LIVRE Y
LA FIN DU ilÈGNE
hV, GRAND DESSEIN
Témoignages divers des contemporains sur le Grand Dessein de ÎTenri IV. — Plans généraux exposés par Sully pour la nouvelle organisation ao l'Europe. — Comment on peut expliquer les contradictions des ÛBcowomies royales sur la part respective de Henri IV et de Sully dans le détail de cette organisation.— Si Henri IV n'a pas tracé lui-même tous "•es plans, il les a tous inspirés. ^ Les vues qu'ils supposent ne font .^ le confirmer la politique suivie par ce prince. — Dans le grand Dessein comme dans la politique de Henri IV, trois parties principales : l» L'abaissement de la maison d'Autriche. — Situation faite aux États affranchis de la domination ou de l'ascendant de cette puissance: la Hongrie, la Bohème, la Pologne, les pays allemands. — Républiques italienne et helvétique. — Les Provinces-Unies. — Les assertions de Sully sur l'organisation de ce dernier État rectifiées par les écrits mêmes de Henri iV. — La France rendue à ses frontières naturelles. — 2** La pacification de l'Europe. — Vues de Henri IV pour rendre les gouvernements tempérés à l'exemple de celui de la^ France, pour rétablir l'unité des croyances^ ou tout au moins, sij cette unité n'était pas encore possible, la tolérance entro les trois grandes religions. ~ La liberté de conscience sauvegardée et le pouvoir temporel de la papauté rendu inviolable. — 3o L'expulsion des Turcs. — Ligue des nations chrétiennes contre les infidèles. — Dans ses plans comme dans ses actes, la politique de Henri IV a ce caractère que, faite pour son temps, elle étend jusqu'à notre époque
ses applications. — Elle se règle, non sur des délimitations arbi- traires, mais sur le génie et la situation de chaque peuple. — Différence d'avec les principes de la paix de Westphalie. — Quelques v rapports avec les entreprises conservatrices et libérales de notre siècle. — Mouvement général des esprits, au temps de Henri IV, en faveur des deux grandes fins de sa politique : la paix religieuse et la chute , de l'empire turc. — Protestants et catholiques croient ce prince destiné à atteindre ce double résultat. — M eti exprime lui-môme le pressentiment.
11 n'est personne qui ne se rappelle, en étudiant la politique extérieure de Henri IV, les desseins attribués à ce prince , et qui ne soit tenté de les comparer avec les actes mêmes de son règne. Ces desseins, la plupart des contemporains en ont parlé, et s'ils ne se sont pas accordés pour en découvrir la suite et en fixer l'étendue, ils en ont tous fait soupçonner la grandeur.
Ce qui résulte d'abord de leurs divers récits, c*est qu'une guerre décisive se préparait : elle était sur le point de s'ouvrir, à moins d'accommodements impré* vus, en Allemagne et en Italie, et elle irait peut-être jusqu'à envahir l'Espagne. A ces notions précises se mêlent des conjectures plus vagues, mais dont la trace est partout. On sent, à la lecture des écrits de cette époque, que la lutte imminente n*est qu'un prélude à des plans immenses* D'Aubigné peint l'Europe surprise, l'Allemagne s'armant à la française pour former les mïïices aie ^^wà Y^ A^'?^ %>»sgfts antfnant leurs rochers immobiles^ ^X A^ ^^^"^ ^^\siS.\saK^
tnâle émotion, il salue d'avance son roi empereur d'Occident '. D'autres voient Henri IV rendant à la France «c ses premières bornes, » et portant les frontières de la monarchie ce du côté de l'orient jusqu'au rivage du Rhin, du côté du midy jusqu'aux Alpes, du côté de l'occident jusqu'aux monts Pyrénées, et enfin dii côté du septentrion jusqu'à l'Océan ^. » Ceux-ci le montrent à la t^te des nations chrétiennes coalisées contre les Turcs; ceux-là annoncent au sein de l'Europe qu'il a transformée le retour de l'unité ou tout au moins de la paix religieuse ^. Derrière les pressentiments de tous s'élève l'idée d'un Grand Dessein.
Sully ne s'en est pas tenu à ces pressentiments: initié à toutes les pensées de Henri IV, il a prétendu donner le détail minutieux et fidèle des projets du roi.
Ce sont donc ses révélations qu'il importe avant tout d'interroger, en les éclairant des autres témoignages, et, s'il est possible, des écrits mêmes de Henri IV.
On le sait, les plans développés par Sully ne laissent rien à l'écart : ils embrassent tous les éléments de