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III. Première réunion des prélats et docteurs à Saiut-Deni

IV. Pourquoi l'on oblige le roi à faire une démarche à Rome et principale raison qui a empêché l'accord de se faire entre la Ligue et le parti royal.

V. Autres assemblées des prélats et docteurs, absolution du roi dans la basilique de Saint-Denis.

VI. Sincérité de Henri IV dans son retour à l'Eglise catholique.

Le 18 mai 1593, le roi écrivait de Mantes à plusieurs prélats et docteurs catholiques (1). Après avoir marqué qu'il est résolu de « recevoir au plus tôt instruction sur les différends dont procède le schisme qui est en l'Eglise, » comme il a « toujours fait connaître et déclaré » qu'il ne refuserait

(l)Cayet. Ckronol. noven., liv. V, p. Zi66, Zi67.

pas cette instruction; et qu'il n'aurait « tant tardé d'y va- | quer sans les empêchements notoires » qui lui (i ont été continuellement donnés ; <> il continue en ces termes : « Et com- « bien que l'état présv,nt des affaires m'en pourrait encore «justement dispenser, je n'ai toutefois voulu différer davan- « lage d'y entendre, ayant à cette fin avisé d'appeler un nom- « bre de prélats et docteurs catholiques, sur les bons ensei- « gnements desquels je puisse, avec le repos et satisfaction a de ma conscience, être éclairci des difficultés qui nous tien- (( nent séparés en l'exercice de la religion. Et d'autant que je « désire que ce soient personnes qui, avec la doctrine, soient H accompagnées de piété etprud'hommie, n'ayant principale- « ment autre zèle que Fhonneur de Dieu, comme de ma part «j'y apporterai toute sincérité, et qu'entre les prélats et perce sonnes ecclésiastiques de mon royaume, vous êtes l'un « desquels j'ai cette bonne opinion : à cette cause, je vous prie « de vous rendre près de moi en cette ville, le quinzième jour « de juillet, où je mande aussi à aucuns autres de votre pro- « fession, se trouver en même temps, pour tous ensemble « tendre à l'effet les efforts de votre devoir et vocation. »

Quelques jours plus tard, le 25 du même mois, le roi adressait aussi, et de la môme ville, une lettre aux ministres protestants et aux principaux personnages du parti (1). 11 expose que (' la longueur des guerres a tellement affaibli et ébranlé »

(1) Documents inédits sur t'/ii^toin- dv France, Lettres missives de Henri IV, tom. 111, p. 779. -

le « royaume qu'il se peut dire prochain à sa ruine et proche de sa fin, si Dieu, par sa faveur, ne l'appuie et redresse; » il rappelle que « même à ces derniers jours » la « rage » et « insolence » des « ennemis » de l'Etat et des « nouveaux « {"rançais -Espagnols » les avaient portés jusques à procéder « à l'élection d'un roi contre les vraies lois fondamentales de l'Etat; » et ensuite il foit ainsi connaître le véritable objet de la missive : « On a arrêté pour encores le cours de ce «pernicieux dessein, et résolu de faire une assemblée de « princes, prélats, officiers de la couronne, seigneurs et autres « de DOS sujets, tant d'une que de l'autre religion, au ving- (( tième juillet prochain, en cette ville de Mantes, pour nous a assister de leurs avis et conseils sur les affaires qui seront « lors proposées pour le salut de l'Etat, bien et soulagement « de nos sujets. » Le roi termine par cette assurance : « Nous (I continuerons toujours en la même affection et bienveillance « en votre endroit que vous avez éprouvée et reconnue en « nous en tant de diverses et périlleuses saisons, n'ayant rien u de plus cher que l'avancement de la gloire de Dieu et votre « conservation et sûreté... »

Ces lettres n'ont pas besoin de commentaires : elles disent assez par elles-mêmes que le roi voulait, avant de se décider absolument, converser avec les hommes les plus marquants et entendre les décisions des autorités les plus grandes tant dans le protestantisme que dans le catholicisme.

Sur ces entrefaites, une seconde discussion solennelle

50 AIJSdLl TH)» DE SAINT-DENIS

allait fixer presque irrévocablement les résolutions de Henri IV (J).

Cette seconde conférence eut également lieu à Mantes :

(1) C'est, d'abord, cii combinant les Economies royales et le Di'irours sommaire qu'on arrive à pouvoir établir deux conférences diverses entre du l'erron et des ministres protestants. Les Economies royales, en effet, disent positivement qu'il y a eu deux conférences, à des époques différentes : dans la première, comme nous venons de le voir par le texte à l'instant rapporté, du Perron n'est pas nommé, tandis qu'il l'e^t dans la seconde, mais avec le titre d'évêque (chap. xli, p. 118). Or, suivant le Discours sommaire, il n'obtint l'évêché d'Evreux qu'après la convocation des prélats, puisqu'il fut nommé précisément pour prendre rang parmi eux (p. 13). Conséquemment, à moins de multiplier sans raisons l)ien plausibles ces sortes de conférences avant la convocation pour rAsseml)lée de Mantes, nous sommes en droit de conclure : d'un côté, que la première indiquée seulement par les Economies royales est celle que le Discours sommaire et la Chronologie novennairtj rapportent dans ses détails; et, de l'autre, qu'elle est diflérente de celle où du Perron parut après avoir été nommé évéque d'Evrenx.

Plusieurs autres raisons sont encore à alléguer en faveur de l'assertion. Les sujets sont différents : ici l'on traite la question de la suffisance de rKoritnre, et là celle de l'Eplise et du salut. Les athlètes le sont aussi : d'une part, nous vo^'ons l'.otan et Bérault et, de l'autre, Hérault fait jilacc à Morlas. Kiilin, tantôt il est prescrit aux secrétaires de communiquer au roi le corapte-rendu des discussions, ce qui suppose son absence, tantôt nous constatons qu'il y assiste luimôme.

C'est en ne se livrant pas à ce travail d'analyse et de comparaison que les écrivains qui ont juirlé de ces luttes ihéologiques n'ont pas distinçué doux époques diff'Tentes et, partant, deux différentes conférences; ou bien ils n'ont jugé à propos que de mentionner la dernière, comme la plus sdlonnolle, puisf|u'ell(' ont lieu en présence du roi, ot la plus importante, puisqu'elle fut décisive.

ABSOLUTION DK SAINT-DKNIS ol

les historiens n'ont jamais assigné d'autres endroits à ces luttes théologiques.

On ne saurait fixer le raomeni précis. Néanmoins, il nous paraît certain qu'elle ne s'est pas tenue après la prise de Dreux. Le 12 juillet, le roi était à Saint-Denis, venant de son camp qui se trouvait encore établi devant la première ville. Après un long entretien avec Jean de Chavaignac, curé de Saint-Sulpice, qui avait été mandé, il partait immédiatement pour Mantes, à cause de la maladie du duc de Montpensier, et y arrivait le même jour, pour en partir quand le mieux se fut déclaré dans Tétat du malade. C'est l'historien de Thou qui nous fournit ces détails (1). Or, est-il croyable qu'il eût passé sous silence une chose aussi importante qu'une conférence entre docteurs catholiques et ministres protestants, surtout quand, à la suite de cette conférence, le roi se serait rendu à Saint-Denis pour compléter l'œuvre de l'instruction et abjurer? Nous nous prononçons dans le même sens en ce qui regarde la durée du siège ; car le roi ne cessa d'être au milieu de l'armée assiégeante. Reste donc ce laps de temps qui s'écoula du 18 mai, jour de la convocation des prélats, au 9 juin, époque du départ du roi pour la ville de Dreux (2).

(1) Histor., tom. V, lib. CVll, cap. vi. — Lettn.-i mùsives, tom. III, p. 816 et suiv. Sur trois lettres du 12 juillet, une est datée de Saint- Denis et les deux autres de Mantes.

(2) Quand le cours des études n'oblige pas d'entrer dans les détails, on peut assez facilement se persuader que cette conférence a dû avoir lieu le 15 juillet, jour indiqué pour l'assemblée des prélats et des

o2 ABSdi.iTioN m: saint-hems

Dans ce laps de temps, d'ailleurs, en attendant la réunion des deux grandes assemblées, n'élaii-il pas naturel que Henri IV cherchât à s'éclairer? Après ce qui s'était déjà passé, le duel théologique ne se présentait-il pas de luimême? Ne peut-on pasjdire encore que le roi était poussé à avoir recours à ce moyen par les plaintes que la pensée de sa conversion inspirait aux ministres de la cour, plaintes telles f[u'il avait cru devoir appeler plusieurs fois ces derniers devant lui?

docteurs catholiques. C'est une erreur qui a été commise par M. Poirson dans son importante Hi^tcite du règne de Henri IV. (Voir tom. I, p. 671, 'i'Odit.)

Nous n'avons pas tenu compte du Rtylitre-Jourtiai de Henri I\\ p. 191. ni des Mémoires de M"' du Plessis-Mornay, tom. I, p. 275, ni de VHiatoire de d'Aubigné, tom. III, liv. IV, cliap. x, lesquels placent ou semblent placer cette conférence ou même la première vers la fin de l'année; et le Registre- Journal en fixe l'ouverture au 7 décembre. La vraisemblance même est d'abord contre eux, car pourquoi une conférence semblable presqu'à la suite de l'abjuration royale? bos affirmations contraires des autres historiens les condamnent onsniie : ils disent positivement que les controverses ont eu lieu avant l'abjuration. Cayet, toutefois, a besoin de quelques mots d'éclaircissements. Après avoir parlé des réunions des protestants à Mantes, en novembre et décembre, il raconte, sans rien préciser davantage, les susdites controverses. A première vue, on pourrait croire qu'il suit l'ordre chronologique; mais, quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit aussitôt que toute la narration est un épisode qu'il place ici i l'occasion de Hotan qu'il vient de nommer et qu'il veut faire connaître Il nous reporte tout de suite au temps où ce ministre n'était |)as encore à la cour : « Lequel s'estoit vanté, dit l'historien, estant « encore à la îlochclle, qu'il vainrroit tous docteurs catholiques en « dispute, et se le persuadoit; me^me pour faire paroistre que telle « estoit son opinion, il avoit fait charger un nombre de livres depuis « La llocheile jusqu'à Mantes. » (Chronol. itovm., liv. V, p. 625.) De là

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Dès lors, parmi les catholiques l'athlète se désignait de lui-même : du Perron avait trop bien combattu pour n'être pas rappelé dans l'arène. Parmi les protestants, la science de Rotan ne permettait pas de l'oublier. Peut-être même éprouvait-il le désir de prendre une revanche (1) ? Un autre ministre, Morlas, qui jouissait aussi de la réputation de savant, lui fut adjoint.

le placement du récit. Mais restàt-il encore quelques doutes après cet examen, ils disparaîtraient bientôt, pour peu qu'on se donnât la peine de remonter à la page ù69 du même livre. Nous y lisons, en effet, à la suite de la déclaration du IG mai et des avertissements qui furent adressés au roi pour l'engager à ne pas changer de religion : « Aussi ce qui arriva de toutes ces choses ne fut que quelques coufé- « rences entre M. du Perron, depuis Evesque d'Evreux et à présent « cardinal et archevêque de Sens, et quelques Ministres, ainsi que nous « dirons cj-après; tellement que Sa Majesté appaisa, par les moyens <i de la déclaration de son instruction pour sa conversion, toutes les « divisions qui se pré paroient dans le party royal. » Or, cette narration annoncée pour l'avenir est celle-là même que nous avons mentionnée. Par conséquent, Cayet ne se trouve pas en désaccord avec les autres historiens. En définitive, tout ce qu'on pourrait conclure du récit des trois écrivains sus-nommés, c'est qu'il y aurait eu une troisième conférence à Mantes. Mais, encore une fois, nous n'en voyons pas la raison.

(1) Au besoin, tout en commettant une erreur relativement à l'époque, les Mémoires de M"" du Plessis-Viornay viendraient à l'appui pour cette circonstance. Après avoir parlé de la conférence entre du Perron, Rotan, Bérault etBeaulieu, elle ajoute : « Et feust cette con- « ference finie par le départ du roy, toutefois avec promesses récin proques d'y retourner amyablement, toutefois et quantes qu'ils en « seroient requis. » (Tom. I, p. 275.)

Nous trouvons {Mémoires et rorrespondnncei de du Plessis-Mornay, Paris 1826-1825, tom. V, p. 439) une lettre de llotan à M""" du Plessis, datée de La Rochelle le 30 mai. .'^'il est possible que Rotan fut à Mantes avant ce jour, il pouvait matériellement aussi s'y rendre après, et avant l'époque que nous avons fixée.

La conférence se tint donc devant le roi entre du Perron, d'un côté, et les ministres protestants Rotan et Morlas, de l'autre. Malheureusement nous sommes privés de détails. Nous savons qu'elle se termina à l'honneur du catholicisme, car les ministres furent contraints de convenir que l'Eglise romaine, étant l'Eglise la plus ancienne et partant l'Eglise de Jésus-Christ, « en quelque manière et respect, » on pouvait y opérer son salut (1). Outre cette conclusion générale qu'on n'aurait pas dû se séparer de cette Eglise (2), mais deniaïKler la réforme de certains abus, il y en avait une autre tout à fait pratique pour Henri IV et facile à déduire, à savoir que le catholicisme niant la possibilité du salut dans le protestantisme, le protestantisme la concédant dans le catholicisme, il fallait prendre le parti le plus sûr et rentrer dans le giron de l'Eglise catholique, conclusion qui n'échappa pas, en effet, à l'esprit judicieux du roi, car ces paroles, que Dupleix loi attribue : qu il valait mieux se ranger à cette Eglise, dcotë laquelle tou% demeuraient dojccord qu il pouvait faire son salut, que dans celle ou la tnoindre partie f assurait (3) , se rapportent à la conférence de Mantes ou seraient la répétition, de quelques jours [jostôrieure, du jugement déjà porté {h).

(I) d'Aubignô, Il/stoin , tOlii. lll, lil>. Hl, cli. x.xii, p. 290. ('2) Ibi.f.

(.J) //iftoiir de JJenn/-le-(îriiiiil, Paris IGoô, p. Hd.

(II) Voilà l)ien en oflTet, ce qui résulte de l'ensemble de la narration (voir Jbi(l.,p. 118-119). .

Il est vrai, d'Aubigné, qui nous lait connaître l'objet de la controverse accuse positivement les ministres de prévarication (1). Sully, de son côté, laisse à entendre qu'il y a eu de leur part certaine complaisance. Parlant de la conférence et de du Perron qui « tenait le haut bout en icelle par sa suffisance, « s'y faisait tout blanc de son espèce, de distinctions et con- « cordance des Pères, » il rapporte comme prononcée par lui cette |»role adressée à l'athlète catholique : a Je n'ai que faire « d'être présent à vos disputes pour savoir de quel côté « seront les plus fortes et les plus valables raisons ; car l'état « de vos affaires, votre nombre et vos richesses requièrent « que vos distinctions prévaillent (2). » Tout cela est bientôt dit. Mais où sont les preuves? La France prolestante (3) ellemême ne peut s'empêcher de confesser la faiblesse de ces assertions et même de les réfuter. « L'accusation, dit-elle, « bien que répétée par Benoît et par Baijle. ne nous paraît « pas fondée. Comment la concilier avec les témoignages de « respect et de confiance que les Eglises continuèrent à « donner à Rotan; avec les remerciements publics que le K synode national de Montauban, où il remplit les fonctions

M) Ehio'ue, tom. III, liv. IIl, p. 291 : « Tous ceux-ci faisoient dis- « puter Rotan et Morlas sur diverses thèses contre du Perron et « devant le roi ; et prévariquants donnoient lieu à cet esprit mons- « trueux en savoir. »

(2) Mémoires, tom. I, ch. XLi, p. 118.

(3) Article Kotan. C'est dans cet article qu'elle s'était réservé d'eKaminer la question : voir l'article Morlas.

u de vice- président, adressa aux deux champions du protes- « tantisme au sujet de tout ce guils avaient fait pour main- « tenir la vérité dans la conférence de Mantes ; avec l'entière « approbation que ce même synode donna à la conduite « (ju'ils y avaient tenue ; et surtout avec le choix qu'il fit de « Rotan pour un des tenants de la cause protestante contre « les docteurs de l'Eglise romaine, s'ils acceptaient le déli (i qu'on leur avait porté de reprendre la conférence? C.om- « ment pourrait-on admettre que Rotan se fût rendu cou- « pable à Mantes d'une lâche collusion, lorsqu'on le voit, « moins de trois ans après, réfuter avec autant de force que « d'habileté les prétextes mis en avant par Cayet pour justi- « fier son apostasie? Il faudrait qu'il se fût opéré un remarqua* « ble changement dans ses sentiments, changement que Cayel « n'aurait pas manqué de révéler, tandis qu'il ne parle en au- « cune façon de cette prétendue prévarication de Rotan. Enfin, (( ù qui fera-t-on croire que le synode national de Saumur, .< parmi tant de ministres instruits et capables qui siégeaient ( dans son sein, fût allé choisir précisément Rotan, s'il avait « été suspect, pour entrer en conférence avec Antoine de Les- « caille et avec Siméon Lliermite et les convaincre de leurs « erreurs dogmatiques? )» Enfin, dirons-nous, à notre tour, le roi n'eût jamais permis une telle comédie. C'est le célèbre du Plessis-Mornay qui va l'allirmer, en accusant certaines personnes d'en avoir eu l'idée relativement h l'assemblée généralidu mois de juillet : « Quant à une seconde intention de quel-

ABSOLUTION lii:: SAINT-DEJSIS o/

u ques-uns, dit-il, de iaire entrevenir quelques ministres en « cette dépulation, pour les faire conlérer avec quelques doc- (( teurs par forme seulement, afin que, la prétendue et résolue « conversion de Sa Majesté s'en ensuivant, on put faire croire « aux ignorants qu'ils eussent été convaincus et confutés en 0 sa présence ; la conscience de Sa Majesté ne peut supporter <( cette palliation (1). »

-Ajoutons cette seule réflexion. La controverse roulant sur l'Eglise et la possibilité du salut, était-il possible de raisonner et de conclure autrement? N'est-ce pas la doctrine formellement avouée ou logiquement déduite du système protestant (2) ?, Et, moins d'un siècle après, le célèbre Jurieu, avec les articles fondamentaux, n'aurait-il pas été fatalement amené au même point?

Quant aux récriminations de d'Aubigué et aux insinuations de Sully, on serait donc en droit de dire, si l'on voulait formuler quelque jugement : dans le premier, c'est la mauvaise humeur ou le dépit d'un calviniste zélé ; dans le second, c'est plutôt le raisonnement d'un homme d'Etat qui juge surtout

(1) Mémoires et correyjondanc de du Plessis-Momay, tom. VII, p. 278, 279.

(2) Sully nous apprend qu'il s'était entretenu sur ce sujet avec plusieurs ministres et qu'ils « se trouvoient bien empeschez à blùmer ceste opinion », à savoir que si le roi se décidait à se convertir, on ne pourrait douter de sou salut, < quelque profession extérieure » qu'il fît de la « Religion catholique. » Il n'y aurait eu que » quelques ministres et autres impertinents esprits des Huguenots» qui voulussent établir l'impossibilité du salut dans le catholicisme. {Mémoires, tom. I, ch. .xx.win, p, 110.)

."iK ABSOLUTION DE SAIST-DKNIS

la religion au point de vue politique, ou bien encore, si l'on tient compte des paroles qui suivent, à savoir que lui-même ne trouve pas là de motifs assez puissants pour « changer de religion, » l'hommage d'une âme assez indill'érente à une croyance où elle a éié élevée et de laquelle elle ne voit pas de raisons bien pressantes de se séparer. Qu'on ne pense pas que cette dernière parole soit une aflirmation gratuite. Sully lui-même, à un certain endroit (1), a eu soin de formuler clairement sa profession de foi religieuse : Je « tiens pour infaillible, » dit-il au roi, « qu'en quelque sorte de religion dont les hommes « lassent profession extérieure, s'ils meurent en l'observation « du Décalogue, créance au Symbole, aiment Dieu de tout « leur cœur, aient charité envers leurs prochains, espèrent « en la miséricorde de Dieu et d'obtenir salut par le nom, le « mérite et la justice de Jésus-Christ, ils ne peuvent faillir « d'être sauvés, pour ce que dès lors ne sont-ils plus d'au- « cune religion erronée. »

Qu'allait alors devenir l'assemblée des prélats et docteurs catholiques convoqués h Mautes pour le 15 juillet, et celle des ministres et des principaux personnages protestants également convoqués dans la même ville pour le 20 du même mois ? Après la conférence suivie de la résolution du roi, la première

(1) Ibid.

ABSOLUTION KK SAINT-DKNIS 3î)

devait avoir moins pour but d'instruire ce dernier que d'être témoin de sa profession de foi et finalement de son abjuration : si besoin était, pourtant, elle s'appliquerait à confirmer la croyance et à éclairer les derniers doutes de celui qu'on peut appeler déjà royal néophyte. La seconde assemblée restait à peu près sans objet; et, en réalité, elle n'eut pas lieu. Cependant, si tout a été abandonné, ce fut le fait des protestants. Telle est bien, à moins d'erreur de notre part, la vérité qui ressort de la narration plus ou moins embrouillée que nous lisons dans X Histoire de du Plessis-Mornay (1), ainsi que des renseignements que nous recueillons dans les Mémoires du même personnage.

Le roi, dans sa lettre de convocation, disait aux protestants qu'il leur enverrait « le secrétaire Vicose (2) instruit de ses plus intimes volontés » et les priait de « le croire » comme lui-même. Cette mission avait évidemment pour but de les déterminer à se rendre à Mantes. Vicose eut ordre de passer par Saumur et de communiquer personnellement la lettre royale à du Plessis.

Ce dernier ne donna point son approbation, tout en disant de Henri IV que c'était « un reste de conscience qu'il n'ait pas •( voulu qu'en sa personne on ait triomphé, par une collusion

(1) Histobe de du T'iessis-Mornay, Leyde 1647, p. 197, 198. Voir aussi Mémoires de M"" du Plessis-Mornay, tom. I, p. 265, 266.

(2) Secrétaire d'Etat de Navarre {Mémoirçs de M"' du Plessis-Mornay, tom. I, p. 258).

«i(l ABSOLUTION DE ^AINT-DENIS

« de la vérité même ( I ). » H ajouta que son avis était celui-ci : il fallait que le roi écrivît aux Eglises des provinces, pour \ leur commander de choisir elles-mêmes au moins leurs députés laïques. Le résultat de l'entretien fut la modification ou plutôt une interprétation presque authentique, dans ce sens, de la lettre de convocation ['1) non-seulement pour les provinces de Poitou, Anjou, Guyenne et Gascogne que Vicose devait visiter, mais pour celles où Beauchamp, écuyer de Madame, sœur du roi (3), avait été envoyé remplir la même mission, le Languedoc, le Dauphiné et la Provence. En effet, un mémoire, dressé par du Plessis, est remis entre les mains de ces deux représentants de l'autorité royale : les ministres y sont engagés à se rendre à la convocation, et les seigneurs aussi, mais ceux-ci avec la recommandation formelle d'élire leurs députés dans des réunions formées à cet ell'et ; il assure (jue, pour son compte, il ne manquera pas à l'appel. Le Mémoire porte la date du 9 juin (â). Le môme jour, du Plessis écrivait, en particulier, à plusieurs ministres, aux seigneurs

(1) //J57C//V' de du Plessis-Mornay, p, 197.

(2) llii'L : « Fit donq iceluy (Vicnse) conforméraent à cest advis de » M. (lu l'iossis ri'formor ses d'^pesrlies, cl de mcsmo fit-il de celles « du sieur de I3eaucliainp. » Mais, outre que c\ùt (''té un crime de changer la lettre royale, rien ne montre en elle-même le changement indiqu(^. Nous |)ensons qu'il faut s'en tonir au Mimoire explicatif, lequel fut «firco par le roi. (Mémoires de M"" du l'Iessis-Mornay, ibid., p. '2G5.)

(3) Mémoires da M"" du l'Iessis-Mornay, ibid., p. 'J6û. (Û) Mémoires de du Mlessis-Moniay, toni. V, p. 653.

ABSdLlTION liK SAINT-DI;M> 61

et gentilshommes de la religion réformée pour leur formuler les mêmes conseils (l).

Ou advint-il ensuite?

h' Histoire de du Plessis nous affirme, sans plus d'explication, qu'il arriva ce que du Plessis lui-même avait prévu, à savoir que le roi, sans attendre les protestants, fit son abjuration (2). Si maintenant nous interrogeons les Mémoires du même personnage, nous découvrons une lettre à de Buzenval, du 18 juin, dans laquelle nous lisons cette phrase, vraiment inintelligible, après ce que nous venons de voir : « Sa Majesté « s'est résolue à se faire instruire par les évèques ; les mi- « nistres n'y sont point appelés. » Mais la lumière se fait si l'on continue la lecture, surtout si l'on consulte les pièces demeurées inédites jusqu'à la publication des Mémoires et Correspondance de du Plessis par MM. de la Fontenelle-de-Vaudoré et Auguis. Celui qu'on nommait le Pape des Huguenots^ avait nourri d'autres idées, fait d'autres tentatives : sa pensée avait été que les différents Etats protestants, comme «l'Angleterre, « les princes protestants, les Provinces-Unies, les ligues des K Suisses, etc. , » fussent représentés à la grande assemblée dont il était question, et que les ambassadeurs s'y fissent accompagner de bons théologiens; il avait déjà écrit au duc de Bouillon pour qu'il négociât cette affaire et il priait de

(1) Ibid., p. ûi8, Zi53.

(2) Histoire, p. 198.

irl ABSOLrTKW DE SAINT-DENIS

Buzenval de se joindre à ce dernier (1). Par une lettre du lendemain 19, adressée à de la Fontaine, il manifestait la double espérance qu'il plaçait dans cette combinaison, à savoir <|u'Henri IV, se voyant aussi bien soutenu, pourrait s'arrêter dans ses projets de conversion, ou qu'au moins les catholiques seraient forcés de compter a\ec un parti qui s'aflirmait si puissant (2) ; il exprimait aussi la pensée que l'assemblée ne pourrait pas se réunir avant le mois d'août (3). Dans une autre lettre, du 5 juillet, à Dumaurier, faisant une distinction entre la conférence théologique et l'assemblée qu'il envisageait comme composée des principaux représentants des deux religions, il ne dissimulait pas sa répugnance pour l'une et son approbation de l'autre; il ajoutait que les protestants du royaume et lui régleraient leur conduite sur ce que ferait ou déciderait le duc de Bouillon (4).

Pendant ce temps, on travaillait.! la cour pour foire décider que le roi recevrait l'instruction dans un « concile libre (5). » On voit, par ce qui précède, que c'était entrer dans la pensée de du Plessis, en l'accentuant davantage.

Du côté des catholiques, on n'eut pas de peine à faire comprendre au loi : 1° que les conciles ne se réunissaient pas pour l'instruction de personnes particulières, mais seulement

(1) Mémoires, ibid., p. û58.

(2) Ihid., p. /46I.

(3) Ihii.

[Il) llnd., p. /|85.

(5) Dupleix, Histoire de Henry le Grand, l'aris 1635, p. 118

pour des questions de foi, de discipline générale, s'ils sont écuméniques, ou de discipline particulière en rapport avec la discipline générale, s'ils sont nationaux ; T que de semblables assemblées étaient même impossibles dans les circonstances, car, pour un concile écuménique, il fallait la convocation du Pape, laquelle ne serait pas obtenue, et comment faire un concile national, quand le parti de la Ligue comptait tant d'évêques français? 3° que les protestants entendaient par « concile libre » un concile où ils auraient droit de suffrage, ce qui était absolument opposé aux usages conciliaires, car les hérétiques n'ont jamais été appelés dans ces grandes assemblées catholiques que pour répondre aux accusations portées contre eux; !x° enfin, que « s'il fallait remettre à un « nouveau concile les articles de foi et les questions déjà « décises et déterminées, cela s'en irait à l'infini, et serait f< nécessaire qu'il y eût autant de conciles que de personnes « obstinées en leur hérésie (1). »

De ces diverses considérations, nous croyons devoir conclure qu'on aura laissé les protestants avec leurs propositions non-seulement étranges, mais à peines réalisables, assurément de nature à tout embrouiller, tout retarder, sinon tout perdre ; et que, prenant la résolution de les accueillir, s'ils se présentaient, d'accorder la lutte sur le terrain théologique, s'ils la voulaient, ou n'aura pas consenti à autre chose : il

(1) Ibi'L, p. 118, 119. . .

Ci .\KS(»LLTIOX DE SAINT-DENIS

fallait s'en tenir à ce qui était possible, licite, et de même que les catholiques n'allaient pas chercher des secours étrangers, les protestants devaient se contenter de leurs compatiiotes. Aussi, comme ces derniers restaient dans leurs provinces, leur fit-on savoir, après l'abjuration du roi, que l'assemblée, n'ayant plus de raison d'être, ils eussent à ne pas se déranger (1).

Cependant l'assemblée des prélats et docteurs catholiques se trouva prorogée de quelques jours et se vit assigner Saint- Denis au lieu de Mantes. Les dispositions des protestants et le siège de Dreux furent probablement les principales causes de ce double changement. Dès le 8 juillet, dans sa lettre à l'archevêque de Bourges, le roi parlait de cette assemblée à Saint-Denis pour la fin du même mois; et, le 10 suivant, il écrivait à Al. de Rambouillet : « Vous savez que le vingtième « de ce mois approche, qui est le jour auquel j'ai assigné la n convocation que je fais faire à Saint-Denis pour y recevoir «l'instruction... (2). » Finalement elle fut lenvoyée au 23 juillet.

(1) Hi^toin de dn l'Iessis-Mornay. p. 200. — Au l)esoin, on trouverait un fonfirmniui déguis('î de cette apprf''Ciation dans VHis'oire de lEdit d>; Nauteu tom. I, p. 98.

(2) Documents inéditi Hir l'histoire di> France, Lettre-^ mi^<ire<' de benrt IV. tom 111, p. 815, 819.

ABSOLITION DK SAINT-DENIS 65

Les prélats et les docteurs s'étaient donc rendus dans la ville de Saint-Denis. Les quatre curés de Paris qui avaient embrassé la cause royale, René Benoît, de Saint-Eustache, Jean de Chavaignac, de Saint-Sulpice, Claude de Morenne, de Saint-Merry, Chauveau (1), de Saint-Gervais, avaient, avec Louis Séguier, doyen de Notre-Dame, et Olivier Déranger, abbé de Saint-Augustin, quitté la capitale, le 21 juillet, malgré les défenses du légat, pour venir se joindre à eux (2) . Le 22, il y eut une première réunion à l'abbaye chez le cardinal de Bourbon. On décida qu'on ne pouvait rieiT faire avant d'avoir vu le roi pour connaître de nouveau et tout spécialement ses propres intentions ; et il fut arrêté qu'on se rendrait chez lui aussitôt qu'il serait arrivé (3).

Cependant la question théologique dut se résoudre immédiatement : si le roi, persistant dans ses premières résolutions, demandait' sa réconciliation avec l'Eglise, qui lui donnerait l'absolution {h) ?

(1) Antoine Chauveau conservait le titre de curé de Saint-Gervais, l)ien que le fameux ligueur Lincestre eut été placé ù la tète de cette paroisse.

(2) Journal de Henri IV, La Haye 17/il, p. 383 avec note; Cayet, Clnonol. noven., liv. VI, p. blxl.

(3) Cayet, ibid.

{k) Registre- Journal de Henri IV, dans la collection Michaud et Poujoulat ; et de Thou, Histor., lib. CVII, p. 2/iO et seq. — Ce serait, suivant ces historiens, le cardinal qui aurait posé lui-même la question, dans le but de mettre obstacle à la conversion du roi et de servir ses aspirations toujours vivantes au trône.

Voici d'après le Procès-verbal de la cérémonie; de l'abjuration de

Cette question avait déjà été agitée dans la conférence de la Roquette ; mais on n'avait pu s'entendre, l'archevêque de Bourges déclarant, d'après une décision des prélats et théologiens royalistes, que le roi pouvait recevoir l'absolution en ¥ia.nce ad futuram cautelam, par précaution, pourvu qu'il en demandât ensuite confirmation au Pape; celui de Lyon, au contraire, affirmant qu'il fallait l'autorisation

UenrilV, le nom des prélats et ecclésiastiques qui assistèrent à cette séance et prirent part à la délibération chez le cardinal et sous sa présidence: Renaud de Beaune, archevêque de Bourges; Philippe Dubcc, évêquc de Nantes; Louis du Moulinet ou Molinet, évèque de Séez; Henri Descoubleau, évêque de Maillezais; Nicolas de Thou, é\-^quc d(- Chartres; Claude d'Augennes, évèque du Mans; llené de Daillon, abbé des Châtelliers et nommé il l'évêché de Bayeux; Jacques Davy du Perron, nommé à celui d'Evreux; Louis Séguier, doyen de réglise cathédrale de Paris; Jean de la Voluire, abbé de la Couronne; Vincent Oot, archidiacre et chanoine d'Avranches, nommé à l'abbaye de Saint-Etienne do Caen ; Je^n de Chavaignao, curé de Saint- Sulpice de Paris, docteur en théologie; Nicolas Esselin et Jean Gobelin, religieux de Tabbaye de Saint-Denis, docteurs en théologie; .Olivier Bérenger, de Tordre de Saint-Dominique, docteur en théolologie; y\ntoine Chauveau. curé de Saint-Gervais de Paris; Claude de INlorenuc, curé de Saint-Merry du même lieu, et Claude Ciouin. docteur en droit canon, doyen et chanoine de l'église de Beauvais.

C'est sans doute par erreur que le nom du curé de Saint-Eus- Uiche, Bené Benoît, ne figure pas ici, puisque nous venons de le voir quitter Paris en même temps que ses confrères, et qu'il se trouve relégué plus loin parmi les noms de ceux qui n'ont été présents qu'à Tabjuration. à moins toutelViis qu'une missittn ou une circonstance spéciale l'ait retenu un instant loin de l'assemblée.

Ces mêmes personnes assistèrent ù la cérémonie de l'abjuration ; mais il faut ajouter encore à leur noml)re : Henri de Magnan. évoque de Digne; Charles Meron, évêque d'Angers; Jean Touchard. abbé de Belluiane; lesquels, après communication, approuvèrent ce qui avait été fait {Pioa's vnhal.^ Le sous-prieur et les religieux de la susdite abbaye de Saint-Denis y furent aussi présents. {Ibil.)

AB?;OLUTiON rtV. SAINT-DENIS 07

préalable de R<)n)e (1). La veille de la i-éunioii chez le cardinal ou le 21, les ecclésiastiques de Paris que nous venons de nommer, ayant été demander au duc de Mayenne la permission d'assister à l'abjuration du roi, celui-ci les avait renvoyés au légat, qui ne voulut pas y consentir, et qui, en cas de désobéissance, les menaça des censures ecclésiastiques; nous avons vu à l'instant qu'ils avaient passé outre (2). Le lendemain même de la réunion (3), comme c'était bien à

(1) Davila, Histûr., lib. XIII, p. 35/i; — Cayet, IlwL, liv. V, p. 672 et suiv. ; — de Thou, Histor., lib. CVI, p. 264 et seq.

(2) Registre- Journal de Henri IV. — Nous lisons à ce même endroit du Journal, au 21 juillet, p. 166. que Benoît aurait déclaré au légat, parlant au nom des autres, qu'il ne pouvait les excommunier « pour « se trouver à une cérémonie si désirée de tous les gens de bien, « voire ordonnée et commandée par les décrets et saints canons à « ceux de leur profession de se trouver en semblables événements 0 pour sçavoir et discerner par les signes, iadices et autres remar- " ques, si la conversion serait feinte, simulée ou digne d'être approu- « vée d'eux... » Cayet rapporte ces mêmes paroles, liv. VI, p. 5Zi7. Voir Notes et documents B.

(3) De Thou, Histor., lib. CVII, cap. VIII; — Cayet, liv, V, p. 495; — Lettre du légat imprimée en latin et en français, en 1593, et datée du 23 juillet (elle se trouve à la Bibliothèque nationale). Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter au Rei;islre-Juwnal de Henri IVqni assigne en un endroit, pag. 16, le 24juillet, et, en un autre, pag, 159, le 22, ni à Davila qui, lib. XIII, p. 354, date la lettre du 13. Ainsi tombe également l'opinion de M. Poirson {Histoire de Henri IV, p. 474, note I), qui, acceptant la seconde indication du Registre-Journal, admet une interversion dans le récit de de Thou, et croit découvrir dans la décLsion de l'assemblée de Saint-Denis une réiutation de la lettre du légat, ce que rien ne justifie, car il y avait longtemps que le légat faisait sonner bien haut le bref de Sixte-Quint contre ileuri de Navarre; et ainsi se trouvent expliquées ces expressions: « ,. . guod eonira quam a Plareniino curdinali jactatur, ponlificvj decrelo ipsi mi/time obligentur. » (De Thou, Ihid., cap. V;.)

(iS ABSOLUTION lU: SAINT-ItF.Nls

prévoir après ces dernières défenses, Je légat publiait un manifeste adressé à tous les catholiques de France : il y était

(lit que ce qui se ferait à Saint-Denis serait absolument nul et (le nul efl'et; on engageait les membres de \ Union à ne pas se laisser surprendre et les royalistes à n'accumuler pas « erreur !^ur erreur ; >» enfin, on défendait aux ecclésiastiques de l' Union de se rendre à Saint-Denis sous peine de s'exposer à encourir l'excommunication avec privation de dignités et de bénéfices (1). L'opinion qui avait soutenu la nécessité de l'intervention de la puissance papale, non-seulement s'affirmait de nouveau, mais recevait la sanction de l'autorité du légat. L'opinion contraire allait-elle oser nettement se produire à son tour? En ce cas, ce ne pouvait être qu'au moyen d'une déclaration motivée.

Le cardinal s'était donc rangé du côté de la première opinion ; mais, dit de Thou, à l'exception de quelques partisans du tiers-parti, on se prononça pour la seconde (2).

Ainsi, l'assemblée décida que les évèques français pouvaient procéder à l'absolution du roi, à la condition qu'il solliciterait, sans retard volontaire et respectueusement, du Souverain-Pon tife la confirmation de l'acte. L'historien de Thou analyse les principaux motifs delà décision, lesquels seraient, d'après lui :

(t) Ihvl.

(2) Il est vrai que le Registre-Journal de Uonri IV, p. 167, dit f|iie la discussion fut vive do part ot d'autre; mais pour cela il suffit de quelques membres dans l'un des deux partis. De Thou dit positivemeut : paucis excefilis. Ibid.^ p. -291.

Qu'on n'était pas obligé de déférer aux brefs du Pape qui n'avaient pas été publiés selon les usages du royaume « où (I ces sortes de décrets ne sont d'aucun poids avant qu'ils aient '< été approuvés, et qu'on ait examiné s'ils ne contiennent rien « de contraire à l'autorité des rois, aux droits du royaume et « aux libertés de l'Eglise gallicane ; ■>

Qu'aucun avertissement canonique n'avait précédé la bulle de 1585, et, partant, que l'excommunication, si la bulle en renfermait une spéciale contre Henri de Navarre, serait injuste et frappée de nullité; que, du reste, l'acte pontifical dont les termes ne laissaient pas de doute, n'était que déclaratif des peines prononcées en général contre les hérétiques et encourues ici par Henri de Navarre ;

Que, dès lors, la bulle, eût-elle même été publiée selon les règles, l'excommunication qui atteignait le roi se trouvait de la compétence du pouvoir épiscopal, le quatrième concile de Latran et celui de Trente étant formels sur ce point;

Qu'il y avait encore et la raison des obstacles pour se rendre à Rome, comme les dangers du voyage, la crainte des ennemis, et l'exemption de la loi, quand il s'agit des grands, ainsi qu'Alexandre III l'avait décidé, et le motif de ne pas surseoir à l'absolution, vu les périls que courait journellement le roi dans la guerre.

A cesmotifss'en seraient ajoutés d'autres tirés des malheurs (jui menaçaient, soit sous le rapport politique, comme la continuation indéfinie des guerres civiles, soit sous le rapport re-

ligieux, comme le danger d'un schisme, car on aurait ajouté : « Quel que soit le résultat de l'assemblée de Paris, quels que M soient les décrets de Rome, les Français, et surtout la no- « blesse..., sans abandoimer la religion de leurs ancêtres, se H sépareront du Saint-Siège, à l'exemple des Anglais, plutôt « que de subir le joug des Espagnols. » On aurait allégué aussi •( qu'il n'étiiii pas sansexemple de ne point attendre le jugement « (lu Saint-Siège en pareille conjoncture, pour éviter un plus 0 grand malheur; » et on serait même allé fouiller dans l'histoire de l'Espagne pour découvrir un fait semblable dans l'abjuration du roi arien Récarède.

Il faut laisser ces paroles qui semblent respirer la menace, pour ne voir en ellesque lesentiment religieux dont elles sont l'expression fausse et probablement transcrite d'une manière infidèle par l'historien. Si le sentiment religieux est vrai, le sentiment patriotique ne l'est pas moins, et l'histoire ne demeure pas indifférente devant cette assemblée qui, par ses décisions et ses actes, a contribué si efficacement à la pacification de la France,

Mais le droit se trouvait-il avec elle? ou bien est-ce en le violant qu'elle a sauvé le pays?

Nous commençons par regretter et condamner le premier considérant. Nous croyions d'abord que l'historien avait interprété la doctrine des prélats et des docteurs dans le sens du système des pailements, dont il était un président à mortier. Mais la thèse de l'évêque du Mans, Claude d' Angennes, un des

sept évêques présents à la séance, thèse établie pour la justification de l'absolution donnée au roi, noua a fait revenir sur cette première pensée, car nous y lisons que, « par la liberté de l'E- « glise gallicane, les Français ne sont pas obligés à l'observan tion des constitutions du Pape... si premièrement elles ne (( sont reçues en l'assemblée des Etats ou bien par les parle- « ineuts et cours souveraines de ce royaume, ou du moins par « ceux qu'il plaît au roi de convoquer, comme il se trouve « avoir été fait après le concile de Constance et de Bâle. Ce « qui a lieu principalement lorsque les constitutions répu- « gnent aux droits ecclésiastiques para vant reçus et pratiqués « en ce royaume (1). n II y avait donc, de la part de l'assemblée, reconnaissance de ce que.l'évêque du Mans décore du nom de « liberté de l'Église gallicane, » tandis que c'est pour elle une véritable servitude, servitude contre laquelle n'ont cessé de protester Rome dont on restreint la légitime autorité, la raison qui y décou\Te une usurpation de puissance, la foi qui peut y courir des dangers.

Heureusement pour la mémoire de l'assemblée, les autres considérants se présentent sous un meilleur aspect ; et, sans

(1) B. N. Fonds Brienne, ms. 137, fol. 12 verso, thèse en français. Il paraît bien cependant que l'Influence parlementaire ne fut pas étrangère aux considérants de l'Assemblée; car l'historien de l'ithou, Grosley (tom. I, p. 273 et suiv.) nous apprend que ce magistrat avait précédemment fourni aux ministres du roi un mémoire qui a paru, cinquante ans après la mort del'auteur, parmi les opuscules de Loysel, et dans lequel sont présentées les mêmes raisons.

72 ABSOLUTION DK SAINT-Di: NIS

être fondés en droit, ils ne laissent pas de se montrer dans un certain jour que des âmes, si désireuses de mener l'entreprise à bonne fin, auront pu prendre assez facilement pour la lumière de la vérité. Voilà le seul côté de la question que nous cherchons à faire apparaître ici ; car nous tenons, parce que telle est notre conviction, h établir la possibilité de la bonne foi ihéologique, pour en déduire la réalité dans les membres de l'assemblée.

Ainsi, lorsqu'on s'arrête au sens littéral de la bulle de Sixte- Quint, on ne voit réellement pas autre chose que cette double déclaration : Henri de Navarre est hérétique relaps, et il a encouru les peines édictées par les lois de l'Eglise (1). Ainsi, dans l'hypothèse même où la bulle ne serait pas seulement déclarative t en admettant, avec le sentiment assez commun en théologie, que l'avertissement est essentiel à la censure, quaTid celle-ci a pour objet une faute passée ou présente, l'on arrivait à tracer la première partie du second considérant, puisque l'avertissement préalable avait fait défaut ; et, de?

(1) Declnnimui, disait la bulle, Renricumquoniam reqem et Henrioui Condensem suprndictns fuisse et cs<r hrrreticos, ù> hanese^ relup^os et inipœnitentes, hœreticorum quoqua dures, fautores et defensores manifestes, vublicos et notorios, sicgue lirsœ Majtstatii divinœ rcos et ortliodoxœ fidi < christianœ haïtes, adro ut milla possint si; Icrgivcrsalioue aut excusalioiif di'fenderc, ac pruindr cos damnnbil Uer incu, risse in senlnntias, censuras ei jiirnns saais canonibus rt constitutionibus (ijto'<ti}licis Irnihusque gcnerulibn< et parlirulnribns contcntus, ne li(ercticis relnpsis et impœnitenlibus débitas... Il est défendu de lui obéir on quoi que ce soit : Qui sccus fecerivt, toi c'xcommunirationis scntèntia iimodemus co ijiso.

lors, le crime d'hérésie, dans l'espèce, étant ordinaire et nullement réservé par un acte légal du Souverain-Pontife, on retombait dans le troisième considérant, car l'absolution de l'hérésie publique appartient, de droit commun, à la juridiction épiscopale (1). Ainsi le péril de mort était réel pour Henri IV, à cause des combats continuels à engager ou à soutenir : l'évêque du Mans, dans la thèse que nous citions tout à l'heure, insistait particulièrement sur ce point. Nous laissons de côté les autres motifs qui se confondaient avec ce dernier ou ne pouvaient avoir ici de bien sérieuses applications.

Mais, s'il est vrai que ce sont là comme autant d'éléments qui ont concouru à former théologiquement la conscience des prélats et des docteurs, il n'est pas moins vrai que le droit strict, rigoureux, ne se trouvait pas de leur côté.

En effet, la bulle se proposait évidemment autre chose que l'affirmation des peines encourues, puisqu'elles l'étaient par le fait. Elle dénonçait l'excommunié en le nommant, ce qui le plaçait dans la catégorie de ceux qu'on doit éviter ; et, par là, Rome avait prétendu se réserver l'absolution des censures : ses décisions, sa conduite, son refus de transiger sur ce point, même à la dernière heure des négociations auxquelles il nous sera donné d'assister plus tard, ne permettent nullement un doute raisonnable.

(1) Benoit XIV, I)i: sijnod. diœc, lil). IX, cap. iv.

7'» ABSOLUTION lŒ SAINT-DENIS

D'un autre côté, relativement à l'avertissement canonique, il faut se reporter au but de la loi. L'avertissement canonique n'est prescrit que parce que la censure doit frapper seulement les opiniâtres; et c'est par lui et en le répétant trois fois qu'on peut réellement faire la constatation de l'opiniâtreté. Mais, quand cette opiniâtreté est parfaitement constatée, à quoi bon l'avertissement? La prescription de la loi ne devient-elle pas lettre morte? Et ceux-mèmes qui professent que l'avertissement est essentiel à la censure, ne doivent-Ms pas entendre cela des cas ordinaires, et non point de celui qui nous occupe? Car Henri de Navarre ne se montrait pas seulement publiquement hérétique ; il était relaps, chef des hérétiques, et faisait la guerre à leur tête. Enfin, et ces derniers mots nous ouvrent la voie de la troisième solution, il n'y a pas de vrai péril, quand on s'expose de soi-même : aux yeux de Rome, Henri de Navarre devait mettre ordre à sa conscience, avant de s'exposer aux hasards des combats.

Nous ne serons donc pas surpris de voir Clément VIII, deux ans plus tard, prononcer la nullité de l'absolution de Saint-Denis.

Pourquoi, se demandera-t-on, si dans la conviction de l'assemblée l'absolution est valide, obliger le roi à une démarche vers Rome pour en solliciter la confirmation? Ici va

apparaître de nouveau, de la part de l'assemblée, le désir de suivre les prescriptions du droit canon. Assurément, si i'absolution avait été donnée en vertu des motifs, jugés incontestables, des deux premiers considérants, une semblable clause eût été inutile : rien n'exigeait cette démarche. Mais, si l'absolution n'obtenait son effet qu'en considération des autres motifs canoniques, par exemple et en première ligne, le péril de mort, on rentrait dans la constitution de Boniface VIII qui ordonne qu'on se présente, le péril cessant et les obstacles disparaissant, devant celui qui autrement aurait dû absoudre (1). Ce n'est pas que l'absolution ait besoin d'être renouvelée; mais il faut faire acte de soumission. Voilà les réflexions qui auront fait naître la clause en question. Du reste, il y avait une autre raison qui probablement venait à l'appui. N'était-il pas superlativement convenable qu'un roi qui d'hérétique allait prendre le nom de très-chrétien, à l'exemple de ses ancêtres, qui devenait le défenseur-né du trône pontifical, affirmât à Rome la sincérité de sa conversion, comme il l'avait affirmée en France, et, après s'être réconcilié solennellement avec l'Eglise, se i éconciliât solennellement aussi avec le Souverain-Pontife?

Mais d'où vient, surtout après la mort de Henri III et l'avénement, par droit de naissance, de Henri IV au trône, d'où vient que les prélats royalistes et Rome ne se soient pas mieux

(I) Caput eos qui, de Sententia excomm., in 6.

76 ABSOLITION Di: SAINT-DEN'IS

entendus, quand des deux côtés on était animé de bonnes intentions? Les causes sont multiples assurément. On peut citer l'état même de la France, la puissance de la Ligue, l'influence de l'Espagne. Mais la cause principale, selon nous, celle d'où les autres tiraient même leur force, ça été la présence, comme légats, sur le sol français, de deux hommes qui ne comprirent point leur mission. Le premier, le cardinal Cajétan, se fit, contrairement à ses instructions, ardemment ligueur. Le second est un homme que les historiens du temps s'accordent à peindre sous les traits d'une créature de l'Espagne : et malheureusement les actes de l'un ne permettent pas de revenir sur le jugement des autres : nous avons nommé Philippe Séga, évêque de Plaisance. Envoyé, dès 1590, pour accompagner le cardinal Cajétan lui-même, le remplaçant la même année en qualité de vice-légat, en attendant qu'il fût revêtu de la dignité môme de légat, nommé cardinal sur la recommandation de Philippe II, espérant qu'avec l'appui du môme monarque il pourrait ))arvenir au trône pontifical, il croyait faire son devoir en se montrant reconnaissant, et servir ses intérêts en se constituant un serviteur dévoué. D'autre part, comme il ne s'était mêlé qu'aux ligueurs, avait sans cesse vécu au milieu d'eux, il avait fini par épouser chaleureusement leur cause. Si, à sa place, la France avait eu pour légat un prélat plus indépendant et d'un jugement plus sûr, par exemple, un Tolet ou un Aldobrandin, nul doute que les diflicultés ne se fussent aplanies, et l'en-

lente opérée. Nous n'en voudrions pour preuve que les instructions secrètes que Clément VIII adressait, en 1592, l'année même de son exaltation, au cardinal de Plaisance : il lui recommandait la sagesse, la retenue, l'étude des choses et des hommes; il lui rappelait l'importance de l'alïfiire, la nécessité « de céder au temps et à la nature des choses » ce qui peut s'accomplir en bonne justice, le soin d'éviter la nomination d'un roi qui, loin d'éteindre la guerre, l'allumerait davantage ; en sorte que l'historien qui analyse ces instructions, Davila, ajoute que c'était suffisamment faire connaître la pensée pontificale : Clément VIII ne voulait pas de roi étranger, mais il fallait prendre un Bourbon, ou, ce qui serait mieux, faire la paix avec Henri de Navarre (I).

Cette paix, elle était possible, facile même, puisqu'il était donné de se rencontrer sur un terrain commun, la conversion du roi, admise par les royalistes et requise par les ligueurs comme une nécessité. Mais pendant que les premiers ne cessaient de la promettre, les seconds ne cessaient de se refuser à y croire. D'un côté des faits à l'appui de la parole, de l'autre moins de passions dans l'incroyance, voilà ce qui aurait amené, hâté l'accord des partis, la solution de ia difficulté : une trêve dans ces conditions eût infailliblement conduit à d'heureux résultats ou, du moins, eût permis de savoir positivement à quoi s'en tenir. Au contraire, on combattait avec acharnement de

11) Hntor., lib. Xili, p. 280, 281.

part et d'autre, les ligueurs pour le droit national, les royaliste pour le droit royal ; les premiers dans la crainte d'être trompé par les seconds, les seconds pour n'être pas réduits à l'im puissance. Là encore, la mission de légats impartiaux eût été salutaire, car leurs conseils eussent été écoutés et leur autorité probablement décisive. L'Espagne elle-même eût vu ses efforts paralysés, ses menées inutiles.

Revenons à l'assemblée de Saint-Denis.

La décision prise, on attendit l'arrivée de Henri l\. Elle eut lieu le soir du même jour. L'assemblée presque au complet s'empressa de se rendre à l'appartement royal. Le roi témoigna le désir de conférer, d'abord, avec trois ou quatre prélats en particulier, et pria l'archevêque de Bourges, les évêques de Nantes, du Mans et l'évêque nommé d'Évreux de se trouver chez lui, le lendemain, au moment de son lever, à six heures (1).

Les prélats n'y manquèrent point. Le roi se présenta entre sept et huit heures. 11 déclara qu'il avait déjà été instruit de la religion catholique par « certains personnages doctes, » qu'il n'avait plus aujourd'hui qu'à élucider avec eux quelques

(t) Priiir<i-r';rhnl dr In cérémonie dr l'abjuration de Uniri JV. — L'historu'ii do Tliou compte parmi ceux qui furent appel»^s à cotte confiSrence parlicuiièref Nicolas de Thou, évoque de Chartres.

ABSOLl'TION pi: S.VlNT-DENIS 79

points pour sati-faire sa conscience dont il lui fallait le complet témoignage. Pendant cinq heures et plus , on traita surtout de l'invocation des saints, de la confession sacramentelle, de la puissance papale, car, pour l'Eucharistie, sa foi était entière. Les deux premiers points font partie du dogme et ils furent résolus comme tels ; dans le troisième, on distingua ce qui est dogmatique d'avec ce qui avait été sanctionné par le droit public : on affirma le pouvoir du Pape sur le spirituel, on le nia sur le temporel (1). On examina aussi la doctrine du purgatoire et celle de la prière pour les morts. De Thou rapporte que ce lut l'archevêque de Bourges qui parla ('2). L'auteur du Discours sommaire nous dit que l'évêque d'Evreux eut un rôle actif et qu'il le remplit à la grande satisfaction de tous (3). Il nous est difficile de prendre dans sa rigueur l'assertion du premier historien; car nous ne pouvons croire que le silence ait été l'unique lot de celui qui s'était tant illustré dans les luttes théologiques ; nous le pouvons d'autant moins, que, si on s'en rapporte au Journal de Henri IV, \^ roi s'était montré très-fort dans la discussion, avait étonné les prélats par ses connaissances religieuses, les avait parfois même embarrassés par ses réparties : un de ces derniers aurait déclaré, le lendemain, qu'il n'avait vu héré-

(1) Cayet, Chron. nov., liv. V, p. 695; Regislre-Juiirnal de Henri IV, p. 160.

(2; IlisL^ lib. CVII, cap. vu.

(3) P. 13, au curamencenicnt dos Diverses œuvres du cardinal du Perron.

S(l ABSOLUTION I»i; SAINT-IiKMS

tique ni mieux instruit dans sa croyance, ni plus habile à la défendre (1). Mais la prudence, l'haljileté de l'évêque d'Évreux lurent appelées à lever les dernières diflicultés qui surgissaient.

A la fin de la conférence, le roi s'était déclaré satisfait et, après avoir rendu grâces à Dieu de son instruction dans la vraie foi, chose qu'il avait a toujours désirée (2), » il avait exprimé sa volonté de n'apporter aucun retard à sa réconciliation avec l'Eglise : il llillait procéder dès le dimanche suivant, c'est-à-dire dans deux jours. En conséquence, il avait ordonné de dresser la profession de foi. Les prélats et les docteurs se réunirent immédiatement, à trois heures après midi,' chez le cardinal de Bourbon. L'assemblée entendit le rapport, fait par l'archevêque de Bourges, de ce qui s'était passé le matin. La profession de loi, œuvre de quelques âmes ardentes, fut très-détaillée. L'archevêque de Bourges, les évêques du Mans et d'Evreux la portèrent au roi qui la lut attentivement, la trouva trop surchargée et refusa de la signer. Dans l'assemblée, plusieurs, les auteurs surtout, se montrèrent indisposés d'un pareil refus. Qu'allait-il advenir, si des deux côtés on ne savait faire de concessions dans la mesure du possible? L'évêque d'Evreux comprit le danger, appela Sully à son se-

(1) Rcgiylrc-Joitrnal de Henri IV, p. 160.

(2) Dupleix, Histoire de IJcivi/ le Grand, p. 11!) : « Je loue Dieu (le • ce qu'il m'a fait la grùee de in'avoir esclaircy des mystères de la « vraye foy, chose que j'ai toujours autant désirée que de vivre, » — Procèt'verbnl.

ABSOLUTION DE SAINT-DENIS 8i

cours, gagna le cardinal, s'il n'était déjà revenu de son premier sentiment ; tous trois se portèrent médiateurs entre l'assemblée et le roi, et la profession de foi « fut réformée au gré de chacun. » A part le silence sur le concile de Trente, à part aussi le retranchement de ces mots : « autant qu'il dépendra H de moi, je la ferai garder (la foi catholique), enseigner et « prêcher par ceux sur qui j'aurai autorité, ou à ceux dont le n soin m'aura été soumis, » cette profession n'était autre que celle qui avait été rédigée par Pie IV, en conformité des définitions de ce même concile de Trente (1). On n'avait pas à

(1) Procès-verbal de la cérémonie de Vahjuralion de Henri IV; — Mémoires de Sully, tom. I, ch. xli, p. 119.

Voir Notes et documents C, où nous transcrivons cette profession de foi. On y verra combien M. Poirson a eu raison d'écrire : « M. Henri Martin, tom. X, p. 327, tombe dans Terreur quand il dit :« Les prélats « voulurent lui faire signer une profession de foi détaillée où se irou- « vait exposée la croyance romaine sur le purgatoire, les images, les « indulgences, etc.; il résista. » S'il avait résisté surtout au sujet des images et du purgatoire, alors sa profession n'aurait pas été celled'un catholique. n{Hi^toire durègne de Henri IV, 2* édit., t. I, p. /i81,not.). Tout ce qui a éié accordé, se réduit à la suppression de l;i mention spéciale du concile de Trente; mais cela ne pouvait tirera conséquence, puisque le concile se trouvait nécessairement compris, pour tout catholique, dans ces e.'tpressions : « conciles généraux. » Cependant, il est juste d'ajouter, ce qui peut rendre raison de l'erreur de M. Henri Martin, qu'à la suite du Procès-verbal, dans les Annules de Toulouse, se trouve une profession de foi abrégée, signée de Henri et datée du •2'à juillet. A part l'erreur de date, cette pièce n'est autie que la promesse d'obéissance au siège apostolique, promesse dont nous allons parler à l'instant et qui devait logiquement renfermer d'abord et en général celle de suivre la religion et d'obéir à l'Eglise. L'auteur des Annales a pris cette pièce pour la profession de fOi elle-même, voilà tout. Mais il faut se garder de le suivre dans cette voie. Le Prucès-

Hù AiJSOurïK.x m: saint-de.ms

revenir sur la quesiiou de l'absolution en elle-même, puisqu'elle avait été décidée la veille. Cependant, il pataît bien, par le Procès-verbal de la cérémoitie de l'abjuration de Havi 71', qu'on la loucha de nouveau : les difficultés naissautes eu avaient probablement été l'occasion. IViais la décision nouvelle ne fut pas a,utre que la précédente, ni les motifs non plus ; et, dès lors, ce lut celle-là qui revêtit le caractère oûlciel. On arrêta, à la suite, que l'absolution serait donnée par l'archevêque de Bourges, grand aumônier du roi, depuis la naort du célèbre Amyot, arrivée au mois de février précédent ^ qu'on procéderait selon les prescriptions du pontifical ; et qu'on se pourvoirait, à cet effet, auprès des religieux de râbbaye qui avaient juridiction épiscopale (i), car Henri iV, dit le chanceher Chiverny, avait choisi la basilique de cette abbaye « à cause des sépultures des rois » dont il se proposait de suivre les nobles exemples (2).

Le 24, les prélat:^ et les docteurs se réunirent de nouveau chez le cardinal et allèrent, de là, se présentei* devant le roi qui renouvela devant tous ses déclarations de la veille, n'ou-

verbal, en effet, dit en tootes tettres que deux pièces également signMs |iar le roi et oontresitrnées par Ruzé, son secrétaire, furent remjws à l'archev^je de Bourges, à savoir «« le sommaire de ladite « proressioQ (de foi cwnme aosf;i la pi\»niesso de son obéissance au ■ Saint-Sw^geirt à notre Saint-Père. •

(1) ProtTS-irrhfil. — |):ms cette abbave, la juridiction spirituelle n'aiifart'enait pas ppi-sonneileraent à Tatibé, mads en commun avec la «tmimunauté [Dictii.nnuirc do La Martinii-re.)

"(î) Mhnuiret rl'Eonn. l'aris 16.'il, p. 180.

bliant pas d'ajouter que, s'il avait fait choix de quelques-uns d'entre eux pour conférer, ce n'était pas qu'ils ne fussent tous dignes, mais il avait voulu s'épargner un peu de confusion, en évitant de paraître et de parler devant une trop nombreuse assemblée. Des actions de grâces lurent adressées au ciel, des félicitations au roi, et on lui communiqua ce qui avait été réglé relativement à l'absolution (1).

Le 25, entre 8 et 9 heures du matin, le roi, portant sous un manteau noir un pourpoint et des chausses de satin blanc, avec des bas de soie blanche et des souliers de même couleur, ayant à ses côtés les princes, seigneurs, officiers de la couronne convoqués à cet efi'et, précédé des suisses de la garde, des officiers de la prévôté de son hôtel et des autres gardes du corps, se rendit en traversant des rues jonchées de fleurs et en entendant de toutes parts les cris de Vive le Roi ! à la basihque qu'on avait décorée des plus riches tentures. L'archevêque de Bourges, assisté des autres prélats et ecclésiastiques, l'y attendait à l'entrée, u Qui êtes-yous ? dit l'arche- K vèque. — Je suis le roi. — Que demandez-vous ? — Je (i demande à être reçu au gii'ou de l'Eghse catholique, apos " tolique et romaine. — Le voulez- vous ? — Oui, je lé veux (i et le désire. » Aussitôt le roi se mit à genoux et fit cette profession de foi : h Je proteste et jure devant la face de Dieu (( Tout-Puissant de vivre et mourir en la religion catholique,

(1) Procès-verbal.

« a))OStolique et romaine, de la protéger et défendre envers <t tous, au péril de mon" sang et de ma vie, renonçant à toutes '< hérésies contraires à la doctrine de ladite Eglise catholique, '< apostolique et romaine. »Puis il remit la profession de foi qu'il avait signée de sa main. L'arche^êque lui donna l'absolution de l'excommuniation et le releva pour le conduire au pied de l'autel. Là, le roi renouvela, à genoux et la main sur l'Evangile, ses promesses et ses serments. L'archevêque le releva de nouveau, et se dirigea avec lui derrière l'autel où il entendit sa confession. La messe fut célébrée par l'évêque de Nantes. Le roi y as?^ista « en très-grande dévotion. » La joie était grande. Quand le cortège royal se remit en marche, elle éclata par les cris mille fois répétés de Vive le roi ! et le canon des forts, en y mêlant sa grande voix, annonçait à la France l'heure si désirée de sa pacification (1).

En même temps que la profession de foi ordinaire, Henri \\ avait remis à l'archevêque de Bourges, signée aussi de sa main, la promesse d'obédience au Saint-Siège, devoir sacré qui avait été toujours et généreusement rendu par les rois ses prédécesseurs. Cette promesse n'était pas liturgiquement exigée, mais elle se trouvait imposée ou conseillée par l'usage ou le droit qui réglaient les rapports des princes catholiques avec Rome : si un premier acte olïiciel attestait le retour de

(1) Mémoires de la Ligue, tom. V, p. .'.83 : Discours des cérémonies observées à la conversion de Henri IV. — Prucvs-vtrbal de la cérémonie de l'abjuration de Henri 1\\

Henri IV à la vraie foi, un second devait également attester sa soumission filiale au Saint-Siège (1).

Il faut nous demander maintenant ^1 le jugement que nous avons laissé entrevoir, dans le cours de la narration, sur les motifs déterminants de la conversion du roi, en grande partie «jeuyre et gloire de du Perron, doit être maintenu; en d'autres termes, cette conversion est-elle le résultat combiné du triomphe de la vérité et de l'intérêt de la politique ? car, pour les autres motifs qu'énumère Sully (2) , ils ne sont que très-

(1) Fonds Brienne, ms. 137, dans lequel l'acte est reproduit deux lois; d'abord au fol. 7, avec ce titre : Promesse que te Roy donna pur cscrit signée de sa main et contresignée du sieur Ruzé, son Secrétaire d'Estat, après avoir faict l'ahjwation et reçu Vabsolution comme dessus (allusion au Procès-verbal transcrit aux pages qui précèdent immédiatement), et ensuite au fol. 59, avec cet autre titre : Acte de la subjuration 'terreurs et d'hérésies faict par le Roy et présenté lors de sa conversion et absolution. Les titres et les variantes dans les titres sont l'œuvre des copistes et partant nous ne devons pas nous y arrêter, surtout en présence des termes précis du Procès-verbal, pièce officielle rédigée par ordre des prélats et docteurs qui avaient assisté à la cérémonie et signée par la plupart d'entre eux. {Fonds Brienne, ms 137, fol. 6, verso). Voir cette Promesse à D des Notrs et documents.

(2) Méni'Ares, cil. XLi, p. 117.

Sully résume ainsi les motifs qui portaient Henri IV à se convertir: « Les principaux... furent l'extrême pitié qu'il avoitde voir ainsi tous « les peuples de France, qu'il nommoit ses enfants, exposez, s'il n'y « appliquoit ce remède, à de perpétuelles risques, misères et calamiu tez ; sa liberté et sa vie être continuellement aguettées et mises à la « discrétion de ceux ausquels, s'il ne vouloit faire un changement

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secondaires ou se rapportent à ces deux principaux, même les conseils de la duchesse de Beaufort. Nous croyons, après l'étude impartiale à laquelle nous nous sommes livré, être en droit de répondre affirmativement. iMais allons plus loin. Admettons, si l'on veut, que la politique ait exercé une influence décisive, le roi ,|iyant fini par comprendre qu'il n'y avait pas d'autre moyen de régner pacifiquement : par là seulement il conquérait l'amour et la fidélité de son peuple et réduisait à néant les projets de ses ennemis. Mais un prince qui, quelque temps avant sa conversion, disait dans un entretien à son ami de Thou : « que ce n'était point l'entête- '< ment qui le faisait persévérer dans la croyance où il avait Cl été élevé et qu'il croyait jusqu'à présent la vraie; qu'il ne '< se refusait pas à s'instruire pour en embrasser une meilleure: « que ce n'était ni par contrainte ni par violence qu'il voulait

" généra! des prfncipaux offlciers. i! estoit contraint de commettre H l'une et l'autre; les puissantes et subtiles raisons théologiques du «' temps, dont il estoit rehattu par Monsieur du l'erron ;... les craintes <t ofi il estoit entré qu'enfin les Estats qui se trouvoient lors assemblez a à Paris, quelque malotrus qn'ils puissent cstre, n'esleussent Monti sfenr le Cardinal de Bourb(m pour Roy, et ne luy procurassent « rinfante d'Espagne pour femme; la lassitude et l'ennuy d'avoir « toujours eu le halecret sur le dos, depuis l'aage de douze ans, pour « disputer sa vie et sa fortune; la vie dure, aspre et languide qu'il <( avai*. escoulée pendant ce temps; l'espérance et le désir d'une pfus « donce et agréable pour l'advenir; et finalement quelques-uns de ses " confidents et plus tendres serviteurs, entre lesquels se peut mettre " sa mnistres*;p, y firent apporter l'absolue conclusion, les nns par « supplications et larmes, les autres par remontrances et les autres « par prud(;nce humaine, laissant les cas de conscience à part opérer « en luy seul. »

( être amené, mais de son plein gré et comme par la main, « ainsi que la Providence l'avait conduit au trône ; qu'il sou- « haiîait, en outre, que sa conversion ne lui fût pas particu- « lière, mais qu'à son exemple plusieurs autres, tant en '( France qu'ailleurs, ss fissent également instruire (1) ; » un prince qui commence par dire aux évêques réunis pour son instruction qu'il veut satisfaire sa conscience '< sans laquelle '< il ne voudrait pas pour quatre royaumes tels que le sien se u départir de la religion à laquelle il a été nourri (2), w qui, dans le cours de la conférence, leur disait fil s'agissait de l'adoration du Saint-Sacrement) : « Vous ne me contentez pas « bien sur ce point, et ne me satisfaites pas comme je désirais, « et me l'étais promis par votre instruction, >- et qui ajoutait avec émotion les larmes dans les yeux : ■< Voici : je mets au- '< jourd'hui mon âme entre vos mains; je vous prie, prenez-y « garde : car là, où vous me faites entrer, je n'en sortirai que (( par la mort ; et de cela je vous le jure et proteste (3) ; >/ un prince qui discute avec une conscience scrupuleuse et jusque dans les moindres détails la profession de foi qu'il lui incombe de signer ; un prince qui le jour de son abjuration écrit à ses sujets qu'il a été « satisfait par les preuves qu'iceux prélats

(1) Hhtor., tom. VII, Devil'i sim, lib. I /, p. 113.

(2) Procè'^-verhitl. Kt, qu'on ne s'y trompe pas, sMl est touché de « compassion de la misère et calamité de son peuple », il ne veut y apporter remùde qu'avec « seureté de sa conscience. » {Ibid.)

(3) Re'jtslre- Journal de Eemi IV, p. 160.

SH ABSOLLTIUN DK SAINT-DENIS

et docteurs » lui ont « rendues (1) ; » à ses cours de Parlement qu'il reconnaît '< l'Eglise catholique, apostolique et romaine « être la vraie Église de Dieu, pleine de vérité, laquelle ne « peut errer (2) ; » et à certains seigneurs protestants : '( Ce (( que j'en ai fait >' n'a « été qu'à fort bonne intention, et « principalement pour la sûre assurance que j'ai d'y pouvoir «faire mon salut (3); » un prince, enfin, qui se montrait ainsi en ces diverses circonstances, était évidemment dans la disposition de ne pas sacrifier son âme à son intérêt et ne pouvait revenir à l'Eglise catholique qu'autant que la vérité se fût imposée à lui, soit par l'évidence de ses preuves, soit par l'accord, d'une part, et la divergence, de l'autre, entre les deux religions sur le point capital, la possibilité du salut dans le catholicisme et le protestantisme. Telle est du fait l'appréciation qui nous paraît incontestable; car elle ne se trouve infirmée, ni par ce mot adressé, dans une lettre du "23, à Gabrielle d'Etrées : « ('e sera dimanche que je ferai le saut périlleux (4) : » ce sont là de ces saillies ordinaires à la vivacité d'esprit du roi qui ne tirent pas à conséquence, et on sait, d'ailleurs, que sa maîtresse lui avait aussi

(1) Documents inédits, Lellm missives de Henri IV, tom. III, p. 822.

(2) Lettres clo>t:s, B. N., dans Recueil Fontnnieu, tom. 163.

(3) Ibid., p. 823 et 82/1.

(k) Ilii'L, 821. C'»Hait une de cas boutades, prononcées devant Chicot, son fou, qui lui avait valu cette réflexion de la part du dernier : « Monsieur mon ami, de moi je tiens que tu donnerois en un be.soiu u les papistes et huguenots aux protonotaire^ de Lucifer, et que tu « fusses paisii)le roi de France. » (Jhid.j note 2.)

conseillé l'abjuration ; ni par les relations qui n'avaient discontinué avec celte dernièrij, pas plus que par le désir patent de les continuer : nous avons parlé de l'esprit et non du cœur; l'un pouvait être sincèrement converti, pendant que l'autre demeurait toujours dans l'égarement ; ce ne sont pas là de rares mystères dans les âmes ; ni enfin par certaines paroles adressées à ses anciens coreligionnaires : qu'on les presse tant qu'on voudra, on y découvre toujours, et rien de plus, un cœur qui cherche à dissiper la tristesse, à adoucir la douleur d'amis depuis si longtemps dévoués, de serviteurs d'une lidéUté à toute épreuve.

Cette conviction de l'esprit laissant le cœur sous l'empire des passions surprendra d'autant moins dans Henri IV, qu'on tiendra un compte plus grand de son passé et des exemples qu'il avait eus sous les yeux. Livré jusqu'alors à son vice dominant, il en était devenu l'esclave presque inconscient : chez lui, l'amour effréné des femmes se trouvait, pour ainsi dire, passé par tant d'années de dérèglements à l'état de seconde nature. Est-ce à dire, cependant, que théoriquement il méconnût le grave précepte du Décalogue? Non : il estimait seulement que le moment de s'y soumettre n'était pas venu; et l'histoire de tant de princes et les exemples dont il avait été témoin et qu'il s'était empressé de suivre, étaient bien de nature à le confirmer dans cette pensée. Si dans le monde on disait comme aujourd'hui, mais moins qu'aujourd'hui : Il faut que jeunesse se passe! dans les cours, surtout à cette époque.

on inclinait à admettre que la jeunesse ne devait finir qu'avec la puissance ou la vie, et l'on qualifiait a>sez volontiers les plus graves écarts en haut lieu d'amusements de princes ou de libertés royales. N'était-ce pas là, en particulier, la cour de France sous François I''. Henri II, Charles IX, Henri III? N'était-ce pas à cette vie licencieuse que le jeune roi de Navarre, le futur Henri IV, avait pris largement part pendant son séjour à Paris? N'allait-on pas jusqu'à se disputer les mêmes maîtresses? et parfois négliger les affaires capitales pour les intrigues (1)? Déplorable tradition contre laquelle se trouvaient impuissants les avertissements de la chaire chrétienne comme les réprimandes ou les sévérités du tribunal sacré, et qui ne devait pas s'arrêter au règne de Henri IV, mais se continuer avec une sorte d'éclat sous Louis XIV et finir dans la boue avec Louis XV. Toutefois, an sein même de la dissolution, il n'était pas rare que la foi demeurât vivace pour demander à Dieu et espérer de Dieu le temps de mettre ordre aux affaires spirituelles avant de paraître devant lui. C'était cette pensée qu'à sa f:içon,la veille d'une bataille, Honri IV rendait, lorsqu'il écrivait à une fi^mme dont la vertu

(1) Ln t/urm: *» continwmt Inujuurs dam le rdi/iume, dit Sully, en quelques provinces eshit/nèes, /e< jalousies ri deffiances de la rour, ù cause de tous ces intrigues leur tenons (au roi et à la rciue) tellement /"viprit ocrit/i/-, fju'il< tir peusnirnt point a y mettre une pn, mni^ seulement ù xemer des dissensions entre Hunsieur et le Roy de Naimrre, tantost par le moyen des inesmes mnistresscs ijui leur estoient su<<citées et instruites par la reite mère... (^Mémoires, tom. f, p. 20.)

sut toujours lui résister : « Bien puis-je vous assurer que, si « je meurs, ma pénultième pensée sera à vous et ma dernière (i sera à Dieu (1). »

(l) Lettres ynissives, tom. I[[, p. ùlxli : lettre à M°" de la Rocho- Guyoïi, du 31 août 159L Voir Notes et Documents E.

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