X INTRODUCTION
dateur. Chef des protestants, sujet du roi de Franc» ^ Henri trouve» dans son entourage, comme dans se pays de Béarn, beaucoup de catholiques. Il doit h mf'mager, tout en conduisant son parti, et, sans ntfK quer à ses coreligionnaires, gagner la faveur du soo verain. Environné de passions qui s'excluent les une les autres, il s'instruit à les dominer, et, comme : veut dans tous les partis se rallier des appuis, il leu impose à tous T équité dont sa clairvoyance, autan que Télan de son cœur, lui révèle Tobligation.
La cour, jalouse de s'attacher le royaume de Na varre, a préparé le mariage du jeune prince avec II sœur de Charles IX. Henri arrive à Paris, en deui de sa mère qu'une mort subite vient de lui enlever, Le 18 août 1572, il épouse Marguerite de Valois. Sii jours après la fête royale, éclate le massacre de la Saint-Barthélémy. Traîné devant Charles IX, avec son cousin, le prince de Condé, Henri, sous les menaces de mort, abjure des lèvres une croyance que les horreurs, dont il est témoin, vont fortifier dans son âme. Prisonnier à la cour, devenu justement suspect aux protestants comme aux catholiques, il se sent épié dans toutes ses démarches. Il porte sans fléchir cette situation terrible. Sous les regards qui l'observent, il observe à son tour. La frivolité de sa vie dissimule la gravité de ses réflexions, e1 sujet respectueux d'une royauté que représenteni successivement Charles IX et Henri III, il conçoit en voyant de près ces débiles monarques, l'idée d'une pohtique qui sera la condamnation de lem conduite.
Déjà son attitude, habile et droite, patiente et clairvoyante, a porté ses fruits. Il domine cette cour, dom // est le captif, par la grâce de son humeur et l'ascen*
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dant de son esprit. Ses ennemis mfimes ne jurant ijue par lui. Henri de Guise lui dit ; « Mon maltml n «rharles I\, vieilli avant l'âge sous le poids di! son rtgne, en défiance de sa mère et de ses freines, l'appelle à son lit de mort. C'est .'i la foi de son prisonnier qu'il veut confier sa femme et sa fille. Le duc d'Anjou, devenu Hemî III, et son fr&ro, le duc d'Alençon, odieux l'un à l'autre, ont tous les deux recours IHenri de Navarre. Mais h. tous deux il refuse de serrir leurs haines. Vainement Henri III, pour l'animer contre son frère, fait entendre (pie le roi de Navarre a Ifti-inême k se plaindre du duc d'Alenfon : « Mon Murage, dit le B^'iirnais, s'éleva toujours plu» haut jpe le tort cpi'on m'avoit fait '. n
Dans cette parole b'annonce déjà la politique du futur roi.
Cependant Henri de Navarie parvient à s'échapper. U rejoint les protestants à La Rochelle et adopte (Wwrtemeni leur cause, il retrouve dans leur camp, pour des intérêts opposés, les etigencee auxquelles il lient de se soustraire. Loin d'y céder, c'est en consiâèrânt ce» excès contraires qu'il se forme à la modération.
La mort du duc d'Alençon fait de Henri de Na- TJirre l'héritier de la couronne de France. Il devient, romme le dit Henri III « la seconde personne du tOyaume. n
Cette situation nouvelle, en le signalant aux re- ^rd9, l'expose à de nouvelles attaques. Il lui faut lutter pour son droit, comme s'il avait à le conquérir. D faut qu'il le justifie par ses actes autant que par
' Mémoires du duc de Nev^s, édit. 166 1 , 2 v. in - f . t. n, p.'ÎOT. C'est HenrilV qui fitlui-méme cette réHexionà l'histnriTi Mathieu, en lui racontant son entretien avec Henri IR
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ses titres. Ce n'est pas seulement le droit que la France couronnera ea lui, c'est la personne; elle ne s'inclinera devant le roi qu'autant qu'elle aura pris confiance en l'homme. Elle jugera de ce qu'il sera sur le trône par ce qu'il aura été avant d'y monter. La conduite du prétendant sera pour elle le programme du souverain.
L'avertissement ne manque pas à Henri IV; dès cette époque il le recueille des bouches les plus fidèles : « Aujourd'hui, lui dit du Plessis-Mornay, « Vostre Majesté se doibt représenter qu'elle est le « propos ordinaire de toute la France et môme d'une « bonne partie delà chrestienté; que les yeux d'ung « chascung sont arrestés sur vous, et vous voient « d'autant plus clairement qu'ils vous tiennent dasjà « rehaussé de degré et de lieu. C'est pourquoi vous « avez à composer vostre vie et vos actions, en sorte « que, s'il est possible, il ne s'y trouve rien à reic prendre, ains (mais) que chascung y puisse remarie quer ce qui peut le plus contenter son aflection *. »
En réalité chaque parti rêvait un monarque dont il fût maître. Les protestants à La Rochelle voulaient dominer le roi de Navarre, comme les Etats généraux, réunis à Blois, voulaient dominer Henri III : « Voicy le « temps, disait un huguenot, où l'on veut rendre les (( roys serfs et esclaves 2. »
Comment Henri IV parvint-il à triompher de ces prétentions? comment sut-il réunir à sa cause et plus tard à son autorité les partis les plus contraires? En ne leur laissant voir ni faiblesse ni obstination; en sachant tout A la fois condamner leurs passions et
* Mémoires de dh. Plessis-Momay, t. U, p. 575. * A/é/noires de madame de Mornay, t, I, p, \66»
A L.\ TROISIÈME ÉDITIOX XUI
nouer leurs droits. Il domina tous les partis i)aroo iPi'il ne fut riioiniiie d'aucun d'eux.
On ne saurait assez mettre ce trait en lumière. (]o srand chef de parti ne connut point l'esprit de ])arti.
Les partis! le mot nièrne lui était odieux, a (Jui.4 malheur, s' écrie-t-il, qu'il les faille ainsi nommer! * » ïais engagé dans la lutte et obligé de choisir entre ces fatales divisions, il n'est jamais injuste pour le parti contraire, tout en le combattant; jamais asservi, tout en le défendant, aux volontés du sien.
Les partis ont, dans tous les temps et sous tous les régimes, les mômes allures. Ils sont pai caractère e\''lu>ifs et intolérants. Quelque faute qu'ils aient (ommi^ie, ils veulent toujours avoir raison; ils n'ont nas Vidée qu'on puisse les juger du même point de ■;•.' (jiip l(Mirs adversaires; ce qu'ils ilélrisseiit rh(»z '•"■.i\-<i cMinmo un crime, ils ne supportent pas qu'on l'!.:;»îii-' clicfreux. Sans mesure dans leurs prétentions • ••liiui'* dans leurs résistances, ils exigent tout et n'ac- •'■ni*Mit rien. Ils repoussent comme une trahison la |>-Mj-'ii d'une transaction, refusent de voir les faits j.'.r n'avoir pas à en tenir compte, et se dédommai-nt <\'in\ sejîtir le poids, en accusant do les avoir civ,'< cux-lti mêmes qui les leur ont pi'édits. dette inju^iu»'. qu'ils témoignent aux partis adverses, ils la p<»ri«Mii dans leurs pi-opres rangs; il se livrent entre eux à l'esprit de soupçon et de dénigrement; ils se
' A 'if 'mis rsf'ifsfh ce rui/aubne, 4 inars 1580. — Lettres miS"
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créent, en regard des principes qui devraient les réiïnir, une multitude de règles secondaires sur lesquelles ils se divisent ; ils en font autant de points d'honneur et leur sacrifient, avec l'honneur véritable, 'la force de leur cause et le nombre de leurs adhérents.
(le qui ajoute à leur imprévoyance et ce qui achève de les perdre, c'est que plus ils enflent leurs prétentions, moins ils se préoccupent des moyens de les soutenir. N'écoutant que l'impression du moment, au lieu « d'embrasser les choses avec étendue, comme dit Fénelon, pour les voir dans leur total*, » ils ne calculent pas les conséquences de leurs actes. Plus pressés de braver l'ennemi que soucieux de le vaincre, ils provoquent la lutte sans l'avoir préparée.
Ce sont précisément les qualités opposées qui distinguent Henri IV. Nul ne sait mieux que lui entrer ' dans la pensée des autres, et prendre en considération les divergences qui se produisent parmi ses amis "; ou parmi ses rivaux. Nul n'observe à l'égard de ses ' adversaires des pratiques plus équitables. Il n'hésite ' pas à reconnaître devant eux les torts de ses partisans, et ce qu'il a le plus à cœur, c'est d'enlever par la conduite irréprochable de ses défenseurs, tout prétexte aux griefs de ses ennemis. Il entrevoit que dans ' un pays déchiré par les divisions religieuses ou poli- ' tiques, de grandes querelles ne se terminent pas sans *' concessions réciproques. Il les prépare ; il les facilite ; ' il fait les premiers pas pour les amener. <( Je pro- (( teste, écrit-il aux Etats de 1589, de me rendre plus « traitable que je ne fus jamais, si jamais j'ay esté « diflicile^. »
* Lettre au marquis de T^ouville. Instructions pour Phî- Jjppe V, roi d'Espagne.
* LettreM miss,, t. II, p. 456.