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Les villes du royaume faisaient successivement leur soumission.
Avant l'occupation de Paris, Vitry avait ménagé la reddition de Meaux, La Châtre celles d'Orléans et de Bourges, et Michel d'Estourmel livré les places de Péronne, Roye, Montdidier. Cinq jours après l'entrée du roi dans la capitale, Rouen, entraînant à sa suite la Normandie, avait donné l'exemple, plusieurs cités de la Picardie avaient suivi, et Riom avec l'Auvergne, Troyes et Sens en Champagne, Agen, Villeneuve et Marmande en Guyenne. Bientôt Poitiers et tout l'Anjou allaient en faire autant.
Henri IV résolut de soumettre par les armes les places qui résistaient. Le 25 mai, il vint mettre le siège devant Laon qu'on considérait comme le principal boulevard des Espagnols :
Laon, le terme fatale de nos guerres civiles. Qui fait ouvrir la porte au reste de tes villes Et dont toute l'Kurope observe le succès, Ce dernier tribunal où la France et l'Espagne Sans réserve d'appel décident leur procès; Mais l'Espagne le perd et la l'rance le gagne (1).
La capitulation eut lieu le 'l'I juillet. Amiens ouvrit ses portes au mois d'août suivant. Et c'est là que le roi reçut la soumission de Beauvais.
(1) Du Perron : Sfiiins sur la venue fin Roy h Paris, pièce déjà citée.
Dans les traités qu'il faisait avec les diverses villes qui consentaient à le reconnaître, il tenait, en ce qui concernait le culte protestant, à ne pas déroger aux anciens édits de pacification (1). Etait-ce, de sa part, indifférence religieuse ou la mise en œuvre d'un principe nouveau, celui de la tolérance dogmatique ? Non. Nous aurons plus tard à aborder cet important sujet. Un mot, toutefois, en attendant.
Nous avons de Henri IV un discours peu connu, parce qu'il est demeuré inédit jusqu'à ces derniers jours, et qui peut nous édifier sur ce. point. Il a été prononcé devant les députés de Beau vais en réponse aux articles quo ces derniers lui présentaient pour la soumission de leur ville (2). n J'ai vu ce matin, dit-il, les articles de votre traité, « lesquels j'ai signées, et vous prie de les recevoir selon ma « volonté déclarée en marge de chacun d'iceux, sans vous ar- '( rètei" que je n'ai limité qu'à trois lieues à l'entour de vous, <( où j'ai défendu à toutes personnes de faire exercice de la '/ religion prétendue réformée (3), et que ne vous deviez for-
(1) En dépit des plaintes des Huguenots d'alors, c'est aujourd'hui un point parfaitement établi. Il n'y a eu de réelle dérogation que pour quelques villes comme Ilouen, Paris, Amiens et certains endroits de la Provence. Et encore dans ces cas, fleuri IV obéissait-il, mais en sens opposé, à cette force majeure dont nous allons dire un mot. (Voir M. Poirson, Histoire du règne de Henri /V, 2" édit., t. II, p. ù85 et suiv.)
(2) Discours publié dans le journal Le Moudi du 18 septembre 187ù par les soins de M. L. Caron qui renvoit à la Collection Mureau de la Bibliothèque nationale, ms. 269, fol. 89 et suiv.
(u) L'article du cajjier portait : « Qu'en la ville de Beauvais et pré-
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Cl iiialiser, eu égard que vous savez bien que j'ai à fiiire à «1 beaucoup de personnes et qu'il faut que je contente un (i chacun, u Henri IV fait donc ici les concessions dans la mesure du possible, d'une part, et du nécessaire, de l'autre. Mais le catholique s'aflinne et, par une louable illusion, il veut espérer la prochaine conversion des huguenots, il entend même y travailler avec zèle et habileté. « Je vous proo mets par mon Dieu, ajoute-t-il aussitôt, qu'avant qu'il soit ». deux ans, moyennant sa grâce, vous vivrez et tous ceux de »( mes royaumes sous une seule Eglise catholique, apostolique u et romaine, et que je saurai bien manier les huguenots, « desquels j'ai été vingt-deux ans chef, avec telle douceur que «je les réduirai tous au giron de la vraie Eglise, remerciant « mon Dieu de m'en avoir donné la connaissance, et vous tous " devez le remercier et priei" de me donner la grâce effectuer (. ce que dessus (1). >»
Que conclure de là ? tout simplement que, dans ces temps difliciles ei eu ces sortes de choses, H;:;nn IV croyait pouvoir et devoir s'inspirer de la situation présente du royaume et se courber sous la force majeure, tout en conservant ses conviclious et en nourrissant même d'autres espérances.
Mais, encore une fois, nous aurons à revenir sur ce sujet pour l'euNisager plus largement et le pénétrer plus à fond.
« xùiéii attribuées an b;iillia-T et si«'gi! |)rt^idial dudit lieu, il ne se « fera exercice d'autre religion que de la cailiolique, a|)ostolique e( o rotiiaiiie... »> {Le Afintde,et Collecti<jn JiJuieuu, fui. 7a rcct.) (1) iJiiCintis du roi, ICr. vil..
La campagne de Ibdli avait été heureuse tant par les succès militaires que par le grand nombre de villes qui avaient fait leur soumission. Paris fit une ovation à son roi victorieux qui, entrant du reste dans les sentiments de la religieuse cité, voulut adresser au ciel de solennels remerciements. "Désirant, » — rapporte l'historien Cayet — «rendre grâces dans l'église Notre- 1 Dame de Paris pour les heureux exploits militaires dont il ' était venu à bout, durant cet été, et la prinse et réduction de ( tant de villes, il s'achemina vers Paris du côté de l'Université. Le sieur de Beaurepaire Langlois, qui avait été élu prévôt des marchands à la mi-août, avec les quatre échevins ( vêtus de leurs robes de livrées, accompagnés d'un grand ( nombre de bourgeois et des archers et arbalétriers de la ville, tous à cheval, allèrent au-devant de Sa iMajesté jusques au bout du faubourg Saint-Jacques, lequel, accompagné de Messieurs les princes de son sang et de plusieurs princes, seigneurs et gentilshommes, en très-grand nombre, I entra dans Paris et alla à l'église Notre-Dame. Le Te Deum ( y étant chanté, il s'achemina au Louvre, à la lueur d'une infinité de flambeaux, les rues et les fenêtres des maisons étant pleines de peuple qui faisait retentir l'air de ce cri de réjouissance de vive le roi (1). »
(1) Ciiyet, C/iiunol. noven., liv. VI, p. 612.
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Nous disions au chapitre précédent que les insuccès diplomatiques près la cour de Rome ne découragèrent pas le roi.
En eflVt, de nouvelles tentatives devaient être faites sous son inspiration et peut- être à son insu. Le cardinal de Gondy, évêque de Paris, depuis qu'envoyé à Rome avec Pisany par Henri 1\', à la fin de 1592, il s'en était vu interdire l'entrée, était probablement demeuré en Italie, soit pour surveiller les événements, soit pour vaquer aux intérêts de la cause royale. En toute hypothèse, il s'y trouvait alors. Il obtint du Pape la permission d'entrer dans la ville éternelle, mais à la condition qu'on ne parlerait pas des affaires de la France. On le fit, cependant, en secret. Le Pape consentit à ce qu'on traitât en sa présence des droits de Henri IV, qu'on dépeignit le triste état de la religion dans ce royaume, les dangers qu'elle y courait, qu'on remémorât également les autres motifs si déterminants. Il avoua lui-môme n'être pas fâché de la déclaration des théologiens de Paris en faveur de Henri de Navarre : puisque c'étaient eux qui avaient été les premiers instigateurs de l'excommunication, il paraissait juste que maintenant ils apla-, nissent le chemin de la réconciliation (1). Lq. Saint- Père sem-
(l) L'acte (Je runiversité qui reconnait la légitime autorité de Henri de Navarre est du 22 avril 159/i, et se lit dans les Mémoires de l<i Ligue, toui. VI, p. 88 ot sulv.
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blait donc personnellement acquis i\ la cause royale. 11 y eut même pres(iue un pas de fait dans cette voie : on émit, devant d'Ossat et le cardinal de Gondy, mais toujours secrètement, Ja pensée pontificale, que le roi, n'ayant pas d'enfant, devait faire élever dans le catholicisme le jeune prince de Condé, afin qu'on n'eut pas à redouter pour l'avenir de pareils malheurs. Le conseil fut transmis et appuyé : il fallait faire disparaître tous les prétextes. Le cardinal de Gondy, dans ces circonstances solennelles, se décida à passer en France pour s'aboucher avec Henri IV qu'il alla trouver au camp de Laon (1).
Lorsqu'on se rend ainsi compte des faits, l'on n'est pas étonné d'entendre le roi dire encore aux députés de Beauvais : « Quant au scrupule que vous dites avoir que notre Saintce Père le Pape ne m'a donné l'absolution, je voudrais que « vous fussiez certains de tout ce qui s'est passé entre Sa (I Sainteté et moi, et ceux qui sont auprès de moi et ceux que « j'ai envoyés auprès de lui ; je m'assure que vous vous mettriez « hors de doute. Vous vous pouvez assurer que j'ai part en ses « prières et bénédictions telles qu'il appartient à son fils aîné « comme je suis (2). » S'il n'était pas encore vraiment ce fils aîné, il était assez près de le devenir.
On n'est pas sans se demander pourquoi, de la part du Pape, cette réserve qui va jusqu'à une sorte de dissimulation.
(l)D.ivila, Hiflor., lib. XFV, p. AOO, /|15. (2) Discours, déjà cité, de Henri IV aux députés de Beauvais.
If'ri ni:?iRr iv continle
(llciiient VIII ne reçoit pas d'ambassade ; il proteste qu'il n'aura pas de relations avec le prince de Béarn ; il déclare en plein consistoire qu'il ne peut lui accorder l'absolution. Et pourtant la Clielle est reçu, et on ne lui enlève pas toute espérance; le cardinal de Gondy est reçu, et on lui fait entendre clairement qu'on n'est pas éloigné d'acquiescer aux désirs de Henri IV. Pourquoi donc cette manière d'agir? C'est que Philippe II était puissant en Italie, et que, si l'on se prononçait incontinent pour Henri de Navarre que depuis si longtemps il combattait, la cour de Rome pouvait s'attirer les colères et peut-être les troupes du monarque espagnol : nouvelle preuve de la nécessité de l'indépendance du Saint-Siège. D'autre part, n'était-il pas prudent de laisser la Ligue se calmer par la réflexion ou périr sous les armes victorieuses du Béarnais ? Il fallait donc conjurer tout froissement et s'en remettre au temps, secondé par la sagesse, pour mener l'aflaire à bonne fin. Aussi, après la prise de Làon le Pape dit-il au duc de Sessa, l'ambassadeur d'Espagne, qu'il voyait bien que le roi, son maître, se lassait de la guerre, que le parti de la Ligue semblait toucher à sa fin, et que, en cet état, il devait, lui père commun des fidèles, prendre uniquement en main la cause de la religion (1).
Les affaires avançaient rapidement. En France, le cardinal de Gondy, après sa mission à Laon. était revenu dans la capi-
(1) Davila, /A//., p. /lie.
taie où il recommanda au clergé de reconnaître Henri IV, en attendant que les docteurs parisiens, réunis en son hôtel, à l'occasion de l'attentat de Chàtel, décrétassent les prières liturgiques pour le roi. A la fin de la déclaration, le cardinal était prié, en sa qualité d'évêque de Paris, d'engager le monarque à envoyer une ambassade à Rome : mission délicate que le zèle sut parfaitement accomplir (1). En Italie, Clément VIII, jugeant que le moment était venu de traduire en acte sa pensée, envoya en Espagne son neveu, le cardinal Aldobrandin, en apparence pour traiter des affaires de la Hongrie attaquée par les Turcs, mais en réalité pour sonder le roi catholique et l'amener doucement à ne pas trop s'opposer aux desseins de la cour de B.ome (2). Le cardinal ne devait guère réussir (3) . Mais le Pape était résolu de passer outre. U n'y avait donc plus d'obstacle à reprendre diplomatiquement l'œuvre de Tabsolution.
(1) Davila, p. /i28.
(2) IbiL, p. ÛÛ5.
(3) Letire^ d'Ossat, let. XXV, ù M. de Villeroy, du L>2 mai 1595.