‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 4 sur 54 · AYANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS XI

« et la tolérance ou plutôt l'ég-alité religieuse dans chaf. cun d'eux. 11 restait politique dans son chang-ement « de religion, mais politique bienfaisant, comme (' l'attestent ses projets sur l'Orient et pour l'équilibre « durable de l'Europe (I). »

Quant à sa rentrée dans le giron de l'Eglise catholique, un historien des plus éminents, M. Guizot, vient de s'exprimer ainsi dans le dernier ouvrage qu'il lui a été donné de publier avant sa mort (2) : <( Je ne saurais mesurer précisément quelle part « l'ambition, l'intérêt personnel, l'égoïsme royal ont « pu avoir dans l'abjuration religieuse de Henri IV; je « ne prétends pas nier la présence de ces infirmités « humaines; mais je demeure convaincu que la part « du patriotisme a été la plus grande dans l'âme de « Henri IV, et que le sentiment de ses devoirs de roi <( envers la France en proie à tous les maux de la « guerre civile et de la guerre étrangère a été le mobile « déterminant de sa résolution . » C'est un grand mot que l'illustre historien a voulu écrire. Le patriotisme royal dans la circonstance ne nous paraît pas bien évident ou, du moins, parfaitement raisonné. Assurément, il y avait dans l'àme de Henri IV le désir vrai, inspiré par une bonté sincère, de mettre fin à la guerre civile. La tristesse, la peine, la douleur devaient même s'y faire sentir en présence du triste état de la France et sous le coup de ses déchirements intérieurs : pour ne point éprouver cela, il eût fallu n'être point Français;

ii) Raj^port de M, Villemain... sur les concoais de Vannée 18G1, dans Recueil des dmours... de l'Académie française, Paris 1866, p. 243

(2) L' Histoire de France... racontée à mes petits-enfants, Henri l\ , p. 'i67.

in AVANT-PROPOS

et, d'ailleurs, de royales paroles venaient, à diverses fois, attester la réalité de ces sentiments dans le Béarnais. Mais la pacification du royaume était-elle inhérente au maintien et au triomphe du droit royal? Qui oserait le soutenir, quand la France en grande majorité et par ses plus illustres représentants ou mandataires légitimes et pour les meilleures raisons se prononçait contre ce droit lui-même? Nous voulons bien que Henri de Navarre fût convaincu de la justice de sa cause. Mais, dans l'hypothèse du patriotisme dominant, il semble qu'il eut dû plutôt sacrifier son droit à l'intérêt du pays ou, du moins, ne pas le revendiquer les armes à la main. C'était le parti le plus simple et, à la fois, le plus généreux, pnrtant le plus patriotique. IVous n'insistons pas davantage, ayant seulement en vue de marquer que ce patriotisme dont parle M. Guizot, se confond assez avec lintérèt politique sous ses divers aspects dont ont parlé les autres écrivains. Henri IV a-t-il donc immolé sa conscience à cet intérèt-là? Voilà toute la question. J\|f. Guizot le pense ou incline beaucoup à le penser. Aussi, écrit-il à la suite de son récit de l'abjuration de Saint-Denis (1) : « Douloureux « mélange de frivolité et de sérieux, de sincérité et de « réserves captieuses, de résistance et de faiblesse, <( dont on n'a droit d'être choqué que si l'on a résolu « d'être impitoyable envers la nature humaine, et de « ne tenir aux meilleurs hommes aucun compte de la '< complication des faits, des idées, des sentiments et « des devoirs sous l'empire desquels ils sont quelque- « fois obligés de .se résoudre et d'agir. » Est-ce vrai- Ci) V Histoire de Fmnce... racontée à mes pttits-enfants. Henri IV, I». 'i7G.

AYANT-PROrOS XIII

ment là le dernier mot sur la conduite religieuse du grand roi? Ce jugement doit-il être accepté comme définitif?

Nous ne le pensons pas. JVous en disons autant de l'appréciation de M. Yillcmain. Pour M. Yillemain, Henri lY est un habile en politique et à peu près un indifférent en religion. Pour M. Guizot, ce serait un caractère qui, avec ses finesses et ses réserves, ne pourrait guère être disculpé d'une sorte d'hypocrisie. Pour tous les deux, l'histoire ne devrait-elle pas, dans une certaine mesure, appliquer à ce roi de France la parole qu'un empereur romain s'appliquait à lui-même sur son lit de mort : // a bien joué son rôle. A nos yeux, ce n'est pas seulement amoindrir, c'est ternir, aux dépens de la vérité vraie, dans celui de nos monarques qui est demeuré le plus populaire, une des plus grandes figures de notre histoire nationale.

Une partie der notre travail a déjà paru dans la Revue du Monde catholique) et l'accueil favorable qu'elle a reçu du public, nous a engagé à poursuivre l'œuvre pour lui donner les développements estimés utiles, y ajouter les compléments que le sujet réclame ou comporte. C'est ce que nous avons essayé de faire. De là le livre que nous publions aujourd'hui.

Cette nouvelle étude, en venant dans le but indiqué prendre place à la suite de tant d'autres, aura-t-elle la bonne fortune de contribuer, pour une part quelconque, à rétablir la vérité hisrtorique dansS tous ses droits? C'est un de nos vœux les plus ardents. Mais à d'autres de prononcer. Pour nous, nous nous sommes proposé de faire une œuvre consciencieuse.

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