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seilla de palieiiter. Il avait, comme on a vu, abandonné Ferrare au pape, malgré les prières de Venise; et plus tard Venise elle-même, dans sa lutte avec le pape, n'eut d'autre secours de lui que le conseil de s'arranger.
Je veux bien croire que, dès ce temps, il couvait l'inleiition de frapper l'Espagne et rAutriche. De bonne heure il y songea; mais toujours en prolestant quil ne savait pas s il serait avec ou contre F Espagne. (V. Bassompierre, 1609.) Dissimulation utile qui pourtant eut Tinconvénient de faire croire les Espagnols plus forts qu'ils n'étaient, lui plus faible, de rendre tout le inonde incertain, défiant, et d'ôter l'espoir qu'on aurait eu dans la France.
L'Espagne, usée jusqu'aux os, et se sentant si peu de force, hasardait les coups de loterie les plus criminels. Tout en lâchant de soutenir la grande guerre en Hollande, elle faisait ailleurs la guerre de bravi et de coupe-jarrets. Philippe 111 était un pauvre homme, mais ses gens de hardis coquins. Les Fuentès, les d'Ossuna, les Bedmar, avaient repris les moyens du quinzième siècle, poison , meurtre et incendie. On ne tarda pas à les voir conspirer avec des forçats pour prendre, piller, brûler Venise.
Dès 1595, ils avaient visé en France un homme propre au crime, Biron, un brave de peu de cer-
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vellc, sot glorieux, que l'on pouvait pousser par l'orgueil et le mécoulentement aux plus sinistres tentatives. Notez que cet imbécile, le jouet des intrigants, était un héros populaire. Sa grande vigueur de poignet, sa forte encolure, lui comptaient dans l'esprit des foules autant que ses trente blessures et tous ses grands coups d'épée. Il semble que les bonnes gens aient confondu ce Biron fils avec son illustre père, aussi habile capitaine que le iils fut bon soldat. Du père, du fds, ainsi brouillés, on avait fait une légende; c'était un Achille, un Roland. Le roi , sans lui, n'aurait rien l;iit. Lui seul avait tout accompli par la force (le ses bras et de ses grosses épaules.
L'étranger avait trouvé son affaire pour troubler tout^ un mannequin et un drapeau.
Biron était un homme noir, gras, trapu, d'un visage trouble, avec des yeux inquiets (figures de fous qui vont au crime). Sa fortune comme sa personne, trouble, mal rangée. On ne pouvait l'enrichir. Toujours aux expédients. « Si je ne meurs sur l'échafaud, disait-il, je mourrai à l'hôpital, w
Le roi l'avait l'ait amiral, maréchal, général en chef, duc et pair, gouverneur du gouvernement qu'avait eu le chef de la Ligue, M. de Mayenne, et qu'eurent les seuls princes du sang, la Bourgogne, poste de confiance, contre la Franche-Coir.té
Cl la Savoie. Mais tout cela n'était rien. Biron se dcsespérail.
Un danger très-grand était dans cet homme. Il avait en Ini le divorce et la discorde de la France, deux partis, deux religions. Mais, par cela même, il ponvait être le trait d'union des dcnx partis.- Père calholiqne, mère protestante. Par celle-ci, il était parent de tout ce qu'il y avait de noblesse périgourdine; par son père, il était cousin de tous les barons de Gascogne.
Rangez autour tous les traîtres, un d'Epernon, qui tenait la Charente à l'ouest, Metz à l'est, et l'entrée des Allemands. A càté, nu autre homme double, M. de Bouillon, fort en Limousin, plus fort au nord, oi^i, par mariage, il était prince de Sedan. Môme le compère du roi, M. de Montmorency, son connétable, son ami personnel, le roi du Languedoc, avait un traité secret avec le duc de Savoie.
Biron, en rapport direct avec Madrid et Milan, où il envoya plusieurs fois, n'avait fait son aveu à Lyon que pour inspirer confiance et se faire donner Bourg-en-Bresse, par oii il eût fait entrer le Savoyard et l'Espagnol. Le roi refusa. Et Biron, plus que jamais, renoua ses trames par l'intermédiaire d'un La Fin, qu'on a prétendu l'auteur de toute cette conspiration, commencée bien avant qu'il s'en mêlât.
En juillel 1601, le roi, comme toute lEiirope, était attentif au siège d'Ostende. Il était à Calais, sur les murs, écoutant tout le jour la canonnade lointaine qui remplissait le détroit. Elisabeth vint à Douvres, et elle eût bien voulu, dans la peur du triomphe des Espagnols, contracter avec le roi une alliance offensive. Il lui fit passer Sully, qui lui dit la situation. Le sol lui tremblait sous les pieds. Les mécontents se seraient levés derrière lui, s'il se fût engagé aux Pays-Bas. Soit pour les inquiéter et leur rendre Biron suspect, soit j)ar un reste d'amitié et dans l'espoir que l'autorité de la grande Elisabeth le ferait rentrer dans la voie du bon sens et de l'honneur, il le lui envoya comme ambassadeur. La reine le prêcha fort, fit grand éloge du roi , ne blâmant que sa clémence. Enfin, pour plus d'impression, surmontant le grand chagrin qui, dit-on, hala sa mort, elle lui montra de sa fenêtre un objet lugubre, la tête d'Essex, du jeune homme qu'elle avait aimé, et qui, au bout d'un an, était encore exposée à la Tour : a Son orgueil l'a perdu, dit-elle. Il croyait qu'on né pourrait se passer de lui. Voilà ce qu'il y a gagné. Si le roi mon frère m'en croil, il fera chez lui ce qu'on a fait à Londres : il coupera la lête à ses traîtres. »
Vaines paroles. Biron, de retour, n'eut pas de repos qu'il ne se perdît. Il reprit ses tiames avec
la Savoie, mais par un nouvel agent, s'élant brouille avec La Fin, qui avait pourtant ses papiers. La Fin jasa, le roi le fit venir et en lira tout. Effroyable découverte. Tout le monde semblait compromis, et il ne savait pins à qui se fier. Il avança vers le Midi pour tâter Bouillon, d'Epernon; mais ils n'étaient pas décidés; ils vinrent se remettre à lui. Montmorency restait tranquille, et non moins les huguenots. Ils n'avaient garde de traiter avec Biron, au moment où il devenait si bon Espagnol, si bon catholique, s'affichant tout à coup dévot, lui qui ne savait son Pater.
Lne délibération secrète eut lieu. Le roi se voyait dans les mains Bouillon, d'Epernon; Biron seul manquait. Fallait-il arrêter ceux-ci, en attendant l'autre? Il posa celle question en petit conseil ; quelqu'un voulait (pTon arrèlàt les deux qu'on avait. Sully s"y opposa : « Si vous arrêtez ces deux-ci sans preuves, vous effarouchez les vrais coupables, et vous les averti:^sez. »
Forte et courageuse parole qui sauva la France et trancha le nœud.
Les grands avaient une prise sur le peuple. Lu pesant octroi aux portes des villes enchérissait les vivres. Il s'était révolté contre. Le roi punit la révolte, mais il supprima l'octroi.
C'était assurer le dedans. Mais, du dehors,
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l'étraiigci'iie pouvait-il arriver, être introduit par Biron dans ses places de Bourgogne? On trompa celui-ci, on le rassura, en lui faisant cioire qu'on ne savait que ce qu'il avait avoué. On parvint à le désarmer. Snlly le pria d'envoyer ses canons, qui étaient vieux, pour les remplacer par des neufs. Il n'osa les refuser.
Cela fait, le roi éprouva le plus vif besoin de le voir. 11 lui envoya Jeannin, l'ex-ligueur. La Fin écrivit à Biron. Le roi lui-même écrivit : «Qn'il ne croyait pas un mot de ce qu'on disait contre hii, qu'il lui remettrait ces accusations mensongères, qn'il l'aimait, l'aimerait toujours (14 mai 1602). »
Cette lettre était-elle perfide? Je ne le crois pas. Il Taimait. Mais il voulait s'en assurer, le mettre hors d'état de se perdre, éclaircir tout, le gracier, l'annuler moralement, et avec lui tous
les ligues.
Biron ne vint que parce qu'on Ini dit que le roi voulait aller à lui tête baissée, l'enlever. 11 n'eût pu tenir dans ses places désarmées. Rien ne lui restait à faire que de fuir, ruiné, lui et mendiant. Il eût mieux aimé mourir. Il s'emporta furieusement, jura de poignarder Sully, mais toutefois obéit et se mit en route.
Le duc de Savoie n'était guère moins effrayé que Biron. Fuenlès aussi devait être inquiet d'à-
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voir compromis sou maîlie, au momeut où le siège d'Oslende absorbait les forces espagnoles. Ils avaient fort à souliaiter que Biron ne les Irabît point, qu'il nieulît poui" eux fort et ferme, soutînt près du roi sa verlu, son innocence inunaculéc. Tel il se montra en effet, menteur intrépide, et, jusque dans Fontainebleau, l'bomme de la Savoie, de l'Espagne, contre l'étreinte du roi son ancien ami.
Ce qui le cuirassait si bien, c'est, d'une part, que le Savoyard gardait eu charte privée, pour assurer son silence, un garçon nommé Renazé, qui avait fait tous les messages. D'autre part, La Fin, à l'entrée de Fontainebleau, lui avait soufflé ce mot : «Courage, mon maître! courage, et bon bec!... Ils ne savent rien. »
Beaucoup de gens avaient gagé que Biron ne viendrait point. Le roi même, le 15 juin, se promenant de boime heure au jardin de Fontainebleau, disait : « Il ne viendra pas. » Et il le voit arriver. Il va à lui, il l'embrasse. « Vous avez bien fait de venir, dit-il, j'allais vous cbercher. » Puis il le prend par la main, lui montre ses bâtiments. Seul à seul, enfin, il lui demande s'il n'a rien à dire : « Moi! dit Biron, je viens seulement pour connaître mes accusateucs et les faire châtier. »
Le roi se croyait en péril, non sans cause,
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pour la raison que Biron marquait lui-nièiDe dans ses conseils au duc de Savoie, à savoir : Que le roi avait mangé la dot de sa femme, qu'il lui (iillaitdu temps etde l'argent pour lever des Suisses, que l'infanterie française du temps de la Ligue avait péri de misère, que la noblesse appelée se réunirait lentement. Et c'était là le nœud même de la question ; le roi de Navarre, le roi gentilhomme, avait disparu ; la noblesse catholique ou protestante regardait ailleurs, pouvait suivre Biron ou Bouillon.
Le roi avait bien Biron, mais il n'avait plus Bouillon. Il n'osait môme lui écrire de venir, sentant qu'il désobéirait. Sully lui écrivit en vain (6 juillet). Il resta chez lui. C'était une raison d'hésiter pour frapper Biron, ne pouvant frapper qu'un coup incomplet. Aussi le roi désirait trèssincèrement le sauver. Il y lit les plus grands efforts, et par lui-même, et par Sully. Le matin encore, au jardin fermé de Fontainebleau (petit jardinet si grand par la terreur des souvenirs), il le serra au plus près, et ne gagna rien. On voyait Biron le suivre avec force gestes, une pantomime hautaine de protestations d'innocence, relevant lièrement la tête et se frappant la poitrine. Même scène encore après dîner.
Alors le roi, perdant espoir, s'enferma avec Sully et la reine, liia le verrou. Xid doute que