‹ Henri IV et RichelieuChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le dernier amour d'Henri IV. — 1609.

La Hollande fatiguée voulait, exigeait la paix, au moment oii tout annonçait le réveil de la grande guerre. Le roi travaillait au traité qui ajournait tous ses projets. En attendant, il s'ennuyait. Le Louvre n'était plus tenable. On eût dit que la régence avait déjà commencé. La cour, visiblement, était d'un côté, et le roi de l'autre. A une entrée du Dauphin, tout le monde se précipita au-devant de lui; le roi resta seul.

Le jour, ses courses à l'Arsenal; au soir, le jeu, c'était sa vie. Ajoutez-y la lecture des romans de chevalerie. Le livre de Cervantes n'en arrêtait pas le cours. Le torrent des Amadis ^{cinquante volumes in-folio!) continuait. Les

Parisiens disaient « que toute sa Bible était VAmadis de Gaule. »

Au printemps de 1609, on lui mit en main ïAstrée, livre doux, ennuyeux, oii les chevaliers ne sont plus que de langoureux bergers. Le tout faiblement imité des pastorales espagnoles.

Du moins la tendance était pure, la réaction de l'amour. Le nouveau roman put être loué de saint François de Sales. Et l'auteur lui-même, d'TJrfé, compare son innocente Astrée à la dévote Philothée.

La grande réputation d'un livre si faible étonne, mais elle tient à la surprise qu'elle causa, élant en contraste avec l'impureté du temps. Beaucoup paraissaient excédés des femmes; ils les fuyaient, retournaient aux mœurs d'Henri IIL Us haïssaient la nature, la lumière, l'amour. Il leur fallait l'obscurité, des plaisirs sauvages, égoïstes. Le jeune Condé, à vingt ans, était déjà sombre et avare comme un vieux sénateur de Gênes, ou comme ces nobles de Venise, lucifuges et fils de la nuit. Henri lY, qui avait prêché d'exemple l'amour des femmes, était indigné de voir son petit Vendôme à quinze ans avoir tous les goûts d'un page italien.

Pour lui, on le voit dans ses lettres à Coiisande, à Gabrielle, il gardait sous l'homme

d'affaires une élincelle poétique. Il était tendre à la nature, sensible à toute beauté, et même (cliose rare alors) au charme des lieux. Sur la Loire, sur Fontainebleau, il a des paroles émues. Apiès une longue vie d'épreuves et tant de misères moiales, dans cet homme indestructible, l'étincelle était la même, plus vive encore, en finissanl.

Le lomanesque projet que lui attribue Sully, de vouloir fonder la paix éternelle, de créer, par une guerre courte et vive, un état nouveau de tolérance universelle, d'amitié entre les Etats, est-il d'un fou? Je ne sais; sans nul doute il est d'un poë e.

Mais c'était surtout par l'amour que ce sens devait éclater en lui. Le voilà, à cinquante-huit ans, qui un matin se retrouve lancé, comme il ne lut jamais, dans la poésie et dans le rêve.

Eu jauvier 1609, la reine organisait un ballet des ?^^ymp]ies de Diane. Le roi et elle étaient (connue toujouis) en discorde; ils ne pouvaient s'entendre sur le choix des dames qui feraient les nymphes. Et, comme toujours aussi, la reine l'avait emporté et en faisait à sa tête, de sorte que le roi, de mauvaise humeur, pour ne pas voir aller aux répétitions, avait fait fermer sa porte. Une fois pourtant, en passant, il jette un regard dans la salle. Il se trouve jusie au mo-

Page 1