I. Lettres missives, I. VI, i>, Gs
Dfl LKH AFFAIRES KELIGIEUSIiS.
Je trouve merveilleusement bon que le papeaefaj uyévesque ny ciinlinal d'entre vous, et le devés procurer. Car, si rambilion y entroit, vous sériés incon-V tinent perdus. Nous sommes tous hommes, et avons liesoin de résister à nos tentations. Vous le pouvéseiperimenter chasqii'un en voslre particulier; mais y savés résister. J'ay un grand royaulme; et, comma les grands peuvent faire de grauds maulx ou de grand* biens, pource qu'ils sont grands et puissants, aussf vous aultres vous estes grands en doctrine et piélè eoli-e les serviteurs de Dieu. Vous pouvés faire de grand* biens par vos prédications, confessions, escrits, le' çons, disputes, bons advis et instructions. Que si vou» veniés à manquer et vous detraq\ier de voslre devoir, vous pourries faire beaucoup de mal pour la créance'; qu'on a en vous.
« J'ay esté bien aise d'entendre que vous advisiés jb donner ordre qu'aucun livre ne s'imprime par per-> sonne de vous autres qui puisse offcncer. Vous faictes bien. Ce qui seroitbon en Italie n'est pas bon ailleurs, et ce qui seroit bon en France seroit trouvé mauvaisf en Italie. Il faut vivre avec les vivans, et vous devés plus fuir toutes occasions, et les plus petites, pour ça qu'on veille plus sur vous et sur vos actions. Mais il vault mieulx qu'on vous porte envie que pitié; et pour les calomnies on couppoit toutes les langues inesdiE^^tjjs, il y auroit bien des muets, ol on aei
LES ORDRES RELI6IEUX. (il
eQçeine de se faire servir. J'ay esté de deux religions, «ilout ce que je faisois estant huguenot, on disoit que t «loil pour eux; et maintenant que je suis catholique, ce que je faict pour la religion, on dit que c'est que je suis jésuite. Je passe pardessu.s tout cela et marreste au bien pour ce qu'il est bien. Faictes ainsi, TOUS aultres. Ceux qui disent que vous laissés, par esprit de vengeance, de remettre voslre collège de Paris, ils ne lairoient pas d'ailleurs de parler mal de vous sur autre subject qu'ils prendroient. Ne vous souciés de ce que l'on peut dire. Au demeurant, si quelque particulier fauU, je seray celuy qui luy courray le premier dessus, et ne m'en prendray pas au corps. — Yoilà ctluy que vous aviés choisi qui dira et tesmoigncra, à Rome, àvostrePere général mon affection. Si de trente raille, quelques uns venoient à faillir, ce ne seroit pas merveille. C'est un miracle qu'il ne s'en trouve dtivautage, veu qu'il s'est trouvé un Judas parmy les douze ■ipostres. Pour moy, je vous cheriray toujours comme Il prunelle de mes yeux. Priez pour moy M »
C'est ainsi qu'il relevait sa protection par ses conseils, exerçant sur cette compagnie une influence dont l'effet dépassa les frontières et s'étendit, nous le verruQS, sur l'ordre tout entier. Nous n'avons pas à
1. Archives du Gesù, à Rome. Cite par M. Cioiineau-Joly. — Histoire de la compagnie de Jésus, t. 111, p. oD.
6â LES Âti'FÂlRËS RELIGIEUSES.
raconter les services que les jésuites rendirent en France à la discipline ecclésiastique comme à Téducation. Ces services, Henri IV les proclamait lorsque, sollicitant du Souverain Pontife la canonisation d'I- '' gnace de Loyola et de François Xavier , il alléguait ((l'utilité qu'ont apportée et apportent journellement ' à la chrétienté ceux qui font profession de Tordre dont ils ont esté les fondateurs*. » Sachant que l'Espagne agissait à Rome contre ces religieux, il re- "^^ commandait au cardinal de Givry de les protéger au- près du Saint-Siège ^. Il obtenait du Grand Seigneuf ' qu'il leur permit de fonder une maison à Constant ' tinople. Enfin, une nouvelle mesure dictée par la politique autant que par la bienveillance porta le comble à ces faveurs. L'édit de 1603 n'avait admis dans le royaume que des jésuites français : en 1608, Henri IV accorda les mêmes droits aux jésuites étrangers, per» suadé sans doute que le meilleur moyen de les attacher tous à son gouvernement était de leur donner à tous une part dans ses bienfaits; il autorisa en outre la compagnie à rétablir à Paris le collège qu'elle y possédait autrefois, a II ne s'offrira cy après occasion pour laquelle' je puisse tesmoigner à vous et à vosti*e religieuse compagnie ma satisfaction, écrivait-il à ce
i. Crétincau-Joly, t. III, p. IIG.