‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 70 sur 181 · LES CLASSES DU ROYAUME. U · texte numérisé non relu

LES CLASSES DU ROYAUME. U

Les dWîsîons intérieures furent loujoursun flesiïialheurs de la France, La séparation des ordres, sauvegarde au moios apparente de la liberté en cerlains pays, Q'a jamais été chez elle ni bien appliquée ni bien comprise. De distinctes qu'elles devaient être entre elles, les classes sont devenues mutuellement ennemies, filles représentaient chacune des intérêts considérables ; elles avaient chacune leur part indiquée et leurs vues utiles dans le service de l'État : sitôt qu'elles se sont trouvées en face les unes des autres, elles se sont perdues dans leurs rivalités. C'est le spectacle qu'offre trop souvent l'histoire des États généraux. Le clergé est à part: formé des divers rangs de !a société et s'inspirant de sa vocation sainte, il apparaît d'ordinaire comme un médiateur, sans aigreur contre la noblesse, sans arrogance envers le tiers. Mais entre le tiers et la noblesse, que de préventions ! que de conflits ! Celleci, par ses propositions hardies sur la souveraineté, par ses réclamations fréquentes en faveur des États, par ses luttes et par ses maximes, entretient l'esprit d'indépendance; indépendance factieuse, personnelle, dénuée detoute vue pratique, mais qui du moins tient s pouvoir en crainte. Le tiers, longtemps indifféreflt àia liberté, s'occupe de l'administration ; il veull' ordre dans les finances, l'abolition des privilèges, les réformes applicables. Ainsi chacune des deux classes ilg posséder en elle ce qui manque à l'autre.

^^bl@ posséc

Réunies, elles se complètent et leur commun effort est i invincible. Mais non : elles 8*arment Tune coptre l'autre ^; de leurs préjugés; la noblesse repousse les proposilions du tiers, le tiers les propositions de la noblesse^ ;:: et voilà ces deux ordres qui, loin de s'entendre, se . divisent, s'isolent, s'érigent chacun en caste I .

La royauté eut le mérite de se prévaloir rarement de i ces rivalités, et d'associer dans une égale satisfaction é des vœux qui se combattaient. On en vit un grand ; exemple après les États de 1614. La noblesse avait réclamé pour elle le droit de faire le commerce : réclamation légitime, et qui sans doute était née dés conseils de Henri IV. Le tiers s'y opposa. Le tiers, de son côté, avait revendiqué le droit de s'élever aux grades de l'armée. Rien n'était plus équitable. La noblesse s'y refusa. Que fît la royauté? Elle réunit les deux demandes; elle accorda à la noblesse le droit de faire le commerce, au tiers le droit de parvenir aux grades de l'armée, à ces grades que Fabert, Catinat, Vauban devaient illustrer de leur gloire.

Cette tendance inspira tout le règne de Henri FV. Au milieu des contrariétés d'intérêts et des rivalités de classes, il voulut être le roi de tout le monde. Il en exprimait la pensée dans sa réponse aux représentations que le prévôt des marchands lui avait faites suï J'édit des rentes : a Leur intérêt (celui de la maison de ville et des bourgeois^, \u\ Ôl\&^\\.-\\^ èteill bien dif-

Page 1