‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 8 sur 54 · PREMIER RETOUR DE HENRI IV · texte numérisé non relu

PREMIER RETOUR DE HENRI IV

sime de l'armée. La bataille de Moncontour, où le jeune et malheureux généralissime « brûlait d'envie de jouer des mains ( l ) , » couvrit d'une nouvelle gloire le duc d' A.iijou, mais sans désespérer les huguenots. De part et d'autre, on consentit à la Paix de Saint-Germain^ dont la durée paraissait être garantie par le mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de France, du géiiéi-alissime vaincu à la tête des protestants avec la sœur du généralissime vainqueur à la tête des catholiques. Jeanne d'Albret mourut à Paris au milieu des préparatifs de noces et son fils quittait la dignité de prince pour le pouvoir de roi. Les fiançailles se célébrèrent au Louvre le 15 août 1572 et, deux jours après, l'union fut bénie à Notre- Dame par le cardinal de lîourbon. Pendant la messe à laquelle assistait la mariée, le roi de Navarre et les calvinistes qui l'accompagnaient se promenaient dans le cloître de la basilique (2). Ainsi s'affirmait la foi religieuse du fils de Jeanne d'Albret.

Cependant, le 24 suivant, le massacre de la Saint-Barthélémy ayant été ordonné et commencé, on amena le roi de Navarre et le prince de Condé devant Charles IX qui les somma d'avoir à choisir entre la messe et la mort, car il ne voulait plus de troubles dans son royaume et, dès là, n'y souffrirait plus que des catholiques. Henri en appela aux droits de la conscience qu'on devait respecter, Condé à la foi jurée qu'on

(1) Péréfixe, Ilisloiif de Hciinj-lf-Qrnnd.

(2) D'Aubigné, Ibid., totno M, liv. t. rli, llf, p. 12.

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ne pouvait violer. Mais Charles IX, dont la fureur allait croissant, ne voulut rien entendre et consentit seulement à leur accorder quelques instants de réflexion. Malgré le courage montrée la première heure (1), Henri et Condé fléchirent, u Tellement qu'enfin, écrit Sully, après plusieurs délais, ils a furent nécessités comme tous les autres du royaume qui <( n'avaient point de retraite en icelui ou qui ne le voulurent « point quitter, de fléchir sous cette âpre servitude (2) . »

Qu'est-ce donc qu'une pareille adhésion à la religion catholique? Une feinte pour éviter la mort.

Pour nous en tenir au roi de Navarre, qu'est-ce que cette lettre dans laquelle le prétendu converti prie le Pape de lui (i ouvrir les bras de son indulgence » et de le « recevoir au giron » de l'Eglise (3) ? Une feinte pour ne pas retomber dans le même péril.

Qu'est-ce que ces négociations qui s'entreprennent dans ce but avec la cour romaine, cet appui qui est sollicité près du doyen du sacré-collége, des cardinaux de Ferrare (4) et de Bourbon et autres (5) ? La même feinte qui se continue.

(1) Le prince de Condé aurait dit suivant d'Aubigné : « Faites de « ma vie et de mes biens ce qu'il vous plaira : je sais résolu de ne « renoncer la vérité que je congnoi bien, par aucune menace ni par «• le péril de mort où je me voi. » {Ibid., p. 19.)

(2) Mémoires, ch. vi, p. 16.

(3) Letirei missives de Henri IV, tome I, p. 37 : lettre du 3 octobre 1572.

(U) Ifnd., p. 39 et /4O : deux lettres de même date. Voir aussi la lettre à M. du Ferrier {Ibid., p. ^1).

(5) Jbid., tome VIII. Supplément, p. 80, 81 : lettres de même date.

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Qu est-ce que ce silence, cet oubli du passé, ces nouvelles pratiques religieuses, cette confiance qui se témoigne, celte gaieté ou cette satisfaction qui apparaissent, en un mot cette vie si minutieusement surveillée (1) et ne donnant point sérieusement prise aux accusations pendant quatre ans à la cour de France? Des feintes, toujours des feintes.

C'est un rôle habilement et patiemment joué jusqu'à l'heure où avec la liberté de la personne sera rendue la liberté de la foi. Rôle dont nous nous bornons à faire ressortir la réalité, car pour le reste, outre que c'est en dehors de notre cadre, il suffit de savoir que, si l'amour de la vie ou la peur de la mort expliquent les faiblesses, ils ne les excusent pas. L'heure désirée sonna enfin.

Déjà le prince de Condé avait pu échapper à ses surveillants et s'enfuir en Allemagne pour de là revenir en France e: se mettre à la tête des calvinistes. Déjà le duc d'Alençou, suspect à un autre point de vue, avait réussi à en faire autant et devenait le chef d'un autre parti politique composé des catholiques modérés qui désapprouvaient la marche gouver-

(1) Sully nous apprend que depuis la Saint-Barthélémy jusqu'à la fin du règne de Charles IX, le roi de Navarre « avait toujours estr M détenu comme en une espèce de demi-prison, » et que. après le sacre et le mariaze de llnnri Ml, il partageait le sort du duc d'Alençon, c'est-à-dire qu'il « leur fut Oonné quelque espèce déplus grande « liberté, laquelle de fois à autre leurestoit retranchée par ie Roy et « la Reinc-mèro, selon les divers advis, fussent vrays ou faux, qui se • recevoiont de leurs menées, projets et dessoins. » {Mémoires, oh. vr, p. 19 et 20.)

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nementale, et connu en histoire sous le nom de malcontents. Le moment parut propice au roi de Navarre pour suivre ces deux exemples. Celui-ci chassait dans la forêt de Senlis. r,'était au mois de février 1576. Après avoir donné le change à ses espions, il vint passer la Seine à Poissy, prit le chemin d'Alençon où il se rendit au prêche et fit abjuration, puis se dirigea sur le Maine et l'Anjou où il s'empressa de faire profession ouverte du calvinisme (1). On dit que quand il eut passé la Loire, il s'écria en poussant un soupir et en levant les yeux au ciel : « Loué soit Dieu qui m'a délivré! On a fait «mourir la reine ma mère, à Paris; on y a tué Monsieur 0 l'amiral et tous mes meilleurs serviteurs ; on n'avait pas (( envie de me mieux faire, si Dieu ne m'eût gardé ; je n'y re- (( tourne plus si on ne m'y traîne (2) . » Puis, ayant pris son ton jovial, il aurait ajouté qu'il regrettait pourtant deux choses: (( la messe et sa femme ; » que, quant à la messe, il saurait s'en passer, mais qu'il voulait avoir sa femme (3).

Ainsi Henri IV, dans le fond de l'âme, n'avait jamais cessé d'être huguenot. C'était ce que plus tard plaidaient à Rome du Perron et d'Ossat, procureurs du même Henri IV pour la grande affaire de l'absolution, lorsqu'il s'agissait de savoir s'il avait été vraiment relaps. La cour de Rome le soutenait. Mais les procureurs ont toujours dit et maintenu le contraire, parce

(1) Métnoircs de Sully, ibid. ; Rqjislre-joarnal de Henri 111, p. 66.

(2) Registre-journal de Henri 111, p. 66.

(3) Ihkl

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qu'il « n'était point vrai qu'il eût abjuré en ladite année 1572, « mais bien qu'il avait par force et violence dit vouloir être « catholique et était allé à la messe. •> Voilà ce qu'écrivaient les procureurs eux-mêmes dans un des mémoires qu'ils envoyèrent en France après l'absolution accordée (1).

En fîiit, ils avaient raison; mais en droit, c'était Rome, car en droit l'on n'apprécie et il n'est permis d'apprécier les actes intérieurs que par les extérieurs : De internis non dijudicat Ecclesia. Or, il y avait eu, dans l'espèce, acte sensible d'abjuration du calvinisme, et, comme confirmation de cet acte, adhésion publique de près de quatre années à la religion catholique (2).

Avec la liberté, le roi de Navarre n'avait pas seulement recouvré la profession ouverte du calvinisme, il était redevenu le chef de ceux qui le professaient, chef qui devait être d'autant plus obéi qu'il avait plus d'expérience, et d'autant plus aimé qu'il semblait avoir plus heureusement échappé à la persécution. Les malcontents s'unirent aux huguenots; et le

(1) Mémoires et advertissements sur le contenu de la Balle de l'absolution du Roy {Fonds Brienne, ms. 137, fol. 200 recto.)

(2) Mais le.*? procureurs, soit qu'ils tinssent toujours à leur sentiment, soit qu'ils ne voulussent point froisser la cour do France, marquaient encore la nianit'-re dont on devait traduire ces mots de la bulle: « Etsi (le Mémoire porte: JUtiamsC) de anno Domini 1572 a eosdem errores et haereses Parisiis abjuraveris et detestatus fueris « et postea in eosdem errores et haereses relapsus sis... •• Suivant eux, il fallait traduire ainsi: « Quand bien, on l'année 1572, vous auriez • abjuré dans Paris les mêmes erreurs et hérésies et seriez depuis « recheu en ces mêmes erreurs et hérésies... » (Ibid.)

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roi de Navarre, le duc d'Alençon et le prince de Condé « firent « une armée de plus de cinquante mille hommes, par le moyen « de laquelle ils obtindrent, pour donner la paix au royaume <( et laisser le roi en repos, dans la mollesse des plaisirs et (( délices où il s'était plongé, tant pour leurs personnes, celles « de leurs étrangers, des seigneurs qui les avaient assistés, r( que pour le parti de ceux de la religion en général, toutes «les conditions avantageuses qu'ils purent désirer (1). » L'historien vise ici YEdit de Poitiers et les autres traités qui l'ont suivi. Depuis, dans la paix comme dans la guerre, Henri de Navarre ne cessa de se montrer huguenot ni de se considérer comme chef des huguenots en France (2) . La mort de Henri IH allait ouvrir devant lui de nouvelles destinées politiques : serait-elle pour lui, en même temps, l'occasion d'un changement religieux, mais cette fois, vrai et sincère ?

(1) Sully, Mémoires, cli. vu, p. 20.

(2) Il paraîtrait cependant d'après un manuscrit que cite Tempesti dans sa Storia délia vita e geste di Sisto Quinto, Rome 1754, tome I, p. 164, il paraîtrait, disons-nous, que Sixte-Quint ayant fulminé la fameuse bulle d'excommunication en 1585, le roi de Navarre fit dire au Pape qu'il était disposé à se faire instruire dans le catholicisme et qu'il avait di'jà manifesté cette intention. Ce serait l'ambassadeur môme de Henri III, le duc de Montmorency, qui aurait fait la communication. Si la chose est vraie, ne pourrait-on pas voir là une hal)ileté de diplomate de la part du chef des PoUtiquesl En tous cas, le Pape répondit avec raison que son nonce ne lui avait communiqué rien de semblable, et l'affaire n'eut pas d'autre suite.

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