‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 17 sur 181 · I. Il p. I7J. ("janvier · texte numérisé non relu

I. Il p. I7J. ("janvier

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( \sL du ca?ur il' lia roi de Franco qu'elles sont sorties.

Qu'on lise, par exemple, la lettre de Henri IV, encore roi de Navarre, aux Etats généraux de 1589. Où vit-on réunis à un plus haut degré Tévidence du raisonnement, la vigueur imagée des expressions, l'ea- ij chaînenient des preuves, l'habileté persuasive des in- i sinuations, les interpellations pressantes et ces accents '^ pathétiques qui remuent les peuples et allument ea ;2 eux la flamme des grands sentiments? ?

« Quand il me ressoubvient que depuis quatre ans j j'ay esté l'argument des tragœdies de France, le dis- - ^ cours de nos voisins, le subject des armes civiles, et '*soubs ces annes, d'un monde de misères ; quand je - ' considère que, sur ung advenir aussi esloigné de la pensée des François comme de mon désir, on a faict sentir à ce royaume la présence d' infinies calamités; que, sur la vaine et misérable crainte de ma succe^^ sion à cest Estât, on en a desseigné et basti l'usurpation; quand de ces yeulx que Dieu m'a principalement donnez pour les avoir toujours ouverts au bien de ma patrie, toujours tendres à ses maulx, je suis contrainct de la veoir en feu, ses principaux piUiers desjà bruslez, ses meilleures villes en cendres, et qu'encore, au lieu d'apporter de l'eau, d'estouffer ses f ammes, d'aider à sauver ce qui reste d'entier (comme je désire et voudrois l'avoir faict, et n'estre plus), on me force malgré moy, de brusler moy-même, et de rendre ma défense presque aussi fascheuse que les violences que font ceulx qui m'attaquent, ou je serois de tous les insensibles le plus insensible qui feut jamais, ou bien il fault, pour la considération du public, que mon âme reçoive mille fois le jour, des peines, des afflictions, des gesnes que nulles peines, nulles afflictions, nulles gesnes ne sauroient esgaler, principalement quand je

iiD progrez de ces derniers troubles, conibien dtr lignages il a rendus de la justice de ma cause et non innocence, non-seulement en France, mais nés anx nations étrangères, et combien par plufseffects ce grand Dieu a faict paroistre qu'il avoit demoy, m*ayant miraculeusement deflendu, sauvé, iré contre des forces auxquelles il n'y avoit nulle TMice que je puisse faire teste; certes, si j'estois ! que je suis, j'aurois autant de nason de me au particulier de ma condition comme le souble la publique m'est désagréable. Messieui-s, je ne \, Jamais mon pays n*im après moy, son utilité éra tousjours la mienne, et toujours on verra lal, mes dommages, mes afflictions courir de- Ues de ma patrie.

...Je vous représenteray premièrement mon Don pour me glorifier, toutes et quautes fois que ray. Dieu m'abaissera; non pour vous dire que à cheval et bien à mon aise, le mesme Dieu sçait

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côté. L'aultre, pour vous faire juger si ce que je dis maintenant, je le dis de peur; si j'ay occasion de flatter mes paroles, pour la crainte d ung plus rude chastiement que ceulx que j'ay receus; si c est Tappréhension de ma ruyne qui me fait ployer, ou au contraire, si c'est le vray sentiment des misères de mon pays, Tamour de la paix, la grandeur de la France qui me poussent à ce langage...

«... Dieu a fait voir au jour le fond des desseings de tous ceulx qui pouvoient remuer en cest Estât. Il a descouvert les miens aussy. Nul de vous, nul de la France, ne les ignore. N'est-ce pas une misère qu'il n'y ait si petit ny si grand en ce royaume, qui ne voie le mal, qui ne crie contre les armes, qui ne les nomme la fiebvre continue et mortelle de cest Estât? Et néanmoins, jusques icy, nul n'a ouvert la bouche pour y trouver le remède; qu'en toute ceste assemblée de Blois, nul n'ait osé prononcer ce sacré mot de paix; ce mot dans l'effect duquel consiste le bien de ce royaume? Croyez, messieurs, que cette admirable et fatale stupidité est un des plus grands présagea que Dieu nous ait donné du desclin de ce royaume.

(( Notre Estât est extrêmement malade, chascung le veoit... Quel remède? Nul autre que la paix... C'est la paix qu'il faut demander à Dieu pour le seul remède de ce royaume, pour sa seule guerison ; qui en cherche d'autres au lieu de le guérir le veut empoisonner.

'i Je vous conjure donc tous par cet escript, autant catholiques serviteurs du roy mon seigneur, comme ceulx qui ne le sont pas. Je vous appelle comme François. Je vous somme que vous ayés pitié de cest Estât, de vous-mesmes qui, le sappans par le pied, ne vous sauverés jamais, que la mine ne vous en ac-

A L\ TROISIÈME ÉDITION Ll

cable; de moy encore que contraîgniés pai* force à voir, à souffrir, à faire des choses que, sans les armes, je mourrois mille fois plustost que de voir, de souffrir et de faire; je vous conjure de despouilUer à ce coup les misérables passions de guerres et de violences qui dissipent et desmembrent ce bel Estât, et qui nous distraient, les uns par force, les autres trop volontairement de Fobeissance de nostre roy, qui nous ensanglantent du sang les uns des autres, et qui nous ont desjà tant de fois faict la risée des estrangers, et à la fin nous ferons leur conqueste ; de quitter, dis-je, toutes nos aigreurs pour reprendre les haleines de paix et d'union, les volontez d'obéissance et d'ordre, le8 esprits de concorde par laquelle les moindres Estats deviennent puissans empires, et par laquelle le nostre a longuement fleuri le premier Royaulme de ceulx de laCbrestienté.....

« J'appelle à ceste heure tous les autres de cet

Estât qui sont restez spectateurs de nos folies. J'appelle nostre noblesse, nostre clergé, nos villes, iiostre peuple; c'est à eux que je parle. Qu'ils considèrent où nous allons entrer, ce que deviendra la France, quelle sera la face de nostre Estât, si ce mal continue; que fera la noblesse, si nostre gouvernement se change, comme il le fera indubitablement et vous le voyiés desjà., si les villes, par la crainte des partisans, sont contrainctes de se renfermer dans leurs portes, de ne souffrir personne les commander ot de se cantonner à la Suisse?

« Que deviendront les villes?... Que feront leurs principaux habitants qui tiennent tous les offices de la m'^narchie, ou aux Finances, ou à la Justice, ou à la Police ou aux Armes, et comptent chascun entre leur fortune domestique la valeur de leur estât? Gela est

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