‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 7 sur 54 · PREMIER RETOUR DE HENRI IV A LA RELIGIO.X CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

PREMIER RETOUR DE HENRI IV A LA RELIGIO.X CATHOLIQUE

La mort ou la messe.

Il leur commanda de quitter leur belle religion qu'ils avaient prise pour servir de prétexte à leur rébellion... Et, après plusieurs menaces et injures, leur commanda d'aDer à la messe, ou qu'il leur ferait faire leur procès, comme étant criminels de lèse-majesté divine et liumaine ; et leur furent ces paroles réitérées tant de fois que finalement ils cédèrent à la force. (Charles IX au roi de Navarre et au prince de Condé.)

Rejeton de la noble race de saint Louis par son père, Henri de Navarre dut le jour à une mère qui, suivant le langage d' Agrippa d'Aubigné, n'avait « de femme que le sexe, (( l'âme entière aux choses viriles, l'esprit puissant aux grandes ((affaires, le cœur invincible aux adversités (1). » Son baptême

(1) Histoire universelle^ tome II, liv. I, chap. u, p. 8.

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l'avait fait catiaolique ; son éducation le fit huguenot. Jeanne d'Albret, devenue veuve, avait solennellement embrassé la réforme pour laquelle elle dissimulait plus ou moins sa propension depuis longtemps, et proscrit le catholicisme dont elle avait juré, à son sacre, d'être la protectrice. Ce fut une affreuse persécution dans le Béarn. Rien n'arrêta la reine : ni les remontrances des Etats, ni la crainte de la France, ni la voix dé la justice, ni l'horreur du sang, ni les maux d'une guerre civile froidement jetée dans un pays dont on est appelé à faire le bonheur par un sage gouvernement (1). Le jeune Henri de Navarre était à Paris, suivant avec Henri de France et Henri de Guise les cours du collège de Navarre (2), lorsque sa mère inaugurait ainsi dans ses Etats le règne exclusif de la réforme. Le calvinisme attendait le jeune prince à son retour.

',!) « Jamais souveraine, dit avec raison M. l'abl)!' Puyol, n'a plus « déchaîné de malheurs sur son peuple. Le despotisme dans ce qu'il a « de plus odieux, c'est-à-dire l'oppression des âmes, la tyrannie, et « la tyrannie étroite et rancunière d'une femme cruelle et fanatique, « -s'appesantirent sur ce malheureux pays. » {Louii XIII et le Béaru. « Paris 1872, p. 29.)

M. lîascle de Lagri-ze a écrit de son coté : « Faut-il donc s'étonner Il que le souvenir de ces scènes de désolation et de carnage ait laissé M une impression profonde dans la mémoire populaire et jeté sur le '< nom de Jeanne d'Albret un reflet de saDg? Je n'ai pas oublié les « récits des anciens du pays que j'aimais ù écouter dans mon enfance « comme un écho des traditions du temps passé. Ils faisaient d'étran- « pes histoires sur la cruauté de la reine Jeanne à laquelle ils attri- » l)uaient toutes les horreurs commises dans son temps et de plus « singulièrement augmentées et grossies par leur imagination ef- € frayée et crédule, » {Le château de Pmt, Paris, 185i. p. 193, 196.) »

(2) Bascle de Lagrèze; Ibid.^ p. 211.

A l'kglise catholique 5

Ce fut en 1566. Le prince était dans sa treizième année. Après la mort du bon et sage La Gaucherie, à qui il avait été confié à Paris, on lui donna pour maître, à sa rentrée en Navarre, Florent Chrétien dont le zèle calviniste était à la hauteur des connaissances littéraires. C'est assez dire comuient, au point de vue religieux, se façonna l'âme de Henri de Navarre sous la volonté de la mère et l'enseignement du maître et par l'exemple de tous deux. Peut-être déjà Jeanne d'Albret assignait-elle à l'enfant qui donnait de si grandes espérances, d'autres destinées que celle de lui succéder dans le modeste royaume des Pyrénées, et le voyait-elle, triomphant à la tête de tous les calvinistes de France, dicter des lois au grand royaume. Quoi qu'il en soit, la troisième guerre civile avait recommencé. A Jarnac, la victoire s'était déclarée en faveur des catholiques et le prince de Gondé, chei des protestants, avait, après sa défaite, trouvé la mort dans un lâche assassinat. Alors, la reine Jeanne présenta son fds à l'armée protestante : c'était un nouveau chef qu'elle entendait lui donner (1). Henri de Navarre, en effet, fut proclamé généralis-

fll D'Aubigné, Histoire universelle, tome I, liv. V, cliap. ix, p. 28'2 : « L'eslongnement de Monsieur permit à l'amiral une reveue de toutes <i les forces prés deTonnay Charante où se trouva la Uoine de Navarre Il avec le prince, son fils, qu'elle présenta* au gros de la cavalerie à <• part et puis à celuy de l'infanterie; et là, après avoir preste un « serment notable sur son âme, honneur et vie, de n'abandonner ja- « mais la cause, en récent un réciproque, et quant et quant lut Il proclamé avec cris et exsultations, les cœurs estant merveilleuse- « ment émeus par une harangue de la lloine qui mesla d'une belle •< grâce les pleurs et les soupirs avec les résolutions... »

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