‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 18 sur 181 · U\ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

U\ INTRODUCTION

pei'du si la monarchie se perd. Qui leur donnera le libre exercice de la marchandise? Qui leur garantira leurs possessions aux champs? Qui tiendra l'autorité de leur justice? Quels en seront les degrés? Qui commandera leurs armées? Somme, quel sera leur ordrel Pauvres abusez ! Geste fureur durera pour im temps, tout ainsy comme Ton dit que la fibevre pour un temps nourrit le malade. Mais de penser que sur des fondemens de colère et de vengeance, on puisse establir une intelligence asseurée et une forme d'Estat durable, cela ne se peut, n'ayant jamais esté ny veu ny leu qu un Estât se soit changé, sans la ruine des villes qui en sont tousjours les principaulx appuis.

(( Et toy. Peuple, quand ta noblesse et tes villes seront divisées, quel repos auras-tu?... A qui auras-tu recours, quand la noblesse te foulera, quand les villes te feront contribuer? Au roy, qui ne commandera ny aux uns ny aux aultres? Aux officiers de sa justice! Où seront-ils? A ses lieutenants, quelle sera leur puissance? Au maire d'une ville, quel droict aura-t-il sur la noblesse ? Au chef de la noblesse, quel ordre parmi eux ! Pitié, confusion, désastre, misères partout. Et voilà le fruict de la guerre

(( Nous sommes dans une maison qui va fondre, dans ung bateau qui se perd, et n'y a nul remède que. la paix. Qu'on en imagine, qu'on en cherche tant d' aultres que l'on voudra.

« Pour conclusion donc, moy plus affectionné

(je puis le dire) et plus intéressé en cecy que vous tous, je la demande au nom de tous, au Roy mon seigneur; je la demande pour moy, pour tous les François, pour la France !...^ »

* Lettres miss,, t. IL, p. 443 et suiv, — 4 mars 1589.

A L\ TROTSlÈMErDITIOX ijl

i^uel langage ! i Ju»=-lle ju-î»?sse de vue^ ! Qut-Uf^ gts!;- (feur! Qui ne serait ému friiiit.'panlo >i 1 .iM.ilL- .: -i franraiiw?? Qut.'l parti, au n-ilitu ihj iio> »il-- ^-'. j.-. refuserait dhonorer, d'admirer, d»^ r^-x» î:dJ:.i- :. fffnmie uu patrimoine commun au pay^ î... û t-Liivr, de ull»;^ inspirations ?

VJI

On est trop souvent porté, dans les jours de tr-'u- I)les, à mettre en opposition la politique et la mf»râlH, l'habileté et la justice. Il semble que ce >oi»=-nt là rl'S choses inconciliables. Les uns voient dans l'obsen riti"n de la justice un embarras inutile pctur la pcilitiqu»^: les autres dans les combinaisons de la ixJîtiquv nu alniîisement ou un piège pnn- le droit.

Le puavernement de Henri IV condamne c»- «î-ijÎjIv «•v»"?, Uoi de tradition, il a subi plus d'»'pivuvv-. •"- '■>•'; [)lus d'aveiitun.>, déplo} é plu> de iv--',lii'>:'- ;. ..

'.-iiAv*' .'-on (Irnit, que n'eût lait un ];.ir\»';:,=i ': ,,

■ ;■ -;i furiime. il a pratiqu»' ira ].! ^ lia-r. p.!;.: ■ ■ •■- .. : ii'îf' dont Bossuei rli>ait a l'li'}ri:i'.'i- m-; L- :.i> \l\ :

'^■rii- apprendrez ce qu'il est -i n--- --lii-.- q'!-:- ■. ■ i- •■•'i.'i'/: qu'encore ([u'ii ne iv-tmi-.!;!' .pi- !< s :>:/.:•:;- :■■- i>r!rîiciiliôivs. la fortune seiiihl»- >"'ii«* ".l'''i:i'l-:' 'i- ."■■•.i'ili«-'-<'inr'iit ot di' la ruine de enipii"fs. à î'.ul ju- w- '..'■. il "Il ari'ive à p«Mi pn«s comme dan< !•' j-ti. «•=; |.- \>\\i^ !i::|)il«' l't.-ini)nrt«' à la lonirut.''. »

ff-î:ri l\ l'a <Miij)î'rié pai'ce qu'en ni<"'nie îmi;,.-- ■\\i':\ ;i\-r)r !•• |wt:i di<;il. il a «'-(h a |r plu< li;il;il«'.

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LIV INTRODlCTlOîf -

Mais cette habileté, il ne l'a jamais séparée c riionnêteté. Il a été fin sans cesser d'être franc. Le-. contemporains lui rendent à l'envi cet hommage; . a purifié la politique des souillures que son époqu lui avait imprimées. Il Ta arrachée au crime pour L soumettre à la justice.

l]ne autre leçon se dégage de ce règne. Dans Tai deur des luttes civiles, au-dessus des fureurs det partis, Henri IV a maintenu, il a fait prévaloir, avec une indomptable constance, l'esprit de concorde.

Enfants de la même patrie, issus du même sang, battus par les mêmes orages, menacés des mêmes périls, nous sommes tourmentés d'une aveugle .et cruelle passion les uns. contre les autres. Nous laissons les rancunes, les défiances, les ambitions, les préjugés, le ressentiment des torts d'autrui, inséparable de l'oubli de nos propres fautes, entretenir dans nos rangs des animosités fatales, et diviser des forces que ' r^mour du pays devrait rallier en un commun élan. Ces injustices, ces colères, ces haines meurtrières» Henri IV les a vues; il en a soufl'ert; il les a flétries; il a montré, en des termes que.. le malheur de nos temps a rendus prophétiques, « ces passions de guerre et de violences qui dissipent et desmembrent ce bel Estât et qui nous ont desjà tant de lois fait la risée des estrangers. » Il s'est juré à lui-même de les abolir, et d'amener, comme il le disait encore, « la réconciliation de ce pauvre royauline les uns avec les aultres*. ))

Ce que cette entreprise devait lui coûter de temps, de labeurs et de sacrifices, il ne se le dissimulait pas : « L'establissement d'un repos général en ce royaulme

* Let/res 7m<is., t. I., p. 168.

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