‹ Henri IV et RichelieuChapitre 7 sur 36 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

(]oii>[»irati(iii de Biion. — 1(30 1-1 CO^.

Peu de temps après celle guerre foudroyanlc (le Savoie, qui avertit si bien l'Europe de la lésurreclion de la Fiance, le roi montrait à Biron une statue où on l'avait fait en dieu Mars et coui'onné de lauriers. Il lui dit malignenienl : « Cousin, que pensez-vous que dirait mon frère d'Espagne s'il me voyait de la sorte? — Lui! il ne vous craindrait guère! n

Voilà comme on le traitait. Sa puissance si bien prouvée, sa renommée militaire, tant de vigueur, tant d'espiil, tout cela n'empêchait pas qu'on ne le trailàt lestement, sans ménagement, avec une légèreté bien près du mépris. Lui-même il en était cause. Personne

n'avait moins de tenue. Sa camaraderie élranue avec Bellegarde, Bassompierre, les jeunes gens qui riaient de lui et qui lui souftlaient ses maîtresses, semblait d'une débonnairelé plus qu'humaine. On le trompait, on s'en moquait, el il n'en faisait pas plus mauvaise mine. Il se luisait lire les libelles, allait voir les farces où on le jouait, et riait pliis que personne. Su première femme, Marguerite, avait illustré sa patience. La seconde, Marie de Médicis, fut maîtresse dès le premier jour, signifiant qu'elle garderait et ses cavaliers servants et sa noire entremetteuse.

Linconsislance du roi dans la vie privée était excessive, il faut l'avouer.

Pendant que la reine voyageait lentement de Lyon à Paris, il était auprès d'Henriette à Yerneuil, où elle le reçut dans son nouveau marquisat. La vive et cliarmanle Française, gagnant par la comparaison avec la grosse, sotte Allemande, le ressaisit h ce point, que le capucin, agent d'Henriette, fut enfin envoyé à Rome a\ec' îa lettre de créance que le roi lui avait donnée. 11 devait voiries cardinaux, montrer rengagement du roi avec elle et tâter si l'on ne pourrait obtenir un second divorce. Ce pauvi'c homme, qui n'était autorisé que du roi et non tles ministres, lut reçu par notre agent, le car-

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dinal d'Ossat, avec mépris, avec haine cl sans ménageinent. Rome entière fuL contre lui; à grand' peine il pnt revenir en France. On voulait le retenir dans un couvent de son ordre, le murer jusqu'à la mort dans un iii pace d'Italie.

Le roi semble l'avoir oublié. On lui avait fait entendre qu'il ne pouvait renvoyer Marie sans motif spécieux, ni surtout sans rendre la dot. D'ailleurs, elle arrivait grosse. Les ministres étaient pour elle, pour un Dauphin qui allait.simpli(ier la succession , assurer la paix, écarter toute chance de guerre civile. Mais il fallait un Dauphin; malheur à elle si elle eût eu une fille, Henriette, qui un mois après eut un fils, l'aurait emporté. Le roi accueillit le Dauphin avec la joie la plus louchante.

Cependant la reine ne faisait nul mystère de sou fidèle attachement pour Yirginio. Un manuscrit du fonds Béthune (qu'a copié M. Capefigue) nous apprend que, six mois après ses couches, le roi allant au Midi avec elle, elle s'arrêta à Blois, dit qu'elle n'irait pas plus loin, résolue qu'elle était de retourner à Fontainebleau, où Yirginio l'attendait. Le roi, perdant patience, eut encore l'idée de la renvoyer. (( Cela serait bon, dit Sully, si elle n'avait pas un fils. » Donc on la garda, craignant d'em-

brouiller la succession si la légitimilé de ce fils devenait douteuse, L'Espagne eût saisi cette prise.

Yoilà bien des variations ; mais elles ne semblaient pas moindres dans sa conduite publique.

Au moment où son mariage italien faisait croire qu'il tenait fort à se rattacber l'Italie, brusquement il y renonce, en rendant Saluées, et se ferme Tltalie. Le Ycnitien Contarini dit que ce traité étrange et inattendu releva l'Espagne (battue à Newport). Le parti espagnol h Rome devint insolent. Ce mariage avec la nièce d'un prince qui avait des enfants, avec une princesse sans droit à la succession do Toscane, n'eut pas même l'effet de nous assurer l'alliance du grand-duc; il se relit Espagnol.

Par l'abandon de Saluées, l'ancien et primitif asile du protestantisme italien, le roi abdiquait le protectorat des pauvres Yaudois qui s'élaient offerts à lui de si grand cœur en 1594, y et ne décourageait pas moins les Grisons à l'autre extrémité des Alpes. Le gouverneur de Milan, Fuenlès, ne tarda pas à les murer dans leurs montagnes (octobre 1603), en l)à tissant aux passages qui communiquent en Italie un fort qui lui permettait de les aflamer à son gré. Us s'adressèrent au roi de France, qui leur cou-

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