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vembre 1615). Dès lors, la reine avait vaincu. Condé négocia, s'arrangea pour un million et demi, et la position de chef du conseil. 11 traita pour lui seul, sans diie un mot des autres.
Le peuple, qui avait cru que son retour entraînait le départ dn favori, et qui le vit plus puissant que jan^.ais créer un nouveau ministère, entra en grande fureur. Elle éclata. Concini avait fait bâtonner ])ar deux valets un certain cordonnier nommé Picard, qui, sergent de la garde bourgeoise, avait lefusé de le laisser entrer à la porte Biicy sans passe-port. La foule saisit les deux valets et les pendit à la porle du cordonnier. Picard devint le héros du peujde.
Condé, rentrant, fut reçu en triomphe (juillet 1616). 11 n'y fut pas longtemps sans dire à son nouvel ami, Concini, qu'il ne pouvait le pruléger contre la haine universelle. Lui parti, Condé restait maître, et il ne manquait pas de gens autour de lui pour lui dire que, Louis Xlll étant bâtard adultérin, il était le seul héritier légitime du trône. Il semblait avoir tout pour lui, la noblesse, Paris, le Parlement. Il se trouv;i pourtant quelqu'un au Louvre (était-ce le nouveau ministre Barbin, ou la créature de Barbin, le jeune Richelieu?) qui osa croire qu'ayant le roi, on pouvait braver tout, même arrêter Condé. Cela s'exécuta, sans coup férir. Le faux
lion, pris comme un agneau, descendit à celle bassesse d'offrir de dénoncer les siens {[" sept. 1616).
Paris remua peu. Seulement la populace pilla riîôtel de Concini ; mais, quand on vit le roi, la reine, aller au Parlement, avec les amis même de Condé, quand on sut qu'il voulait s'emparer du trône, on rentra dans l'indifférence. Le jeune Richelieu, l'auteur probable de ce conseil hardi, quoique évêque, eut un ministère.
Une nouvelle prise d'armes des princes menaçait Concini. Et l'on parlait de plus d'une •élrange ligue oii Sully, . Lesdiguières, se seraient armés avec dEpernon.
Le Louvre était-il sûr ? Avant môme l'arrestation de Condé , Concini et la reine avaient cru entrevoir que l'enfant-roi leur échappait. 11 était trisle et sombre. La reine, deux ou trois fois, lui offrit de lui remettre le pouvoir. Timide au dernier point, il la pria de le garder.
Le changement du roi tenait à l'action secrète d'un certain Luynes qu'on avait mis auprès de lui pour la volerie des faucons. Il avait des goûts fort sauvages, de combats d'animaux, fl'escrime et de chasse, de petits métiers mécaniques. Nulle attention aux femmes, si bien que,
trois ans durant, ayant à côté de lui sa petite reine, fort jolie alors, il ne songea pas seulement qu'il fût marié. Ce solitaire n'avait besoin que d'un camarade.
Luynes était Provençal, d'origine allemande, d'humeur douce, de parole aimable. Son grandoncle élait un Albert, joueur de luth allemand, musicien de François I", dont il obtint pour son frère, qui était prêtre, un canonicat de Marseille. Le chanoine eut deux bâtards; l'un fut un très-bon médecin, attaché à la mère d'Henri IV, et qui lui prêta dans ses malheurs tout ce qu'il avait, douze mille écus. L'autre suivit les armes, fut archer du roi, et se battit devant Charles IX et toute la cour en champ clos à Vincennes ; il tua son adversaire. Montmorency se l'attacha, et le fit gouverneur de Beaucaire.
Ce gouverneur, en considération des douze mille écus qu'Henri IV ne rendit jamais, obtint i\e faire entrer son fils comme page d'écurie chez le roi. L'enfant, qui est notre Luynes, était si joli, qu'on le fit page de la chambre. Il arrivait sous d'excellents auspices, avec cette charmante figure et la réputation d'une famille admirable en fidélité.
Luynes et ses frères, fort agréables aussi, n'imitèrent point la cour, qui ne voyait que le
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présent, suivait Conciiii, oubliait le roi. Ils visèrent à l'avenir, et ils s attachèrent à l'enfant. Lnynes se tint si bas. si doux, parut si médiocre, que la reine n'en prit aucune défiance.
Ce ne fut qu'au voyage de Bayonne qu'on vit combien il tenait le roi. Celui-ci, qui ne parlait guère, ne commandait jamais, dit qu'il voulait que ce fût Luynes qui allât complimenter l'infante. Haute mission pour un homme qui n'avait près du roi d'autre charge « que de lui siffler la linotte. » Concini fut jaloux. Trop tard. Luynes, qui se sentit en péril, acheta la capitainerie du Louvre, afin de demeurer jour et nuit près du roi.
Il y avait dans le Louvre un autre ennemi de Concini, un homme qui n'avait jamais voulu le saluer, le jeune Vitry, capitaine des gardes. Vitry le père, fort ami de Sully, fut le seul, au jour de la mort du roi, qui n'adora pas le soleil levant. Quand il mourut lui-même et que son lils eut sa charge, Concini dit ; « Per Dio ! il ne me plaît guère que ce Vili-y soit maître du Louvre. Cet homme-là peut faire un mauvais coup! »
Le jeune roi, par Luynes ou Vitry, dut savoir de bonne heure les tristes mystères de la mort de son père. Si la reine avait laissé tuer son
mari, elle pouvait fort bien encore, obsédée des mêmes gens, les laisser détrôner son fils. Il était fort jaloux de son frère Monsieur, bien plus aimable, né dans une beure plus gaie, à la première aurore de Goncini, et qui avait toutes les grâces féminines d'un jeune Italien. Ce frère, aimé de la mère et de tous, avait le mérite, d'ailleurs, d'être fort jeune, et, s'il eût éié roi, une seconde régence eût commencé. Tout cela n'était pas absurde. Et, quand on voyait, dans la cbambre la plus voisine de la reine, à peine séparée par un mur, sa sorcière Léonora entourée de médecins juifs, de magiciens, troublée de plus en plus, et comme agitée des furies, n'y avait-il rien à craindre? Le roi ayant été malade juste au moment où il avait sa petite femme, on le crut, il se crut luimême peut-être ensorcelé. Il commençait à se dire comme Henri lY : « Ces gens ont besoin de ma mort. »
Luynes, qui avait trente ans, avec ses frères, bommes d'épée, n'était pas seulement un camarade complaisant pour cet enfant seul et inquiet ; c'était comme un garde du corps qui le rassurait. Mais Luynes même était fort timide, dit Richelieu. Il pensa que le roi, si jeune, ne le défendrait pas, et il voulait traiter. 11 fit demander à Concini de lui donner une de
ses nièces en mariage. Concini l'aurait accordée, pour se remettre bien avec le roi et pour en obtenir, à son prochain veuvage, une fille naturelle d'Henri IV. Il agissait déjà comme si sa femme Léonora était morte. Elle n'était pas si folle qu'elle ne devinât tout cela. Elle y mit son veto et empêcha tout rapprochement avec Luyues.
Celui-ci, rebuté, visa moins haut; il s'adressa aux ministres de Concini. Il demanda la nièce de l'un d'eux pour son frère, et Richelieu conseillait fort ce mariage. Mais on refusa encore. Et Luynes, ayant tout épuisé, et bien sûr qu'on voulait le perdre, agit pour perdre Concini.
La reine avait fait une chose ou coupable ou bien imprudente. Elle avait envoyé les gardes du roi à Tarmée, et lui avait donné ses propres gardes. Luynes montra au roi qu'il se trouvait prisonnier de sa mère.
Mais que faire? l'enfant royal n'avait personne à lui. Deux gentilshommes d'assez mauvais renom, qui soignaient ses oiseaux, un commis, un soldat, un jardinier, ajoutez-y Travail ou le Père Hilaire, le huguenot capucin (Y. plus haut), voilà les conjurés illustres avec qui le roi de France conspira pour sa liberté. Il n'y avait pas, dans tout cela, un homme d'exécution. Le jeune Montpouillan,
camarade du roi, disait qu'il poignarderait bien Concini, mais dans le cabinet du roi. C'était mettre celui-ci en péiil. On s'adressa à Vitry, capitaine des gardes, pour Varrêter, ou le tuer, s'il faisait résistance.
On avait bien arrêté le prince de Condé, dit Richelieu; on aurait pu en faire autant pour Concini. Etrange oubli des circonstances: le roi n'avait personne, et son homme, Vitry, capitaine des gardes, n'avait point les gardes avec lui. Concini, au contraire, ne marchait qu'entouré d'une trentaine de gentilshommes. A grand'peine Vitry en réunit quinze, les cacha, les arma de pistolets sous leurs habits.
Il le prit au moment oii il venait le matin faire sa visite ordinaire à la reine. Il était sur le pont du Louvre avec cette grosse es« corte. Vitry était si effaré, qu'il le passa, sans le voir, l'ayant devant les yeux. Averti, il
retourne : « Je vous arrête! — A r)ii!
(A moi!) » — Il n'avait pas fini, que trois coups, quatre coups de pistolets partaient, lui brûlaient la cervelle... « C'est par ordre du roi, » dit Vitry. Un seul des gens de Concini avait mis l'épée à la main (24 avril 1617).
Le Corse Ornano prit le roi, le souleva dans ses bras, le montra aux fenêtres. Le
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peuple ne comprenait pas. On avait dit d'abord que Concini avait blessé le roi. Mais, quand on sut, au contraire, que celait lui qui était tué, il y eut nue explosion de joie dans toute la ville.
La reine mère était très-effrayée. Son seul cri fut : « Poveretta di me! » Cependant qu'avaii-elle à craindre ? Quelque antipathie qu'eût son fils pour elle, il ne pouvait songer à la mettre en jugement. On se contenta de lui ôter ses gardes. On mura, moins une seule, les portes de son appartement.
Elle ne montia nulle pitié pour Concini ou sa veuve. Quelqu'un disant : « Madame, Votre Majesté peut seule lui apprendre la mort de son mari. — Ah! j'ai bien autre chose k faire!... Si on ne peut la lui dire, qu'on la lui chante... qu'on lui crie aux oreilles : \JHanno ammaxato. »
Mot terrible, c'était celui même que Concini avait dit à la reine, au jour de la mort d'Henri IV, en lui apprenant la nouvelle qu'elle ne connaissait que trop bien !
Léonora tremblante lui demandait asile. Elle refusa. Alors cette femme, chez qui la reine tenait les diamants de la couronne (comme ressource en cas de malheur), se déshabilla et >e mit au lit, en cachant ces diamants sous
elle. On la tira du lit; on fouilla tout, on mit la chambre au pillage, on la mena à la Coiicieigerie. Paris était en fête. La foule cherchait et déterrait le cadavre de son mari, qu'on brûla solennellement devant la statue dHenri lY, en signe d'expiation. On dit qu'un forcené lui mordit dans le cœur, et en dévora un morceau.
Le roi avait fait dire au Parlement qu'il avait ordonné d'arrêter Concini, qui, ayant fait résistance, avait été tué. Il ne parlait de sa mère qu'avec respeci, disant « qu'il avait supplié sa dame et mère de trouver bon qu'il prît le gouvernail de TÉlat. » Le Parlement vint le féliciter.
Le procès si facile qu'on pouvait faire à Concini et à sa femme (spécialement pour certaines intelligences avec l'ennemi, que la reine avait pardonnées), ce procès fut habilement étouffé, détourné. On en fit un procès de sorcellerie. C'était Tusage, au reste, de ce siècle. Les tyrannies libidineuses des prêtres dans les couvents de femmes, quand par hasard elles éclatent, tournent en sorcellerie, et le Diable est chargé de tout.
Léonora elle-même se croyait le Diable au corps, et elle s'était fait exorciser par des |)rêtres qu'elle fit venir d'Italie, dans l'église
des Auguslins. Comme elle soufï'rail cruellement de la tête, Montalte, son médecin juif, fit tuer un coq, et le lui appliqua tout chaud, ce qu'on interpréta comme un sacrifice à TEnfer. On trouva aussi chez elle nne pièce astrologique, la nativité de la reine et de ses enfants. Il n'est nullement improbable qu'elle ait cherché, quand son crédit fut ébranlé, à retenir la reine par la sorcellerie. C'était la folie généiale du temps. Lu vues y croyait aussi. Il avait fait venir^ dit Richelieu, deux magiciens piémontais pour lui trouver des poudres à mettre dans les habits du roi et des herbes dans ses souliers.
Quoi qu'il en fût de la sorcellerie de Léonora, tout cela ne valait pas la mort. Et ses vols même, ses ventes effrontées de places et d'ordonnances, n'auraient mérité que le fouet.
La tradition de la cour, très-favorable à ces gens-là, comme ennemis d'Henri IV, n'a pas manqué d'inventer, de prêter à Léonora des paroles fières, insolemment hardies, par exemple : « Mon charme fut celui de l'esprit sur la bêtise. » Elle fut décapitée en Grève, et puis brûlée.
La reine se relira quelque temps à Blois.
D'Epernon, dont Luynes avait peur, ne fui pas inquiété. Seulement on garda contre lui le
témoin Dnjardin La garde, à qui on donna pension, en le priant toutefois de tenir prison, le roi n'étant pas sûr aulrement de le sauver des assassins. Il y écrivit, et fit imprimer, publier son factum. (1619, Archives curieuses, XV, 145.)
L'infortunée dame d'Escoman semblait devoir enfin triompher, dans de telles circonstances. Mais Luynes ménageait trop la reine; il craignait son retour. Il lui accorda en 1619 une faveur signalée. C'était que la sentence de 1613, qui arrêtait tout, « im la qualité des accusés ! » fût réformée, au profit de la reine, l'acciisation déclarée calomnieuse, la reine et d'Epernon innocentés, et la d'Escoman condamnée.
Le Parlement se prêta à cette volonté de la cour, se payant de l'idée du repos public, voulant relever l'autorité, réhabiliter la reine exilée, qu'on chansonnait par tout Paris. La d'Escoman fut condamnée à finir ses jours entre quatre murs, au pain et à l'eau.
Il y avait un égout dans Paris, les Filkis repenties, où l'on entassait les coquines ramassées dans les mauvais lieux, lesquelles y continuaient leur métier avec des prêtres. (Lestoile, 1610, édit. Michaud, p. 561.) C'est là qu'on mit la pauvre d'Escoman. On lui bâlit dans la cour du couvent une loge murée, sauf
un petit trou grillé. Elle gisait là par terwe et dans l'ordure, grelottante, affamée, pleurant pour le rebut des chiens.
Ce fut la récompense de la personne humaine et intrépide qui s'était dévouée pour sauver Henri IV, et qui seule en France demanda justice de sa mort.