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tous deux n'aient tenu follement contre Biron, Sully pour la sùrelé de l'Elal, elle pour celle (le son fils et la Iranquillilc de sa régence future.
La Force, beau-frère de Biron, nous apprend denx choses : 1** Que Sully décida la mort; 2" qu'elle élait très-juste. La Foice écrit ce /lernier mot à sa femme dans une Iclti'c confidentielle.
Sans Sully, jamais le roi n'aurait eu la force de faire justice. Et encore, ce soir-là, il décida seulement, comme on croyait que Biron pouvait fuir, qu'il fallait bien le faire arrêter.
On joua jusqu'à minuit. Et, le monde s'étant écoulé, le roi lui parla de nouveau, le pressa au nom de l'ancienne amitié. 11 resta sec. Alors ïïenri rentra dans sou cabinet. Puis, saisi d'é- » motion, il rouvrit la porte, et lui dit d'un Ion à fendre le cœur: « Adieu, baron de Biron! » C'était son nom de jeunesse; dans cet effort désespéré, le roi crut ramener d'un mot tout le passé, la vie commune des dangers et des souffrances et vingt années de souvenirs.
Et il ajouta encore : « Tous savez ce que j'ai dit. » Suprême appel ! si Biron eût avoué à cet instant, il pouvait sauver sa vie.
Mais non, il sort. A l'antichambre, le capitaine des gardes, Vitry, mit la main sur son épce, la lui demanda : « Tu railles! — Non,
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monsieur, le roi Je veut. — Ha! mon épce, s'écna-l-ilj l'épée qui a Mi tant de bons services! »
Le roi fit partir Sully pour préparer la Bastille et avertir le Parlement. Biron et le comte d'iVuvergne, son complice, y furent menés le 15 juin.
Le roi môme, le 15 au soir, vint à Paris et entra par la porle Saint-Marceau. Il y trouva une grande foule de peuple accouru pour le voir, pour s'assurer de sa vie, ce cher gage de la paix publique. Tous se félicitaient de la découverte du complot et le couvraient d'acclamations. (DeThou, liv. CXXVllI.)
M. Capefigue avance, sans preuves, que Pa- B ris élait désolé. Chose vraisemblable, en effet, qu'on déplorât l'avorlement d'un complot qui eût ramené le bel âge de la Ligue, les douceurs du fameux siège, du temps où un rat crevé se vendait vingt-quatre livies, où les mères mangeaient les enfants.
Les acclamations dont parle De Thou disaient, au contraire, que le peuple avait horreur de revoir la guerre civile, la royauté des soldats, et qu'il savait bon gré au roi de les réprimer vigoureusement. Sa justice, rarement indulgente pour les brigandages des nobles, était populaire. En ce moment, le Parlement,
presque en même temps que Biroii, recevait le petit Foiitenelles (des Beaumanoir de Brelatagnej et parent d'un maréclial. Ce garron, d'environ vingt ans, avait fait déjà mourir dans les tortures des milliers de paysans. Par récréation, l'hiver, il ouvrait des femmes vivantes pour chauffer ses pieds dans leurs entrailles. Il fut, malgré tous ses parents, pris, jugé et rompu en Giève, au milieu de la joie du peuple, qui en bénissait le roi.
Les grands ne le bénissaient guère. Loin de là, pas un des pairs ne voulut siéger au procès de Biron. Tous alléguèrent des prétextes.
C'était une raison plus forte de pousser la chose. Quand les parents de Biron, Ions considérables, vinrent trouver le roi, tout près de Paris, à Saint-Maur, où il restait pour surveiller l'affiîire, il leur parla avec douceur, mais s'enveloppa de justice, de nécessité.
L'Espagne, mise au courant de tout par un commis de Villeroy (qu'on saisit plus tard), pouvait travailler les juges, le public, l'accusé même. Et, en elîet, celui-ci trouva à point, dans la Bastille, un minime scrupuleux qui lui dit qu'il ne pouvait pas révéler à la justice ce qu'il avait promis de taire, c'est-à-dire qu'il devait couvrir la Savoie, l'Espagne, d'une parfaite discrétion.
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Pour émouvoii' le public, on répandit une lettre que Biron élait censé écrire au roi pour rappeler ses services, faire ressortir l'ingratiliicle, soulever la pilié et l'indignation.
Le procès n'était que trop clair. De Thou nous a conservé en substance, mais avec détail, les quatre feuilles écrites de sa main qui furent la pièce principale. Elles témoignent que, faible et crédule pour les prédictions politiques dont les charlatans le leurraient, il n'en est pas moins fort net, lucide, exact cl clairvoyant pour les affaires militaires. Les directions qu'il donna au duc de Savoie ne sont pas de ces choses qu'on imaginerait d'avance pour des cas hypothétiques (comme il prétendit Je faire croire), mais des indications précises pour telle situation, tel cas. 11 renseigne trèsbien l'ennemi sur les forces actuelles du roi, spécifiant les chiffres avec soin, et d'un joui' à l'autre. Il donne des conseils positifs sur un poste qu'il faut occuper, une attaque qu'il faut essayer. De tels avis, qui purent être à Tinslant traduits en boulets, ce ne sont pas, comme il le dit, des paroles et des pensées, ce sont des actes meurtriers, des massacres de Français et l'assassinat de la France.
On assura, sans le prouver, qu'il avait averti tel fort savoyard pour que, le roi venant sous
les murs, on tirât sur lui. Ce qui est sûr et avoué de lui, c'est qu'il le tuait d'intention, par ces opérations magiques oii l'on croyait foire périr l'homme en détruisant son effigie. Il convient qu'avec La Fère il faisait des poupées de cire, auxquelles on disait la formule : « Roi impie, tu périras. Et, la cire fondant. In fondras. »
Il n'y avait qu'une circonstance atténuante, c'est qu'il avait écrit, huit mois avant son arrestation, lorsque le Dauphin naquit, en septembre 1601 : « Dieu a donné un fils au roi; oublions nos visions. » — Ce mot était-il sérieux, on avait sujet d'en douter, parce qu'il l'écrivait à La Fin, qu'il suspectait, et sans doute voulait tromper, tandis qu'il continuait de traiter avec l'ennemi par son nouveau confident, le baron de Luz, et par deux autres encore.
Les juges firent une chose agréable aux hautes puissances étrangères qui étaient aussi en cause. Ils la firent, il est vrai, par la volonté expresse du roi. Ce fut de ne rappeler que des faits anciens, et d'ignorer parfaitement les choses récentes. Le roi ne voulait pas trop approfondir contre l'Espagne et la Savoie.
Biron fut saisi d'un grand trouble quand on lui présenta les pièces qu'il croyait brûlées, quand il vit devant ses yeux son messa-
ger Renazé, qu'il croyait eiituui dans un château (le Savoie. 11 pâlit, dit les pièces fausses, controuvées, puis les avoua, mais soutint que c'étaient de simples pensées, qu'il écrivait pour La Fin. Du reste, s'il y avait du mal, le roi lui avait pardonué à Lyon.
Nombre de parlementaires (de la Ligue) auraient accepté cela. Mais ils étaient sous les yeux du vrai Parlement français, qui avait siégé à Tours.
Le Parlement avait à faire ce que hasarda Richelieu, ce que fit la Convention, se compromettre sans retour et braver les futures vengeances des rois étrangers, et des grands, et des parents de Riron, de ses cent cousins de Gascogne, d'un monde de gens d'épée brutal et féroce. Tellement que, peu de temps après, le révélateur La Fin marchant dans Paris, en plein midi, au milieu des gardes qui le protégeaient, vingt sacripans tombèrent sur lui. et s'en allèrent au galop, sans qu'on les ail arrêtés.
Ces vengeances, faciles à prévoir, faisaient songer les robes longues. Le chancelier saignait du nez et feignait d'être embarrassé de l'absence des pairs. Cela le 21 juillet, au dernier moment. Le roi se montra imnuiable, soit que Sully le soutuit. soit que sa grande amie
Elisal)ell) (une lellre de notre ambassadeur le prouve) l'exhortâL à ne pas lâcher. La vieille reine était une haute autorité, un docteur en conspirations, en ayant eu tant contre elle et tant suscité ailleurs, récemment encore ayant frappé d'Essex , c'est-à-dire son propre cœur.
Donc le roi fut fort aussi. Il écrivit à son blême chancelier que l'on devait passer outre. (2 juillet 1602.)
Le chancelier, ainsi mis en demeure de ne pas s'égarer, empêcha aussi les autres de chercher quelque échappatoire. 11 les tint dans la voie étroite de justice et de vérité. Il demanda si à Lyon l'accusé avait confié au roi tous ses arrangements avec la Savoie. — Non. — Alors le roi n'a pu pardonner ce qu'il ignorait. (Mém. de La Force.)
Ce mot conduisit Biron à la mort.
Le Parlement fut dès lors unanime (127 voix).
Dans tout le procès, le roi avait eu une crainte secrète, c'était qu'on n'enlevât Biron, que l'agitateur de la Ligue, l'Espagnol, l'ami des moines, le distributeur des soupes en plein vent, n'essayât d agir sur le peuple. Il resta, non à Paris, mais à Saiut-Maur ou Saint-Germain, prêt à monter à cheval et le pied dans l'étrier. Il écrivait à Sully qu'il piît
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garde à lui, qu'on pensait, pendant qu'il ne s'occupait que du prisonnier, à l'enlever, lui Sully, le mener e!i Franche-Comté. Il eût répondu pour Biron.
La \ie de celui-ci^ au leste, importait moins aux étrangers que son silence. Et ce silence fut maintenu jusqu'au bout. Biron le dit le dernier jour : « Il ne saura pas mon secret. » Comment obtint-on cette persévérance? Par ce moine dont j'ai parlé. Puis, il ne croyait pas sérieusement à sa mort, imaginant toujours qu'il serait sauvé ou par un coup de l'Espagne ou par la faiblesse du roi, qui finirait par avoir peur.
Il ne croyait pas même que le Parlement aurait le courage de le condamner. Dans sa prison, il amusait ses gardes à leur raconter l'audience et à contrefaire ses juges.
11 ne fut pas peu étonné, le 51 juillet, de voir le chancelier, le greffier, une grande suite, arriver à la Bastille en cérémonie. On le trouva occupé d'astrologie judiciaire, de comparer quatre almanachs, d'étudier la lune, les jours et les signes célestes, pour y pénétrer l'avenir. Il n'y avait plus d'avenir. Le chancelier lui demanda de rendre Tordre du roi, la croix du Saint-Esprit, et l'engagea à faire preuve de son grand courage. Puis on lui lut son arrêt, et
radoucissement qu'y mettait le roi , de rendre ses biens à ses parents et de ne pas le faire exécuter en Grève.
Ce coup venait frapper, non un homme faible, malade, amorti par la prison, mais dans sa force, en pleine vie. La répugnance de la nature se montra aussi en plein; il laissa voir une furieuse volonté de vivre. D'abord, des cris contre le roi, si ingrat, qui laissait vivre d'Épernon, cent fois traître, et qui lui, Biron, innocent, le faisait mourir... Car il se disait innocent, soit que ses moines espagnols le lui eussent persuadé, soit que, dans les idées d'alors et l'habitude des révoltes, ce ne fût que peccadille.
Puis il retomba sur le chancelier, avec des risées terribles, bouffonnant sur sa figure, l'appelant grand nez, idole sans cœur, figure de plâtre. Il se promenait en long et en large, le visage horriblement bouleversé, affreux, répétant toujours : « Ha! minime, minime! » (Non, non, encore non !)
On lui dit doucement: « Monsieur, pensez à votre conscience. »
« C'est fait, » dit-il. Et, sans s'en mettre autrement en peine, il se jeta dans un torrent de discours, sur ses affaires, ses biens, ses dettes; on lui devait ceci, cela; il laissait une fille
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grosse, à qui il faisait tel don... Une mer de paroles \agues qui n'auraient jamais fini. On l'avertit, il revint' un peu à lui, et dicta son testament, clair et ferme.
Il avait demandé Sully pour le faire intercéder. Sully fit dire qu'il n'osait.
Il était quatre heures, et Biron passait le temps aux choses de ce monde, sans souci de l'éternité. On le mena à la chapelle, et, sa prière faite, il sortit. A la porte, un homme inconnu paraissait l'attendre: « Qui est celui-ci? » — Modestement, l'homme avoua qu'il était le bourreau, a \a-t'en, va-t'en! dit Biron. Ne me touche pas qu'il ne soit temps!... Si tu approches, je t'étrangle! » Il jura aussi qu'on ne le lierait point, qu'il n'irait pas comme un voleur. Aux soldats qui gardaient la porte : « Mes amis, pour m'obliger, cassez-moi la tête d'un coup de mousquet. »
Inutile de dire que les prêtres du roi n'en tirèrent rien, pas un mot d'Espagne ou de Savoie, nulle confession de sa faute. Il suivit le mot des Jésuites, dont on a parlé ailleurs : « Défense de rien révéler à la mort, sous peine de damnation. »
A tous, il disait : « Messieurs, vous voyez un homme que le roi fait mourir, parce qu'il est bon catholique. » — Et, comme on lui rap-
pelait sa mère : « Ne m'en [tariez pas, elle est hérétique. » (Lettres du roi, du 2 et 7 août.)
Il mourut ainsi, en pleine fureur, en pleine vengeance, continuant d'intention son complot, et, de l'écliafand, autant qu'il était en lui, attachant d'avance au roi la furie de Ravaillac.
Sur les planches, il chicana fort, voulant d'abord être debout. On lui dit que ce n'était pas l'usage. Puis il se fâcha de voir clans cette cour une soixnnlnine d'assistants : « Que font là ces marauds, ces gueux? Qui les a mis là? » Il ne voulut pas du mouchoir, prit le sien, qui était trop court, reprit l'autre. Trois fois il se débanda les yeux. «Tu m'irrites! dit-il au bourreau. Prends garde! je pourrais étrangler moitié de ceux qui sont ici. » Ils n'étaient pas très-rassurés, voyant cet homme non lié, si fort et si furieux; plusieurs regardaient vers la porte.
Le bourreau, vers cinq heures, pensant ne finir jamais, lui dit : « Monsieur, auparavant, ne faut-il pas que vous disiez votre « In munus tuas, Domine? » Biron se remit, et l'homme, prohtant de ce moment et prenant l'épée des mains du valet, par un vrai miracle de force et d'adresse, lui trancha au vol son cou gras, la tête s'en alla bondissant au pied de l'échafaud.
On voulait le mettre aux Célestins, à côté des vieux Valois. Mais ces moines furent politiques;
on vit déjà l'effet du coup; ils refusèrent. El on le mit à Saint-Paul, paroisse de la Bastille.
Pendant ce temps-là , une foule énorme se morfondait à la Grève, où on l'attendait. Des fenêtres y étaient louées jusqu'à dix écus.
La foule des amis de l'Espagne, cagots, bigots, ligueurs. Jésuites, et aussi des gens de haut vol qui voulaient braver le roi, allaient jeter de l'eau bénite, faire dire des messes à son tombeau.
Le roi, après lexécntion, était si défait, dit l'ambassadeur d'Espagne, qu'on l'eût cru l'exécuté. Huit jours api'ès, il fut pi'is d'un violent flux de ventre qui le tint quelque temps trèsfaible.
Il n'en eut pas moins conscience d'avoir fait justice. En conversation, il disait souvent et comme un proverbe : « Aussi vrai que Biron fut traître. »
11 fut très-reconnaissant pour l'iiomme inflexible qui l'avait soutenu dans cette rude circonstance ; il alla voir Sully, lui dit : « D'aujourd'hui, je n'aime que vous. »
Grand témoignage et mérité. L'un et l'autre, en ce coup sévère qui servit tellement la France, et qui lui donna huit ans de repos, méritèrent d'elle ce jour-là autant qu'aux jours d'Arqués et d'ivry.