Lettres missives, t. VI, p. iiOj
50 LES AFFAIRES RELIGIEUSES. v.
« Je ne puis m'erapêcher de vous dire toute ma joie... ; L'Eglise de Montpellier , depuis si longtemps affligéô , par les hérétiques, avait besoin d'un époux comme celui-ci *; » saint François de Sales ajoutait son té^ moignage à celui de Henri IV lorsque, pour rassurer . Pierre Camus, nouvellement créé évêque de Belley, .. contre ses propres défiances, il lui rappelait, avec .^, «l'ordre de Sa Sainteté, le jugement du grand Henry ^, »
Un vénérable et savant écrivain a retracé ' les rapports de Henri IV et de saint François de Sales : ried ne peint mieux l'habileté de ce prince à juger les hommes, et ses intentions pour la gloire de l'Église. A peine le saint et le monarque se sont-ils entrevus, qu'une amitié mutuelle les unit. Henri IV veut retenir en France saint François de Sales , comme a Thomme le mieux fait (ce sont ces paroles) pour extirper l'hérésie et établir solidement la religion catholique. » Il renouvelle à cinq reprises ses instances, et, plein d'admiration pour rhumble résistance du saint, il s'efforce de mettre à profit sa présence et ses prières. Avec lui, îl concerte à Paris l'étabUssement des Carmélites de
i . Vie de saint François de Sales, par M. Tabbé Hamon, curé de Saiut-Sulpice, t. I, p. 577.
2. Note sur J. P. Camus, en tête de l'Esprit de saint François de Sales,
3. Vie de saint François de Sales, par M. Hamon, curé do Saint-Sulpice, 1. 1, p. 399 et suivantes.
Sain te -Thérèse; il parle de l'envoyer en Angleterre pour convertir Jacques I" , et il le prie de faire quelque ouvrage dont il lui trace le plan, c< où la religion serait présentée dans toute sa beauté native, dégagée de toute superstition et de tout scrupule, praticable à toutes les classes de la société , à la cour et dans les armées... » Si bien que saint François se met à l'œuvre et écrit Y Introduction à la vie dévote. Le séjour que fit à Paris l'évêque de Genève lui montra et servit les progtès de la religion. 11 vit ces grandes âmes , BéruUe, Gallemant, Marillac, Duval, madame Acarie; il entendit leurs projets, leur donna ses conseils, et laissa quelque chose de sa sainteté dans les œuvres que la liberté religieuse préparait à la France»
LES 0RDRB8 RELIGIEUX
Le renouvellement des ordres religieux remplace pour rËgiise les appuis temporels que lui a enlevés i'édit de Nantes. — Rappel des jésuites. — Ce qu'il en faut penser. — Quelle avait été la conduite des jésuites durant la Ligue. — En les rappelant^ Henri lY ne fait qu'appliquer ses principes de liberté religieuse. — Comment il ex* pose lui-même ces principes au parlement. — Ses exhortations aux jésuites. — Faveurs qu'il leur accorde. — Son zèle envers les autres congrégations religieuses. — Lettre de ce prince au pape sur les progrès de la religion dans son royaume. — Résultats généraux de la politique religieuse de Henri IV. — Bienfaits que les catholiques eux-mêmes retirèrent de l'édit de Nantes. — Plaintes injustes de Cheverny sur ce point. — Opinion contraire de saint François de Sales*
La mesure qui fait comme le contre-poids de l'édit de Nantes, c'est le rappel des jésuites. Elle remplaçait les appuis temporels de l'Église par l'arme bien autrement puissante des ordres religieux. Or le plus attaqué d'entre eux, c'étaient les jésuites.
On a prêté de singuliers motifs à l'édit de 1603. Les* uns n'ont voulu y voir qu'une satisfaction donnée à la fraction ardente des catholiques; les autres, s'inspirant
ROIIDRES RELIGIEUX. SS
y, trop souvent égare par ses préventions, et écrivain protestant * déclarait lui-même animé < haino aveugle contre les jésuites, i> les autres ont prétendu que Henri IV, eu rappelant ces religieuï, n'avait songé qu'à conjurer les ressentimenis et les vengeances de leur société. Sans parler de tant (lo raisons qui démentent de pareilles assertions, et que llMri IV développera lui-même en répondant au parlement, on a peine à reconnaître dans le Béarnais celle crainte pusillanime si peu en harmonie avec sa nature intrépide, et, en l'admettant, il resterait encore à l'espliquer, La belle manière pour ce prince, qui Toulnit échapper à l'inimitié des jésuites, que de se livrera euxl Introduire l'ennemi dans la pliioe pour éviter ses coups, c'est là une façon d'agir si extraordi- * naire, qu'il semhle difficile de la faire entrer dans l'histoire. Peut-être le simple exposé des événements est-il plus conforme à la vérité comme à l'équité.
Une chose est certaine, et Henri IV l'atteste en maintes circonstances, c'est que la plupart des catholiques réclamaient les jésuites. Cela avait suffl pour que ce piince, si attentif aux vœux du pays, si ouvert à toutes les grandes réparations, eût cherché à examiner leur cauÊC. Il l'avait considérée avec son esprit net et dégagé : qu'avait-il trouvé? Que les jésuites avaient été
l. Stliffii), Cours d'histoire dis Étals européens, t. XVll, p. 272
les hommes de leur temps ; qu'à Fimage de la sociéV^"^ du seizième siècle ils avaient été divisés, en proie ail:'^^ mêmes incertitudes politiques, exposés aux môineic^tentations et aux mêmes erreurs; que^ si quelques-ulMUft avaient, comme la Sorbonne, soutenu des prapori^iti' tions violentes, d'autres étaient demeurés royalistem fidèles. Auger, le plus éloquent des enfants de saint: : Ignace ^ avait condamné les ligueurs, et, Idlrsqu'Uhift membre isolé de la Compagnie était allé portai aU? Saint-Siège les espérances des révoltés, le général (Jes t. jésuites, Aquaviva, ennemi, par sa naissance comme ^i par son cai^actère, des brigues espagnoles, l'avait re« i légué dans la retraite. C'était grâce à un jésuite, le i P. Possevin, que le duc de Ne vers avait été admis auprès de Clément VIII, et après l'abjuration de Henri IV, «i au moment où Mayenne et les Espagnols reprenaient \ les armes, un autre jésuite, Commolet, jusque-là ar- : dent ligueur, se rendait à Rome pour obtenir l'absolution du prince converti. Il y était devancé lui-môme par un des plus illustres membres de son ordre , le cardinal Toleto, pour les efforts de qui Henri IV garda toujours la plus vive reconnaissance. Nul doute que ce souvenir n'ait eu sa part dans l'accueil que Henri IV lit aux jésuites.
Les résistances ne manquèrent pas à leur rentrée
1 . ((Le plus docte et le plus éloquent prédicateur de son siècle^ » dit Mathieu, Histoire d^. Henri IV,
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incei elles ne réussirent point à l'eiupôchei'. Une loses qui avaient le plus Irappc Clijmenl VIII la promnlgalion de l'êilit de iNaotes, c'était la iWacUé avec laquelle Henri IV aïait repoussé les rétlamationg des premiers corps du royatime et imposé i louB l'etiregistreinent de celle mesure. Le Souverain Ponlife put voir en 160li les mêmes hommes former contre le rappel des jésuites les mêmes oppoeitioua, et Henri IV leur répondre avec la même aulorilé. C'est qu'au fond la cause n'avait pas changé : c'étaii encore la liberté religieuse qui élait en question ; en la respectant, Henri fV demeurait fidèle à sa politique. Laissons-le développer cette politique devant le parlement.
a Je vous sçay bon gré du soing que vous avés de ms personne et de mon Estât. J'ay toutes vos conceptions en la mienne, mais vous n^avéa pas la mienne aux voslres. Vous m'avés proposé des diflicullez qui voua semblenl grandes et considerahles, et n'avés sceu que tout ce que vous avés dit a esté pensé et considéré par moy il y a huit ou neuf ans, et que les meilleures résolutions pour l'advenir se tirent de la considération des choses passées, desquelles j'ay plus de cognoissanoe qu'autre qui soit. On reeognut à Poissy, non l'ambition des jésuites, mais leur suffisance, et je ne sçay comme vous trouvés ambitieux ceux là qui refusent les dignitez et prelatures, et qui font vœu de n'y
BU 1,1!:^ AFFAIRES RBLinfKCSES.
poinl aspirer. Pour les ecclesiasliques qui se rormali< senl d'euk, c'est de tout temps que l'Ignorance en s voulu à la science, et j'ay remarqué que, quand j'ay commeiicé à parler de les établir, deux sortes de personnes s'y opposèrent parliculieremeat : ceulx delà religion et les ecclésiastiques mal vivanls; et c'est ce qui les a faict estimer davantage. Si la SorboQce IfiB a condamnez, ça esté sans les cognoistre. L'UnÎTerâlé a occasion de les regretter, puisque, par leur absence, elle a esté comme deserle, et les escholiers, nonob^ tant tous vos arresls, les ont esté chercber dedans et dehors mon royaume. Us attii'ent à eux les beaux esprits et choisissent les meilleurs, et c'est de quoi je les estime. Je désirerois que l'on choisit les meilleurs soldats, et que nul n'enlrast en vos compagnies gui n'en fùtbien digne ; que partout la vertu fust la marque et . fist la distinction des hommes. Ils entrent comme ils peuvent : aussy font bien les autres; et je suis moymême entré comme j'ai peu. 11 faut advouer qu avec leur patience et leur bonne vie ils viennent à bout de tout, et que le grand soing qu'ils ont de ne rien changer t's y altérer de leur première institution les fera durer l'W(( temps.
n (Juand à ce qu'on reprend à leur doctrine, je ne IVs )«'» rroive parce que je n'ai trouvé un seul d'un M f.\^Wi\ nombre de ceuh qui ont changé leur l'eUgion ttÙ ASl WMst'''i" lenr avoir ouy dire ou enseigner
^^^^ LUS Onilliliâ HliLlGlKllX. ST
^^^MÉQÎt permis de tuer les tyrans oy d'attenter sur ^^^H&. Barrière ne fut [tas coufessé par un jésuite ■S^âii entreprise, et un jésuite lui dit qu'il seroit daigné s'il osoitl'enlreprendre. Quand Chaslel [es auroit accusez, comme il n'a faicl, et qu'un jésuite mesmeseutfaict ce coup duqueljene me veux plus souvenir, et confeïse que Dieu voulut alors m'humilieret sauver {dont je luy en rend grâces), faudi'oit-il que tous les jesuisles en pâtissent, et que tous les apostres fussent chassez pour un Judas? S'ils sont obligez plus estroiclement que les autres au commandement du pape, c'est pour ce qui regarde la conversion des inlidelles, et je n'estime pas que les vœux d'obéissance qu'ils font les obligent plus que le serment de fidélité qu'ils me feront. Hais vous ne dictes pas que l'on a Irouvé mauvais à Rome que le cardinal Bellarmin n'adonné en ses cscripts autant de jmidiclion et d'aulorilé au pape sur les choses temporelles que les auli-cs Idj en donnent ordinairement.
* Il no leur faut plus reprocher la Ligue; c'estoit l'iDJure du temps; ils croyoient de bien faire, et out esté trompez comme plusieurs autres : je veux croire que ça esté avec moins de mahce que les autres, et m'asseurer que la mesme conscience, jointe à la gràco que je leur fais, les rendra autant, voire plus affec tionnez à mon service qu'à la Ligue. L'on dit que le roy d'Espagne s'en sert; je dis aussy que je vcuiinVeu
servir, et que la France ne doibt estre de pire condi« tion que l'Espagne, puisque tout le monde les juge* utiles. Je les tiens nécessaires à mon Estât, et s'ils y ont esté par tolérance, je veuxqu*ilsy soient par arrest. — Dieu m'a réservé la gloire de les y restabUr par edict. — Ils sont nez en mon royaume et sous mon obéissance; je ne veux entrer en ombrage de mes naturels subjects, et si Ton craint qu'ils communiquent mes secrets à mes ennemys, je ne leur communique* ray que ce que je voudray. — Laisse2-moy conduire ceste affaire. J'en ai mainé d'autres bien plus difficiles^ et ne pensés plus qu'à faire ce que je vous dis *. y>
Les jésuites rentrèrent donc en France. Henri Vf mit à leur retour certaines conditions, qui, sans enchaîner la féconde activité de leurs œuvres, la maintenait dans le respect des lois de l'État. Les esti* mant, comme il l'écrivait au cardinat d'Ossat, a plus propres et capables que les autres pour instruire la jeunesse '^ , » il favorisa le développement de leurs maisons dans le royaume, et les établit à la Flèche « en la propre maison de ses pères, pour donner ainsi exemple à ses sujets d'en faire de même. » Nous ne sautions dire qui des deux, du peuple ou du roi, donnait ici l'exemple à l'autre: Dans une lettre adressée