‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 2 sur 181 · U INTRODUCTION · texte numérisé non relu

U INTRODUCTION

alliant à une foi hautement proclamée la tolérance la plus généreuse, il chercha à éteindre parmi eux les luttes de croyances; encourageant dans leur sein toutes les forces vives, il en confondit Télan avec ses propres intérêts; et, comme il avait fait du pouvoir royal l'initiateur des progrès de la France, il fit de la France l'initiatrice des progrès de l'Europe. Enfin, et pour tout résumer, il eut ce rare mérite d'être de son temps et de le dominer. Il en répudia les perfidies et les violences. Il en prit tous les grands instincts, il sut à la fois les satisfaire et les dépasser ; tandis qu'il répondait au présent, il devança l'avenir.

« Par là sa gloire est de tous les siècles, et s'étend à tous les pays : mais, de tous les pays, c'est à la France surtout qu'il appartient d'honorer sa mémoire ; et de tous les siècles, il n'en est peut-être aucun qui soit appelé, plus que le nôtre, à imiter ses exemples*. »

De grands changements se sont accompUs depuis le jour où ont paru ces lignes, publiées pour la première fois en 1861. Nous ne songions, en les traçant alors, qu'à la disposition générale de notre pays et de notre temps, telle que l'avaient faite des révolutions successives. Nous étions loin de prévoir les événe* ments qui se préparaient, et les épreuves inouïes qu'un avenir prochain réservait à la France.

Ces vicissitudes n'ont rien ôté, selon nous, à la Vérité des réflexions que nous venons de reproduiie. Elles l'ont, au contraire, rendue plus sensible ; elles font mieux saisir, par les rapprochements qu'elles provoquent^ les difficultés qu'a rencontrées Henri IV, et le génie qu'il a déployé pour les surmonter.

A ne prendre que la politique étrangère, il serait

' JBmrilV et sa politique, p. 4ft1*

A U TROISIÈME ÉDITION Dî

facile de montrer les applications que notre époque aurait pu recueillir de ce beau règne. On rappellerait notamment la politique de Henri IV en Italie et en Allemagne. Bien que l'exactitude historique ait été notre constant souci, les esprits prévenus pourraient croire, en lisant nos chapitres sur la conduite de Henri IV envers les Etats italiens, que nous avons voulu mettre en opposition la politique de ce prince avec celle qui triomphait, au moment où nous les écrivions, dans la péninsule. Mais comment porter le même soupçon sur l'étude de la politique de Henri IV en Allemagne*, étude publiée six ans avant la journée de Sadowa, dix ans avant la guerre de 1870? Et cependant lorsqu'on relit ces pages, lorsqu'on examine dans ce fidèle récit les rapports de Henri IV avec les Etats d'Allemagne, il est impossible de n'y pas reconnaître la contradiction absolue des projets qui, pour le malheur de notre pays, devaient prévaloir, et, par là même l'indication, tracée à l'avance, du système qui, emprunté à Henri IV, aurait pu nous épargner tant de désastres et de ruines.

Les relations de Henri IV avec la Turquie, ses vues sur l'avenir de l'Orient, ne seraient pas, dans les circonstances présentes, moins utiles à méditer 2.

Mais, de toutes les parties de ce règne, c'est encore la politique intérieure, qui, de nos jours, mérite le plus de fixer .l'attention.

« Les esprits sont trop divisés; il nous faudrait un Henri IV pour les réunir, » nous disait naguère un des hommes les plus considérables du parti lépublicain, alors notre collègue à l'Assemblée nationale,

* Eenri IV et 9a politique.-^ La. liberté germanique, p. 327 et suLv.

* /rf, —La Turquie et les chrérieûs d'Orient, p. 356 et suW,

A u TfiiJisiiiME mmn ■■ ro

i la rie, ainsi la fumée des guerres cîtIIsb, à ,

sipée, laisse voir !« fond da ce paya alfamé |de travail et d'union.

jEice oe respirait que la paii, quand les partis laient que la gueire.

rail déjà recueilli la preuve de ces dispositions,

1 1589, dans l'entrevue mémorable du i-ol de

tvec le roi de Navarre.

III s'était retiré à Tours; menacé par la

ti qui se déchaînait de toutes pai-ts, il avait .

là SOD aide le Béarnais ; malgré leâ appréheo-

ï ma entourage qui redoutait pour lui le sort

înîSËS, Henri de Navarre avait répondu à l'appel

liouverain. Une grande aflluence attendait sa ve-

y Arrivé à Plessis-lez-Toui-s, ii aperçut le roi qoi

t & sa rencontre; mais la foule était si pressée

t deux princes furent quelque temps, se tendant

LIbbd les bras, sans pouvoir se joindre. Ëufm, lors-

I parvenus l'un prés de l'autre, on vit Henri de

B s'agenouiller, le roi le relever aussitôt, et les

E monarques s'embrasser, saisis tous deux d'une

e émotion, la joie fut au comble, les acclamations

utirent : « Vive le roi ! Vivent les rois l »

C'était la paix qui apparaissait k ce peuple; il en

'( l'image avec transport.

• Ce besoin d'une entente au milieu des discordes

B, ce vague et ardent désir de réunir les vérités

ses dans les divers paids el de faire sorfir de

»rd une paix définitive, la France, dans toutes

b grandes commotions, en a été pénétrée. Mats, à

I les époques, il a été nécessaire qu'un linmme

t personnifier les sentiments dont elle était animée,

lui révéler en quelque sorte à elle-même ses pro-

9 aspirations. Cet homme ne pouvait lui 6trê û-

A L\ TIlOlSiniE KIJITIIW IX

^, bravant avec eux les intPHipéries ries saisons, se

KIDtA leurs luîtes eL à leurs jeux, endurci de bonne lï à la fatigue et apprenaut, daus cette rude faini- ^^ Jnté (te I9. vie des montagnes, à connaître les tra- (Ï(«5(B et les difficuUés,

Le jeune ]>riuce devait bientôt tes afîi'onter sur nn ■mtn théâtre.

Ces divisions, qui déchiraient l'Etat et dans les- ^iles il allait se trouver si profondément engagé, Soiri IV les rencontre d'abord dans sa propre famille : M père, Antoine de Bourbon, a abjuré le protestan- KQO: sa mère, Jeanne d'Albret, se prépare à le presser. Son oncle, le prince de Condé, est un des '^fe du parla huguenot. Antoine de Bourbon, ayant (le appelé à Paris comme lieutenant-général du royaume pendant la minorité de Charles IX, Henri nent le rejoindre, il suit les cours du collège de Nawrre et s'y lie d'amitié avec le duc d'Anjou, qui sera a roi, et le duc de Guise, qui sera son rival. Antoine (le Bourbon meurt. Jeanne d'Albret retourne en Bèam ; elle embrasse la Iléforme. et rappelle auprès d'elle son (ils, à peine âgé de dix ans. pour l'instruire la nouvelle croyance. Trois ans plus tard, ça 1565, elle reçoit à Nérac Charles IX et Catherine ilfe ifédic'is. Henri l'accompagne et déjà il apprend, Auxs ces rencontres délicates avec une cour ennemie, i contenir ses impressions et à pénétrer celles d'aubyi.. A quinze ans il calme par sa pri':sence les seim^i-s soulevés dans la Uasse-Navarre. A seize ans, (68 l'end il la Rochelle; il remplace comme clTefdu û'ii protestant, le prince de Condé, tué à la bataille è Jarnac et, sous l'inspiration de (loligny, il prend ■part, en celte qualité, aux principaux engagements. En ni^e temps que le guerrier, ae forme le négo-

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