ou d'amour : Il y a toujours quelque mouvement de Fârne qui anime même les questions de simple politique : « Monsieur de Bellièvre, je sais assez l'affection que vous portez au bien du public, et, ce que vous y pouvez, employez-le, je vous prie, à faire qu'on exécute la paix en mon endroit, qu'on me rende mes maisons, qu'on fasse punition de l'attentat de Périgueux; car de mon côté j'ai fait et fais tout ce que je peux. Le différer accroît les défiances, et les défiances occasionnent beaucoup de personnes à faire du mal. Je vous prie encore un coup, tenez la main qu'on remédie aux affaires de cette province: et adieu » (vers le commencement d'août FM 584).

Si le style est naturel, c'est-à-dire, s'il n'est que l'expression la plus exacte et la plus simple du sentiment et de l'idée , il aura une variété aussi diverse que celle même des sentiments et des idées ; selon les circonstances, familier, tempéré ou grave; rapide, tranquille, ou noble et digne. Le familier ne manque pas, et le roi est quelquefois un joyeux compagnon. Sully nous le représente passant ses doigts dans les siens, et causant et se promenant ainsi dans son jardin. Mais il est plus familier encore avec d'autres amis plus avenants que Sully. MM. de Les te Ile, de Souvré, de Vitry, de Batz, du Faget de Ste-Colombe, deHarambure, ont l'honneur du tutoiement, quoiqu'aucun d'eux ne l'obtienne d'une façon continue : cela dépend de leur conduite. Il leur donne même des surnoms : M. de Batz s'appelle mon faucheur et grand damné; M. du Faget de Ste-Colombe, grand pendu; M. de Lestelle, crapaud; M. de Harambure , ayant

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perdu un œil dans yn combat, s'appelle borgne; M. de Souvré change de sexe et passe du féminin ; il l'appellera Gode et m' amie * « Grand pendti} écrtt-il à M. de Ste-Colombe» j'irai tôter de ton vin «n passaut » (fin d'octobre 4579). Et è M. de Leateile ; « Crapaud, que vouiez -vous dire? il n'est pas temps peut-être de venir. Votre frère dit que si 5 et laver* din est aussi gros que vous, pour le moins» Laissons raillerie. Ne vous e&cusfez ; (ce n'en est pas la saison* Mais si vous m'aimes et si vous voalee que je le m>rc> montrez Tekemple aux autres. Je 4e prie, crapaud^ viens-moi trouver, et amène ce que tu pourras oti ee que tu voudras ; car en quelque façon que je te wity tu seras le bien venu » (49 avril 4589).

Il adapte les surnoms usités ; M. de Bellegardeest feuille-morte ; il s'en donne un 6 lui-même, et s'ap» pelle Je saumsn. La fièvre qui le menaçait sads cessa et ne le quittait jamais pour longtemps s'appelle Ai voisine. Quelquefois le surnom couvre si bien 4e sur* nommé qu'on ne \e reconnaît pas.

Il a été le parrain d'un des enfante du «paaéMblfe 4e Montmorency ; de ce jour le connétable de Mont* morency «'appelle mon compère > «et matante fa eotoétable ma câmtoèrt* Quaftt è Marie de Médiois, *ella s'appelle tout simplement ma femme; vt l'u^des* eiafsnts mon petit; le, petit homme.

Quand il ne s'agit que -d'affaires et de mesures à pfeudre, le style est d'une remarquable simj*hcité > w Mon cousin, je vous envoie le sieur de Merle pour vous dire comme je pars ccjonrd'bui pour tolter v$ir M. le Prince qui *'avan<# à Montguyoq, avec kquM

je ne demeurerai qu'un jour» Si votre commodité vous pouvait permettre de venir h Libourne, je vous •verrais à mon retour, et crois qu'il en réussirait beaucoup d'utilité au service du rot. Vous me manderez, s'il vous plait, de vos nouvelles par ce gentilhomme* Je suis averti de bonne part que, depuis le parlement de M. de Cornusson, les affaires ne se portent pas si bien à Toulouse ; que les ligueurs y parlent librement, et que l'un des plus apparents a tenu des propos fort suspects. Il seroit besoin que le roi y pourvût. Je remets le surplus sur la créance du«dtt sieur de Merle » (Matignon, 4585).

Quand il écrit pour donner des nouvelles et des renseignements^ lçs phrases sont courtes, pressées. Il est avare de mots. • J'attends votre fils qui n'est loin. Toutefois ce qu'il a à faire est le plus dangereux. Il s'accompagnera de quelques troupes qui me viennent* Nous sommes devant Pontoise, que je crois que nous ne prendrons pas. L'on l'a attaqué contre mon opinion : les plus vieux ont été crus. J ai peur qu'ils revoyent (s'en reviennent). Hautefort fut tué hier, qui est perte pour la Ligue. Les ennemis et nous avons été en bataille tout ce jourdhui, péle-méle, la rivière entre deux. Leurs troupes ne sont pas égales aux nôtres, ni en nombre, ni en beauté. L'Isle-Âdam s'est rendu en nuit (cette nuit), qui est un pont sur la rivière d'Oise. J'y vais loger demain. Il n'y a plus d'eau entre M. du Maine (Mayenne) et moi : il est a Saint-Denis. Nous nous joindrons aux Suisses dans six jpurs. MM. de Longueville et de Lanoue les mènent, etc. » (Mme de Grammont, 44 juillet 4589).

Mais si le moment est grave et solennel, la phrase s'allonge, la période se développe, les incidentes s'enclavent dans la proposition principale, les expressions se redoublent : Henri IV devient presque cicéronien. Son exemple prouverait au besoin que le style périodique est aussi naturel que le style coupé, et que tous deux sont bons selon l'occasion, ou plutôt selon l'idée. «Monseigneur, encore que, depuis le commencement de ces troubles, je me sois contenu sous l'obéissance des commandements de Votre Majesté, lui gardant la fidélité que je dois, et que, sous l'assurance qu'elle m'a donnée de ne rien faire à mon préjudice ni de ses édits , je n'aie rien entrepris contre ses ennemis, afin qu'elle eût plus de moyen de discerner leurs prétextes, comme il lui a plu m'écrire ; toutefois, nonobstant les très humbles remontrances qui lui ont été faites et réitérées, comme si on vouloit condamner quelqu'un sans l'ouïr, j'entends, Monseigneur, qu'on a fait la paix et sans moi et contre moi » (Henri III, 40 juillet 4 585, l re ).

A propos de l'affront que son ambassadeur reçut à à la cour d'Espagne, il adresse au pape ces paroles empreintes d'une modération noble et élevée : « Je la supplie (Votre Sainteté) de considérer que comme les princes grands et puissants sont à bon droit très jaloux de leur dignité, aussi doivent-ils être très circonspects et respectueux les uns envers les autres, afin de servir d'exemple aux moindres et éviter les rencontres et accidents qu'une offense précipitée et non réparée tire après soi, comme Votre Sainteté peut le mieux connoître que tout autre par sa singulière prudence, au

jugement de laquelle déférera toujours grandement YOtre plus humble et dévot fils » {\ 3 décembre \ 6(M ). Nous sommes loin de l'histoire de la vieille.

On retrouverait aisément le caractère de chaque correspondant d'après le ton des lettres qu'il reçoit* M. de Ségur était un protestant austère et convaincu. Le roi de Navarre loue son « zèle à l'avancement de la gloire de Dieu » (vers la fin de 1583, VIII e ). 11 place au premier rang, en s'adressant à lui, « la délivrance des églises réformées. » Il lui annonce en ces termes la défaite des reîtres par le duc de Guise : « Nous avons vu de grands jugements en la dissipa* tion de notre armée étrangère. Nous y avons mis trop de confiance, et crois que, tout ainsi que le commencement en étoit mauvais, Dieu a permis que la fin en ait été telle que nous avons vu (vers la mi-novembre \ 587).

M. de la Boulaye devait être un jeune homme gai et étourdi, si l'on en juge par cette lettre : « L'enfant, je vous envoie vos gouverneurs pour vous soulager. Si le siège vient à Marans, résolvez-vous de venir avec une bonne troupe pour lesfavorir (favoriser, aider). Votre dame a gagné son procès ; elle vient. Si je vous vois, je vous en ferai des contes qui lèveront la paille. Adieu, petit fou. • La suscription elle-même portait : Au petit enfant (vers le mois de juin 4586).

Il savait parler aux femmes. Quelle respectueuse tendresse il a pour Mme d'Uzès qu'il appelle sa mère, la priant d'aimer celui qui est et sera toujours son bien affectionné fils ! (fin d'octobre 4578). Mais s'il écrit à Mlle de Bourbon, que la mort du prince de

Condé venait de pendre orpheline, à l'Age de quinze ans, on voit qu'il parle à une enfant : a Vous ne pouvez être en lieu plus sur, pendant ce misérable temps, vous ne pouvez être plus honorée ni en meilleure compagnie qu'au lieu où vous êtes avec votre cousine, Mlle de Bouillon. Pour cet effet, j'écris à votre oncle, M. le cardinal de Vendôme, qu'il ne vous laisse charrier de rien qui soit nécessaire pour votre entreteaement.S'il y fait faute, nous aurons querelle ensemble. Croyez donc, ma nièce, mon conseil plus que nul autre, étant celui qui vous veut à présent servir de père » (Vers la fin de mars II? 4588). Écrivant aux femmes de son âge, il joint la gaieté & l'amabilité ! * Ma cousine, si vous êtes honnête femme, vous viendrez à Tours voir votre cousin, pour y passer une partie de T hiver ; et là nous rirons à bon escient, et passerons bien le temps. Faites cela, je vous prie » (Duchesse de Nevers, 46 décembre V e 4589), 11 aiguise ses compliments d'une pointe de galanterie t « J'ai enfin dépêché ce porteur et proteste à mon cour sin votre mari que je ne vous retiens plus, afin qu'il ne s'en prenne pas à moi. Toutefois je ne perds pas encore l'espérance d'avoir ce plaisir (le vous voir avant que vous partiez... Vous me voudrez mal du sQuhait que je fais, que vous fussiez déjà où est mon cousin votre mari, et qu'il fût où vous êtes... Je ne dis pas encore ici le grand adieu ; car si je ne lç puis porter moi-même, je le vous enverrai par le pieur du Pies* sis. Cependant je me recommande à votre bonne grâce »(DuchessedeMontmorency, 9 décembre 4589). 11 y a un peu d'exagération et de mièvrerie dans ses

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