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CHAPITRE XXII

L'Europe en décomposition. — Richelieu forcé de rétrograder. 16^25-1626.

Galilée, en 1610, avait eu sur le ciel son coup d'oeil de génie. Richelieu eut le sien sur la terre en 1624.

Que vit ce Galilée de la situation politique? Des étoiles nouvelles? Non pas, mais une étoile qui filait.

Il comprit le néant de Rome.

Et cela au moment où les événements donnaient au pape une énorme importance dans l'opinion, au moment oii les vainqueurs de la Bohême et de l'Allemagne dressaient le trône du légat romain, le constituant maître et des âir.es et des biens, le dictateur de la victoire.

Le beau neveu de Grégoire XV, monsignor

Ludovisio, prince élégant, favorisé des dames, venait d'élever le Jesîi et la Propagmule. Sous Urbain VIII, poëte agréable et anacréontiqiie, ces deux maisons fleurirent de plus en plus, et furent le double Capitole de la Rome d'Ignace. Dans l'une, on organisa la police du globe; dans l'autre, ses conquêtes. Le grand mensonge des missions aux terres païennes commença là. Voyez les gasconnades du Tite- Live de la Gascogne, le grand Florimond de Raemond. Tendres pour les Chinois, terribles pour l'Europe, sortirent de là tous ces^ prêcheurs qui allaient derrière les armées de Waldslein avec les loups et les vautours.

Ce qu'il y eut d'habileté dans tout cela ne doit pourtant pas faire oublier ce qui facilitait les choses. Je veux dire le grand côté financier de l'affaire. Si ces charmants Jésuites furent si persuasifs, gagnèrent les rois, les cours, les belles dames, jusqu'aux laquais, c'est qu'ils s'adressaient à des gens qui comprenaient très-bien qu'il s'agissait d'une translation de la propriété. Arrêtez donc une révolution qui marche par la furie des lois agraires!

Maintenant je laisse nos critiques apprécier la littérature des Jésuites. Elle est forte en rébus, incomparable en acrostiches, sublime

en calembours. J'admire Possevin, j'admire Cotton, j'admire Vlmago primi sœculi. Mais l'éloquence de ces Pères bien autrement éclate dans VÉclit de restitution, qui ruine moitié de l'Allemagne au profit de l'autre, dans la Révocation de Védit de Nantes, qui fit pleuvoir la manne des confiscations prolestantes dans les poches trouées de la noblesse catholique.

En conscience, Tilly, Waldstein, etc., avaient bon temps, quand tous les princes protestants avaient peiir du protestantisme, voyant la république au fond. L'Angleterre ne fit rien. Pourquoi? Parce que son roi protestant adorait les Espagnols, estimait les Autrichiens. Les princes luthériens d'Allemagne se gardèrent de s'associer à la Hollande, ce qui les eût sauvés, craignant que leurs sujets ne se fissent Hollandais, qu'ils ne fussent tentés par la grandeur subite et l'enrichissement prodigieux de la nouvelle république.

Tout cela, en réalité, rendait ces intrigues et ces carnages assez faciles, et la papauté n'eut pas beaucoup à suer. Le curieux, c'est qu'elle fut très-souvent l'obstacle de ce qu'on faisait pour elle. A travers toute cette fantasmagorie de Propagande et de Jesù, de conquête universelle, etc., on voit au fond du

Vatican, quoi? Un petit vieillard chagrin, Italien avant tout, prince avant tout, oncle avant tout, qui emploie vite le peu de temps qu'il a à acquérir un morceau de terre pour le Saint-Siège ou ses neveux. Les trois papes florentins n'ont pas fait autre chose» Paul lY appelait jusqu'aux Turcs pour sa petile affaire de Parme. Sixte-Quint tourne le dos à la grande Armcida, à la Ligue; il ne regarde que VAgro romano. Clément Yllï veut Ferrare; Urbain VIII, Urbino. L'Europe est pour eux secondaire.

Richelieu vit ces misères à fond, de part en part.

Il vit cette politique tremblotante, qui ne tirait plus de force de la religion, mais d'un reflet de la royauté. L'Autrichien, l'Espagnol, exhaussaient et surexhaussaient, pour leur intérêt propre, la casuelle idole qui ne se sentait pas bien en sûreté sur leurs épaules et s'effrayait de la hauteur.

Il vit qu'on pouvait aller à eux, et qu'ils reculeraient.

Il vit qu'on pouvait donner ce coup au pape, et qu'il le garderait.

Que la France pouvait risquer contre l'Espagnol ce qu'avait risqué la Savoie. Le petit prince des marmottes avait par deux fois em-

barrasse ce fastueux empire, « où ne se couchait jamais le soleil. »

L'Espagne d'alors, avec ses grands mots, ses grands airs, était un gouvernement de loterie, d'aventure et d'aventuriers. Une fois, ils s'entendent avec des voleurs pour brûler Venise. Leur bonheur, en Hollande, c'est Spinola, un aventurier Italien. Et, s'il leur faut un diplomate dans la plus grande affaire, ils vont chercher un peintre, le Flamand Rubens.

Richelieu n'opinait pas mieux de l'Autrichien, Ferdinand II, qui tombait tout à plat si on détachait la Bavière.

Richelieu y travaillait, et, d'autre part, regardait quel secours la France pouvait tirer des princes prolestants contre la maison d'Autriche. Lui, leur ennemi, qui écrivait contre eux, il voyait bien que, sans eux, on était perdu.

Malheureusement la Hollande était toute dés-^ orientée, divisée contre elle-même. Le chef des modérés, le continuateur du tolérant esprit de Guillaume, Barneveldt, ami de la liberté, de la paix et protecteur des catholiques, avait adouci l'esprit public, trop tôt, en plein péril. Le parti de la guerre s'était réfugié dans une doctrine de guerre, le. sombre

calvinisme, qui jadis l'avait fait vaincre. C'est tout à fait riiistoire de la Gironde et de la Montagne. Barneveldt ne trahissait point (pas plus que la Gironde), mais ses molles doctrines livraient le pays. Il se trouvait à la tête du parti que nous dirions fédéraliste, du parti des provinces qui n'obéissait point aux États généraux, qui soutenait la division, la noncentralisation, la faiblesse, devant l'ennemi. Barneveldt meurt, comme hérétique et traître. Mais l'auteur de sa mort, Maurice, n'en réussit pas mieux. Les provinces repoussent l'unité. Ceux qui l'aidèrent à perdre Barneveldt le regrettent maintenant, détestent le tyran, Maurice, qui avait sauvé dix fois la Hollande, ne pouvait croire qu'il fût haï. Un jour qu'il passait à Gorcum, à midi et en plein marché, il salue, et personne ne met la main au chapeau; tous le regardaient de travers. On vit alors une chose grande, morale, terrible. Cet homme, immuable aux fatigues, aux périls, avait eu toujours le sommeil profond; il était gras (Spinola maigre). Tout à coup il changea. Il n'avait vécu que d'honneur, de popularité. Il maigrit et mourut (avril 1625). La Hollande en fut-elle relevée? Point du tout. Elle avait eu deux têtes, et les avait coupées. Elle resta un moment très-faible.

L'Angleterre n'était guère moins malade.

Lisez les sonnets de Shakspeare, si beaux et si bizarres. Vous y entrevoyez la décomposition d'un monde. Et il y en a aussi quelque chose dans ses comédies. Ses hommes femmes et ses femmes hommes, ce dévergondage d'esprit, montre un pays bien fatigué. Tristes équivoques d'imaginations maladives (historiques pourtant, voyez le beau Cinq-Mars et le beau Biickingham, etc.), elles disent la fin d'une société qui ne veut plus de la nature. Où est dans tout cela la tradition pure de la Merry Englmid, cette joyeuse Angleterre de Drake, qui se moqua de V Armada? Une autre naît, je le sais, sombre et forte, qui donnera Cromwell et les Etats-Unis. Mais elle naît lentement, sous le poids écrasant de V Église établie. Richelieu s'aidera peu là-bas des Puritains, contre lesquels il lui faudra combattre en France.

L'Angleterre enrichie était devenue prodigieusement économe pour l'Etat. Elle s'en excusait en disant que ni Jacques ni Buckingham ne lui inspiraient confiance. Buckingham, il est vrai, sorti d'une famille de fous enfermés, mérita plusieurs fois de l'être. Dans son étonnant voyage en Espagne, oii il mène le jeune Charles I" aux pieds de l'infante, lui il prend pour infante la femme du premier ministre,

Olivarès. Celui-ci avait dit : « L'Espagne ne refusera rien à l'Angleterre. » L'Anglais le prit au mot, et crut que sa femme en était. Mais l'allière dona, indignée de cette sottise insolente qui croyait vaincre en un quart d'heure, mit une fille à elle au rendez-vous. Cette fille-là sauva l'Europe d'un extrême danger. Buckingham, conspué, n'eut qu'à s'enfuir. L'Angleterre, qui allait s'unir à l'Espagne, se tourna dès lors vers la France.

Événement heureux pour Richelieu , s'il avait pu en profiter, comme eût fait Henri IV. Mais il n'était pas roi, il n'était même pas encore le Richelieu qu'il fut plus tard. Le pape et les Bérulle l'obligèrent de faire aux Stuarts des conditions terribles de mariage qui ébranlaient leur dynastie, rendaient l'alliance française odieuse, partant stérile. Un évêque, qui revenait d'Angleterre, avait donné à nos dévots des espérances exagérées. Jacques l'avait laissé officier en plein Londres, confirmer en un jour dix-huit mille catholiques devant la foule curieuse, irritée, mais muette.

Les nôtres, qui ne connaissaient pas la profondeur de haine que l'Angleterre garde au papisme, crurent, d'après cela, qu'on pouvait tout oser. On exigea « que les enfants, même catholiques, succéderaient, et que la mère les

élèverait jusqu'à treize ans. » On exigea « que la jeune reine amenât un cvêque, que cet évêque et son clergé parussent dans les rues smis leur costume. » Même, pour triompher des résistances trop raisonnables du prince de Galles, on fit cette chose inconvenante de lui faire demander par Henriette « de dispenser les catholiques du serment, » Serment modéré, politique, dont Jacques avait déjà écarté tout ce qui pouvait alarmer les consciences. Henriette arrivait là de façon bien sinistre! Avant de s'embarquer, elle exigeait que Charles préparât son procès, jetât la première pierre de son échafaud de Whitehall!

Comment voulait-on que Jacques et Charles fissent digérer cela au Parlement? Il eût fallu du moins que Richelieu pût leur accorder un signe qui honorât le mariage devant l'Angleterre et fît espérer un secours puissant pour le gendre de Jacques et les prolestants d'Allemagne. Il ne le pouvait pas. Nos dévots ne l'eussent pas permis. Il se serait perdu près du clergé de France, qu'il opposait au pape. Il n'eût pu continuer ses négociations pour séparer la Bavière de l'Autriche. N'osant donner des hommes, il donna de l'argent. Il promit pour six mois un subside au partisan Mansfeld, que Jacques envoyait en Allemagne, et

encore à condition que Mansfeld ne passerait pas par la France. Enfin, il subventionna le roi de Danemark, que les protestants d'Allemagne se donnèrent pour chef (mars 1625).

Qu'il ait osé tout cela dans les tremblants commencements d'un pouvoir disputé, cela étonne, et surtout au moment oii le vent du midi lui apportait de Rome une tempête à le déraciner. Après l'affaire de Valteline, le pape avait eu peur d'abord. Il crut voir monter aux murailles Bourbon, Frondsberg. Et il pria Bérnlle d'aller vite apaiser le roi. Puis, ne voyant rien venir, la peur fit place à la colère. Ses Barberini ne parlaient que d'excommunier, foudroyer, écraser. Le neveu régnant supposa que le bonhomme Bérulie ne parlerait pas assez haut. Lui-même, de sa personne, se mit en route ; armé des pouvoirs de l'Eglise, les poches pleines de bulles, il s'achemina vers la France, curieux de voir si Piichelieu l'attendrait de pied ferme, ou plutôt sur de le trouver à la frontière, repentant et la corde au cou.

Celui-ci, en réalité, avait à soutenir d'étranges assauts. Louis Xllt ne s'habituait pas à cette situation nouvelle de faire la guerre au pape. La reine mère lui en faisait honte, et Bérulie sans doute, de ses soupirs et de ses larmes, remuait sa conscience. Un matin, le

roi brusquement dit à Riclielieu : « U faut en finir. » (mars 1625.)

Mais, bien loin d'en finir, celui-ci s'endurcissait tellement, que, le 25 encore, il signa le traité du Nord avec les ennemis du pape, le Danois et les Allemands.

Quel était donc cet homme qui \iolentait ainsi la conscience de son roi? Grand problème qui m'a souvent absorbé, et je n'en serais jamais sorti, si je n'avais lu dans la belle publication de M. Avenel (t. Il, p. 207) une pièce écrite un peu plus tard, mais qui explique tout. On voit que Richelieu avait ensorcelé le roi.

Par talisman, philtre ou breuvage? par l'anneau enchanté qui, dit-on, troubla Charlemagne? Non, par la caisse des finances.

Louis Xïll n'avait jamais vu d'argent, et Richelieu lui en fit voir.

Ce fut un coup de théâtre analogue à celui de Sully, cet autre magicien, quand du pied il frappa la terre, et que l'argent jaillit pour Henri lY émerveillé.

Le revenu, qui diminuait tous les ans, augmenta tout à coup. Indépendamment d'une enquête contre les financiers, ressource passagère, Richelieu alla droit aux sources régulières, aux comptables, aux receveurs, et il se mit à

compter avec eux. Ils furent bien étonnés. Ouand on leur demandait de l'argent, ils prétendaient toujours avoir fait des avances, disaient qu'on leur devait plutôt, offraient de prêter et prêtaient au roi à usure l'argent même du roi.

Ce jeu cessa avec un homme sérieux, qui ne plaisantait pas, qui tira tout à clair luimême. Homme net, avant tout, et, bien plus, d'une générosité altière, qui, par exemple, en prenant la marine, gagna un profit de cent mille écus, et en fit cadeau à TEtat.

Louis XIII n'aimait pas ce visage pointu, mais il restait persuadé que le disgracier, c'était rentrer dans l'indigence où Concini l'avait tenu, dans la honte où le mit de Luynes, sous les sifflets de Montauban.

Donc, ferme sur sa caisse, Richelieu attendit le légat et la foudre.

Cette sécurité stoïcienne allait si loin, qu'il s'obstinait à ne pas vouloir armer contre nos protestants, qui avaient fait une prise d'armes maladroite et malencontreuse au moment même où Richelieu. faisait la guerre au pape.

Leur conduite, à ce moment, a indigné la France. Voici pourtant comment la chose se passa .

Les deux frères, Soubise et Rohan, ne pou-

valent pas savoir, le 17 janvier, dans la Charente, que du l"au 10 janvier on eût chassé des Alpes les garnisons pontificales. Us ne voyaient point cela. Ce qu'ils voyaient, croyaient, c'étaient les mensonges politiques de Richelieu, qui, voulant se faire pardonner ses alliances protestantes, disait partout qu'il soudoyait Anglais et Hollandais pour isoler la Rochelle, que tôt ou tard il attaquerait. Et, pour mieux le faire croire, il avait dans la Charente quelques petits vaisseaux.

Si tous nos catholiques du Louvre, Rérulle, la reine mère, qui vivaient avec Richelieu, se trompaient à cela, combien plus nos huguenots! Lui-même, en ses Mémoires, avec colère, il se demande comment ils purent l'attaquer dans un tel moment. Il est facile de le lui dire. Parce que la fausse paix de 1622 avait été une guerre; parce qu'on en avait profité pour bâlir une citadelle à Montpellier; parce qu'aux portes de la Rochelle, dans l'île de Rhé, on élevait un fort pour la tenir sous le canon; parce qu'on avait mis là un homme altéré de leur sang, l'ex-protestant Arnaud ; parce qu'en Rhé on avait brûlé vif un pauvre tisserand ; parce qu'on avait lancé le peuple pour les massacrer à Lyon, et pour brûler ici leur temple de Charenton; parce que le magis-

trat allait chez les mourants les sommer de se confesser; enfin parce qu'en toute la France la grande chose qui était leur joie, leur force et, disons mieux, leur ame, leur avait été retirée : la liberté du chant, et la consolation des psaumes!

Les raisons certes d'armer ne manquaient pas. Le moment était mal choisi. Richelieu le fit dire à Rohan par Lesdiguières. Mais celui-ci, qui tant de fois avait trompé, ne fut pas cru le jour qu'il disait vrai. Rohan et Soubise persistèrent, malgré la majorité des protestants, qui ne voulaient pas bouger, malgré la Rochelle, qui, étouffée, ruinée dans son commerce, s'obstina pourtant dans la paix. A grand'peine, Rohan souleva un coin du Languedoc.

Ce qui devait l'affermir dans la guerre, c'est que le mariage d'Angleterre, loin de favoriser les protestants, fut fastueusement arrangé comme une invasion catholique. Ruckingham, qui était venu à Paris, y recommençait ses folies espagnoles. Il faisait l'amour à Anne d'Autriche, qui, n'ayant que les restes de madame d'Olivarès, eût dû se trouver peu flattée; mais point : elle fut très-allendrie. Tout le monde sait comment le fat se mit à la mode ; histoire qui cote la cour à sa valeur, et la bassesse du temps.

Il parut en habit brodé de perles mal cousues, qui se semaient sur les chemins pour tenter l'assistance. A Madrid, on se serait cru insulté ! Ici, on le trouva très-bon; les plus huppés ramassaient dans la crotte.

Retz ait que Buckingham brusqua son succès près de la reine, qu'à peine arrivé il vainquit. Aux adieux, à Amiens, ce fou furieux se porta publiquement sur elle aux dernières entreprises. Il outragea la France, et il trahissait l'Angleterre, livrant ses vaisseaux protestants pour faire la guerre aux protestants.

Ce fut un Guise, pour bien renouveler làbas le fatal souvenir de la parenté des Guises avec les Stuarts, qui épousa la petite reine Henriette à Notre-Dame de Paris et la mena à Londres. Superbe cavalcade de prêtres, et moines, et religieuses sur leurs mules, toute une Armacla ecclésiastique.

La reine trouva triste et sauvage le pays et le peuple, odieuse la simplicité grave des msulaires. Son sérieux époux, Charles 1", figure roide et altière, oii respirait le froid du Nord (par sa mère, il était Danois), lui plut trèsmédiocrement. Et elle commença tout de suite la petite guerre. Elle était bien stylée d'avance, et Bcrulle ne la quittait pas. Charles se trouva avoir dans son lit une zélée caté-

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chiste, triste, sèche, disputeiise, qui ne donnait rien pour rien, et mettait l'amour aux jeûnes de la controverse.

Elle n'avait nul égard au temps, au danger de son mari, qui n'achetait les subsides du Parlement que par des sévérités religieuses. Elle avait droit d'avoir vingt-huit chapelles dans les châteaux. Mais le plus scabreux était celle de Londres. Elle exigea d'y réunir les catholiques. Us vinrent en foule. Alors elle voulut une église.

Cependant c'était elle qui se plaignait et se faisait plaindre. Tout retombait sur Richelieu. Le légat Barberini était à Paris, et le ministre dans un extrême péril. Il parut là dans sa grandeur, mit bas l'habit de fourbe sous lequel il avait grandi. A chaque demande du légat, il opposa un 7îon respectueux, mais ferme, fort clair et sans ambages.

Barberini avait commencé par une demande naïvement espagnole : « une suspension d'armes,» pour que l'Espagne pût réunir ses forces. Et Richelieu répondit : Non.

Barberini se retira sur la simple demande de la liberté du passage pour les troupes espagnoles, avec satisfaction au pape pour la forme impolie avec laquelle ses hommes avaient été

mis à la porte. Mais Richelieu dit encore : Noïi.

Alors Barberini jeta sa barrette et pleura.

Ce qui l'humiliait le plus, c'est qu'il ne trouvait aucune prise dans le public. Tout le monde paraissait ravi de ce coup reçu par le pape. Par cette seule petite affaire (qui ne coûta pas un million, ni, je crois, un seul homme), Richelieu avait conquis une grande position nationale. On a vu, en 1620, que les soldats disaient à Ravaillac qu'ils croyaient faire bientôt la guerre au pape, et en étaient charmés. Cela permet d'apprécier ce qu'on veut nous faire croire de la grande dévotion du temps. Quand Henri IV mourut, le peuple de Paris dit qu'il défendrait Charenton, protégerait les huguenots. M. de Guise, ce jour-là, avait beau saluer la foule; personne n'y faisait attention. Puis, dix années après, quand on lança sur Charenton une bande de laquais et de mendiants, quand les Jésuites de la rue Saint-Antoine se tenaient sur leur porte pour passer la bande en revue et lui mettre du cœur au ventre, l'histoire nous assure gravement que ces drôles étaient tout Paris, que la ville de Paris était encore ligueuse à cette époque, que ce grand bruit eut lieu pour l'amour de je ne sais quel Guise tué dans la

guerre des protestants à deux cents lieues de là. S'il en est ainsi, qu'on m'explique comment, trois ans après, ce légat, à Paris, n'en reste pas moins seul. Ce bon peuple dévot qui vient de brûler Charenton, où donc est-il? Et ne devrait-il pas faire tous les jours des feux de joie devant l'hôtel de M. le légat? Mais c'est tout le contraire. S'il y a joie, c'est pour le soufflet que vient de recevoir le pape. Richelieu s'en soucie si peu et croit tenir si bien le roi et tout, qu'il prend le temps d'être malade, s'en va à la campagne. Le légat solitaire n'a de consolateur qu'un autre solitaire, oublié dans Paris, l'ambassadeur d'Espagne, M. de Mirabel.

L'homme de Piome était aux abois. La reine mère ne soufflait plus, ayant sou âme à Londres. On la rappela en hâte, cette âme saintement intrigante. BéruUe saute le détroit. Ni Buckingham là-bas, ni Richelieu ici, n'avaient prévu ce coup. Le saint homme, pour piquer le roi, prit justement la pointe dont usait si bien Richelieu, Vhonneur de la couronne. Il lui montra l'Anglais qui se moquait de lui., maltraitant Henriette, persécutant les catholiques. Pourquoi les ménagerait-il lorsque, chez le roi très-chrétien, un cardinal persécute le pape?... Cela agit. Le roi jura que son beau-

frère s'en repentirait, et, pour l'alfaire du pape que traînait Richelieu, il dit à Bérulle d'en finir.

A\'ec celui-ci, la chose alla vite. Pendant que Richelieu se met en route pour revenir, déjà tout est fini. Bérulle a bâclé un traité, plein d'équivoques. « Les Grisons restent souverains, sauf Je cas où les Yaltelins se croiraient lésés comme catholiques. Le roi de France aura seul les passages, sauf te cas d'une guerre des Turcs, où l'Espagnol voudrait aller secourir FAutrichien. » Or ce cas était tout trouvé, l'Autriche étant alors aux prises avec le Transylvain, allié des Turcs. Les Espagnols, sous ce prétexte, eussent à Tinstant même repris les passages.

Guéri par la colère, Richelieu revient, déchire le traité, en appelle à la France (il demande une assemblée de notables) et au clergé même de France. Sa prise sur le clergé, c'était une victoire qu'il venait de gagner sur le protestant Sonbisc avec les vaisseaux protestants d'Angleterre et de Hollande (15 septembre 1625).

Les Notables, princes, ducs et pairs, cardinaux, maréchaux, délégués des Parlements, membres de l'Assemblée du clergé (qui siégeait déjà à Paris), votèrent comme un seul homme pour Richelieu.

La reine mère, Bérulle et le légal faisaient triste figure, restant seuls pour la paix, seuls bons et fidèles Espagnols, devant une assemblée toute française. L'abandon du clergé surtout outrait le légat. « Et toi aussi, mon fils! » 11 fit un coup désespéré. Sans dire adieu, il part (25 septembre), tirant décidément l'épée, et résolu de faire de^j levées de troupes, pour qu'on vît qui l'emporterait de la maison de France ou de celle des Barberini.

Richelieu fit courir après par politesse; mais il ne s'en souciait guère, ayant la France avec lui. Il amusait alors les Notables d'un projet superbe de réforme ulopique, de ces choses agréables et vaines dont se régalent volontiers ces grandes assemblées. 11 est curieux de voir l'idéal de Richelieu.

Cela commence d'abord de façon pastorale, le roi veut imiter saint Louis jugeant sous un ebene; cîiaque dimanche et fête, à l'issue de la messe, il donnera audience à tout venanl, et recevra toute requête, que reprendra le demandeur, « avec réponse au pied, » le dimanche suivant.

La généralité des affaires se traitera par quatre hauts conseils. Mais à tout seigneur tout honneur : au plus haut conseil, trône le clergé; quatre prélats et deux laïques seulement le fer-

ment pour aider le roi à nommer aux bénéfices, et, « en général, pour tout ce qui peut intéresser sa conscience. » Voilà la conscience du roi administrée en république, et en république d'Église.

Le même esprit républicain perce dans l'organisation régulière qu'il veut donner aux conciles provinciaux. Ils deviendront les juges du clergé en dernier ressort.

A tout curé au moins trois cents livres par an, équivalant aux douze cents que leur donne la Constituante de 89. — Moins d'ordres mendiants, moins de Capucins. — Cloîlrer les monastères de filles.

Le roi réduit tellement sa maison, qu'il reviendra à la dépense d'Henri III. — Plus de vénalité d'offices. — Plus d'acquits au comptant; le roi se ferme le Trésor. — Plus de vagabondage, taxes des pauvres. — Moins de collèges, moins de lettrés pauvres (d'abbés faiseurs de vers, de prestolets solliciteurs, etc.). — Moins de luxe. Chacun, réduisant sa dépense, supprimant les clinquants italiens et passements de Milan, n'aura plus à chercher de mauvaises voies pour se refaire. Quelles voies? Le bon roi Jacques dit haut ce que Richelieu pense : que le gentilhomme ruiné venait en cour spéculer sur s;i femme.

Cet âge d'or sur le papier charma tellement le public, que trois corps à la fois, l'Assemblée du clergé, la Sorbonne et le Parlement, poursuivirent vivement les pamphlets papistes, espagnols, qu'on lançait contre Richelieu. Et le Parlement avec tant de violence, que Richelieu n'eut qu'à le contenir.

Il n'avait pris tant d'ascendant sur le clergé qu'en le leurrant d'une chose qu'il ne voulait pas faire, d'une guerre contre la Rochelle. Qu'aurait fait cette guerre? Elle aurait forcé l'Angleterre à se déclarer contre lui; elle eût disloqué sa ligue du Nord (Hollande, Suède, Danemark, Allemagne). Les amis de l'Espagne, Bérulle, la reine mère, ne désiraient pas autre chose. Ils le poussaient à la victoire fatale qui brisait tous ses plans, le brouillait avec les Anglais.

Richelieu tremblait de vaincre. Et lui-même, eu novembre, il offrit la paix aux huguenots, ce qui mécontenta le clergé et lui fit retirer en partie l'adhésion étourdie qu'il lui avait donnée contre le pape.

Il désirait avoir la main forcée par les Anglais, pouvoir dire qu'il n'avait pu leur refuser de traiter avec les huguenots. Il fit venir en décembre des ambassadeurs d'Angleterre, qui prirent l'affaire en main et avancèrent la chose. Mais d'autant plus Bérulle, le parti espagnol,

voulait brusquer la paix avec l'Espagne. Ils remuaient le roi par le scrupule de pousser cette guerre d'Espagne que le pape maintenant faisait sienne et voulait reprendre en son nom. Ils crurent le roi pour eux sur quelques mots d*aigreur qui lui échappèrent contre Richelieu, et ils en prirent l'audace de faire la paix sans pouvoir. La reine mère dit à la femme de notre ambassadeur, Fargis de Rochepot (ennemi de Richelieu), qu'il pouvait signer le traité in ogni modo. Le traité que signa Fargis, c'est justement cet amas d'équivoques que ReruUe avait minuté trois mois avant, et que Richelieu avait déchiré. « Les Grisons restaient souverains, à moins que les Valtelins ne se disent lésés dans leur religion. » Et ils l'auraient dit à coup sûr. Ce beau traité, conclu (disons plutôt comploté, conspiré) entre Olivarès et Fargis, vient en janvier au Louvre. On s'est passé du roi, on s'est passé de Richelieu. Celui-ci tombe à la renverse. Il se trouvait que nos amis et alliés, les Anglais, alors à Paris, sans lesquels on traitait ainsi avec l'Espagne, allaient passer pour traitres à Londres. Quelle force donnée au procès que déjà les Communes commençaient contre Buckingham? Charles P' était forcé de devenir le mortel ennemi de la France. Le but de Rome était atteint.

Qu'allait dire tout le iNord? Qu'allait dire l'ïlalie? Venise ne s'était compromise qne pour avoir quelque sûreté contre l'Autriche, et la Savoie ruinée que pour s'indemniser sur Gênes. Et tous étaient sacrifiés. La France traitait pour elle seule.

Le panégyriste de Bérulle, l'abbé Tabaraud (d'après d'autres plus anciens, et non plus sages), assure que c'était Richelieu même qui avait poussé Fargis, sauf à le démenlii', que lui-même voulait ce traité qui lui troublait tous ses plans. Heureusement ses lettres sont là, et son très-sérieux éditeur, M. Avenel, d'après les pièces, a remis l'affaire en lumière (t. II, p. 90).

On lava la tête à Fargis. On raccommoda le traité, mais comment? On en laissa tout le venin, les Grisons ne gardant de leur souveraineté qu'un petit souvenir, un cens de vingtcinq mille livres par an que leur payerait la Valteline. Celle-ci, petite république catholique, eût laissé, à coup sûr, passer et repasser les Flspagnols tant qu'ils auraient voulu.

Deux choses décidèrent Richelieu à accepter cette œuvre de ses ennemis. D'abord, il avait su faire consacrer le droit des Grisons par les Suisses, qui se firent forts de les remettre en possession de la Valteline.

Deuxièmement^ le pape armait contre la France. Son drapeau, avec l'Espagnol, reparaissait aux Alpes. Et, quelque ridicule que cela fût, Richelieu en était embarrassé. Qu'eût dit le confesseur du roi? et comment la conscience de Louis XIII se fût-elle arrangée de cette guerre obstinée contre le pape?

Donc, il céda, et endossa l'indignation et le mépris de l'Europe, proclamé traître par tous ses alliés.

La chose aujourd'hui est plus claire. En cette singulière affaire, il y avait un fourbe et un saint. Le fourbe, Richelieu (à juger par les précédents); le saint, Bérulle. Mais ce fut le saint qui mentit-

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