‹ Henri IV et RichelieuChapitre 17 sur 36 · IC(IO) — 1G · texte numérisé non relu

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ment où Tune de ces nymphes armées levait son dard et semblait le lui adresser an cœur. Le coup porta, et si bien, que le roi s'évanonit presque... C'était mademoiselle de Montmorency.

Elle était presque encore enfant; elle avait à peine quinze ans. Mais elle avait le coeur haiil, ambitieux; elle vit le roi, et sans doute se plut à porter le coup.

11 explique très-bien à Sully ce qu'il avait éprouvé. Celte enfant, qui devait un jour être mère du grand Coudé, lui parut, dans ce regard, non-seulement unique en beauté, mais eu couraye^ dit-il. 11 y vit ce dont rien encore ue lui avait donné l'idée, luie lueur héroïque, et d'avance l'éclair de Kocroy.

La figure du grand Coudé, si triste dans les portraits, fait pointant conjectujer par son sauvage nez d'aigle et ses yeux d'oiseau de proie, ce que put avoir de vainqueur le sourire, la menace enjouée de son irrésistible mère.

Mademoiselle de Montmorency, dès sa naissance, avait été une merveille, une légende. Sa mère, plus belle que noble, s'était, dit-on, donnée au diable. De là son grand mariage et deux enfants admirables; cette fille de beauté fantastique, telle qu'on croyait que l'autre monde /ange ou diable) y avait passé.

Le' terrible pour le roi, c'était l'âge : elle, quinze ou seize ans; et lui, cinquanle-buit. Un monde de faits, de batailles, d'émotions, était lisible sur ce visage, où l'histoire du temps pouvait s'éludiei'. Ses ruses y avaient laissé trace, et aussi ses larmes, sa sensibilité facile; bai'be grise ; lui-même disait : « Le vent de mes adversités a soufflé dessus. »

L'irrécusable document que nous avons de ce visage, c'est. le plâlie pris sur lui en 93, quand on le trouva si bien conservé. Sauf une légère convulsion qui suivit ce coup de couteau et qui a fait remonter un coin de la bouche, rien n'est altéré. La tête est forte pour un homme de sa taille. Le profil ressemble à François V\ mais il est bien plus arrêté et surtout plus spirituel ; il est d'un homme, l'autre d'un grand enfant. Le nez, moins long et tombant, semble ferme et courageux. Il incline un peu à gauche, soit par l'effet de la convulsion, soit que dans la vie il ait été tel. Le front est extrêmement beau, non pas d'un vaste génie, mais d'un esprit vif, intelligent et rapide , sensible à toutes choses. Les yeux sont dans une arcade marquée, non profonde. Ils ne sont pas trèsgrands, mais doux, charmants, infiniment aimables.

L'incertain dans cette figure, c'est la bouche,

moins visible sous la barbe, et un peu tirée de côté. Autant qu'on peut entrevoir, elle ne rassurerait pas trop ; elle semble fuyante et flottante. Ajoutez ce nez indirect qui semble d'un homme incertain.

Le masque, selon le jour et l'aspect, a des expressions très-diverses. Vu de haut , il est funèbre. Face à face et de niveau, il est douloureux. Yu d au-dessus, il sourit, et paraît comique, sceptique; il dit : oui et non.

Ce qui est sûr et certain en cet homme, ce qui est visible, c'est l'amour. Les yeux fermés couvent de tendres pensées et continuent toujours leur rêve.

La folie croît par les obstacles. D'une paît, à l'Arsenal, Thomme positif et sage, Thomme de la grande confiance, montiait l'impossibilité, l'absurdité, le ridicule. D'autre part, au Louvre, on disait qu'elle ét;iit engagée, promise: mais c'était justement ce qui piquait le roi, qu'un mariage de cette importance eût été réglé par son compère, le vieux connétable, sans qu'il n'en sût rien. D'Epernon avait travaillé le vieillard, lui avait ]»ersuadé de la marier brusquement à leur ami de jeu, le beau Bassompierre, colonel des Suisses, issu des cadets de Clèves, mais (\n\ n'eût jamais aspiré si haut. Ce fat, qui, trente ans après,

a écrit ses Mémoires, ne manque pas de faire croire que son mérite avait fait loul.

M. de Bouillon, parent de la demoiselle, à qui on n'avait rien dit du mariage, s'en vengea en donnant au roi le conseil de la donner à son neveu, le jeune prince de Condé. C'était l'avis de Siilly et de tous les gens raisonnables. Le roi fut forcé d'avouer que c'clait le meilleur parti.

La passion est si rusée, que, dans son for intérieur, il calculait, il espérait que ce mariage ne serait pas un mariage, Condé détestant les femmes.

Ce personnage sournois, taciturne alors (plus tard il devint beau diseur), se tenait près du roi, tout petit et fort servile. Il attendait tout de lui. Il était très-pauvre, sa naissance même était contestée. Elail-il sûr qu'il fût Condé ? Les Condés, jusque-là rieurs, à partir de celui-ci, ont tous des mines tragiques. 11 était né, il est vrai, dans un moment fort sérieux, sa mère étant en prison pour empoisonnement. Un petit page gascon, son amant, avait pris la fuite, et le mari brusquement était mort. Les tribunaux huguenots la jugèrent coupable et la mirent pour toujours entre quatre ujurs. Mais elle se fit catholique; d'autres tribunaux la lavèrent, ce qui refit légitime cet enfant né

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