‹ Henri IV et RichelieuChapitre 11 sur 36 · G03-1IJ · texte numérisé non relu

G03-1IJ

quatrième, où des écoliers rappoileurs s espionneraient les nus les antres et se dénonceraient par trimestre.

Cet amortissement dn clergé, plus facile que l'on n'eût cru, encouragea à entreprendre une œuvre qui semblait plus hardie : la transfonnation de la noblesse.

Nous devons à M. Ranke {Papauté, liv. Y, §9) la connaissance d'une pièce inestimable, tirée des manuscrits Barborini. C est le plan que le nonce Minuccio Minucci propose à la cour de Rome pour le remaniement moral de l'Allemagiie. Son principe dominant est celui-ci : C'est de la noblesse quil faut s'emparer. 11 ne se lie pas au peuple.

Il veut : iUpimi traite les enfants nobles mieux que les petits bourgeois, pour attirer la noblesse aux collèges; 2" quon donne les évêchés aux nobles, « qui seuls ont droit d'y arriver. » Point de bénéfices aux bourgeois , qui pourraient devenir savants; il faut bien quelques savants, m;iis peu, très-peu de savants; 5" on n exigera pas de ees nobles prélats quils résident dans leurs évêchés; ils seront bien plus utiles à la cour et près des princes.

Ce plan tout aristocratique porte sur celte pensée, très-juste, que la noblesse, plus qu'aucune autre classe, pouvait être corrompue par

les places el par l'argenl, par le plaisir, par son besoin absolu de vivre à la cour.

Justement, à celte époque, se formaient autour des princes ces grands centres de vie galante et mondaine, les cours, et de moins en moins la noblesse pouvait vivre chez elle. Dans plusieurs pays, les Jésuites n'eurent besoin que d'une chose; il suffit que les protestants ne fussent plus admis chez les princes. En Pologne, l'effet fut terrible; les exclus furent désespérés et se refirent catholiques. En France, il en fut peu à peu de même. Les prolestants non chassés furent du moins vus de mauvais œil; il leur fallut s'éloigner. Dans les châteaux commencèrent les lamentations des femmes, les querelles domestiques. Le jour ne fut qu'un bâillement et la nuit qu'une dispute. Le mari y échappait, tant qu'il pouvait, par la chasse; mais il y retombait le soir. Hélas! malheureuse dame, exilée, perdue au déseit! Loin du roi, nouveau Dieu du monde, vous ne verrez donc plus (jueDieu! Ce soleil vivant vous aurait dorée d'un rayon ; à son aimable chaleur auraient éclos les amours. Or, dans le monde monarchique, les amours font les affaires : le mari eût fait fortune...

La noblesse fut vaincue. Tous les honnêtes gens se firent catholiques. Des collèges magnifiques furents ouverts par les Jésuites à la jeune no-

blesse; les enfants Hes princes eux-mêmes s'y assirent avec les nobles. Ces princes, élèves des Jésuites, Bavarois et Autrichiens, vont êlre l'épée (lu parti.

Du jour oii la France a faibli en abandonnant l'Italie, Ferdinand d'Autriche exécute chez lui l'opération violente de chasser tous les protestants. Persécution que l'empereur Rodolphe commence en Hongrie, en Bohême, et généralement dans l'Empire, par la destruction des hauts tribunaux qui maintenaient l'équilibre entre les deux religions.

Tous les princes sont tentés par les domaines protestants, ou ceux même des catholiques. Le pape trouve bon que son favori le Bavarois s'approprie les biens des couvents, et il le charge de corriger et de stimuler les évêques.

L'artère du monde est le Rhin. Bade, Mayence, Cologne et Trêves , les évêchés peu éloignés , Bamberg , Wurtzbourg et Paderborn , avaient chassé les protestants. Mais la grande affaire était Clèves, la porte de la Hollande et de l'Allemagne, ce bas Rhin commun à tous, qui touche aux trois nations.

Dès 1598, l'Espagne s'y était jetée, et elle n'en fut distraite que par le long siège d'Ostende. La Hollande ne sauva pas cette place. Elle s'épuisa en efforts, et chacun prévit le moment

OÙ la France serait obligée de se mettre de la partie , de soutenir les Hollandais , ou de les laisser périr, ce qui livrait l'Allemagne, avec l'Allemagne l'Europe. De sorte que l'Espagnol, ruiné, séché jusqu'à l'os, un squelette, une ombre, se fût encore trouvé le maître à la fin et le vainqueur des vainqueurs.

J Donc, on regardait Henri lY, et tout retombait ' sur lui. Sa tête était au fond l'enjeu du grand combat de l'Europe.

La mort de Biron lui avait causé un terrible ébranlement. I/on se demandait deux choses :

Mourrait-il natnreUement? Ce n'était pas impossible. Dyssenterie au moment fatal, en juillet 1602. Mai 1605, seconde crise de rétention d'urine. Dyssenterie en septembre, en décembre encore. En janvier et en avril 1604, premières atteintes de goutte.

Mourrait-il moralement, d'inquiétude et de chagrin, de tiraillement intérieur? La conjuration générale de bêlise et de bigotisme vaincraitelle cet esprit si vif et si résistant?

l\ semble qu'il fût alors très-bas et Irès-affaissé. J'en juge surtout par une chose. Sully ne parvenait pas à lui faire comprendre qu'il n'avait à craindre jamais une alliance du parti protestant avec l'Espagne. Et cependant visiblement l'Espagne devait leur faire horreur. L'avé-

nement de l'infante Claire-Eugénie à Bruxelles avait été solennisé par une femme enterrée vive» Le conseil d'Espagne songeait à chasser tous les Moriscjues. La seule difficulté était que le frère du premier ministre, grand inquisiteur, voulait, non qu'on les expulsât, mais qu'on les passât au fil de l'épée. Or c'était un million d'hommes!

L'Espagne faisait horreur. Le plus suspect des protestants, le pins intrigant, Bouillon, n'osait traiter avec elle. (De Thon. Ul se fût perdu chez les siens.

Ce qu'il faisait réellement, c'était de calomnier le roi dans TEurope protestante, jusqu'à dire qu'il méditait avec le pape une seconde Saint-Barthélémy (Lettres, VI, p. 10). Il sollicitait le roi d'Angleterre de prendre le protectorat de nos réformés. Cela troublait fort le roi et le rapprochait des catholiques, le faisait même faiblir dans la question des Jésuites.

Moment d'obscurité profonde. Le roi ouvrait les l)ras à l'ennemi, favorisait, sans le savoir, le grand complot fanatique organisé contre luimême Et les prolestants se défiaient du roi, qui déjà, dans la Bastille, ama&sait l'argent, les armes, pour la grande guerre nécessaire au salut des protestants.

On ne pouvait agir de face contre un homme de tant d'esprit, mais on le pouvait de côté

par des moyens indirects. L'Espagne trouvait à cela d'admirables facilités; le conseil, la cour était espagnole. Ce n'était pas seulement des Villeroy, des Jeannin, qui discouraient en ce sens, mais les gens les plus innocents, des mondains, des étourdis, par exemple Bassompierre, le galant colonel des Suisses. La reine, au lit même du roi, grondait, pleurait pour l'Espagne, pour Talliance espagnole, pour le double mariage. El, si le roi se sauvait chez sa Française, Henriette, il y retrouvait l'Espagne: Henriette voulait s'y réfugier, si le roi venait à mourir. Donc l'Espagne en tout et par tout; on la sentait de tous côtés, on la respirait. Ou, si ce n'était pas elle, c'était la Savoie, plus adroite, une sorte d'Espagne française par 011 le poison arrivait.

Au moment oii, de la Savoie, partait un agent secret qui devait travailler les Guises, un Savoyard, très-aimable, l'insinuant, le charmant saint François de Sales, venait prêcher devant le roi.

Celui-ci n'était pas Jésuite. Son maître, le P. Possevino, le grand diplomate de l'ordre, avait senti qu'il servirait bien mieux les Jésuites en ne l'étant pas. Leur but alors étant, comme je l'ai dit, de s'approprier la noblesse, il leur fallait des gentilshommes n eux, qui

Page 1