Matthieu
et dans tontes les familles, je ne dis pas Tétonnement, Phorreur et l'indignation que devait inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais une désolation pareille à celle que cause la perte d'un bon père à ses enfants. Il n'y a personne de nous qui ne se souvienne d'avoir ouï souvent raconter ce gémissement universel à son père ou à son grand-père, et qui n'ait encore le cœur attendri de ce qu'il a ouï réciter des bontés de ce grand roi envers son peuple, et de l'amour extrême de son peuple envers lui*. »
L'impression ne fut pas moins vive parmi les nations étrangères : la douleur de quelques-unes put se comparer à celle qui remplissait la France. A l'annonce de cette catastrophe le roi d'Espagne fut saisi de stupeur, bien que délivré de ses appréhensions. Les Vénitiens reconnurent la perte qu'ils avaient faite, et plusieurs s'écrièrent: ce Notr0 roi est mort ! » Jacques P', lui aussi, s'aperçut alors de ce que valait pour lui l'alliance de Henri lY. Il déclara qu'il a avait perdu sa main droite; » et tout le reste du jour oij cette fatale nouvelle lui était parvenue, il montra une si grande tristesse que ses plus simples actes portaient la marque de son trouble *. Le prince de Galles le
i. 40 juillets 675. Œuvres complètes de Bossuet. Èdit. Lefebre, 1836, t. XI, p. 26. Citée par M. YiUemaîn dans son rapport à rAcadéœie frangaise. Août 1857.
2. Ambaas. de la Bodeiie, t. V, p. 269. 24 mai 1610. « Il sa montra tout ^ Joui^là si rempli de tristesse, écrit Tambassa-
pleura*. Mais nul ne s'unit par de plus sensibles témoignages à la désolation de la France que ne fit le Souverain Pontife. C^était le 23 mai, dans la nuit, que Paul V avait appris le meurtre du roi. Aussitôt il envoya avertir l'ambassadeur, M. de Brèves, afin qu'il vînt le trouver dès la matinée. A peine l'eut-il aperçu qu'il se jeta à son cou, et après l'avoir tenu longtemps embrassé, il lui dit d'une voix brisée par les larmes : t< lia ! mon amy, vous avez perdu vostre roy et vostre bon maistre, et moy, j'ay perdu mon bon fils aisné : prince grand, magnanime, sage et incomparable, vrai fils de l'Église, affectionné à ce Sainct Siège. Nous nous devons tous ressentir de ceste cruelle mort; vostre France plus ira avant, et plus en sentira la perte ; il n'y aura coing de terre qui ne pleure ce grand monarque, et de moy qui ay cest honneur de porter le tiltre de chef de l'Église, je veux par un privilège singulier en honorer la mémoire au-dessus de tous lesroys qui l'ont précédé^. »
deup, de mélancolie et d'étonnement, qu'il lui arriva trois ou quatre fois que, voulant entrer par une porte, il entroit par l'autre. »
1. Mémoires et Journal de Lestoile. Collection Michaud et Poujoulat, t. XV, p. 604. « Le prince en a pleuré. » Extrait d'une lettre écrite de Londres à Lestoile.
2. Id., t. XV, p. 015. Voyez aussi Sermon fimebre fait aux . obsèques de Henn JIII, roi de France et Namrre, le 22 juin 1610, dsm l'église de Saint- Jacques de laBowi^hietift^i^Fr. Jacques
Suares, p. 9. « Ayant .leceu \e^ tiûvvn^^!» ^*!!e«s<^\^^vs^^
Le même jour en effet, le Saint Père célébra solen- Bellement la messe pour le repos de l'âme de Henri IV. Le 28, les obsèques eurent lieu en grande" pompe dans sa chapelle. Il voulut y assister en personne, et « ce qui ne s'estoit jamais remarqué en Pape quelconque*, » il demeura présent à l'oraison funèbre qu'un prêtre français prononça, sur son ordre, à l'honneur du grand roi, « esleu p.or une certaine divine Providence le protecteur de la tranquillité pu- '' blique, l'arbitre des princes chrestiens, et les délices du monde^. » Â la même époque, celui dont les protestants de France disaient : <c Nous avons perdu notre bon maistre ' ! » recevait d'égales louanges de saint François de Sales *.
troisième du mois de may a minuict, le Pape Paul cinquiesme ûi incontinent de ses yeur fontaine de larmes, et la mesme heure envoya visiter monsieur l'ambassadeur, lequel le venant trouver au poinct du jour, se mirent a plorer Tun contre l'autre et furent une grande espace de temps sans se pouvoir' dire mot. »