AVANT- PROPOS IX
grand roi et s'efforçait de faire partager son admiration à son interlocuteur qui lui répondit en soupirant : «Hélas! N'est-il pas pénible de penser qu'un si bon « prince, orné de tant d'excellentes qualités, ait vécu « dans une désolante indiiférence sur l'article de la reli- « gion? Je sais, poursuivit-il, que ce vice ne produisit « pas chez Henri les funestes effets que l'on remarque « ordinairement chez les princes irréligieux, mais je « crains qu'on ne tire d'un tel exemple de fâcheuses « conséquences contre la religion... » L'abbé continue ainsi : « L'opinion que m'exprima ce vieillard est (( effectivement #celle qui a prévalu dans le monde. « C'est ce qui m'a fait naître l'idée d'en rechercher « l'origine, d'en approfondir les causes et d'en appré- (> cier la valeur. » Telle fut l'origne de la Discussion historique sur un point inléressant de la vie de Henri 1V([).
Cet ouvrage sagement pensé, logiquement raisonné, ne dépasse guère les limites d'une thèse (2).
Nous nommerons, en second lieu, dans ces dernières années, M. Mercier de Lacombe et son intéressant livre, Hniri IV et sa politique. Il nous dit lui-même dans la Préface du livre que, dans ses «investigations, » il a pu « découvrir bien des pièces inédites ou peu « connues, principalement en ce qui touche les ma- (( tières religieuses et les afftiires étrangères. » C'était, en élargissant même les limites de la grave question, lui faire accomplir un notable, un immense progrès.
Cependant le sujet ne demeurait pas entièrement épuisé, il était si vaste par lui-même et il y avait en-
[[) Paris, 1814, p. 9.
C?) ("est une lirochure de t)4 paires.
X AVANÏ-I'ROPOS
core tant de documents même inédits à consulter ! Naturellement il devait se découvrir des parties à développer, des cotés à accuser, des faces à dessiner davantag^e, dos lignes peut-être à rectifier.
Le livre de M. Mercier de Lacombe, tout en méritant les couronnes de l'Académie française, s'attirait certaines réserves de la part de TAcadémie elle-même, ou du moins de son secrétaire perpétuel. Le rapport, il est vrai, ne touche pas à la conversion royale. Mais, en visant directement la politique intérieure et extérieure du grand roi, il atteint par là même indirectement le sentiment religieux duquel on ne peut la séparer. Etait-ce que, contre l'opinion généralement reçue, les preuves de l'écrivain ne parussent pas assez fortes? Etait-ce que certaines propositions exagérées du livre ne permissent pas au rapporteur de s'avancer dans les voies nouvelles qui s'ouvraient? Etait-ce la grande difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de se séparer d'une idée, d'une opinion qu'on caresse depuis long'emps? C'était peut-être tout cela à la fois. Ouoi qu'il en soit, voici comment s'exprime M. Villemain : '( L'auteur est un jeune talent qui réunit )a (< patience à l'ardeur de l'étude. Par des recherches " bien dirigées, à partir de VEdit de Nantes, il se fait «' une juste idée des principaux obstacles et dos prin- « cipales vues de Henri IV au dedans, au dehors et « dans l'avenir... Ami sincère des droits civils et reli- « gieux, il paraît trompé lorsqu'il attribue à la con- '( version do Henri IV un zèle de propagande qui aurait '< changé ses alliances et fait prévaloir exclusivemeni « l'intérêt catholique en Europe. Ce grand homme « voulait plus : il voulait établir la paix entre les Etats