‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 153 sur 181 · D'Aubigné, Appendix de Vhistoire universelle, p · texte numérisé non relu

D'Aubigné, Appendix de Vhistoire universelle, p

2, l^emarques sur le gouvernement du royaume durant les rè* fpies de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, par Catien Sandras deCoustilz. i688.

3, Le cardinal du Perron, samtFtaii(iO\^àL^'àçi\fe^>^'^>'^'^'^

Zn LA FIN DU RÈGNE.

troubles qui travaillent la chrétienté, et ne tendent pas à moins qu'à îes dissiper tous : ils partent de l'état de guerre et aboutissent à la paix perpétuelle.

La maison d'Autriche une fois vaincue en Espagne et en Allemagne , l'Europe étaitdistribuée en quinze dominations : six monarchies héréditaires, cinq monarchies électives et quatre républiques souveraines. Les six monarchies héréditaires étaient la France, l'Espagne, l'Angleterre, la Suède, le Danemark et le royaume de Lombardie, attribué au duc de Savoie. L'empire d'Allemagne, la Bohême, accrue de la Moravie, delà Silésie et de la Lusace; la Hongrie, la Pologne, les États de l'Église, auxquels étaient joints la Fouille, la Calabre et Naples, formaient les cinq monarchies électives. Enfin quatre républiques se trouvaient reconnues : la république de Venise, la ' république helvétique, la république belge et la république italique. Des règlements étaient établis pour entretenir la tolérance entre les trois grandes religions qui régnaient en Europe et pour empêcher qu'aucune autre pût s'y introduire. Quant aux difficultés qui s'élèveraient entre les divers États, elles seraient soumises au jugement d'un tribunal suprême, composé des députés des quinze dominations, et qui exercerait en Europe la mission que remplissait parmi les Grecs le conseil des Awpbictyons. A cette a§.ç>etû\Aée reviendrait le soin de concilier enseinble \es ç^ovïsetivwà ^Wîs» ^\3:y>'^.

et de fixer la part respeclÎTe des nations chrétiennes dans la grande entreprise qui appellerait désormais leur concours, l'expulsion des Turcs *.

Tels sont les principaux traits des plans exposés par Sully.

Ces plans, qui les a formés? Sully, ou Henri lY? L*UQ et Tautre apparemment; mais chacun dans une mesure qu'il est plus facile d'entrevoir que de définir.

Sans aucun doute Tinitiative générale appartient à Henri IV. Sully le proclame en maintes circonstances ; c'està Henri IV qu'il doit d'avoir tourné sa pensée vers de si hautes préoccupations. Encore avoue-t-il qu'aux premières ouvertures du roi il demeura d'abord étonné et incrédule : il admirait les conceptions de son prince sans les croire applicables, et il fallut son commandement formel pour le décider à les envisager lui-même avec attention et à réfléchir aux moyens de les exécutera Il est vrai que pour avoir un instant hésité à suivre le roi , Sully, par ses arrangements minutieux et parfois

chimériques, l'eût bientôt dépassé.

Mais ces arrangements mêmes sont-ils tous l'œuvre personnelle de Sully? Henri lY n'y a-t-il pris aucune part? Les (Economies royales ne suffisent point h -, nous l'apprendre; car elles se contredisent. Il est àesn

\. OEc. royales f t. VIII, p. 249, etc. 2. CEc. royales, t VU, p. 3<5.

pays, tels que les provinces flamandes et certains; États d'Allemagne, sur lesquels elles prêtent successii vement au roi des Tues différentes. Il est des projets dont elles attribuent l'origine tantôt à Henri IV, tantôt à son ministre, et Ton voit jusqu'à cette division symétrique de l'Europe en quinze dominations tour à tour énoncée parmi les instructions du souverain à ses ambassadeurs ou reléguée parmi ces rêves que Sully lui présente en s'excusant*.

Pour démêler ces incertitudes, il convient de s'arracher aux livres, ou plutôt, à l'aide des livres, il faut entrer daus la vie intime de Henri IV. Il faut le suivre dans ces visites qu'il faisait presque chaque jour à TArsenal : il faut les voir tous deux, Henri IV et Sully, conversant ensemble de l'avenir de la France. C'est là que le roi a découvert à son ministre les pensées longtemps mûries au fond de son âme; c'est là qu'il lui a fait entrevoir, ainsi que le rappelle Sully, a l'establissement d'une forme de république ou monarchie dite très-chrestienne, corn-

i. (Ec. royales, t. Vil, p. 91. « Cette mesme puissance céleste vousinspira, Sire, de distinguer cette vaste étendue de régions en quinze principales, mais diverses sortes de dominations souveraines... » Dans le même volume, p. 305 etsuiv., Sully s'attribue au contraire à lui-même ces projets, qu'il appelle a des imaginations et des fantaisies; car je donneray tousjours ce nom à mes opinions, jusqu'à ce qu'elles ayent été approuvées par vous. »

i LE GRAND DESSEIN. â95

I pùiée de tous les rois, princes, potentats et républiques qui professent le nom de Jésus-Christ dans rEurope ^; i» c'est là aussi qu'il Ta invité a tousjours en paroUes sérieuses de penser plustost a rechercher des expediens pour faciliter l'exécution do ces pixipositions que des parolles ingénieuses pour les blasmer ^. »

nenri lY s'est donc rendu à l'Arsenal. Il a conduit Sully sur ce balcon I où a nous avons, dit-il, accoustumé de n*estre pas muets '. » Il lui demande son avis sur le grand objet qu'il a confié à ses méditations, a Eh bien, que vous semble de nos affaires? Car les uns me disent d'un, les autres d'autres^ » Déjà il a pris les mémoires, les états, les rapports que, sur ses ordres, le surintendant lui a préparés: il les lit, il les corrige, il s'arrête pour faire part à Sully de ses objections 5 il l'écoute, il le contredit; il échange avec lui ses idées, ses craintes, ses espérances* Bientôt il s'exalte luimême; dans le tableau que lui retrace Sully, il voit les forces dont il dispose^ ses trésors amassés, ses sujets tranquilles, ses soldats en armes, ses alliances formées, l'Europe attentive ; mille perspectives nouvelles passent et repassent devant ses t'egards. C'est

i. OEc. royales, t. VH, p. 315.

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